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Inventaire général du patrimoine culturel
inventaire topographique (Rennes)
Auteur de la notice : Rioult Jean-Jacques
Année de rédaction : 1998
Bretagne
Ille-et-Vilaine
Rennes
1, rue Jean-Baptiste-Martenot
Ancien hôtel Michau de Ruberso, puis hôtel de Cornulier, actuellement préfecture
Vignette
Vue générale

Désignation

Dénomination : hôtel ; préfecture
Destinations successives et actuelle : préfecture
Partie(s) contituante(s) : cour ; jardin ; orangerie ; remise ; archives

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 35238
Aire d'étude : Rennes ville
Canton : Rennes ville
Milieu d'implantation : en ville
Latitude : 48.1132849
Longitude : -1.6749526

Eléments de description

Matériau(x) du gros-oeuvre et mise en oeuvre : schiste ; moellon ; enduit
Matériau(x) de couverture : ardoise
Vaisseau et étage : rez-de-chaussée surélevé ; 1 étage carré ; étage de comble
Typologie : Hôtel entre cour et jardin.

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : 1er quart 18e siècle ; 4e quart 18e siècle ; 3e quart 19e siècle
Datation(s) en années : 1787 ; 1872
Justification de la (des) datation(s) : daté par travaux historiques
Auteur(s) de l'oeuvre : Béziers-La Fosse Victor-Louis (architecte départemental) ; Martenot Jean-Baptiste (architecte) ; Charpy (ingénieur)
Personne(s) liée(s) à l'histoire de l'oeuvre : Michau de Ruberso (commanditaire)
Justification de la (des) attribution(s) : attribution par travaux historiques
Commentaire historique : L´ancien hôtel Michau de Ruberso, construit vers 1720, était constitué de deux corps de logis. Le corps principal, entre une vaste cour au sud et un parterre au nord, comprenait une aile en retour à l´ouest abritant un large escalier à vide central encore en place ; l´autre corps prolongeait à l´est, dans le même alignement le premier, avec un décalage de niveaux adapté à la pente du terrain (ceci est bien visible sur les dessins de l´architecte Binet de 1810). Au sud de ce dernier corps de logis se trouvait la cour des communs. Cet hôtel, vendu en 1733 au président du Parlement Cornulier, servit de 1770 à la Révolution de résidence à l´Intendant de Bretagne et devint dès l´Empire hôtel de la Préfecture. En 1872 les architectes Beziers-Lafosse, Martenot et Langlois réaménagent entièrement les bâtiments et le site. Le corps principal est doublé au nord pour recevoir au rez-de-chaussée la salle du Conseil Général et à l´étage une salle des fêtes. Les élévations sont entièrement reprises. Le corps principal est alors coiffé d´un toit brisé avec large fronton central curviligne et surhaussé à ses extrémités pour recevoir de hauts toits en pavillon qui le ramènent vers le style du XVIIe siècle. Au milieu de la façade un large fronton curviligne est sculpté par Barré de deux figures allégoriques surmontant un cartouche aux armes de Bretagne. L´aile ouest au contraire, couverte d´un toit terrasse et sommée d´une balustrade, reçoit un pendant, en trompe-l´oeil sous la forme d´un pavillon carré abritant une nouvelle conciergerie. Un troisième corps, accolé à l´est et construit dans le style brique et pierre abrite les bureaux des services de la Préfecture. La mise en scène de l´ensemble marquée par l´éclectisme officiel hérité du second Empire est parachevée par une clôture continue sur le Contour de la Motte fermée par des grilles de ferronnerie ornées très proches de celles du Thabor.
Lors de cette même campagne de travaux, on procède à un réaménagement complet des intérieurs qui remploient nombre d´éléments de décor du XVIIIe siècle. Seule la cage d´escalier, située depuis le XVIIIe dans l´angle nord-ouest de l´hôtel, semble avoir été peu modifiée. La qualité de sa stéréotomie, la retombée du palier voûté de l´étage sur deux pilastres ioniques à pendentifs, le dessin à rangs d´arcades de la rampe, les portes à médaillons ovales et riche mouluration grand cadre, sont autant d´éléments qui témoignent de l´influence très forte du style de Jacques Gabriel.

Statut juridique

Statut de la propriété : propriété publique

Intérêt et protection

Nature de la protection MH : édifice non protégé MH

Synthèse

L´ancien hôtel Michau de Ruberso, construit vers 1720, était constitué de deux corps de logis. Le corps principal, entre une vaste cour au sud et un parterre au nord, comprenait une aile en retour à l´ouest, en léger décrochement, abritant un large escalier à vide central encore en place ; l´autre corps prolongeait à l´est, dans le même alignement le premier, avec un décalage de niveaux adapté à la pente du terrain (ceci est bien visible sur les plans de l´architecte Binet de 1810). Au sud de ce dernier corps de logis se trouvait la cour des communs. Cet hôtel, vendu en 1733 au président du parlement Cornulier, sert de 1770 à la Révolution de résidence à l´Intendant de Bretagne et devient, dès l´Empire, hôtel de la Préfecture. En 1872 les architectes Béziers-Lafosse, Martenot et Langlois réaménagent entièrement le site et les bâtiments. Un nouvel alignement de voirie prolonge le tracé de l´aile ouest, vers le nord jusqu´à l´angle du jardin et agrandit la cour vers le sud du côté du contour de la Motte. Le corps principal est doublé au nord pour recevoir au rez-de-chaussée la salle du Conseil Général et à l´étage une salle des fêtes. Les élévations sont entièrement reprises. Le corps principal est coiffé d´un toit brisé et surhaussé à ses extrémités pour recevoir de hauts toits en pavillon qui le ramènent vers le style du XVIIe siècle. Au milieu de la façade un large fronton curviligne est sculpté par Barré de deux figures allégoriques surmontant un cartouche aux armes de Bretagne. L´aile ouest au contraire, couverte d´un toit terrasse et couronnée par une balustrade, reçoit un pendant en trompe-l´oeil sous la forme d´un pavillon carré abritant une nouvelle conciergerie. Un troisième corps enfin, accolé à l´est et construit dans le style brique et pierre, abrite les bureaux des services de la Préfecture. La mise en scène de l´ensemble marquée par l´éclectisme officiel hérité du second Empire est parachevée par une clôture continue sur le Contour de la Motte fermée par des grilles de ferronnerie ornées, très proches de celles du Thabor. Dans l´angle de la cour un nouveau perron couvert d´une large marquise soutenue par des colonnes de fonte permet de descendre de voiture à l'abri des intempéries.

Lors de cette même campagne de travaux, on procède à un réaménagement complet des intérieurs qui remploient nombre d´éléments de décor du XVIIIe siècle. Seule la cage d´escalier, située depuis le XVIIIe dans l´angle nord-ouest de l´hôtel, semble avoir été peu modifiée. Sa composition ample, son parement à tables moulurées, la qualité de sa stéréotomie, de même que la retombée du palier voûté de l´étage sur deux pilastres ioniques à pendentifs, le dessin à rangs d´arcades de la rampe d´origine, le modèle des portes à médaillons ovales et riche mouluration grand cadre, sont autant d´éléments qui témoignent de l´influence du style de Jacques Gabriel.

Il est d´ailleurs intéressant de noter que le principe de corps de logis simples en profondeur, composés en U ou en équerre, avec escalier rejeté dans l´angle fut d´abord retenu vers 1725 par Gabriel pour ses premiers projets d´hôtel pour le commandant en chef de la province sur la place Neuve, face au nouvel hôtel de Ville. D´autre part, dans l´aile ouest de l´hôtel de Ruberso, l´emploi de baies plein cintre surmontées d´arcs à retombée sur corniche moulurée se retrouve sur un projet de Gabriel pour l´hôtel de Ville de Rennes daté de 1728.

Au cours des travaux de 1875, les intérieurs ont été entièrement redistribués et redécorés. Les pièces de réception de l´hôtel qui se trouvaient au XVIIIe siècle au rez-de-chaussée, avaient déjà été transférées à l´étage dès le début du XIXe, afin de libérer de l´espace pour les bureaux des services préfectoraux. Le doublage du corps principal sur son côté nord effectué par Martenot et Béziers-Lafosse, offre désormais, à l´étage un vaste espace de réception conforme au statut du représentent de l´État. Ainsi s´enchaînent selon la mode du temps, au débouché du grand escalier, un petit et un grand salon, réunis par une baie libre centrale formant vue. Ce même grand salon, formé de la réunion de deux anciennes pièces, peut aussi éventuellement ouvrir, au nord sur la toute nouvelle salle des fêtes.

Cette salle des fêtes, destinée aux grandes réceptions officielles ainsi qu´aux bals, a conservé l´intégralité de son décor, d´esprit encore très Second Empire, conçu par l´architecte Roy. A ses deux extrémités de belles cheminées de calcaire dur, sculptées par Barré, illustrent le thème du Jour et de la Nuit encadrées par les figures en cariatide des quatre saisons. Sur le pourtour, un ordre de pilastres corinthiens permet en outre, d´escamoter la saillie de l´ancien avant-corps sur jardin. Les travées, traitées en doubles portes, une partie des lambris et le revers des volets intérieurs sont abondamment garnis de glaces destinées à démultiplier l´éclairage des trois grands lustres à cristaux et de la série d´appliques accrochées à la périphérie. Une fausse voûte à lunettes ornées des armoiries des différentes sous-préfectures du département, dans un décor de rinceaux semblable à celui exécuté peu de temps auparavant par Langlois pour la cathédrale de Rennes, des caissons peints de putti volants dus à l´atelier rennais Jobbé-Duval, constituent ici un décor éclectique d´un luxe un peu lourd, très représentatif du style officiel des années 1875-80. Autour de cette salle enfin, les portraits de grandes figures historiques de la Bretagne, de la Duchesse Anne à Châteaubriant en passant par Jacques Cartier et Madame de Sévigné associés à ceux du maire de Rennes Leperdit et du conventionnel Toullier, disposés sur des fonds à mouchetures d´hermine, fournissent une iconographie de ralliement susceptible, dans la toute jeune troisième république, de ne pas heurter des élites de sensibilité politique diverse. Le fronton sculpté par Barré sur la façade d´arrivée, timbré des armes de Bretagne n´avait pas non plus d´autre mission.

Documentation

Documents figurés
Préfecture, vue de la façade sud, photographie, vers 1870 (coll. Musée de Bretagne).
Orangerie, dessin, 35x225 (AC Rennes : 2 Fi 36).
[1842]. Plan cadastral parcellaire de la commune de Rennes. Section B, dite du Palais, 2e feuille, dessin, Jouchel du Ranquin, Roger, Viel, Ferré et Simon géomètres, 1842 (A. D. Ille-et-Vilaine).
Bibliographie
MIDANT, Jean-Paul. In Rennes, embellir la ville. La mise en valeur d'un quartier résidentiel à la limite du centre ancien : Sévigné , étude réalisée avec le concours du ministère de la Culture et la Ville de Rennes. Paris : L'Art en province, 1987, p. 72, 145.
BANEAT, Paul. Le Vieux Rennes. Rennes : Plihon et Hommay, [1911], p. 309-310.
VEILLARD, Jean-Yves. Rennes au 19e siècle, architectes, urbanisme et architecture. Rennes : éditions du Thabor, 1978, p. 428-430.
Contribution des Archives à l´histoire du département d´Ille-et-Vilaine de 1789 à 1980. N°4, 1980, p. 309-310.
VEILLARD Jean-Yves, Rennes naguère 1850-1939. Paris : édition Payot, coll. Mémoires des villes, 1981, p. 108, 109.
HULIN. Bernard. "L'architecture aristocratique à Rennes entre 1720 et 1740". Rennes : Art et culture. Arts de l'Ouest, 1982, p. .
CORNON, Raymond. Les hôtels de Rennes au XVIIe siècle. In Bulletin des Amis du Musée de Rennes, n°3, printemps 1979, p. 123.

Annexe

Extrait de VEILLARD, Jean-Yves. Rennes au XIXe siècle ; architectes, urbanisme et architecture. Ed. du Thabor. Rennes, 1978.

« Si les devis par chapitre de la première tranche de travaux sont signés par l´architecte du Département, un récapitulatif est signé des trois membres de la Sous-Commission. Le programme prévoyait la construction d´un bâtiment accolé à la façade nord (côté jardin), destiné à l´établissement d´une salle du Conseil général et d´annexes et à l´augmentation du logement du Préfet ; la construction d´un pavillon est à usage de conciergerie au rez-de-chaussée, de services au premier étage ; la création d´une cour avec écuries et remises.

La photo de l´ensemble des bâtiments, dans leur état peu après l´achèvement de ce programme, permet de bien dégager, dans l´habillage du bâtiment existant, dans les ajouts, les mécanismes du discours officiel. La surélévation, l´agrandissement modifient complètement la ligne très simple du bâtiment ancien de plan en L : toits brisés en pavillon des arrière-corps latéraux, étages de lucarnes et grand fronton du corps central, toit à l´italienne du pavillon est qui amène à reprendre le toit de l´autre pavillon. A cet ensemble, on ajoute, à l´est, un autre bâtiment de plan en U, dont l´orientation est telle que l´une des ailes est aspectée vers la place du contour de la Motte, en léger retrait par rapport au pavillon est ; l´élévation de cette façade sud rappelle un peu celle d´un hôtel particulier de l´architecte Hugelin paru dans le recueil de Viollet-le-Duc et Narjoux. Il n´est pas jusqu´à la grille d´entrée de la cour d´honneur qui ne rappelle, dans un autre développement, celle du Thabor tout proche.

Le programme d´agrandissement de la préfecture, les conditions dans lesquelles il a été réalisé avec cette collaboration entre Béziers-La Fosse et Martenot, révèlent une imitation plus complaisante de la mode. Surtout ces années nous paraissent être celles où, chez ces architectes, l´accord est de moins en moins réalisé - ou recherché - entre les contraintes du programme et la forme architecturale ».

Illustrations

Voir

Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire). (c) Inventaire général. Renseignements : Centre de documentation de l'inventaire du patrimoine culturel (02 22 93 98 40 / 24)
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