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Inventaire général du patrimoine culturel
enquête thématique régionale (recensement du patrimoine maritime)
Auteurs de la notice : Vincent Johan ; Amghar Julien ; Péron Françoise
Année de rédaction : 2008
Bretagne
Finistère
Clohars-Carnoët
Espace portuaire de Doëlan
Vignette
Vue générale de Doëlan

Désignation

Dénomination : port
Partie(s) contituante(s) : quai ; cale ; maison ; conserverie ; hôtel

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 29031
Aire d'étude : Bretagne
Canton : Quimperlé
Milieu d'implantation : en écart
Latitude : 47.7696604
Longitude : -3.6132776

Eléments de description

Commentaire descriptif : Le site de Doëlan demeure aujourd´hui, malgré l'urbanisation récente de la zone littorale, d'une qualité remarquable. Le petit port de Doëlan forme un site naturel, enserré sur sa profonde ria. Cinq zones construites sous l´effet des activités portuaires anciennes subsistent toutes le long de la ria : les zones d´activités portuaires artisanales antérieures aux années 1950 du quai Peyron, du quai de Kernabat, du Vieux Doëlan, celle liée à l´activité de mareyage de Joseph Tonnerre, et la zone d´activité portuaire industrielle antérieure aux années 1950 liée à l´ancienne conserverie Capitaine Cook. La zone d´activité portuaire du quai Sancéo est plus récente. C´est cette multiplicité des petits sites portuaires au sein de la ria, liés les uns aux autres, qui confère à Doëlan une originalité forte. L´ensemble reste encore homogène, malgré une continuité d´urbanisation entre les différents sites aujourd´hui (voir annexe 1).
Du glorieux passé de Doëlan subsistent aujourd´hui de nombreux éléments : d´une part, les équipements portuaires anciens sont toujours là (sur la rive gauche, le quai de Kernabat, les cales associées à l´ancienne conserverie Capitaine Cook, le quai du Vieux Doëlan ; sur la rive droite, le quai Peyron, l´appontement lié au feu amont, le môle de la Grande Vache, le môle Tonnerre) ; d´autre part, une grande partie des bâtiments liés à l´activité de presse et de conserve (un bâtiment de l´ancienne conserverie Peyron, un alignement d´anciens magasins de pêche - devenus maisons - qui domine le quai Peyron, le front portuaire bâti de Kernabat, l´ancienne conserverie Capitaine Cook, fermée depuis 1998 et qui risque de disparaître, alors qu´elle est l´une des dernières représentantes des conserveries du littoral breton encore en place et dont le volume architectural s´intègre parfaitement au site de l´entrée du port. Jusqu´à maintenant, les constructions postérieures aux années 1950, certes relativement nombreuses, sont relativement bien intégrées au site du fait de leur hauteur modeste et de leur dissémination sur les rives plantées d´arbres de la ria.
Etat de conservation : bon état

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : 19e siècle
Datation(s) secondaire(s) : 11e siècle ; 20e siècle
Justification de la (des) datation(s) : daté par source
Commentaire historique : Située à l´extrême sud-ouest du territoire de Clohars-Carnoët, la ria de Doëlan, naturellement abritée et aisément accessible, sert très tôt de havre pour la pêche et le cabotage. Dans la première moitié du 11e siècle, à proximité du port réputé « fort commode », les bénédictins de Sainte-Croix de Quimperlé fondent un prieuré (détruit) dont la chapelle, peut-être dédiée à saint Gurthiern, existe encore en 1697 ; la toponymie (La Grange, La Croix de la Grange) reflète le souvenir de cette possession ecclésiastique.
Aux 14e et 15e siècles, les sécheries de congres et de merlus de Doëlan comptent parmi les plus réputées de l´évêché de Cornouaille. L´essor de Port-Louis et de la Compagnie des Indes de Lorient maintient, tout au long des 17e et 18e siècles, l´activité du pressage du poisson, essentiellement de la sardine, destinée à l´exportation. La position stratégique du lieu favorise l´installation d´un corps de garde et d´une batterie (disparue), de deux moulins à vent (vestiges) ainsi que d´un moulin à marée (disparu) situé au fond de la ria. Sur la rive droite, à l´endroit où se trouve l´actuel quai Peyron, des bâtiments aujourd´hui transformés abritaient des ateliers de mareyage ou des pièces destinées à la friture du poisson. Ces dernières sont les héritières des « presses » qui servaient à mettre en barils le poisson débarqué. Cette zone d´activité portuaire artisanale est le premier noyau historique du port de Doëlan.
Les rives, rocheuses et dépourvues de toute végétation jusqu´à la fin du 19e siècle, ne connaîtront qu´une urbanisation tardive (voir annexe 4). Sur le plan cadastral de 1823 figurent, bien distincts les uns des autres, les hameaux d´arrière-côte de Keruster, La Grange et Kerangoff qui seront progressivement englobés dans des zones bâties au 20e siècle (maisons de marins et résidences secondaires). Seuls deux hameaux anciens sont situés sur les versants de la ria : l´un appelé Presses de Doëlan (premier noyau historique) sur la rive droite, l´autre le Vieux Doëlan sur la rive gauche, en fond de ria. Le dynamisme de l´activité de pêche au 19e siècle conduit à la diffusion de l´activité portuaire dans la ria à partir de la zone d´activité portuaire artisanale du quai Peyron (construit en 1869). En 1825, un premier quai, le quai de Kernabat, est construit dans la ria et permet le développement de l´activité de transformation du poisson sur la rive gauche. Le mouvement de construction portuaire se renforce dans la seconde moitié du 19e siècle ainsi que cela se produit dans la plupart des ports de pêche bretons à la même époque. Les nouveaux quais et cales facilitent le débarquement du poisson pour la vente et la transformation du poisson : cale Cayenne, môle « Joseph Tonnerre » en 1872, quai du Vieux Doëlan en 1882, digue de la Grande Vache, quai Neuf en 1902. Plusieurs zones d´activité portuaire artisanale se développent alors : la zone d´activité portuaire artisanale du Vieux Doëlan, celle liée à l´activité du mareyeur Joseph Tonnerre, la zone d´activité portuaire industrielle de l´ancienne conserverie Capitaine Cook. Les deux phares sont construits en 1861 afin de faciliter l´entrée dans le port. En 1876, on compte, sur les deux rives, six conserveries de poisson.

Doëlan devient progressivement un des quartiers les plus urbanisés de Clohars-Carnoët, avec un réseau dense de petites routes et de chemins et un habitat sériel construit entre la fin du 19e siècle et 1914. Les deux rives de la ria ne communiqueront qu'à partir de 1936 grâce à la digue-route du Pont-Du au fond de l´anse. La chapelle Sainte-Anne est bâtie en 1951 au nord du lieu-dit de La Grange. Après la Seconde Guerre mondiale sont construits à l´entrée du port la cale Larzul, puis le terre-plein et le quai Sancéo (en 1982). Depuis le recul de la pêche artisanale, le déclin de l´industrie de la conserve dans les années 1950 qui se termine en 1998 avec la fermeture de la dernière usine de transformation du poisson du port (l´ancienne conserverie Capitaine Cook), Doëlan entame sa mutation en quartier résidentiel et de loisirs.

Intérêt et protection

Nature de la protection MH : édifice non protégé MH

Données complémentaires

REFC : CLC30
THPA : Transit terre/mer ; Vie des populations littorales ; Activités artisanales et industrielles liées à la mer
DREC : souvent cité
INGP : intérêt paysager et pittoresque ; intérêt de mémoire ; intérêt artistique
PING : Petit port breton emblématique reconnu par tous, cet ensemble homogène portuaire était un port sardinier important de Bretagne-Sud. Son aspect encore préservé en fait un objet de nombreuses peintures et de cartes postales. Une ancienne conserverie, située à l´embouchure de la ria, est encore debout alors que ces établissements industriels sont devenus rares sur le littoral breton.
RECO : L´espace portuaire de Doëlan est organisé dans une ria profonde qui lui confère sa cohérence. L´activité de pêche occupe l´avant-port (bateaux de pêche et zone de décharge de pêche) tandis que les bateaux de plaisance sont amarrés en fond de ria. Depuis le recul de la pêche artisanale, le déclin de l´industrie de la conserve dans les années 1950 et la fermeture de la dernière usine de transformation du poisson en 1998, le petit port de Doëlan entame sa mutation en quartier de résidence et de loisirs. Or, il représente un site construit de qualité exceptionnelle dont la sauvegarde précautionneuse s'impose. Les constructions récentes ont d´ailleurs été, jusqu´à maintenant, réalisées avec un certain souci d´intégration à l´ensemble (voir annexe 3). Le port de Doëlan est un exemple particulièrement réussi d´intégration entre un petit site naturel de ria et les aménagements pour la pêche qui s´y sont développés progressivement durant trois siècles. Les aménagements historiques liés à la pêche y sont encore bien visibles (zones d´activités portuaires artisanales du quai Peyron, du site « Joseph Tonnerre », pour la rive droite ; zones d´activités portuaires artisanales et industrielles de Kernabat, du Vieux Doëlan et de l´ancienne conserverie Capitaine Cook, pour la rive gauche). Vue depuis la mer, à tribord, la rive haute, couronnée par les bâtiments de l´ancienne conserverie Capitaine Cook, constitue le premier repère à l´entrée du port. L´architecture simple de ces bâtiments industriels à la façade peinte en blanc, s´accorde particulièrement bien à l´élévation rocheuse de l´entrée de la ria qu´ils surplombent et auxquels ils confèrent un aspect quasi monumental. Leur horizontalité continue présente également l´avantage de masquer les constructions pavillonnaires plus récentes de l´arrière. L´ensemble est ponctué d´une cheminée de briques typique des établissements industriels de la seconde moitié du 19e siècle. A cela s´ajoutent deux autres signaux visuels de part et d´autre de la conserverie : à droite, la « maison rose » qui sert d´amer, à gauche, le phare aval blanc et vert. Dans la ria, au raz de l´eau, les éléments des différents fronts portuaires, construits essentiellement dans la seconde moitié du 19e siècle, sont dans leur état d´origine, et les maisons ne dépassent quasiment jamais deux étages. Doëlan a conservé son aspect typique de petit port breton. Par rapport à l´ensemble des petits ports d´intérêt patrimoniaux finistériens, Doëlan est un site d´intérêt exceptionnel (Guillaume Marie et alii, Atlas du patrimoine maritime culturel du Finistère, 2009, p. 117). Dans une perspective de valorisation patrimoniale de ce port, il convient donc de conserver l´homogénéité architecturale des rives de la ria et la force visuelle de son entrée, liée aux bâtiments de conserverie encore existants et au rapport particulièrement réussi entre les horizontales et les verticales qui construisent le paysage. Or, si une modeste activité de pêche demeure à Doëlan, les héritages maritimes liés à cette activité ne sont pas tous reconnus dans leurs potentialités patrimoniales. En particulier, les bâtiments hérités des activités industrielles de transformation de la sardine disparaissent progressivement pour faire place à des réalisations immobilières que la vue sur mer et la beauté d´ensemble du site facilitent. Ainsi, les dernières traces des anciennes presses à sardines sont aujourd´hui quasi invisibles, tandis que de l´ancienne conserverie Peyron, située au-dessus du quai du même nom, il ne subsiste qu´un seul bâtiment, réaménagé en espace résidentiel dans les années 1980. Dans ce contexte, les bâtiments de la conserverie Capitaine Cook (fermée en 1998) qui sont encore debout, constituent le dernier élément bâti capable de transmettre concrètement le souvenir des conserveries ainsi que la mémoire du travail des générations successives de Cloharsiens et de Moëlanais qui les ont animées pendant plus d´un siècle. Cet argument serait suffisant à lui seul pour justifier la conservation de ce bâtiment - qui fait débat aujourd´hui - s´il ne s´y ajoutait de surcroît un argument paysager. La destruction de ce dernier établissement industriel, envisagée dans l´actuel projet de réutilisation du site, risque de faire perdre à Doëlan l´un des éléments majeurs de son identité de petit port de pêche breton. La reconnaissance de la qualité patrimoniale du site, en termes d´histoire, de mémoire du travail et de valeur paysagère exceptionnelle, n´entraverait pas sa nécessaire requalification si celle-ci était conçue dans le respect de l´histoire de ce site de la pointe sud du port et de la construction paysagère forte qui en a résulté ; au contraire elle l´orienterait. Notre recommandation principale concernant cette conserverie est de substituer au projet de destruction qui a prévalu jusqu´alors, un processus de reconnaissance et de mise en valeur de ce bâtiment symbolique du site par la conservation des façades et leur rénovation dans un esprit d´austérité qui les caractérise. Dans le cadre de cette philosophie, un projet de reconversion intégrant différentes activités à valeur touristique et culturelle pourrait très bien être mis sur pied. Les bâtiments rénovés (en façade) et reconstruits (en profondeur) pourraient abriter des services de restauration et de fourniture de boissons dont l´aménagement intérieur des locaux s´inspirerait du cadre industriel du site et qui pourraient éventuellement s´ouvrir sur une terrasse intérieure. Tandis que la reconstruction des bâtiments actuels à toit en tôle offrirait la possibilité d´un espace culturel multimédia ; et pourquoi pas d´une résidence, dont l´édification, tout à fait en arrière du terrain de la conserverie, resterait invisible du large. De façon plus générale, les différents sites historiques de la ria doivent être restaurés et mis en valeur sans que des adjonctions touristiques de médiocre qualité gâchent l´ambiance globale de cet espace emblématique de Clohars-Carnoët. Les quais, les cales et les fronts portuaires de l´intérieur de la ria sont tout aussi importants, bien que mis en valeur de façon inégale. La rénovation du quai Peyron (rive droite), réalisée en respectant les matériaux et le mode de construction originels, est exemplaire. Il est important de poursuivre dans cet esprit l´entretien des différentes infrastructures portuaires qui s´agencent le long de la ria. Il est également important de s´attacher à ce que les rénovations futures des petits fronts urbanisés précédés de leur cale et quai (notamment les fronts portuaires de Kernabat et du quai Peyron) leur conservent leur aspect historique. Chaque rénovation pourrait être l´occasion de redonner aux façades un aspect extérieur le plus proche possible de celui qu´il présentait à l´époque de sa construction (hauteur, couleur des façades, taille des ouvertures...). Pour éviter une banalisation des lieux, il serait souhaitable qu´une véritable charte d´urbanisme concernant les constructions et les rénovations du bâti soit élaborée par la commune pour le site de Doëlan. Cette charte traiterait en même temps des aménagements fonctionnels indispensables (voierie, circulation, signalisation, panneaux publicitaires) et de la mise en valeur paysagère et architecturale du patrimoine maritime.

Documentation

Document d'archives
Archives municipales de Clohars-Carnoët. Registres des délibérations du conseil municipal.
Bibliographie
OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. 1ère édition 1778-1780. Nouvelle édition, revue et augmentée par MM. A. Marteville, et P. Varin, avec la collaboration principale de MM. De Blois, Ducrest de Villeneuve, Guépin de Nantes et Lehuérou. Rennes, 1843.
Phares et balises. Les travaux publics de la France. Paris, 1883.
LE THOËR, Pierre. Les routes de Quimperlé à la mer.Société d´histoire du pays de Quimperlé, n° 12, 1994, p. 49-57.
PEYRON, Paul, ABGRALL, Jean-Marie. Clohars-Carnoët. Diocèse de Quimper et de Léon. Notices sur les paroisses. Quimper, 1906-1919, p. 226..
AMGHAR, Julien. Les petits ports et les usages du littoral, en Bretagne, au 19e siècle. Thèse de doctorat d´histoire, Université de Bretagne-Sud, Lorient, 3 volumes + 3 volumes d´annexes, 2006.
LE THOËR, Pierre, GOZZI, Marcel. Clohars-Carnoët au fil du temps. Liv'Editions, 2008.

Annexes

Annexe 1 : Organisation spatiale de l'espace portuaire de Doëlan  : URL .

Annexe 2 : Le patrimoine maritime culturel de Doëlan selon le groupe enquêté en 2008  : URL .

Annexe 3 : Les enjeux de gestion dans l'espace portuaire de Doëlan  : URL .

Annexe 4 : La diffusion des activités de pêche dans la ria de Doëlan au 19e siècle  : URL .

Illustrations

Voir

(c) Laboratoire GÉOMER, UMR LETG 6554 - CNRS ; (c) Inventaire général. Renseignements : Centre de documentation de l'inventaire du patrimoine culturel (02 22 93 98 40 / 24)
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