Logo du Conseil régional de Bretagne Logo du service de l'Inventaire général
Inventaire général du patrimoine culturel
enquête thématique régionale (fortifications littorales)
Auteur de la notice : Lécuillier Guillaume
Année de rédaction : 2005
Bretagne
Finistère
Brest
Intra et extra-muros
Arsenal
Vignette
Vue de l'arsenal de Brest et du pont tournant dit le pont Impérial puis National (1856-1861) (le pont s'ouvre). En arrière-plan : le quartier de Recouvrance et à l'extrême droite : la caserne des marins. Le Borda est à quai (Brest, 308)

Désignation

Dénomination : arsenal

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 29019
Aire d'étude : Bretagne Nord
Milieu d'implantation : bâti dense
Cours d'eau : Penfeld (la) ; rade de Brest
Latitude : 48.3612646
Longitude : -4.5287240

Eléments de description

Commentaire descriptif : L'arsenal de Brest est isolé de la ville par un mur de sûreté, plusieurs portes permettent d'y accéder : du nord au sud, porte de l'Arrière-Garde, porte de Kervallon, porte de la Brasserie, porte du Carpon, porte de la Corderie, porte Tourville, porte Jean Bart, porte Caffarelli, porte Surcouf, porte de la Grande Rivière et la porte des Quatre Pompes.
Etat de conservation : détruit ; vestiges

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : 17e siècle ; 18e siècle ; 19e siècle ; 20e siècle
Datation(s) secondaire(s) : 3e quart 20e siècle ; 4e quart 20e siècle
Datation(s) en années : 1944
Justification de la (des) datation(s) : daté par source
Auteur(s) de l'oeuvre : Antoine Choquet de Lindu (ingénieur militaire)
Personne(s) liée(s) à l'histoire de l'oeuvre : Richelieu (personnage célèbre) ; Louis XIV, roi de France (personnage célèbre) ; Louis XV, roi de France (personnage célèbre) ; Louis XVI, roi de France (personnage célèbre)
Justification de la (des) attribution(s) : attribué par travaux historiques

Statut juridique

Statut de la propriété : propriété de l'Etat ; propriété de la commune

Intérêt et protection

Intérêt de l'oeuvre : vestiges de guerre ; à signaler
Nature de la protection MH : édifice non protégé MH
Observations : TERRAIN MILITAIRE. ACCES REGLEMENTES.

Synthèse

BREST, "VILLE-ARSENAL"

in La route des fortifications en Bretagne et Normandie de Guillaume Lécuillier, coll. les étoiles de Vauban, Paris, éditions du Huitième jour, nov. 2006, 168 p.

"A considérer Brest en particulier, on trouvera qu'il est situé comme si Dieu l´avait fait exprès pour être le destructeur du commerce de ces nations-là puisqu´il est plus que pas un autre à portée de le pouvoir incommoder de quelque côté qu'il puisse venir, soit du sud, de l'ouest ou du nord ; il n'y a point de port de mer mieux placé et mieux disposé : sa rade est très sûre contre les mauvais temps et les ennemis, et s'assure tous les jours de plus en plus... [...]". Vauban, Mémoire concernant la câprerie, novembre 1695.

L'idée de construire à Brest un arsenal n'est pas nouvelle puisque dès le 16e siècle (règne de François 1er), le site est signalé comme un des plus grands ports de mer du Royaume. En 1626, le cardinal Richelieu insistait auprès du roi Louis XIII sur l'intérêt de disposer d'une bonne marine de guerre et d'un port bien placé : Brest. En 1631 avait été organisée la Marine du Ponant axée sur trois sites portuaires : Le Havre (Haute Normandie), Brouage (Charente-Maritime) et Brest (Bretagne)... Quelques années plus tard, un "arsenal" naissait sur les rives de la Penfeld au fond des grèves de Troulan et Pontaniou.

Duquesne, commandant de la Marine, se préoccupe de l'aménagement et de la défense du port de 1665 à 1672. Chertemps de Seuil, nommé intendant de Brest en 1674, va lancer les grands travaux de l'arsenal en dépit du manque de fonds. Ils seront poursuivis par ses successeurs notamment Champy Desclouzeaux (1683-1701) et surtout Choquet de Lindu, ingénieur de la Marine qui, profitant des grands incendies (1742 et 1744), rationalise l'arsenal au milieu du 18e siècle.

En raison de l'absence de projet directeur, l'arsenal se développe de manière quelque peu "anarchique". Denis de Lavoye, ingénieur ordinaire en poste à Brest dénonçait à Colbert cet état de fait dès 1676, ce que Seignelay confirmait en écrivant en 1680 : "On n'a travaillé jusqu'à présent que par morceaux à Brest". Pierre Massiac de Sainte-Colombe, ingénieur (mort en 1682), est en charge des fortifications de la ville et, afin de résoudre les désordres de cette place, un nouvel ingénieur âgé de 32 ans : Siméon Garangeau, attaché au département de la Marine, est nommé en avril 1679. Garangeau, ainsi promu, a en charge les bâtiments du port et arsenal et les batteries de côte. Il recevra quelque temps plus tard son brevet d'architecte du Roi.

Remontant en bateau de Belle-île, Vauban fait halte à Port-Louis avant d'arriver à Brest dans la première quinzaine du mois d'avril 1683. Il est chargé par Jean-Baptiste Colbert de poursuivre les réalisations de l'arsenal de Brest et d'assurer la défense de la rade et le goulet. Après Rochefort, Le Havre-de-Grâce (Le Havre), Toulon, Marseille et Dunkerque, le ministre relance les travaux d'aménagement du port et arsenal de Brest avec le creusement de la Penfeld. In fine, l'objectif de Colbert est de mener une politique de construction navale ambitieuse afin de positionner le Royaume de France au niveau européen : c'est à dire au niveau de la puissance des Anglais et des Hollandais. Pour cela, la Marine du Roi Soleil doit disposer d'arsenaux, de ports de guerre et de "mouillages assurés".

Pour Vauban, "la nature avait donné à ce port là [Brest] les commodités des eaux, des profondeurs et des rades. Elle l'avait mis au milieu entre les provinces maritimes du royaume et comme à leur tête. Elle en avait fait pour ainsi dire une des clés de l'entrée de la Manche". Il rédigea son projet pour Brest au début du mois de mai (9 mai 1683) et ce fut aussi le début d'une longue amitié et collaboration avec l'ingénieur Garangeau.

Afin de résoudre les problèmes techniques liés à la porte de l'écluse de la forme de Troulan et la mise à flot du "Soleil Royal", plusieurs ingénieurs se succèdent et doivent travailler ensemble : Vauban bien évidemment en "directeur des opérations", mais aussi de Lavoye, Garangeau, et Benjamin de Combes (marin, hydraulicien et ingénieur). Entre 1661 et 1683, on a construit à Brest 36 navires portant plus de 2200 canons ! Dans le même temps, la population de Brest explose, attirée par les débouchés de la Marine.

Documentation

Bibliographie
ABEGUILE (C.), "Landerneau : Une ville de bretagne à l'ère industrielle", Maîtrise d'histoire de l'art et archéologie, Université Rennes 2, 1991, tome 1 : 233 p., tome 2 : 272 p. (Archives Communales de Landerneau).
ABEGUILE (C.), "Industries et arsenaux en Bretagne du 17e siècle à la première guerre mondiale", Mémoire de D.E.A., Histoire, Université Rennes 2, 1992, 133 p. (S.H.M. Brest : BR-Tu1992/004).
ABEGUILE (C.), "Les paysages de l'industrie à Landerneau au 19e et 20e siècles" in : L'Archéologie Industrielle en France : patrimoine - technique - mémoire, Montrouge, 1996, p. 167-169.
ABEGUILE (C.), "Marine et industrie en Bretagne : l'arsenal de Brest et les établissements sous-traitants aux 18e et 19e siècles", Thèse de doctorat, Histoire, Université Rennes 2, 2002, 3 vol., 720 p. (S.H.M. Brest : BR-Th2002/001).
ANDRIEUX (J-Y.) - ABEGUILE (C.) - ANDRE (B.) - CASANELLES (E.) - CHEVALIER (J-J.) - CHIERICI (P.) - CRENN (B.) - CUCARULL (J.) - DOREL-FERRE (G.) - FELIU-TORRAS (A.) - FRESNAIE (S.) - HERISSET (J.) - LOIR-MONGAZON (E.) - LOPES-CORDEIRO (J. M.) - WIENIN (M.), Architectures du travail, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 1992, Arts de l'ouest. (ISBN : 2-86847-059-9).
BONNEAU (V.), "L'armement militaire brestois sous le premier Empire (1804-1815)", Mémoire de Maîtrise d'Histoire Moderne sous la direction de Jean Tanguy, Université de Bretagne Occidentale Victor Segalen, 1994, 2 vol. : X-100 p. + 142 p. : ill. (CRBC : M-06081-00).
BOULAIRE (A.), "Brest et la Marine Royale de 1660 à 1790", Thèse de Doctorat d'Etat es Histoire, Paris, 1988, 6 vol. : IX-316 p. + p. 317-591 + p. 592-790 + p. 791-988 + p. 989-1258 + p. 1259-1729 : ill. ; 30 cm. (CRBC : M-04608-00).
BORVON (S.), "Etre ouvrier à l'Arsenal de Brest : analyse de quelques manifestations d'un sentiment d'appartenance", Mémoire de master 1, éthnologie, Brest, Université de Bretagne Occidentale, 2007, 100 p, .
COLIN (P.), "L'armement brestois sous la Restauration, 1814-1830", Mémoire de Maîtrise d'Histoire Moderne sous la direction de Marie-Thérèse Cloître, Université de Bretagne Occidentale Victor Segalen, 2000, 2 vol. : 110 p.+ 99 p. (CRBC : M-07833-00).
CORRE (O.), "Les Hommes et la préparation de la guerre d'Amérique dans l'Arsenal de Brest (1774-1778)", diplôme d´études approfondies, Histoire : Rennes 2, sous la dir. de Lespagnol, 1996, 208 p. (CRHISCO : TH 267).
CORRE (O.), "Brest, base du Ponant, structure, organisation et montée en puissance pour la guerre d'Amérique (1774-1783)", , Thèse de Doctorat, Histoire, Rennes, Université de Rennes 2, Haute-Bretagne, 2003, 4 vol. : 377 p. + p.378-615 +p.379-976 + p.977-1073. (CRBC : M-09109-00).
DUMUR (X.), "L'armement brestois à la veille de la Révolution (1784-1789)", Mémoire de Maîtrise d'Histoire Moderne, Université de Bretagne Occidentale Victor Segalen, 1990, 2 vol. : VII-128 p. + 226 p. (CRBC : M-04913-00).
HENWOOD (P.), "L'arsenal de Brest", Ar Men, n° 120, avril 2001, p. 2-9.
LANNUZEL (G.), L'arsenal et la Marine de Brest entre 1715 à 1723, Master 1 d'histoire moderne à l'Université de Bretagne Occidentale de Brest, 2007 (à préciser).
MOAL (M.), "L'Arsenal de Brest", mémoire de maîtrise, Histoire : Brest, 1976. (SHM BREST : Mem 1976/1).
PETER (J.), Le port et l´arsenal de Brest sous Louis XIV, Paris, 1998.
PROST (P.), Les forteresses de l´Empire Fortifications, villes de guerre et arsenaux napoléoniens, Paris, édition du Moniteur, 1991.
RIOU (Y.), "La politique navale de Maurepas : l'exemple de l'arsenal de Brest (1737-1744)", Mémoire de Master I, Histoire, Brest, Université de Bretagne Occidentale, 2006, 127 p. (CRBC : M-09897-00).
Pierres de mer, "Le patrimoine immobilier de la Marine nationale". Collectif sous la dir. de la Commission du patrimoine de la Marine et du Service des Travaux immobiliers maritimes avec le concours du Service historique de la Marine, Paris, Association pour le Développement et la Diffusion de l´Information Militaire, 1996, collection : les Armes et les Hommes.

Annexes

"La naissance d´un arsenal en Penfeld et la première enceinte urbaine de Brest" par Alain Boulaire. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"La ville de Brest est née du site romain clairement identifié au Bas Empire. La Penfeld constitue, jusqu´au rattachement de Recouvrance par les lettres patentes de Louis XIV de 1681, une séparation entre le domaine royal (anciennement ducal) de Brest et le fief des du Chastel, manifesté par la tour de la Motte- Tanguy, possession de Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth au moment du rachat de ces terres par le roi. La ria devient alors l´axe central du développement portuaire autour duquel s´organise la vie de la cité.

Des activités de construction et d´armement sont pourtant attestées bien avant 1681. En 1482, le duc François II passe commande à un Brestois, Derrien Le Du, d´un bâtiment de 1200 tonneaux, l´un des plus gros de l´époque ; un peu plus tard, vers 1500, on attribue l´invention du sabord à un autre constructeur brestois, Descharges : la possibilité, en descendant les pièces à feu, d´abaisser le centre de gravité du navire constitue une avancée remarquable dans l´art de la construction navale de guerre. Lorsqu´il vient à Brest en 1518, le roi François Ier ordonne la construction de plusieurs bâtiments afin de mieux adapter le site aux nécessités de la construction et de l´armement. Si on connaît mal l´arsenal du 16e siècle, il est indéniable que lorsque Richelieu va prendre les choses en main, à partir de 1631, Brest a déjà un passé d´arsenal mais c´est bien à partir de ce moment là que son importance va croître jusqu´à en devenir majeure pour le royaume.

Un plan aquarellé, aux armes de Richelieu, dressé par Petit, sous l´appellation de Topographie de Brest (1), daté de 1640, nous montre un gros navire en construction dans l´anse de Pontaniou, du côté de Recouvrance, à proximité de forges et d´une tonnellerie, tandis que sur la rive gauche se dressent des magasins et, le long de l´anse de Troulan, une corderie et ses étuves. Parmi les nombreux bâtiments mouillés en Penfeld, seuls deux portent des noms : l´Amiral, nom générique pour désigner le vaisseau sur lequel l´Amiral de France arbore son pavillon et la Couronne, l´un des fleurons de la marine royale.

Sur ce même plan figure une enceinte urbaine extrêmement incomplète. Ici encore, la fortification remonte à une date bien antérieure. Une fois la ville sortie de l´enceinte de la forteresse aujourd´hui baptisée château, la nécessité de la protéger était très vite apparue. En décembre 1552, devant la menace anglo-espagnole, Villegaignon écrivait au gouverneur de Bretagne, le duc d´Etampes, qu´il lui avait fallu « tirer une courtine jusqu´à la mer, par devant la porte, et pour faute de chaux et de matière, faire (son) rempart de terre et de genêt lié de gros bois », bois qu´il comptait prendre sur un navire présent dans le port, vu l´urgence. En 1560, lors de son séjour en Bretagne, ce fut l´ingénieur italien Pietro Fredance qui, comme à Saint- Malo, fut chargé de renforcer les défenses de Brest en usant, cette fois, de pierres de taille.

Les guerres de la Ligue qui virent la ville assiégée par les troupes du duc de Mercoeur montrèrent une nouvelle fois l´impératif de fortifier l´ensemble urbain de manière durable.

En 1655, devant une nouvelle menace anglaise, Paris ordonna de lever des journaliers du Léon pour élever une enceinte sous les ordres du vicomte de Corpy, major de la place et sur les plans de Julien Ozanne, « architecte et entrepreneur des travaux du Roy ». Les plans suivaient les règles de l´art, intégrant douves et demi-bastions, mais les matériaux et la construction furent si médiocres qu´en l´absence d´entretien et de rénovation, l´ensemble était en ruines une vingtaine d´années plus tard, lorsque l´ingénieur Sainte- Colombe fut chargé de nouvelles protections fortifiées pour la ville. En 1671 déjà, le duc de Chaulnes, en faisant édifier le fort qui portait son nom à l´embouchure de la Penfeld, du côté de Recouvrance avait montré la nécessité de protéger les deux rives et ce fut donc très naturellement que Sainte- Colombe, après le rattachement de Recouvrance à Brest, traça une ligne de fortifications ceinturant les deux ensembles urbains de part et d´autre de la rivière. Vauban, lorsqu´il vint à Brest pour la première fois, en 1683, était, entre autres tâches, chargé de valider les plans de Sainte- Colombe, décédé l´année précédente et, de fait, il n´y apporta que peu de modifications".

Note :

(1) Collections du Musée National de la Marine à Paris.

"L´arsenal rêvé de Louis XIV" par Alain Boulaire. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"A l´instar de Richelieu, Colbert avait compris que la grandeur du royaume passait par une maîtrise de la mer. Il réussit tant bien que mal à en convaincre Louis XIV qui, dans le domaine, lui laissa largement les mains libres, même s´il présidait en personne chaque vendredi matin le Conseil de Marine.

L´arsenal rêvé de Colbert, et donc du Roi, est conçu d´une manière théorique et idéale pour un monde dans lequel la terre, les eaux et le vent obéiraient au souverain. Or, Brest, par son site et sa situation, se prête particulièrement mal à cette soumission de la Nature aux volontés d´un homme, fût-il le Roi- Soleil !

Le plan de l´arsenal de Colbert est très simple et très fonctionnel : il est carré, articulé autour d´un canal dans lequel cheminent les bateaux pour parfaire leur construction, leur armement ou leur désarmement. Mais, pour cela, il faut une nature vierge et dégagée et c´est la raison pour laquelle, dans un premier temps, Colbert privilégia Rochefort : "Ce serait un grand avantage" écrit Colbert à son cousin Colbert du Terron, "si par le moyen des grâces, que le roi a accordées au bourg de Rochefort, vous pouviez en faire un second Saardam (1) de Hollande".

Les marins et son propre fils, Seignelay, ayant cependant démontré au Ministre que le meilleur site est Brest dans la réalité géostratégique du conflit avec les puissances anglaise et hollandaise c´est là, en dépit des réticences de Colbert - le goulet rend impossible les sorties de rade par vent d´ouest ; il n´y a pas d´hinterland économique suffisant... - que se construisit à partir de 1674 le principal port et arsenal du Ponant.

Mais les contraintes du site sont colossales : si la Penfeld a un tirant d´eau largement suffisant pour les plus gros vaisseaux, par contre son encaissement et l´étroitesse de ses rives rendent difficile l´édification des bâtiments terrestres nécessaires, ainsi que des cales de construction et de lancement.

L´adéquation des bâtiments à leur utilité, la protection du site de l´arsenal contre les incendies, l´espionnage mais aussi le coulage, la solidité sans négliger le souci d´économie, qui aboutit à une sobriété de la décoration - il faut montrer la grandeur du roi tout en limitant la dépense - rendirent possible la réalisation d´un remarquable outil industriel, bien loin cependant de l´idéal rêvé sur le papier ! Après la mort de Colbert en 1683, l´arsenal déploie sa puissance, accueillant des milliers d´ouvriers, construisant des vaisseaux de tous rangs et armant la flotte de Tourville qui en 1689 compte plus de 75 unités ! ".

Note :

(1) Aujourd´hui Zaandam.

"La flotte de guerre du Roi Soleil" par Alain Boulaire. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"Les deux périodes de faste de la marine royale française furent les débuts du règne de Louis XIV et celui de Louis XVI. Dans les deux cas, Brest joua un rôle majeur.

Louis XIV n´a vu la mer que 3 fois dans sa vie : en 1647 à Dieppe, il n´a pas encore 10 ans, en 1660 à Marseille où le chevalier Paul organise une simulation de combats de galères, ce qui amuse le roi et, enfin en 1680 à Dunkerque où il navigue pour la première et dernière fois. Consciencieux, il préside chaque vendredi le conseil de marine, consulte marins et constructeurs, tels Duquesne, Tourville, Forbin ou Jean Bart, mais en fait il s´en remet très largement à ses secrétaires d´Etat à la Marine, les Colbert puis les Pontchartrain, qui lui en rendent des comptes réguliers.

Colbert, très épaulé dans le domaine par son fils Seignelay, passionné de marine comme il le prouvera en venant régulièrement à Brest même après avoir succédé à son père dans le poste ministériel, peut être considéré comme le fondateur de cette flotte du Roi Soleil qui, partie en 1661 d´un chiffre de 9 vaisseaux atteint dès 1671 celui de 119, sans compter les 22 frégates et les 38 brûlots. Malgré les pertes parfois considérables, comme celles subie aux îles d´Aves par naufrage ou à la Hougue par faits de guerre, on ne tombera jamais au dessous de 112 entre 1671 et 1709 - le nombre maximum est atteint en 1695 avec 137 vaisseaux- les dernières années étant plus sombres pour arriver à 80 en 1715. Sur les 287 vaisseaux construits en France métropolitaine pendant le règne, 75 le furent à Brest soit plus de 26 % du total, Toulon suivant avec 71, soit un peu moins de 25 %, le reste se répartissant entre 6 autres ports.

Pour cette flotte, les règlements mis en place sont multiples comme l´ordonnance sur les Eaux et Forêts pour fournir les bois utiles à la construction navale, mais aussi la création de l´inscription maritime pour disposer d´équipages et de personnels formés et compétents au lieu d´avoir recours à la « presse » dans les cabarets ou dans les campagnes.

Brest est un port d´armement majeur, surtout lors des guerres contre le Royaume-Uni et la Hollande. De là partiront les escadres de Duquesne, d´Estrées, de Gabaret, de Châteaurenault mais surtout de Tourville ou de Duguay- Trouin. A la « mêlée » des premières années va succéder le combat « en ligne de bataille ». Tourville remportera ainsi en 1689 la bataille de Beachy Head, appelée Béveziers en français, après avoir quitté Brest à la tête de la plus grosse escadre réunie sous le règne, forte de 70 vaisseaux, sans compter les frégates ou les brûlots, et comptant plus de 20 000 hommes d´équipage et officiers.

Les difficultés de la fin du règne feront préférer la guerre de course à la guerre d´escadre et dans ce domaine, Duguay-Trouin, parti lui aussi des rives de la Penfeld, mettra Rio de Janeiro à sac, ramenant une véritable fortune tant pour le trésor royal que pour les participants à l´opération".

De la forêt du Cranou aux canons en passant par l'île d'Arun : le chemin de la poudre en rade de Brest.

Guillaume Lécuillier, 2006.

"Les forêts sont nécessaires aux arsenaux. Outre le bois de coupe pour les constructions navales, le charbon de bois est l´une des composantes de la poudre à canon. Vauban dans ses écrits (octobre 1701) s'intéresse de près à la culture et à l'exploitation des forêts, parlant de "la grande quantité de vaisseaux et de galères et autres ouvrages de marine qu'on a bâtis et qu'on continue à bâtir". L'arsenal de Brest est approvisionné en bois (bois tors et de scie) par la forêt du Cranou toute proche. Le bois venant à manquer à la fin du 17e siècle, de nombreuses forêts de France prennent le relais notamment pour la fourniture des mâts.

La crique dite du Moulin à poudre (aujourd'hui porte de la Brasserie) était un lieu important puisqu'on y fabriquait la poudre de manière artisanale jusqu'à la création des moulins à poudre de Pont-de-Buis en 1687, (au sud de Brest, de l'autre côté de la rade). Cette année-là, François Berthelot, commissaire général des poudre et salpêtre était autorisé à construire un nouvel ouvrage sur les rives de la Douffine. Un second moulin à poudre est construit en 1692 portant la capacité de production à près de 20 tonnes par mois ! Avant la construction des moulins à poudre de Pont-de-Buis, la poudre arrivait par mer de Saint-Jean-d'Angély en Charente-Maritime (1656-1818).

Rappelons que la poudre est composée de 3 éléments : le souffre, le charbon et le salpêtre. Les ingrédients étaient mis dans un mortier et battus à coups de pilon. Plus l'opération était longue, meilleure était la poudre... Grainée et tamisée, elle était ensuite séchée et conditionnée en baril.

Prenant ensuite la voie maritime par la Douffine et l'Aulne, les barils de poudre étaient conservés dans la grande poudrière de l'île d'Arun face à Landévennec. De forme rectangulaire, le magasin à poudre voûté a été construit en 1692-1693 sur des plans de l'ingénieur Mollart. Il est doté de trois niveaux de stockage et de contreforts. De l'île d'Arun, la poudre était acheminée ensuite par chaloupe au port arsenal de Brest pour l'armement des navires en Penfeld ou stockée dans les magasins à poudre des batteries et forts de la rade".

"L´arsenal de Brest au 18e siècle" par Alain Boulaire. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"S´il est avéré que la période de la Régence fut difficile pour la marine en général et Brest en particulier, le règne de Louis XV ne fut pas aussi désastreux que le prétendit Voltaire, ni celui de Louis XVI aussi brillant qu´on le présente souvent, en raison, en particulier, des conséquences financières désastreuses des choix accomplis. Il faut donc prendre les choses dans leur continuité et non dans des oppositions de règnes nécessairement réductrices d´une réalité complexe.

Pour l´arsenal de Brest cette option s´avère particulièrement judicieuse puisque les ingénieurs chargés des bâtiments terrestres, souvent appelés civils, ne furent que deux, Blaise Ollivier, mort prématurément en 1746, et son disciple Antoine Choquet de Lindu qui lui succéda cette même année : sous-ingénieur en 1743, il exerça ses talents jusqu´à l´âge de 72 ans où il prit sa retraite en 1784.

Les travaux accomplis pour faire de l´arsenal un outil industriel complet et moderne sont absolument gigantesques mais répondent à une problématique précise et rigoureuse élaborée et réajustée en permanence par les praticiens et les utilisateurs sur place d´une part et, de l´autre, par les secrétaires d´Etat à la Marine et leurs collaborateurs versaillais. Le bilan représente des milliers de mètres linéaires de façades mais aussi de quais, de bassins ou de calles de construction, de parcs à bois etc. sans compter des éléments de fortifications extérieures (celles du « camp retranché » de Montbarey, par exemple) ou de sécurité (le phare du Stiff à Ouessant par exemple) qui intéressent l´arsenal dans sa protection mais aussi dans la sûreté de ses approvisionnements.

Dans une architecture sobre, de facture totalement classique, seuls le corps central du bagne et la tour de l´horloge du magasin général, dotée d´un campanile de style italien ou espagnol, apportent quelque originalité. Mais les bâtiments qui s´alignent de l´embouchure au fond de la rivière sont avant tout d´une remarquable efficacité fonctionnelle.

Le personnel de l´arsenal est lui aussi très bien organisé de la base à la direction. Les ouvriers, outre leurs différents corps de métier sur lesquels nous reviendrons, sont dotés de statuts variables. Entretenus ou à « la journée du Roi », ils sont protégés par des règlements très avantageux (en se remettant bien évidemment dans le contexte de l´époque) : ainsi, par exemple, les entretenus sont-ils payés à mi-salaire dès le deuxième jour d´absence due à la maladie ou à une blessure, cas très précoce de sécurité sociale. Par contre, journaliers, venus des campagnes environnantes, les paysans-ouvriers connaissent, avec la création du bagne, une quasi-disparition d´une source essentielle de revenus d´appoint. On comprend ainsi que, pour certains d´entre eux, traquer le forçat fugitif dès que le canon, le fameux « tonnerre de Brest », avait signalé la disparition constituait, avec la prime promise, une forme de revanche sur ceux qui leur avaient enlevé le pain de la bouche ! En effet, les bagnards, au nombre d´environ 2 000 en moyenne, constituaient une main d´oeuvre taillable et corvéable à merci, même si ici encore, il faut être prudent : le bagnard du 18e siècle n´est pas celui de Victor Hugo, mais un homme payé (5 sols par jour quand un ouvrier qualifié en gagne 20), nourri et logé mieux souvent que les populations pauvres du Léon, qui, de surcroît, travaille pour son propre compte une partie du temps et peut, pour les moins condamnés, se déplacer en ville. Par contre, au travail sous la conduite des gardes-chiourmes, les occupants du « Versailles des bagnards » doivent fournir des tâches gigantesques de creusement des bassins de Pontaniou par exemple, d´arasement de « montagnes » comme celle de Keravel sur la rive gauche de la Penfeld, trainer des pièces de charpente énormes, enchaînés les uns aux autres et soumis aux coups en cas de faiblesse.

Des femmes et des enfants sont aussi présents sur les registres de l´arsenal, dans l´étoupage, le tissage et la buanderie en particulier, et on peut remarquer que les femmes, toujours payées « à l´entreprise », c'est-à-dire à la tâche et donc au rendement, gagnent nettement moins que les hommes qui travaillent dans les mêmes ateliers. Il est vrai que pour les étoupes la force physique prime tandis qu´on ne trouve pas d´hommes dans le tissage dont le métier exige plus de finesse d´exécution.

Parmi les milliers d´ouvriers de l´arsenal - au plus fort de la guerre d´Indépendance américaine, on pourra en compter jusqu´à 12 000 ! - les métiers les plus représentés sont ceux de charpentiers, cordiers, calfats, forgerons, étoupiers, perceurs, menuisiers, tonneliers, voiliers, mais aussi serruriers, plombiers, vitriers, sculpteurs, peintres, doreurs, cadranniers, boussoliers etc. Lorsque les circonstances l´exigent, en période de guerre, il est fait appel à des ouvriers de levée qui peuvent alors venir de l´autre bout de la France.

Machines et outils atteignent au 18e siècle le sommet de leur art avant la révolution de la vapeur. Les moyens de portage (on a, par exemple, un modèle de grue à roue dans laquelle des bagnards courent pour soulever les charges, selon le principe de la roue à écureuil, le câble s´enroulant autour du tambour), les forges, les métiers à fabriquer les cordages, mais aussi les rabots, les vrilles, les marteaux- pilons sont particulièrement étudiés pour optimiser les efforts de ceux qui les mettent en oeuvre.

Cette main d´oeuvre ouvrière et son savoir-faire structurent la vie brestoise mais aussi celle des environs : combien d´édifices religieux, de maisons d´habitations ou de bâtiments publics sont l´oeuvre de charpentiers de marine ? Combien de statues dans les chapelles et églises cornouaillaises ou léonardes sont dues aux ciseaux des sculpteurs de la Marine ?

La direction administrative et technique de ces ouvriers est confiée à des gens de plus en plus formés. L´intendant de la Marine a la haute main sur tout le personnel à terre et, même si, à la fin du siècle, son rôle est éclipsé par celui du Commandant de la Marine, il n´en reste pas moins l´un des personnages clés de la vie sociale et économique non seulement de l´arrondissement maritime de Brest mais aussi de toute la région bretonne. Seul ordonnateur des fonds, l´intendant a, pour le seconder, un grand nombre d´écrivains de marine, de commissaires- ordonnateurs, de contrôleurs, qui constituent ce que l´on appelle les officiers de plume, souvent mal vus des officiers d´épée qui naviguent, dont ils limitent les exigences, ou des ouvriers qu´ils contrôlent. Les règlements de Richelieu ou de Colbert, régulièrement remis à jour, donne au système une assez bonne efficacité.

Quant à la construction navale proprement dite et à l´entretien des vaisseaux, qui constituent la finalité même d´un arsenal, la théorie prend progressivement une place de plus en plus importante et c´est ainsi qu´au talent empirique des maîtres de hache, caractéristique encore de la marine de Louis XIV, va succéder la science des ingénieurs de marine, appellation qui prend tout son sens après la création de l´Ecole de Paris par Duhamel du Monceau, Inspecteur Général de la Marine, l´un des parrains de la fondation de l´Académie de marine à Brest en 1752, qui va rendre obligatoire une formation de haut niveau scientifique (mathématiques, physique, hydrodynamique, mécanique etc.) pour les hommes destinés à diriger les constructions navales. Cette Ecole de Paris, à l´origine de l´Ecole du Génie Maritime, donne des modèles mathématiques et des normes techniques précises aux différents types de navires. Aux dynasties de constructeurs comme celle des Hubac ou des Coulomb, succèdent des individus bien formés, dont l´un des exemples les plus aboutis est le Brestois Jacques- Noël Sané, qui sera appelé sous l´Empire, le Vauban de la Marine, dont les vaisseaux de 74 canons représentent la quintessence du bâtiment de combat à voiles, avant l´avènement de la vapeur et de la cuirasse. La meilleure preuve en est que les Anglais les copieront abondamment...

Mais au final, quels sont les produits de cet arsenal ? Les constructions neuves, menées sur les cales de construction du fond de l´arsenal (orientées de manière à ce que les rayons du soleil frappent les bois de manière étudiée !), fournissent à la France une majeure partie de sa flotte de guerre : sous le règne de Louis XV ce sont 73 vaisseaux et 23 frégates qui sont lancés, 26 vaisseaux et 17 frégates sous celui de Louis XVI, auxquels s´ajoutent, pour être complet, les 5 vaisseaux et 4 frégates du règne de Louis XIV au 18e siècle et les 4 vaisseaux et 2 frégates lancés pendant la période républicaine allant de 1793 à 1800. Il n´est pas tenu compte ici des bâtiments de plus petits formats comme les corvettes, les goélettes, chaloupes-canonnières et autres barques ou bâtiments de servitude. Au final, Brest a fourni, sur la totalité du siècle, un très gros tiers de la construction navale française, Toulon, un petit tiers, le reste se répartissant entre Dunkerque, Le Havre, Saint- Malo, Lorient, Nantes, Rochefort, Bayonne et Marseille. De surcroît, les vaisseaux de Brest qui n´ont pas connu de fin violente due au naufrage ou à des faits de guerre, ont été parmi les plus durables, comme en témoigne la longévité de l´Océan, rebaptisé à plusieurs reprises qui servit pendant plus d´un demi siècle.

Mais la qualité des radoubs ou des refontes pratiqués dans les bassins de Troulan, dit aussi forme de Brest, ou dans ceux de Pontaniou, était aussi reconnue la plupart du temps, témoignant du sérieux du travail accompli par l´arsenal de Brest.

Pour conclure, on ne s´étonnera donc pas que, au moment de la guerre d´Indépendance américaine, les personnages les plus illustres vinrent à Brest pour visiter l´arsenal et s´informer sur la construction navale des bords de Penfeld : l´empereur d´Autriche, Joseph II, le tsarévitch Paul de Russie, la gouvernante des Pays- Bas, Christine de Saxe- Teischen, les ambassadeurs du rajah indien Typoo- Sahib, des ministres ou des hauts personnages de la Cour comme le duc de Castries ou le comte d´Artois. C´était bien là la reconnaissance officielle de l´excellence brestoise".

"La défense de la rade par Dajot (Lanvéoc, Île-Longue, Armorique, Corbeau)" par Jean-Yves Besselièvre. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"En 1772, l´ingénieur du génie Louis-Lazare Dajot (1717-1786), directeur des fortifications de Bretagne, élabore un plan de défense par terre et par mer de la place de Brest. Reprenant partiellement les propositions faites en 1764 par l´ingénieur Pierre Filley de la Côte (1695-1779), il entreprend notamment la construction, entre 1772 et 1776, de nouveaux forts et batteries renforçant la défense de la rade. Pour leur armement, Dajot privilégie les mortiers afin de rendre impossible le mouillage d´une flotte ennemie en rade après le franchissement du goulet.

Le fort de Lanvéoc

Fermant l´anse du Fret à l´est, la pointe de Lanvéoc demeure un élément important de la défense de la rade au 18e siècle car elle permet d´empêcher le mouillage ou le replis d´une flotte ennemie dans la rivière Aulne. Mais ce poste est également essentiel à l´acheminement par mer de troupes vers ou depuis Brest.

L´ouvrage bâti par Dajot se compose d´une redoute centrale érigée au sommet d´un promontoire sur lequel subsistaient les vestiges d´un château médiéval. Isolée par un fossé sec, cette redoute abrite dans sa face ouest, sur deux niveaux, des casemates à l´épreuve de la bombe. Sa face nord, parallèle à la côte, reçoit une batterie de huit mortiers tandis que sa face sud, côté terre, dispose d´un épais parapet protégeant huit canons. Une enceinte composée de trois fronts bastionnés irréguliers permet de résister à un coup de main du côté de la campagne. La nécessité de s´adapter au terrain irrégulier explique le tracé complexe de l´enceinte dont les bastions latéraux, constitués de gradins munis de traverses, épousent la falaise. Une vaste batterie de canons dominant la rade est établie au nord ; elle croise ses feux avec l´Île-Longue.

Le fort de Île-Longue

À l´Île-Longue, qui ferme l´anse du Fret à l´ouest, Dajot complète le fort et la batterie de Vauban. Le rôle de cet ouvrage est de s´opposer aux navires ennemis parvenus en rade au moyen de canons et d´interdire le mouillage grâce aux mortiers.

Les embrasures de tir percées dans le parapet de la batterie sont supprimées afin que les canons puissent tirer à barbette. Cette disposition permet un plus grand débattement lors du tir sur des navires en évolution et offre une meilleure protection aux servants. Une plate-forme pour six mortiers est implantée au nord-ouest en contrebas de la batterie de canons. Le fort pouvant être pris à revers par une troupe débarquée à la gorge de la presqu´île, Dajot le renforce en le dotant d´un chemin couvert. À l´intérieur plusieurs bâtiments succèdent aux installations du 17e siècle : magasin à poudre, logement pour la troupe, logement pour le commandant et corps de garde.

Des travaux réalisés par Dajot, seule subsiste aujourd´hui la batterie de mortiers envahie par la végétation, en contrebas d´installations de la base de la Force océanique stratégique.

Le fort de l´Armorique

Implantée à l´extrémité ouest de la presqu´île de Plougastel, la pointe de l´Armorique contrôle l´accès au fond de la rade et à la rivière Aulne. Dajot décide d´y implanter le fort de Plougastel, appelé plus tard fort de l´Armorique.

Du côté de la terre, l´ouvrage comprend un front bastionné composé d´une courtine flanquée de deux demi-bastions. La demi-lune, le chemin couvert et le glacis prévus initialement ne sont pas réalisés car jugés superflus puisque l´ouvrage doit résister à un coup de mains et non à un siège en règle. Du côté de la mer, une batterie reçoit huit mortiers qui croisent leurs feux avec l´Île-Longue. Un magasin à poudre, un corps de garde et une caserne complètent l´ensemble.

Le fort du Corbeau

Poste de moindre importance dans la défense de la rade, le fort du Corbeau, en presqu´île de Plougastel, contribue à rendre le mouillage en rade impossible.

Dajot complète la batterie de campagne de Vauban par une redoute de maçonnerie de forme rectangulaire. Dépourvue de fossé, cette redoute est défilée par un glacis sur trois des ses faces. Au nord et à l´ouest, une batterie de huit mortiers est installée sur la plate-forme sommitale. L´ouvrage abrite également un magasin à poudre et un corps de garde. La batterie basse du 17e siècle est maintenue et armée de canons. Deux branches de retranchements, percées de meurtrières de fusillade, relient la redoute au rivage afin de résister à un coup de mains".

"Le camp retranché de Brest" par Jean-Yves Besselièvre. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"Avec les progrès considérables accomplis par l´artillerie au 18e siècle, dont la portée pratique passe de 600 à plus de 1 000 m, l´enceinte urbaine de Brest n´est plus en mesure d´assurer la protection du port et l´arsenal. À cette époque, la principale menace qui pèse sur le port du Ponant n´est pas celle d´un siège en règle par une armée nombreuse mais celle d´un bombardement mené par un petit corps expéditionnaire débarqué en un point de la côte. Une telle action serait entreprise au moyen de mortiers pouvant projeter des bombes explosives à plus de 4 000 mètres de distance.

Pour faire face à cette menace, plusieurs projets de renforcement des défenses de la place sont élaborés dans la seconde moitié du siècle mais ils restent lettre morte. En 1764, l´ingénieur du génie Pierre Filley de la Côte (1695-1779) propose une série d´ouvrages renforçant l´enceinte, notamment un ouvrage à cornes à Quéliverzan pour couvrir l´extension du port dans la haute Penfeld. En 1768, l´ingénieur du génie Louis-Lazare Dajot (1717-1786) et le marquis Louis-François Carlet de la Rozière (1733-1808), officier de l´état-major de la province, co-signent un plan de défense basé sur une chaîne d´ouvrages fortifiés avancés. En 1770, le marquis de La Rozière propose un nouveau projet de onze redoutes avancées. Enfin en 1772, l´ingénieur Dajot reprend une partie des propositions de Filley. Au final, seul l´ouvrage à cornes de Quéliverzan (1773) et des lunettes du Stiff (1776), implantés à l´ouest de la place dominée par le plateau de Saint-Pierre-Quilbignon, sont édifiés. Ces ouvrages se révèlent toutefois insuffisants pour faire face à la nouvelle menace et les lunettes du Stiff sont démolies avant même leur achèvement.

Dans la perspective d´un nouveau conflit avec la Grande-Bretagne, Louis XVI s´inquiète de la défense du port de Brest amené à jouer un rôle considérable dans les opérations navales. En 1775 il confie au marquis Alexandre Frédéric Jacques Masson de Pezay (1741-1777), littérateur et ami de Rousseau, une mission secrète sur l´état des défenses de Brest. Après la disgrâce de Pezay, son projet ne donne lieu à aucune réalisation. Devant l´imminence d´un conflit, Louis XVI charge en 1776 le marquis de Langeron (1720-1792) de concevoir un nouveau plan de défense de Brest. Celui-ci présente son projet au roi et au ministre de la Guerre le 31 décembre 1777.

L´objet du camp retranché de Saint-Pierre que propose Langeron est d´empêcher des troupes anglaises, débarquées aux Blancs-Sablons près du Conquet ou au Trez-Hir à Plougonvelin, d´incendier les installations et les navires du port. Afin de les mettre hors de portée de l´artillerie de l´assaillant, le marquis de Langeron propose la construction de cinq forts extérieurs très en avant du corps de place. Ils doivent permettre de repousser l´ennemi pendant trois semaines dans l´attente de renforts venus d´autres provinces. Les forts, qui peuvent croiser leurs feux, interdisent l´accès aux vallons menant au lit de la rivière Penfeld. Outre les fortifications permanentes, le camp retranché comprend huit redoutes de terre édifiées en cas de menace, ainsi qu´une ligne de défense joignant les ouvrages entre eux, sorte de retranchement s´appuyant sur le bocage. Les troupes sont réparties dans les forts, mais aussi entre eux, en arrière de la ligne de défense. Dans l´esprit du marquis de Langeron, les forts constituent « les bastions détachés d´une enceinte » et les troupes « les courtines ». Le camp retranché de Saint-Pierre ainsi conçu s´inspire grandement des projets du marquis de La Rozière et du marquis de Pezay. L´idée d´ouvrages détachés en avant de la place revient au premier ; la ligne de défense basée sur les talus de la campagne environnante revient au second.

Les ouvrages de fortification permanente qui composent le camp retranché sont, du nord-est au sud-ouest, le fort de Penfeld, la redoute de Guestel-Bras, le fort de Keranroux, le fort Saint-Pierre, et le fort du Portzic. Édifiés à l´économie, c´est-à-dire en employant une main d´oeuvre constituée de soldats, ces ouvrages sont édifiés entre 1777 et 1784. De part leur conception et leur armement moderne, les forts du camp retranché constituent le nec plus ultra de la fortification française à la veille de la Révolution".

"Le marquis de Langeron et Pierre-Jean de Caux" par Jean-Yves Besselièvre. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"Le camp retranché de Saint-Pierre (1776-1784) est l´oeuvre de deux hommes : Charles Claude Andrault de Maulévrier (1720-1792), marquis de Langeron, lieutenant général des armées du roi commandant la division de Bretagne, et Pierre Jean de Caux (1720-1792), ingénieur du génie, directeur des fortifications de Basse-Normandie, spécialement chargé des travaux de Brest de 1776 à 1786.

La conception du camp retranché est le fait du marquis de Langeron, officier à la brillante carrière qui a pris part à 17 campagnes, dont celle d´Allemagne lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763), 2 batailles et 5 « affaires particulières ». A la tête de la division de Bretagne en juin 1776, Langeron se voit confier par Louis XVI la direction des travaux de fortification de Brest. Il prend connaissance des nombreux projets de défenses conçus depuis la mort de Vauban et sa réflexion s´en nourrit. Il s´inspire des plans de défense du marquis de Pezay et surtout du marquis La Rozière. Langeron collabore d´ailleurs activement avec cet officier affecté à l´état-major de la province, ancien membre du Secret du roi.

Dans le détail, l´élaboration des ouvrages fortifiés relève des ingénieurs du corps royal du génie. Une vingtaine d´entre eux y prend part sous la direction de Caux. Celui-ci peut être considéré comme le véritable père des ouvrages car, s´il applique les directives du marquis de Langeron, il en détermine le détail. Fils d´un éminent ingénieur auprès duquel il a été formé, de Caux est lui-même un brillant ingénieur à qui l´on confie en 1775 une partie des immenses travaux de construction du port de Cherbourg. Ayant participé à de nombreuses campagnes (Allemagne, 1744 ; Pays-Bas, 1745-1748 ; Allemagne 1758-1761), il a pris part à six sièges au cours desquels il a été blessé quatre fois.

Dans le contexte de la guerre d´Amérique (1778-1783) le marquis de Langeron se voit confier une pleine autorité sur les travaux de fortification de Brest. Dans les faits, Langeron commande aux ingénieurs du génie, ce que ces derniers attachés à leur indépendance acceptent difficilement. Si Langeron et de Caux co-signent les plans des forts présentés au roi le 31 décembre 1777, leur collaboration ne s´est pas faite heurts et sans divergences profondes".

"La Guerre d´Indépendance américaine" par Alain Boulaire. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"Le désastre naval et terrestre qui avait conduit au traité de Paris de 1763, privant la France de ses colonies indienne et canadienne, n´avait pas anéanti les efforts militaires du royaume et à l´avènement de Louis XVI en 1774 la France possédait bien plus de vaisseaux que l´unique annoncé par Voltaire dans « le Siècle de Louis XV ».

Formé par Nicolas Ozanne, dessinateur brestois, maître « en fait de marine » des enfants de France, les futurs Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, le nouveau roi était depuis son plus jeune âge passionné par la géographie, l´histoire et la mer. Ce fut donc très naturellement que cette dernière devint une de ses préoccupations majeures. Assisté de Turgot, Sartine puis Castries, ses secrétaires d´Etat à la Marine et aux Colonies, le souverain favorisa le développement de la construction navale mais aussi la formation des futurs navigants et modernisa le fonctionnement de l´institution pour l´adapter aux nouvelles donnes de la guerre mais aussi de l´économie, de la diplomatie et de la guerre.

Lorsque les Insurgents des 13 colonies américaines entrèrent en révolte contre la métropole anglaise, Versailles y vit rapidement une possibilité de revanche sur l´ennemi traditionnel et, au-delà de l´engagement personnel de La Fayette ou de Noailles, accepta l´offre de Benjamin Franklin d´aider la jeune république après sa déclaration d´indépendance du 4 juillet 1776.

Dans le conflit qui opposa les royaumes britannique et français de 1778 à 1783, Brest joua le rôle majeur.

Ce fut en effet de ce port que partirent les flottes de ceux qui permirent la victoire, par le transport des troupes de Rochambeau et des autres généraux, mais aussi dans les batailles navales qui les opposèrent aux Anglais sur tous les océans du monde : les amiraux et chefs d´escadre de Grasse, d´Estaing, Lamotte- Piquet, mais aussi Suffren, le Tropézien, dans son aventure indienne, mirent tous à la voile depuis les rives de la Penfeld. La rade était sillonnée par des centaines d´embarcations, comme les routes et chemins bretons, par des milliers de cavaliers, d´hommes à pied ou de charrois divers.

Ces mouvements générèrent une activité exceptionnelle : les milliers d´ouvriers de l´arsenal, de marins et de soldats embarqués, venant de tout le pays et transitant par la ville et le port, des tonnes de marchandises, des milliers de fûts de vin, des munitions en tous genres, des sommes colossales pour payer les soldes ou les factures des munitionnaires, firent vivre à Brest la période sans doute la plus flamboyante de son histoire".

"La défense du port de Brest à l'ère industrielle" par Patrick Jadé. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"Il serait vain d´évoquer les fortifications littorales construites autour de la rade de Brest entre les lendemains de la guerre de 1870 et la Première Guerre mondiale sans les mettre en relation avec les importantes mutations subies par les flottes de combat, en particulier à partir de la fin des années 1850. La révolution de la guerre navale se manifeste concrètement par des progrès considérables dans les domaines de l´armement, de la protection et de la propulsion des navires. C´est par l´artillerie que les flottes commencent leur mutation, dès la première moitié du 19e siècle, entamant un processus séculaire qui la fait passer des canons à âme lisse chargés par la bouche aux canons de gros calibre chargés par la culasse. L´invention de bouches à feu capables de lancer en tir tendu des projectiles explosif en constitue la première étape. L´efficacité des canons-obusiers - dits aussi obusiers à la Paixhans, du nom de l´officier français qui en est à l´origine - sur les murailles des vaisseaux en bois se révèle redoutable. Déjà démontrée par des expériences dès les années 1820, elle s´impose définitivement aux consciences à l´occasion de la guerre de Crimée. Ni l´infortunée escadre turque anéantie par les Russes à Sinope en novembre 1853, ni les vaisseaux français et anglais malmenés par les batteries de Sébastopol lors du bombardement du port en octobre 1854 ne peuvent résister aux obus explosifs. La question de la pertinence du maintien au combat de navires aux coques en bois se pose alors. C´est d´ailleurs directement en réponse à l´introduction des obusiers dans l´artillerie navale que se développe le deuxième aspect de la mutation des flottes de combat dans la seconde moitié du 19e siècle, à savoir la protection des flancs des navires par des cuirasses de fer. Dans ce cas encore, c´est le nouvel épisode de la question d´Orient qui en voit les premières applications concrètes. L´histoire de la construction navale se confond ici avec celle de la fortification côtière, puisque les batteries flottantes cuirassées envoyées par les Alliés en Mer Noire à l´automne 1855 sont initialement prévues pour l´attaque des défenses maritimes de Sébastopol. Malgré la chute de la place avant leur arrivée, elles remettent toutefois en cause les acquis en matière de défense des côtes en ruinant les forts protégeant l´embouchure du Bug et du Dniepr en octobre 1855. Si les batteries flottantes de Crimée ne sont pas encore de véritables cuirassés, le tournant n´en est pas moins pris et il ne faut pas attendre pour que la marine impériale française, suivie de peu par la Royal Navy, ne se dotent de leurs premiers vaisseaux cuirassés de haute mer, la Gloire (1859) et le Warrior (1860). Dès lors, les nouveaux navires de combat se multiplient en quelques années, tant chez les grandes puissances navales que dans les marines secondaires. La décennie qui précède la période étudiée dans le présent chapitre ouvre ainsi un cycle cinquantenaire de lutte technologique entre les moyens d´attaque - l´artillerie essentiellement, même si l´éperon a pu paraître une solution et que les engins sous-marins se développent - et les moyens de défense - la cuirasse. Dans le premier domaine, après l´obus explosif un pas supplémentaire est franchi à la fin des années 1850 avec le rayage des tubes des bouches à feu, procédé permettant d´accroître la portée et la précision des pièces. Dans les années 1860 et 1870, les progrès de la métallurgie rendent possible la fabrication de canons de plus en plus gros et puissants pour tenter de percer des cuirasses se faisant plus épaisses et résistantes. Pour compenser le surcroît de poids, les tonnages des bâtiments augmentent tandis que le nombre de pièces d´artillerie se réduit et que la cuirasse ne protège plus que les parties vitales, ligne de flottaison et réduit central. L´armement quitte les batteries latérales héritées des vaisseaux en bois pour prendre place dans des tourelles à ciel ouvert et de plus en plus, fermées. Après 1885, les explosifs chimiques remplacent la poudre noire pour la propulsion des projectiles (poudre B) comme pour leur charge détonante (mélinite) et augmentent les performances de l´artillerie. Enfin, l´armement se diversifie avec l´introduction de pièces légères destinées à combattre torpilleurs et autres unités légères rapides. Le tableau ne serait pas complet sans évoquer l´invention du couple vapeur-hélice pour la propulsion, qui change la donne de la guerre sur mer tant sur le plan tactique que stratégique. Pour bien prendre la mesure de la rapidité et de la radicalité de cette évolution, et du double défi qu´elle représente donc pour la défense des côtes, il convient de garder à l´esprit qu´au milieu des années 1850, l´adversaire potentiel des fortifications littorales est un vaisseau en bois marchant à la voile et armé de pièces lisses, que dix ans plus tard il est un cuirassé à vapeur portant une puissante artillerie rayée, et qu´en 1914 il est un « dreadnought » rapide et bien armé, capable de combattre à grande distance.

L´irruption du cuirassé sur la scène de la guerre navale à la charnière des années 1850-1860 et la cascade de ruptures d´équilibre qui marque les décennies suivantes affectent directement la défense des côtes. Si un constat peut d´emblée être fait - et il l´est non sans angoisse par les contemporains -, c´est celui de l´inversion du rapport de force entre flottes et fortifications littorales. Jusqu´alors, il est admis que les navires ne peuvent soutenir la lutte avec succès contre des batteries de côte à moins de débarquer un détachement pour les neutraliser. Avec la vapeur, l´obus explosif, le canon rayé et la cuirasse, attaquer frontalement une place maritime devient envisageable. Il serait possible de multiplier les exemples à ce sujet, de la neutralisation du fort Saint-Jean d´Ulloa devant Vera Cruz en 1838 aux nombreuses opérations côtières et fluviales de la guerre de Sécession, sans oublier la guerre de Crimée, en Mer Noire comme en Baltique. L´impact de ces épisodes n´est pas négligeable. Après 1860, une crise de confiance dans les fortifications côtières est perceptible à la lecture des documents relatifs à la défense des côtes. La faiblesse de ces dernières face au péril cuirassé est ressentie d´autant plus vivement en France que la politique de développement de la marine et le rapprochement avec la Grande-Bretagne sous le Second Empire se traduisent par un relâchement des efforts en matière de défense du littoral. La prise de conscience du décalage entre les nouveaux moyens d´attaque et l´état de la défense - à Brest, les ouvrages ont fondamentalement peu évolué depuis Vauban - est également douloureuse dans la France d´après 1870, diplomatiquement isolée et ayant dû revoir à la baisse ses prétentions navales. Personne ne conteste alors que la défense des côtes doit être adaptée à l´ère du cuirassé, mais cette adaptation qui nécessite l´installation de canons de gros calibre et la construction de nouveaux ouvrages est secondaire dans le budget militaire d´un pays déjà engagé dans la réorganisation de son armée et de sa frontière continentale. Il faut donc se résigner à ne défendre que les points vitaux du littoral. De par son importance stratégique pour la marine française, Brest fait partie de ces points. Les bases équipées en moyens de réparation et d´approvisionnement sont en effet devenues plus nécessaires aux flottes à vapeur, tributaires de leurs machines. Ce « principe de la diminution du nombre des centres d´action au profit de leur résistance » (1) est loin d´être une idée neuve dans les années 1870. Il s´inscrit en fait dans un mouvement entamé dès la révision de la défense des côtes en 1841 en réaction aux débuts de la révolution navale. Si cette tendance à la concentration de la défense pour faire face au cuirassé est due en partie à des préoccupations financières, d´autres innovations issues de la révolution industrielle y contribuent également, cette fois positivement. Outre la navigation à vapeur qui joue aussi en sa faveur, le chemin de fer et le télégraphe électrique favorisent la réaction rapide du défenseur en cas d´agression, le dispensant de maintenir un chapelet de batteries sur les côtes. De fait, sur la période étudiée, la fortification des côtes tend à se confondre avec celle des grands ports militaires. Brest, à l´image des quatre autres arsenaux français, est une place forte maritime dont le périmètre défensif est en inflation constante. Avant 1870 la « Place de Brest » se limite à l´enceinte doublée des forts terrestres et aux batteries de la rade, de la pointe du Portzic à celle de l´Armorique. Quélern et Le Conquet sont des places indépendantes, bien que liées à la défense de Brest. Vers 1875, la dénomination officielle devient « Place de Brest-Quélern », qui regroupe toutes les positions de la rade et du goulet. Enfin, après le rattachement de l´île d´Ouessant vers 1888, le dispositif de défense centré sur l´arsenal du Ponant prend le nom de « Place de Brest-Quélern-Ouessant » avec des dépendances dans la baie de Douarnenez et l´Aber Wrac´h.

Une place forte maritime telle que Brest a la particularité de pouvoir être attaquée par mer aussi bien que par terre. Il serait tentant de penser que dans le deuxième cas de figure la défense ne diffère pas de celle des places fortes continentales. Or il n´en est rien. Non que le port ne puisse faire l´objet d´un investissement par une armée d´invasion venue de l´intérieur : il est seulement jugé absurde d´envisager de le défendre dans ces conditions. Une attaque terrestre de Brest reste dans ses fins comme dans ses moyens une opération de guerre navale. L´hypothèse est celle d´un raid mené par une troupe débarquée dans ses environs immédiats pour soit prendre la ville par surprise, soit la bombarder, le but n´étant pas de se maintenir mais de détruire l´arsenal ou la flotte. Ce type d´opération caractérise depuis le 17e siècle la nation qui demeure le principal adversaire potentiel : la Grande-Bretagne. Les forts de la rive droite de la Penfeld n´ont-ils pas été construits à la fin du 18e siècle en prévision d´une telle tentative ? Contrairement à ce qui pourrait sembler, la révolution navale au 19e siècle ne vient pas renforcer cette menace. Certes, la navigation à vapeur, en permettant aux navires de l´envahisseur de s´affranchir des vents et des courants, rend les agressions plus imprévisibles. Mais cet avantage relatif est compensé par le gain de réactivité fait par le défenseur grâce aux nouveaux moyens de communication et de transport. De plus, les opérations de débarquement sont encore rudimentaires et nécessitent des délais difficilement compressibles. Dans ces conditions, seule une action impliquant des forces relativement réduites, gage de célérité, peut espérer parvenir à ses fins avant une contre-attaque de forces ramenées de l´intérieur du pays. L´assaillant ne peut alors s´encombrer d´un parc de siège, ce qui le prive du bénéfice des progrès de l´artillerie durant la période.

Il n´est donc guère étonnant de constater que de 1871 à 1914, la fortification terrestre permanente du port de Brest connaît une certaine stagnation. Symptomatiquement, l´enceinte urbaine, les lignes de Quélern et les forts extérieurs, construits aux 17e et 18e siècles continuent à être occupés quasiment tels quels jusqu´à la Première Guerre mondiale. Pour les mêmes raisons, aucune suite n´est donnée après 1870 aux projets de compléter à l´Est de la Penfeld la ligne de forts détachés. Les ouvrages du Guelmeur et de Pen-ar-Créac´h, résultats du début d´exécution à la fin du Second Empire d´un programme de cinq forts, restent inachevés. De même, le fort envisagé au début des années 1880 pour contrôler la vallée de l´Elorn n´est jamais entrepris. La presqu´île de Crozon pourrait apparaître comme l´exception à ce déclin de la fortification terrestre sur les rives de la rade de Brest. Y sont effectivement construits vers 1885 les deux ouvrages modernes que sont le fort de Crozon (1883-1886) et le réduit de Landaoudec (1885-1887), afin de doubler les lignes de Quélern et renforcer ainsi la protection du flanc Sud de la place. Mais ils ne doivent toutefois pas faire illusion. Déjà tardifs par rapports aux autres forts dits « Séré-de-Rivières », ils ne sont pas non plus remaniés quand les obus explosifs à grande capacité - ou « obus-torpilles » - rendent obsolète cette génération d´ouvrages à partir du milieu des années 1880. Certes, l´un des magasins à poudre du fort de Crozon est bétonné en 1902, mais c´est par crainte d´un bombardement naval accompagnant une tentative de débarquement dans l´anse de Morgat.

À la modestie des fortifications permanentes protégeant immédiatement l´objectif supposé d´une attaque terrestre s´ajoute la disparition presque totale des ouvrages assurant en amont l´interdiction des points favorables à un débarquement. Ces derniers sont rares dans la région brestoise, leur nombre diminuant en ce dernier tiers du 19e siècle du fait de l´accroissement des portées de l´artillerie qui permet aux batteries de la place d´en tenir directement sous leur feu, à l´image des anses de Bertheaume ou de Camaret. Subsistent donc principalement, du Nord au Sud, l´Aber Wrac´h, l´anse des Blancs Sablons et le Nord de la baie de Douarnenez. Ces trois zones ont encore été fortifiées sous la Monarchie de Juillet, la Seconde République et le Second Empire. La Troisième République voit disparaître leurs batteries, dans un premier temps désarmées en 1876 puis définitivement déclassées en 1889. Pourtant, la disparition de la fortification permanente est loin d´être une évidence dans ces trois cas, auxquels il faut adjoindre l´île d´Ouessant pour être exhaustifs dans l´évocation des « défenses extérieures » de la place de Brest. Il convient toutefois de parler davantage de velléités que de réalités, puisque rares sont les projets ayant été concrétisés. Le programme arrêté par la Commission de défense des côtes en 1876 prévoit encore ainsi la constitution de positions d´artillerie de côte dans le fort Cézon à l´entrée de l´Aber Wrac´h, au Nord de la plage des Blancs Sablons et à la pointe de Kermorvan, à la pointe du Kador et sur l´île de l´Aber dans l´anse de Morgat. Lors de la révision du programme en 1888, la Commission d´étude pour la défense du littoral (désormais CEDL) supprime tous les projets de batteries de la côte Nord, malgré les voeux des commissions locales en faveur de l´Aber Wrac´h, mais conserve ceux de l´anse de Morgat. Ceci ne doit cependant pas faire illusion : les batteries projetées n´ont plus pour fonction première d´empêcher les débarquements mais de couvrir le fort de Crozon, pivot de la défense terrestre, contre un bombardement naval. C´est d´ailleurs pour servir à l´infanterie et à l´artillerie de campagne que certaines fortifications antérieures sont conservées : ainsi les trois redoutes des Blancs-Sablons où sont remisées jusqu´en 1914 la dizaine de pièces de campagne destinées à la défense de l´anse, le réduit et la batterie de Trégana dans l´anse de Bertheaume, ceux de Rulianec et de Postolonnec ainsi que le retranchement de la plage de Morgat. Dépendantes de la défense mobile des côtes apparaissent aussi les dernières tentatives pour réintroduire des ouvrages permanents dans l´Aber Wrac´h au tournant des années 1890-1900 : il s´agit alors de protéger le poste de refuge pour torpilleurs contre les attaques de croiseurs, ou du moins de destroyers, non de battre les grèves. Une batterie de campagne à installer à la mobilisation est prévue à cet effet. Cette tendance au maintien de fortifications à contre-courant des doctrines officielles s´explique avant tout par l´éloignement de ces différents points favorables aux débarquements du corps de la place, notamment en presqu´île de Crozon du fait de l´obstacle représenté par la rade. Ceci est encore plus vrai pour Ouessant, dont le cas particulier de position insulaire doit être traité à part. Durant la période 1871-1914, l´île a une place importante dans le dispositif centré sur l´arsenal de Brest. « Sentinelle avancée » de la place si elle reste à ses défenseurs, ou, dans le cas contraire, base d´opération pour l´ennemi se proposant d´attaquer le port ou d´en faire le blocus. Elle est à l´arsenal du Ponant ce que Groix, Oléron et les îles d´Hyères sont à Lorient, Rochefort et Toulon, comme elle rattachées aux places fortes maritimes vers 1888. Pourtant sa fortification est l´objet de longs débats durant toute la seconde moitié du XIXe siècle, retardant d´autant la construction du fort devant servir de réduit, élément principal de la défense des îles dans la théorie de la défense des côtes. Déjà présent dans le programme établi par la commission de 1841 en complément de batteries de côte effectivement réalisées dans les années 1860, il n´est entrepris qu´en 1902. Malgré les pressions de la Marine en faveur de batteries pouvant contrebattre des navires, ce fort armé de quatre canons de 75 millimètres sous tourelles blindées rétractables ne doit servir qu´à appuyer l´action d´une garnison d´infanterie et lui servir de refuge ainsi qu´à la population. Les seules batteries de côte - très sommaires - construites en 1899 accueillent les canons de campagne amenés au moment de la crise de Fachoda et laissés en place dans l´attente de la construction du réduit.

La défense terrestre éloignée du port repose donc essentiellement sur des forces mobiles, appartenant directement à la garnison de la place ou au 11e corps d´armée dont elle dépend (2). L´armée de terre contribue à la défense de Brest principalement par le 19e régiment d´infanterie - secondé par le 118e de Quimper -, des éléments des 28e et 35e régiments d´artillerie de Vannes et des détachements de cavalerie (des 3e dragons et 2e chasseurs). En outre, la marine, qui possède ses propres unités jusqu´en 1900, dispose à Brest des éléments des 2e, 6e et 21e régiments d´infanterie et du 2e régiment d´artillerie qui ne sont pas en service outre-mer. Des régiments territoriaux d´infanterie (86e de Quimper et 87e de Brest, essentiellement) et d´artillerie participent également à la défense en prenant le relais des forces d´active en cas de guerre continentale. En 1914, l´ensemble correspond à près de 30 000 hommes. En-dehors du périmètre dépendant directement de la place forte, les unités territoriales et le reste du 11e corps peuvent intervenir pour repousser un débarquement selon des modalités changeantes durant la période. L´efficacité de la contribution de ces troupes à la défense dépend étroitement des moyens de communication et de transport. « Telle plage, telle baie propre au débarquement, sera mieux protégée par un embranchement sur le chemin de fer de ceinture que par des batteries » (3).

Cette « défense mobile » de terre a son pendant naval dans l´organisation de la défense des côtes. La contribution de navires à celle-ci est antérieure à la fin du XIXe siècle, mais elle reste marginale avant l´ère de la vapeur, de l´obus et de la cuirasse. Car c´est bien à la révolution navale que les flottilles doivent leur participation accrue à la défense du littoral. À partir des années 1860, tandis que les fortifications permanentes perdent de leur valeur, l´emploi de petites unités à vapeur cuirassées et souvent lourdement armées apparaît comme une d´alternative. Ainsi, lors de la guerre de 1870, parmi les mesures prises pour mettre l´arsenal de Brest à l´abri d´une hypothétique agression prussienne figure le déploiement de batteries flottantes cuirassées similaires à celles construites durant la guerre de Crimée. Cinq ans plus tard, le préfet maritime fait état de la présence à Brest des batteries flottantes Arrogante et Refuge, du bélier cuirassé Tigre et du monitor Onondaga, racheté aux Etats-Unis en 1867 (4). Ultérieurement, outre ce dernier, servent à Brest les gardes-côtes cuirassés issus du programme de 1872 Tempête, Fulminant et Tonnerre, de conception d´ailleurs inspirée des monitors américains. Leur rôle est de combattre les incursions ennemies en rade ou d´escorter l´envoi de renforts à Ouessant. Encore utilisé dans les années 1880 et 1890, ce type de navire décline au début du 20e siècle, considéré comme faisant inutilement double emploi avec les unités de haute mer. Parallèlement aux gardes-côtes se développent de petites embarcations rapides destinées à l´attaque des navires au moyen de charges explosives, d´abord portées au bout de hampes puis surtout lancées via des vecteurs automobiles . Le premier torpilleur du port de Brest, le n° 7, est mis au point dans les années 1870 par l´ingénieur des constructions navales d´Ambly et le mécanicien principal Juhel. Les torpilleurs dits « de défense mobile » ont la faveur des autorités navales françaises à partir des années 1880, même si leur efficacité opérationnelle est sujette à caution. Basés principalement dans les grands ports - Brest en accueille vingt-quatre en 1889 -, ils disposent sur la côte de postes de refuge et de ravitaillement leur assurant le nécessaire pour mener leur « petite guerre » littorale contre des forces navales ennemies. À la veille de la Grande Guerre, ils sont de plus en plus secondés par des sous-marins (cinq à Brest en 1912).

Les torpilleurs sont le volet mobile de ces armes nouvelles dans lesquelles se placent les espoirs des responsables de la défense des côtes pour rééquilibrer le rapport de force avec les flottes cuirassées. Le terme générique de « torpilles » désigne dans la seconde moitié du 19e siècle indifféremment tous les types d´engins explosifs sous-marins, ancêtres des mines et des torpilles proprement dites. Comme d´autres innovations contemporaines, ils ont reçu le baptême du feu lors de la guerre de Crimée, et plus encore durant la guerre de Sécession. Moyens efficaces d´interdire des passes étroites, il n´est guère étonnant que leur emploi ait été tôt envisagé dans le goulet de Brest. Dès la fin du Second Empire, les projets de barrages de torpilles fusent. Mais les espérances en ces dispositifs sont mises à rude épreuve par les conditions naturelles régnant dans le goulet : trop grandes profondeurs, fonds rocheux, courants violents, tempêtes fréquentes sont autant d´obstacles au bon fonctionnement des engins. Au final, il faut se contenter à partir de la fin des années 1870 d´une unique ligne de torpilles de fond à déclenchement électrique dans la seule passe Sud, la moins profonde, entre la roche Mengant et la pointe de Cornouaille. Les deux observatoires nécessaires à la mise à feu (6) sont construits en 1878, l´un au sommet de cette dernière, l´autre à mi-chemin du fort Robert ; ils sont toujours actuellement visibles. La possibilité d´installer ce barrage sous-marin en cas de risque d´agression subsiste jusqu´en 1911, quand il est remplacé par un autre de mines plus modernes entre la pointe de Créac´h Meur et le Toulinguet. Encore plus insatisfaisantes se révèlent les tentatives d´établir au ras de l´eau des batteries capables de lancer des torpilles automobiles, alors même qu´elles ont pour but de pallier l´impossibilité de placer des torpilles fixes dans la partie Nord du goulet. Elles n´ont d´ailleurs jamais dépassé le stade des essais visant à établir les corrections à apporter au lancement des engins en fonction des courants, les conditions météorologiques ayant eu raison des capacités encore limitées des premières torpilles. La principale réalisation liée à ces essais est la construction en 1873-1874 sur la côte un peu à l´Est du fort du Mengant - puisqu´il s´agissait de battre la passe Nord dans l´axe de la ligne Cornouaille-Roche Mengant - d´un tube expérimental de lancement sous-marin pour torpilles Whitehead, intégré dans une cale en maçonnerie et doublé d´une cabane pour les instruments de mesure. Il n´est pas impossible que ses vestiges, encore bien conservés bien qu´à l´abandon, soient les plus anciens d´une installation lance-torpilles à partir de la terre. La plupart des lancements ultérieurs se font à partir de navires ou de pontons, certains ayant même abouti dans les années 1890 à des résultats positifs imputables à l´amélioration des performances des torpilles, sans que cela ne se traduise par la construction d´un ouvrage opérationnel quelconque. Après l´abandon de la question dans les années 1900, elle refait fugitivement surface en pleine Première Guerre mondiale quand en 1915, un officier de marine dirigeant un des services de la défense du port propose de compenser le désarmement récent de certaines batteries du goulet par l´installation de deux batteries de tubes lance-torpilles, près de la pointe de Cornouaille et du fort Robert. En 1942, c´est précisément dans les parages de ces deux positions que les Allemands construisent deux casemates pour le lancement de torpilles. Au final, si les « défenses sous-marines » se révèlent décevantes dans le cas brestois - ce qui n´est pas vrai pour les autres ports militaires -, elles préfigurent un emploi ultérieur de ces armes plus massif et plus efficace, et ce dès le premier conflit mondial.

En attendant, la défense de Brest contre une attaque maritime repose avant tout sur l´artillerie de côte. Dans ce domaine l´effort principal a lieu entre le milieu des années 1870 et la fin des années 1890. Au lendemain de la guerre de 1870, la situation des batteries du goulet et de la rade n´est guère reluisante : « Malgré les profondes modifications survenues, depuis 20 ans, dans les moyens d´attaque par mer, on en est toujours à Brest, au système des fortifications inauguré par Vauban, contre les marines à voiles » (7). Le fait est que les efforts d´adaptation aux nouvelles conditions ont été faibles à la fin du Second Empire. La réflexion ne porte alors que sur l´introduction sur les côtes d´une artillerie de gros calibre similaire à celle des flottes. Il faut d´ailleurs attendre les mesures d´urgence de la fin 1870 pour qu´elle se traduise concrètement par l´installation dans certaines batteries du goulet de canons débarqués d´unités de la flotte. Ceci reste le mode d´amélioration des défenses durant toute la première moitié de la décennie, dans l´attente des résultats de la révision globale des fortifications littorales, entamée dans l´année 1872. Le programme d´armement et de construction établi par la Commission de défense des côtes à partir des travaux de ses délégations siégeant dans chaque arrondissement maritime commence à être appliqué à Brest en 1877. Dans l´organisation nouvelle des fortifications côtières, le maître ouvrage reste la batterie. En matière d´armement cependant, elle consacre définitivement l´emploi d´une artillerie en fer et acier, rayée, à chargement par la culasse et de très gros calibre de type naval - ce dernier point n´ayant du reste rien de nouveau. À Brest les calibres employés pour les canons ne descendent désormais pas au dessous de 16 centimètres, c´est-à-dire 30 livres, le plus fort calibre en usage auparavant. Quant aux plus grosses pièces, leur diamètre intérieur atteint 32 centimètres, pour des poids de plusieurs dizaines de tonnes (8). Les projectiles lancés sont de deux types : massifs, pour la perforation, ou remplis d´explosif. Ceci renvoie au fait que la fin du 19e siècle conserve la distinction entre batteries basses et batteries hautes, batteries de tir de plein fouet et batteries de tir courbe, batteries « de rupture » et batteries « de bombardement ». Les premières, munies des canons les plus puissants, sont plutôt affectées à la défense des passages importants par leur tir à courte distance visant à percer les cuirasses des navires protégeant la flottaison, les machines ou l´artillerie. Les secondes sont installées de préférence en hauteur pour couvrir de leur feu des espaces plus dégagés. Utilisant des calibres plus faibles, elles visent les parties moins protégées des navires, notamment les ponts. Schématiquement, il serait possible de définir comme suit leur répartition dans le dispositif brestois : en avant du goulet - le « vestibule » - et dans la rade, batteries de bombardement ; dans le goulet, batteries de rupture. Mais l´étude plus approfondie des ouvrages montre qu´il faut nuancer ce tableau. La rade est la première à bénéficier entre 1877 et 1882 de la concrétisation du programme de 1876. Il a en effet été jugé prioritaire d´y interdire le séjour d´une force ennemie plutôt que de chercher à lui empêcher le franchissement du goulet. Les projets initiaux, notamment ceux de la commission locale soutenue par le préfet maritime, sont ambitieux : fort de mer inspiré de ceux de Portsmouth sur les bancs de Saint-Pierre ou de Saint-Marc, ouvrages cuirassés, tourelles, débauche de pièces lourdes. Les instances parisiennes ne tardent pas à réduire ces prétentions, au grand dam du vice-amiral Méquet. Le dispositif adopté n´en est pas moins impressionnant : près de 90 canons répartis entre vingt-six batteries, de la pointe du Porztic à celle des Espagnols via l´avant-port, la presqu´île de Plougastel et le Nord de la presqu´île de Crozon. Distinguer pièces de rupture et pièces de bombardement est difficile car elles sont très imbriquées. Dans ces premiers temps de la réorganisation en effet, malgré la modernisation de l´artillerie, la répartition des pièces dans les ouvrages correspond encore à des réflexes hérités de la période précédente. Panachage de calibres, pièces isolées : l´impression est souvent donnée que les nouveaux canons ont simplement remplacé plusieurs anciens. Cette tendance disparaît dans les réalisations ultérieures. Dans la première moitié des années 1880 elles concernent principalement le vestibule. Les batteries y ont pour rôle de tenir l´ennemi à distance par un tir de harcèlement, ou du moins de lui infliger des premiers dégâts s´il passe à l´attaque, et correspondent donc bien à la définition des batteries de bombardement : calibres légèrement inférieurs et placement en hauteur. Elles sont regroupées sur quelques grandes positions : Bertheaume, Toulbroc´h, Minou, Capucins, Trémet, Toulinguet. Paradoxalement, la mise en état de défense du goulet est la plus tardive. De fait, rien n´y est entrepris avant 1885, moins par désaffection qu´à cause des difficultés à concilier la disposition théorique de son armement et la morphologie de ses rives. Les passes étroites doivent être battues par des pièces de gros calibre faisant du tir de rupture, et pour cela, devant être placées la plus près possible du niveau de la mer. Mais le goulet de Brest est encaissé entre des falaises tombant à pic. Une fois écarté dès 1876 les projets pharaoniques de forts sur la roche Mengant ou le plateau des Fillettes, la question subsiste : où mettre les batteries basses ? Trois réponses sont apportées à ce dilemme. Ne pas construire de batteries basses : radical, mais peu satisfaisant ; c´est pourtant ce qui est décidé en 1880 pour une partie de l´armement prévu - plus de la moitié, en fait (9) -, qui doit donc être placé au sommet des falaises. Il en résulte des batteries bâtardes dont certaines sont reconnues plus tard comme parfaitement inutiles, comme à la pointe des Espagnols par exemple. Quand il existe des ravins perpendiculaires à la côte, il est parfois possible d´y installer des canons. Cette voie des « batteries de ravins » se révèle être la plus séduisante car elle permet de conserver le tir rasant tout en assurant une bonne protection aux pièces et à leurs servants. La batterie construite en 1885-1886 au fond de l´anse attenante à l´ancien fort du Mengant en est le meilleur exemple. Mais comme de tels sites sont plutôt rares, il faut trouver une troisième solution : « [les] batteries basses, étant adossées au rocher, ne seront tenables qu´à la condition d´être casematées » (10). Elle a déjà été régulièrement envisagée du Premier Empire aux années 1860 pour mettre le personnel de certaines batteries à l´abri des éclats, notamment dans le cas des ouvrages bas du goulet (11). Les progrès de l´artillerie font franchir le pas. Sept casemates pour deux canons chacune sont construites en 1888 - sauf une établie dès 1883-1884 à titre expérimental -, après de longs débats entre services qui manquent de rendre ces ouvrages anachroniques (12).

Car les conditions ne sont plus vraiment les mêmes à la fin de la décennie 1880 que quinze ans plus tôt. Les cuirassés ont vu leur protection se renforcer et leur artillerie gagner en puissance et en diversité. Les torpilleurs, déjà mentionnés du point de vue de la défense des côtes, apparaissent également comme une menace. Le programme de 1888 intègre ainsi dans le domaine de l´armement deux nouveautés : les mortiers et les pièces de petit et moyen calibre. En fait, les premiers étant employés depuis le XVIIe siècle sur les côtes, il convient plutôt de parler de redécouverte. Partant du constat que les ponts des navires sont moins bien protégés que leurs flancs, les responsables de la défense des côtes ont développé dans les années 1880 des pièces rayées de gros calibre capables d´effectuer des tirs en cloche. Le concept séduit. Les premières réalisations précédent même son adoption officielle en 1887, comme au Portzic dès 1883-1884. Et cela même s´il faut rapidement se résigner du fait de la grande imprécision du tir des mortiers à revenir à leur emploi traditionnel de défense des mouillages et des rades, où ils peuvent disposer de davantage de cibles fixes. Les batteries de mortiers de Brest sont principalement construites autour de 1890. L´autre innovation en matière d´armement est directement inspirée par la menace grandissante d´incursions de petites unités rapides dans la rade en vue d´aller y torpiller la flotte française (13). Comme à bord des grands bâtiments, il est procédé à l´installation au cours des années 1890 de batteries de canons légers capables d´effectuer un tir assez rapide pour espérer les toucher, contrairement aux pièces lourdes qui ne peuvent faire feu que toutes les cinq minutes. Les anciennes batteries basses sont d´ailleurs réinvesties à cette occasion. D´autres batteries, armées elles de canons de calibres un peu supérieurs et installées en hauteur, sont initialement une réponse à la multiplication des pièces légères dans les flottes elles-mêmes. Il est craint que si elles ne sont pas contrebattues, leur feu ne rende intenables les batteries lourdes. Celles-ci se voient donc adjoindre des « batteries annexes » pour leur protection. Cette pratique prend fin dans les années 1900, les batteries de moyen calibre prenant alors part à la lutte contre les torpilleurs et destroyers.

Le temps de l´accumulation de l´armement autour de la rade de Brest s´achève à l´orée du 20e siècle. Il y a alors exactement 316 bouches à feu défendant le port de guerre, répartis entre 86 batteries (14). L´ampleur du dispositif ne doit pas leurrer : il est surtout composé de pièces vétustes et de manière générale peu aptes à engager le combat en cas d´urgence. Son amélioration est l´enjeu de la période suivante.

Alors que le système défensif du port de Brest est encore en constitution, la décennie 1890 voit se cristalliser plusieurs problèmes affectant la valeur militaire même des fortifications en construction. Trois questions sont particulièrement préoccupantes : le défi matériel engendré par la course avec les flottes cuirassées, le manque chronique de personnel pour servir les ouvrages, les rivalités entre les deux ministères de la guerre et de la marine. Dans les trois cas, il apparaît que si de nombreuses pièces d´artillerie ont été installées sur les côtes depuis les années 1870, le souci de les rendre pleinement capables de combattre n´a pas marché du même pas. Comme il l´a été montré plus haut, la résolution du premier problème a jusqu´alors été fait sur le mode de l´accumulation : à chaque nouveau progrès des moyens d´attaque correspond une génération d´ouvrages. Parallèlement, l´artillerie déjà en place est peu modernisée. Or beaucoup de canons ont été installés au mieux avant la fin des années 1880, sans compter qu´il s´agit souvent de modèles conçus dans les années 1870 voire 1860. Que peuvent-ils contre les cuirassés des années 1890 et 1900 ? Plus généralement, s´il est vrai que l´artillerie de côte est le reflet de l´artillerie navale, il est plus pertinent de dire qu´elle en est le rebut. Mais les avantages objectifs que lui confère son installation à terre - stabilité, domination, protection - sont longtemps peu exploités. Il n´existe ainsi pas de méthode de tir adaptée, ni d´appareils optiques de visée. Le ravitaillement en munitions est précaire tant qu´il se fait au moyen de brouettes. Le domaine des communications entre les différents organes de la défense est celui qui souffre des plus graves lacunes. Un exemple est particulièrement parlant : en novembre 1900 lors d´un exercice simulant une tentative de forcement du goulet, l´engorgement des lignes télégraphiques conduit à transmettre l´ordre d´ouvrir le feu à la plupart des batteries - pour celles qui le reçoivent - après que l´ennemi est déjà entré, voire sorti, de leur champ de tir. Si la défense du port de Brest se conçoit en théorie de plus en plus comme un tout, dans les faits les ouvrages sont livrés à eux-mêmes et ne peuvent coordonner leur action. L´efficacité de la défense repose donc avant tout sur la saturation de l´espace par le tir simultané de dizaines de bouches à feu. Mais encore faut-il pouvoir déjà obtenir cela.

Car le deuxième problème majeur de la défense des côtes en France est le manque chronique de personnel pour servir les ouvrages. Depuis le 17e siècle, de nombreuses formules ont été mises en oeuvre ou seulement envisagées : milice garde-côte sous l´Ancien Régime, canonniers gardes-côtes sous le Consulat et l´Empire, canonniers-vétérans dans les années 1830, mobilisation des ouvriers des arsenaux de la marine sous le Second Empire... Toutes ont en commun de n´être pas jugées satisfaisantes. Avec la révolution de la guerre navale cependant, et plus particulièrement avec l´adoption de la propulsion à vapeur, le problème se charge d´une nouvelle contrainte. Il ne s´agit plus seulement de parvenir à réunir assez d´hommes, mais surtout d´assez d´hommes à temps pour faire face à des agressions beaucoup plus imprévisibles du fait de la plus grande liberté de mouvement des flottes. D´autant que les besoins ont tendance à s´accroître pour le service de la nouvelle artillerie lourde. Cinq hommes sont jugés suffisants pour un canon avant 1870, mais il en faut plus du double pour une pièce lourde de la période suivante. La complexité accrue des armements nécessite également davantage de servants instruits. A l´orée du XXe siècle, il faut près de 6000 hommes pour assurer l´armement de toutes les batteries du port de Brest. Comparées à ces besoins, les ressources dont dispose en permanence le port de Brest apparaissent dérisoires. Le 2e régiment d´artillerie de la marine - 2e régiment d´artillerie coloniale après 1900 - dispose d´environ neuf cents hommes (six batteries), mais ce nombre est tributaire des envois de détachements outre-mer. L´armée de terre quant à elle entretient de une à trois batteries des années 1870 à 1914, appartenant d´abord au 28e régiment d´artillerie de Vannes, puis aux 15e et 18e bataillons d´artillerie de forteresse à partir de 1883, et enfin au 3e régiment d´artillerie à pied après 1909. Au maximum, donc, environ 1300 canonniers au total. En 1898, il manque ainsi 368 hommes pour le premier armement des batteries de la marine et 296 pour celles de l´armée. « Brest est formidablement armé, mais nous manquons d´hommes à mettre derrière les canons qui la protègent » (15) reconnaît le ministre de la marine Edouard Lockroy lors des grandes manoeuvres du mois d´août à Brest. La même année, l´évènement qui met en lumière cette carence est la crise diplomatique de Fachoda et la période de tension franco-britannique qui l´accompagne. Quand il faut songer à garnir les batteries des ports dans l´éventualité d´un conflit, la marine doit demander que des unités stationnées dans les places de l´intérieur soient envoyées en urgence sur les côtes. La crise de la fin 1898 fait trembler rétrospectivement les responsables de la défense des côtes : « les évènements survenus récemment ont permis de constater que dans la plupart des places du littoral, les garnisons existantes eussent été insuffisantes pour assurer la défense de la 1ère heure telle que l´imposent l´infériorité si marquée de nos forces navales et la difficulté de faire appel en temps utile aux éléments de nos réserves » (16). Ces réserves sont d´abord composées des réservistes des unités d´artillerie d´active proprement dites, puis des « auxiliaires » affectés dans les ouvrages aux tâches ne nécessitant pas une compétence particulière : manoeuvre de force des pièces et transport des munitions. Ils sont normalement fournis par la territoriale et les vieilles classes de l´inscription maritime. Comme le souligne le document cité plus haut, le principal inconvénient de ces ressources est qu´elles ne sont disponibles que plusieurs jours après la mobilisation. Or il est surtout craint une attaque maritime dès, voire avant, la déclaration de guerre. Dans ce domaine, la rationalisation consiste donc à gérer au mieux ce moment délicat. Le logement des servants sur place, qui s´était révélé précaire au moment de Fachoda, est amélioré en 1899-1900 par la construction de casernements en dur à proximité des principales positions. Il est également mis au point une planification de l´armement des ouvrages en utilisant les soldats des régiments d´infanterie d´active comme auxiliaires. Les rôles indiquent les batteries prioritaires pour l´attribution des maigres ressources en personnel. De là à supprimer les autres, il n´y a qu´un pas qui est franchi en 1904.

Suite à la décision ministérielle du 29 août, le nombre de bouches à feu est réduit d´un tiers. En 1914, le front de mer n´en compte ainsi plus que 213, formant 58 batteries. Ce sont surtout les positions les plus anciennes et celles de la rade qui sont le plus touchées par les désarmements. Parallèlement apparaît le souci d´améliorer le rendement des ouvrages conservés. Faire mieux avec moins de pièces implique d´améliorer la précision de leur tir. Elle peut l´être notamment par l´augmentation de la cadence de tir des batteries, le plus grand nombre d´impacts permettant de mieux régler le tir sur les cibles mobiles que sont les navires. Il convient de rappeler qu´une pièce lourde entre les mains de servants entraînés ne peut espérer tirer au mieux qu´un coup toutes les cinq minutes. Les ouvrages sont donc réorganisés à partir de la fin des années 1890. Le nombre de pièces par batterie est ainsi fixé à quatre au minimum pour obtenir un tir à peu près continu. Au besoin il en est rajouté dans certaines comme au Minou ou aux Capucins. Les améliorations portent aussi sur la rapidité de manoeuvre des pièces : freins de recul plus efficaces, dispositifs électriques et hydrauliques, bientôt affûts dits « à tir rapide ». Pour que le ravitaillement en munitions puisse suivre le rythme, l´installation de voies ferrées pour wagonnets est systématisée, de même que celle de monte-charges dans les magasins souterrains. Avec l´adoption du béton armé par le génie en 1897 il devient possible de stocker en toute sécurité à proximité des pièces la totalité de leur approvisionnement en munitions dans des magasins dits « à débit rapide ». Les batteries de Toulbroc´h et de Trémet qui sont remaniées après 1904 pour recevoir des nouveaux canons lourds à tir rapide sont dotées de telles soutes en béton armé.

Dans le même temps, des efforts sont faits pour doter l´artillerie de côte de méthodes de tir adaptées, mais aussi d´appareils de visée permettant notamment de pallier l´absence de repères à la surface de la mer et de combattre aux grandes portées permises par les pièces de gros calibre (17). L´armée dispose de ce point de vue d´un outil précieux avec son appareil de pointage automatique Deport mis au point dans les années 1880 par l´officier d´artillerie plus connu pour sa contribution à la conception de canon de 75. La marine l´utilise d´ailleurs aussi, conjointement à un télémètre « maison » conçu par un officier d´artillerie de marine. Contrairement à l´appareil Deport qui s´applique directement sur les pièces, le télémètre Audouard nécessite des installations spéciales à proximité des batteries. Il est toujours possible de voir dans les environs de Brest de ces petits postes bétonnés dont trois ont même conservé leur toiture légère en tôle, à Toulbroc´h et au Minou. Le processus de rationalisation est à l´origine du développement d´autres organes annexes, signes du passage de la défense de la rade et du goulet de la juxtaposition de batteries au dispositif raisonné et coordonné. Vers 1900, la plupart des batteries reçoivent un poste de commandement à chaque aile (18), constitué d´une petite plate-forme à ciel ouvert reliée par tuyau acoustique à une cabine téléphonique, voire un poste télégraphique, situés en contrebas. Avec l´organisation à la même époque de groupes rassemblant plusieurs batteries pour faciliter leur action commune, apparaissent sur certaines positions des postes plus importants, dits « de commandement de groupe », qui rassemblent un observatoire et plusieurs locaux pour le téléphone, le télégraphe et le matériel pour les signaux. Le réduit construit en 1884 pour défendre contre la terre la position de Toulbroc´h accueille après 1904 le poste central de commandement du front de mer. La mise en place d´un réseau de communication reliant tous ces organes est poussée à la veille de la Grande Guerre. Parmi ceux-ci figurent les postes de projecteurs.

La question de l´éclairage, si elle apparaît dès les années 1880, n´en est pas moins intimement liée à la phase de rationalisation des premières années du 20e siècle. La crainte d´une attaque nocturne, en particulier par des torpilleurs, amène les responsables de la défense de Brest à envisager de garnir les rives du goulet de projecteurs électriques. Le premier appareil est installé en 1884 dans la batterie basse de la pointe de Cornouaille pour les besoins de la ligne de torpilles de fond. Deux autres sont établis la même année à Toulbroc´h et à la Fraternité (19) pour réaliser des essais de ligne de surveillance des approches du goulet. Avant la fin de la décennie, des projecteurs sont attestés sur l´îlot des Capucins, au fort Robert et au Mengant. Ils sont bientôt complétés par ceux du Dellec, du Portzic et de la pointe des Espagnols. En 1895, il y a déjà treize projecteurs dans le goulet. S´ils ne sont alors pas encore classés selon un rôle précis à tenir, la distinction entre « feux de reconnaissance » et « feux de tir » commence néanmoins à être faite. Les premiers sont généralement dotés des lampes les plus puissantes et portant le plus loin (cinq kilomètres pour les projecteurs de 150 centimètres de diamètre). En 1904, ils sont quatre, groupés deux par deux à Toulbroc´h et aux Capucins, dont deux fixes pour former un barrage lumineux permanent, et deux mobiles - dits « chercheurs » - pour fouiller l´horizon en avant de ce dernier. Les autres sont affectés aux groupes de batteries dont ils doivent éclairer les cibles après qu´elles ont été interceptées par les projecteurs de reconnaissance. Le plan d´éclairage est revu en 1900, 1904 et 1907 pour le faire coïncider avec la réorganisation des batteries. La concrétisation de la dernière étape n´est pas encore achevée en 1914, malgré les efforts entrepris en ce sens à partir de 1909. À la veille de la guerre, vingt-et-un projecteurs sont en place ou en cours d´installation sur l´ensemble du front de mer de la place de Brest.

Tous ces « postes photo-électriques », pour reprendre la terminologie de l´époque, s´organisent autour de trois composantes principales. Tout d´abord l´abri-usine dans lequel est placé la machine - à vapeur, chauffant soit au charbon soit au pétrole, puis parfois diesel - et la dynamo fournissant le courant électrique. Ces abris sont voûtés dans les années 1880-1890, pour prendre ensuite la forme de bâtiments rectangulaires plus simples. S´ils sont de plus en plus construits en béton, ils n´en sont pas pour autant à l´épreuve des coups, raison pour laquelle ils sont installés en retrait de la côte ou dans des replis du terrain. Des réservoirs à combustibles et à eau leur sont généralement associés. Des câbles souterrains les relient aux emplacements de la ou des lampes électriques - les postes doubles sont courants - installés en contrebas. Ceux-ci se composent de la plate-forme de combat et d´un abri où est remisé l´appareil dans la journée. Mais une grande variété de formes existe : tunnels creusés dans le soubassement d´anciennes batteries basses, casemates en maçonnerie ou en béton regroupant poste de combat et abri de jour ou simples cabanes contre les intempéries où les projecteurs sont amenés après avoir été sortis d´excavations dans la falaise. Une certaine unité s´impose toutefois vers 1910 : presque tous les nouveaux postes comportent des casemates bétonnées aux formes arrondies et remarquablement modernes, similaires d´ailleurs à celles des forts continentaux. Enfin, chaque projecteur est dirigé à distance depuis un petit observatoire placé à l´écart, le plus souvent au sommet de la falaise. Avec l´organisation dans les dernières années de la période étudiée d´un service spécialement chargé d´intercepter et d´identifier les navires voulant pénétrer dans la rade, ces observatoires gagnent le statut de « postes de reconnaissance » et sont donc aussi occupés le jour. Pour aider au bon fonctionnement du système d´éclairage, des règles précises d´emploi des divers feux sont édictées : interdiction de dévoiler les feux prématurément, d´éclairer la même cible ou de découvrir par erreur des ouvrages ou navires amis, etc. Cependant, comme plus largement dans le cas du dispositif d´artillerie, l´appartenance des projecteurs à des services différents ne facilite pas leur action commune.

En France, la question du partage de la responsabilité de la défense des côtes entre les deux départements militaires, guerre et marine, n´a jamais été définitivement tranchée. À l´époque de Louvois et de Colbert comme à la fin du 19e siècle, les deux administrations semblent jouer leur légitimité sur ce champ mitoyen. Les contrecoups de la révolution navale ravivent la querelle en remettant en cause le statu quo hérité de la période révolutionnaire. Une loi de 1791 confie la défense de la totalité du territoire au ministère de la guerre, qui ne manque pas d´ailleurs de faire de ce texte la pierre angulaire de son argumentation. Il existe toutefois des exceptions. À Brest et à Rochefort, la marine a conservé le service de certaines batteries qu´elle avait reçu au 18e siècle. Dans un souci de cohérence et d´unité du service, il est décidé sous la Monarchie de Juillet de confier à la marine les batteries donnant directement sur l´intérieur des rades dans tous les ports militaires. L´ordonnance du 3 janvier 1843 sanctionne la situation existante à Brest et à Rochefort et concède à la marine un certain nombre de batteries à Cherbourg, Lorient et Toulon. Ce qui n´est à l´origine qu´une commodité de service devient une véritable délégation de la défense avec le décret impérial du 12 octobre 1853 qui reconnaît à l´autorité maritime une autorité sur toutes les forces stationnées dans les ports militaires dans le « cas spécial d´une attaque soudaine et imprévue » (20), et ce jusqu´à l´arrivée du général commandant la division territoriale. La vapeur vient d´enfoncer un premier coin dans le monopole du ministère de la guerre sur la défense du territoire. À partir de ce précédent, il est tentant pour les marins ou des personnalités proches de la marine de poursuivre la réflexion et de demander que lui soit confiée la totalité de la défense des côtes sinon des ports militaires. Comme pour le cuirassement, c´est d´Outre-manche que leur vient l´inspiration quand ils demandent l´organisation d´un corps de gardes-côtes rattaché à la Marine. C´est ce que suggère en 1869 le capitaine de vaisseau Grivel dans son De la guerre maritime avant et depuis les nouvelles inventions, ce que propose le député Vandier en 1873 et ce que réclame le vice-amiral Méquet, lorsqu´il siège au Conseil d´amirauté en 1873 ou lors de son passage à Brest comme préfet maritime de 1874 à 1877. Durant toute la fin du 19e siècle, d´autres ont milité en faveur d´un accroissement de la responsabilité de la Marine dans la défense du littoral : le commandant Gougeard, le ministre de la marine de Gambetta, en 1881, l´amiral Aube - le père de la « jeune école » - en 1886 et les parlementaires Lockroy, Fleury-Ravarin et Cabart-Danneville dans les années 1890. À toutes les démonstrations mettant en avant la nécessité de réaliser l´unité de commandement, les ressources inemployées de la marine en hommes - en particulier les inscrits maritimes - et la meilleure qualification de son personnel pour servir l´artillerie de côte, le ministère de la guerre oppose la responsabilité unique de la défense du territoire, le souci de ne pas disperser des moyens déjà faibles et la meilleure qualification de son personnel pour servir l´artillerie de côte.

S´il peut parfois paraître dérisoire, le contentieux n´en est pas moins révélateur du fossé existant entre les conceptions de la défense des côtes des deux départements. La marine souhaite avant tout devenir maîtresse de la défense de ses bases et ne plus dépendre d´un autre ministère non directement intéressé à leur conservation. Ce qui, de fait, revient à demander la responsabilité de presque toute la défense fixe des côtes puisque l´essentiel des fortifications est concentré autour des ports militaires. Dans la mesure où elle estime que la défense des côtes fait partie de la défense du territoire national, la guerre ne peut accepter qu´elle dépende d´une autre administration et redoute que si elle accède à ce desideratum, elle ne créée un précédent et ne s´expose à d´autres demandes. Plus prosaïquement, l´armée de terre sait que dans l´éventualité d´une guerre avec l´Allemagne elle aura besoin de tirer le maximum de la faible démographie française pour assurer ses effectifs, et veut donc se réserver la possibilité de sacrifier la défense du littoral au besoin. La marine n´est pas moins consciente de cet enjeu ; aussi cherche-t-elle à soustraire les troupes nécessaires à la défense de ses ports aux appétits des généraux. Ainsi, sous une - somme toute - banale querelle de services, c´est le dilemme stratégique français entre continent et grand large qui affleure. Si le débat redouble en cette fin de XIXe siècle, c´est que la révolution technologique, en comprimant le temps et l´espace, a bouleversé la situation. Il a été vu que la navigation à vapeur, en rendant les agressions plus imprévisibles et rapides, a contribué à donner la responsabilité de la défense de la première heure des ports militaires aux préfets maritimes. De même, l´inflation des portées de l´artillerie amène à revoir la répartition des ouvrages côtiers entre les deux ministères. Ainsi à Brest, les batteries du ministère de la guerre implantées au-delà du goulet ne sont pas jusqu´alors directement associées à la défense du port. Elles entrent de fait dans le dispositif défensif au cours des années 1880 sans que le cadre réglementaire n´évolue, ce qui ne va pas sans en affecter la cohérence.

Pour tenter d´atténuer les frictions entre services, les règlements sont multipliés : 1890, 1894, 1904, 1913. Le premier d´entre eux est le fruit d´un effort de concertation entre la marine et l´armée de terre entrepris à la fin des années 1880. Partant du principe que le littoral est un théâtre d´opérations mixte mais qu´il est nécessaire d´assurer une unité de commandement, le règlement de 1890 place sous les ordres des préfets maritimes - déjà depuis 1883 gouverneurs désignés en temps de guerre des places où ils siègent - tous les moyens de la marine et de l´armée de terre y concourant dans leurs arrondissements (21). Ce commandement interarmes se retrouve à l´échelon inférieur créé pour la circonstance, les secteurs côtiers, confiés également à des officiers de marine (22). Cette organisation ambitieuse, reprise par le règlement de 1894, s´avère à l´usage être une véritable usine à gaz qui favorise les conflits d´attributions plutôt qu´elle ne les résout. Aussi les secteurs côtiers sont-ils supprimés en 1904. Entre temps, les troupes de marine, qui servaient de base aux prétentions de leur administration à servir les fortifications littorales, sont rattachées en 1900 au ministère de la guerre sous l´appellation de troupes coloniales. Mais par une sorte de chassé-croisé, ce que la marine perd en attribution effective, elle le gagne en responsabilité théorique. En 1901, les préfets maritimes sont faits gouverneurs des ports de guerre dès le temps de paix, avec autorité sur les troupes de l´armée de terre. Le règlement de 1904 institue dans les places fortes maritimes la fonction de commandant du front de mer, confiée à un officier de marine, disposition conservée dans le règlement de 1913. La défense du reste du littoral incombe quant à elle aux commandants de corps d´armée. Au final, il faut constater que les intérêts contradictoires des deux ministères ont été conciliés : la marine commande la défense de ses ports, la guerre garde ses troupes et récupère même celles de la marine. Mais ce compromis est vite remis en cause. Dès les années 1910, l´armée de terre est tentée de récupérer les unités servant les défenses côtières pour combler son retard sur sa rivale allemande en matière d´artillerie lourde de campagne. Les tractations qui ont lieu entre 1912 et 1914 pour donner plus de part à la marine dans la défense de ses ports sont à replacer dans ce contexte. Les positions des deux ministères sur la question se retrouvent alors inversées par rapport aux années 1890 : l´armée veut à tout prix se débarrasser de la défense des côtes, quand la marine temporise en arguant de ses lacunes en personnel. Ainsi, elle renonce soudainement au début 1914 à prendre totalement en charge le service des fronts de mer des cinq ports militaires. Le déclenchement de la guerre européenne, et l´entrée en lice aux côtés de la France de la puissance navale britannique, tranche de fait le débat et aboutit à un transfert massif de moyens humains et matériel des côtes vers le front terrestre".

Notes :

(1) Commission de défense des côtes, Instruction destinée à guider les Commissions mixtes d´officiers de l´artillerie, du génie et de la marine qui devront, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l´armement du littoral, 4 et 19 juillet 1872, page 2.

(2) Lors de la réorganisation militaire de la France après la guerre de 1870, le territoire est divisé en dix-huit régions ce corps d´armée. La 11e région s´étend sur les départements du Finistère, du Morbihan, de la Loire-Inférieure et de la Vendée ; le commandant siège à Nantes.

(3) CEDL, Instruction destinée à guider les Commissions mixtes de l´artillerie, du génie et de la marine qui devront, dans chaque arrondissement maritime, procéder à la révision de l´armement du littoral, 11 juin et 1er juillet 1887, page 8.

(4) Le bélier est un navire à vapeur combattant à l´éperon ; après un engouement dans les années 1860, il passe rapidement de mode. Le monitor, du nom du premier navire de ce type, construit pour la marine fédérale lors de la guerre de Sécession, est un bâtiment cuirassé bas sur l´eau et portant une artillerie de gros calibre sous tourelle (s).

(5) Les premières torpilles automobiles sont mises au point dans la seconde moitié des années 1860 à l´arsenal autrichien de Fiume par Luppis et Whitehead. La marine française se dote de torpilles Whitehead en 1873.

(6) Le déclenchement des torpilles de fond se fait au moyen d´un courant électrique. L´observatoire placé en retrait de la ligne détermine quel engin actionner en fonction de la route de la cible, et ferme le circuit correspondant. L´observatoire situé dans l´axe n´a plus qu´à faire de même au moment où le navire passe sur la ligne, et la bonne torpille explose au bon moment.

(7) Service historique de la Défense, département Marine, Brest (désormais SHD-DMB) / 2 A 614 / lettre du préfet maritime au ministre de la marine, 15 juin 1877.

(8) Par exemple, le canon de 32 centimètres modèle 1870-84 pèse 48 tonnes sans son affût.

(9) 44 canons sur les 71 prévus.

10) SHD-DMB / 2 A 601 / lettre du préfet maritime au ministre de la marine, 23 juillet 1875.

(11) Des expériences de tir sont faites dans ce but à la batterie Vauban de la pointe des Espagnols en 1854.

(12) La construction des casemates après la crise de « l´obus-torpille » conduit d´ailleurs souvent à les interpréter à tort comme une réponse à celle-ci.

(13) Crainte justifiée a posteriori par l´attaque surprise de la flotte russe à Port-Arthur par des torpilleurs japonais le 8 février 1904.

(14) Dont 184 pièces en 53 batteries pour les canons de gros calibre, 28 pièces en 8 batteries pour les mortiers, 48 pièces en 11 batteries pour les canons de moyen calibre et 56 pièces en 14 batteries pour les canons de petit calibre. Service historique de la défense, département Armée de terre, Vincennes (désormais SHD-DAT) / 3 W 57 / direction d´artillerie de Brest, situation des forts et batteries au 1er janvier 1901.

(15) La Dépêche de Brest, 8 août 1898.

(16) SHD-DAT / 7 N 1894 / note du 1er bureau de l´Etat-major de l´Armée, exposé sommaire des questions à soumettre à la commission interministérielle chargée de procéder à la révision des dispositions prévues pour la défense du littoral, vers 1899.

(17) Alors qu´elles peuvent tirer à dix kilomètres, leur emploi est longtemps limité à six kilomètres au maximum du fait des appareils optiques qui ne permettent pas de prendre un navire pour cible à une telle distance.

(18) Afin de pouvoir toujours être au vent des pièces et ne pas être gêné par la fumée des tirs. Cette précaution devient inutile au fur et à mesure que la poudre sans fumée remplace la poudre noire.

(19) Sur l´îlot du Diable. Jugé mal placé, il est transféré l´année suivante aux Capucins.

(20) Décret impérial du 12 octobre 1853, portant que les préfets maritimes sont, en cas d´attaque imprévue, chargés de la défense des ports militaires, et que l´autorité sur les troupes de toutes armes est temporairement concentrée dans leurs mains.

(21) Le littoral français est divisé en cinq arrondissements maritimes, correspondant aux cinq arsenaux de la marine. Le deuxième arrondissement, de Brest, s´étend de la côte Ouest du Cotentin au Sud-Finistère.

(22) Les secteurs côtiers sont au nombre de dix-neuf. Brest dépend du 7e secteur, compris entre les embouchures du Douron et de l´Aven.

Choquet d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

"Famille normande de l'archevêché de Rouen, originaire de Roncey, fixée dès le début du 18e siècle à Brest.

Plusieurs écrivains et commissaires de la marine.

1764, Antoine Choquet de Lindu.

Né à Brest le 7 novembre 1712.

Père : Nicolas, natif de Roncey, mort à Brest le 24 mai 1731, écrivain du roi, receveur de Très Haut et Très puissant Monseigneur Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, duc de Penthièvre, gouverneur et lieutenant-général de Bretagne, commissaire des poudres, fils d'Antoine, et Marie Tiercelin.

Mère : Catherine Le Maugin, née dans l'évêché du Mans.

Frère : - Jean-Joseph (Brest, 1707-1781), commissaire général de la marine, directeur de l'Académie de Marine entre 1756 et 1767, époux (Saint-Marc, le 6 novembre 1747) de Anne-Elisabeth Dupleix, veuve de Jacques Desnos de Kerjean et soeur du vice-roi des Indes.

Marié à Brest le 23 janvier 1748 avec Marie-Laurence Melier (alias Mellier) (1729 - Brest, 1771), fille d'Alexis, directeur des domaines du roi.

Au moins onze enfants parmi lesquels :

- Marie-Jeanne (1751-1776), épouse (Brest, 28 août 1773) de Claude-Joseph Cambernon de Bréville, capitaine de brûlot,

- Angélique-Barbe-Nicole (1756 - après 1786), épouse (Brest, le 2 avril 1785) de François d'Elino, commissaire de la marine, fils d'Ignace-François-Pierre, conseiller du roi, grand-voyer du Canada.

Mort à Brest le 7 octobre 1790, âgé de 78 ans.

Ecrivain de la marine de 1734 à 1739.

Sous-ingénieur en 1739 et ingénieur de la marine en 1743.

Ingénieur en chef de la marine en 1746 ; succédait à monsieur Ollivier.

"Passé au génie" le 14 septembre 1764 avec commission de capitaine réformé le 27 novembre 1765.

Continua de diriger les travaux du port de Brest sous les ordres de François-Amédée Frézier, directeur de Bretagne.

Rayé de l'état du corps suivant la décision donnée par le ministre de la guerre le 2 avril 1767 "pour avoir manqué à la subordination. Il ne lui a été conservé auun traitement. Il lui a même été défendu de porter à l'avenir l'uniforme du génie".

Retourné à la marine comme ingénieur en chef avec commission de capitaine de brûlot. Chevalier de Saint-Louis et retiré avec 4 000 livres de pension en 1784.

Construisit de très nombreux bâtiments de la marine, entre autres :

- Cales de construction à Bordenave en 1738-1744.

- Chapelle des Jésuites à l'Hôpital Saint-Louis, 1740.

- Forges, prison, boulangerie, lavoir, buanderie, bureaux de l'hôpital maritime, 1742.

- Divers magasins, 1740-1779.

- Bagne et ses dépendances, 1750-1751.

- Plusieurs formes à navire, 1751-1765,

- Fontaines et casernes,

- Hôpital de Pontanez en 1780,

- Salle des spectacles de Brest... etc.

Ecrivit :

- Description des trois formes du port de Brest, bâties, dessinées et gravées en 1757, Brest, 1757, gd in-f° avec pl.

- Description du bagne pour loger à terre les galériens ou forçats de l'arsenal de Brest, Brest, 1759, gd in-f° avec pl.

Membre de l'Académie de marine depuis sa fondation".

L'arsenal ouvert aux civils. Rêvons un peu...

Guillaume Lécuillier, 2005.

"La problématique blockhaus / patrimoine imposé prend toute sa dimension dans le cas de la base de sous-marins de Brest. La ville s´est agrandie et la base est aujourd´hui au coeur de la ville. Cathédrale de béton, la base de sous-marins dérange et fascine. Nombreux sont les promeneurs le long de la route de la Corniche rêvant de pouvoir déambuler en liberté dans l´arsenal (et sans badge !). Si la base allemande dans l´arsenal est toujours exploitée par la Marine Nationale, les sous-marins nucléaires sont partis vers l´île Longue de l´autre côté de la rade de Brest. La base sert donc uniquement aujourd´hui pour le carénage et l´entretien des navires de moyen tonnage qui peuvent rentrer dans les alvéoles.

Avec le désengagement de la Marine dans quelques années (20 ans semble l´échéance la plus plausible), la question de la réaffectation de la base de sous-marins de Brest et de l´ancienne Ecole Navale se posera. La poussée des entreprises secondaires et tertiaires notamment dans le secteur de la plaisance permet d´espérer que la base puisse devenir un nouveau centre attractif : un espace mixte ouvert aux Brestois, disposant d´un accès sur la terrasse de la base (spectaculaire comme à Saint-Nazaire avec sa structure « Fangrost ») et d´un point de vue unique sur le goulet de Brest.

Une bibliothèque de la Mer et un nouveau Service Historique de la Marine (mise en valeur du fonds documentaires exceptionnel de l´Académie de Marine) pourraient prendre place sur le toit ou dans une ou plusieurs des alvéoles de la base. D´autres alvéoles serviraient de quais flottants pour les navires de plaisance, une autre serait réservée aux associations travaillant dans le nautisme ou dans le patrimoine maritime, des entreprises pourraient s´installer dans les autres...

La Direction de la Construction Navale (DCN) conserverait sa place au coeur de l´arsenal tout en profitant d´une ouverture nouvelle sur la ville. Et la base de sous-marins « symbole de la guerre » de devenir enfin un lieu de vie.

Rêvons un peu, dans 20 ans, si l´arsenal et les quais de la Penfeld redevenaient accessibles à tous, des espaces gigantesques seraient à repenser... et à recomposer entièrement. Ce projet serait la poursuite de l´actuelle reconversion du Plateau des Capucins et de la mise en valeur des fortifications et rampes du Cours Dajot. Le système de tunnel ferroviaire passant sous le plateau des Capucins et datant des années 1930 doit servir à structurer une deuxième ligne au tramway de Brest desservant la technopôle de la Pointe du Diable, le Fort du Portzic, la Base de sous-marins, la Tour Tanguy, les quais sous le pont de Recouvrance, le Bâtiment aux Lions (avec un accès direct à la rue de Saint-Malo), et le fond de la Penfeld (« bulle verte » en cours d´aménagement, notamment grâce à la mise en valeur de l´ancien ouvrage fortifié de Quéliverzan datant du 4e quart du 18e siècle). La ligne pourrait se poursuivre sur l´autre rive, du fond de la Penfeld au port de Commerce en passant sous le Château (Musée de la Marine).

Cette ligne de communication entre « éléments clés » de l´arsenal et de la ville « nouvelle » montrerait en outre la sédimentation de l´ancien Brest, reconstruit entièrement après la guerre (Post 1944 : la table rase) ; l´histoire de la ville deviendrait lisible à tous.

Brest doit redevenir une ville maritime forte disposant d´un accès sur la mer autre que celui du port de Plaisance du Moulin Blanc (uniquement accessible par la route ou la ligne de bus n° 7). L´heure est peut-être venue de penser une ville de Brest dans la « mixité » plutôt que de conserver l´actuelle segmentation de la ville, rive droite/rive gauche, arsenal et périphérie. Le succès de l´ouverture des quais lors des manifestations Nautiques de Brest 2004 montre l´envie du public (Brestois ou autres !) de s´approprier ces espaces encore militarisés".

Illustrations

Voir

Voir aussi

juxtaposé : Bretagne, Finistère, Brest, "Festung" Brest codée "B" (document hors requête)
juxtaposé : Bretagne, Finistère, Brest, la Penfeld, Rives et quais (document hors requête)
Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire). (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne, APIB. Renseignements : Centre de documentation de l'inventaire du patrimoine culturel (02 22 93 98 40 / 24)
Page principale
Avertissement : Toute demande motivée de retrait d'illustration sera examinée par le service.
Conception de l'application : Pierrick Brihaye, Malo Pichot, Alain Jenouvrier, Guillaume Lécuillier