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Inventaire général du patrimoine culturel
inventaire préliminaire (Ploubazlanec)
Auteur de la notice : Prigent Guy
Année de rédaction : 2008
Bretagne
Côtes d'Armor
Ploubazlanec
Bourg (le)
Ensemble cultuel dit le 'Mur des Disparus'
Vignette
Vue générale

Désignation

Dénomination : ensemble cultuel
Appellation et titre : 'Mur des Disparus'

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 22210
Aire d'étude : Bretagne
Canton : Paimpol
Milieu d'implantation : en village
Latitude : 48.7846415
Longitude : -3.0828034

Eléments de description

Matériau(x) du gros-oeuvre et mise en oeuvre : schiste ; granite
Commentaire descriptif : Le 'Mur des Disparus' est le mur d'enclos Ouest du cimetière de Ploubazlanec, au centre du bourg et jouxte l'ancien presbytère. Il mesure une centaine de mètres sur une hauteur d'environ 2, 50 mètres. Il est maçonné en moellons de schiste et de granite. Les modestes panneaux en bois, croix et couronnes de perles sont apposés directement sur le mur et forment une série de 'mémoires' ou encore un ensemble cultuel, en souvenir des 'Disparus en mer'.
27 plaques en bois, 'reconstituées', ont été repérées, dont les mesures les plus récurrentes sont de : 70 x 50 cm. 12 plaques plus anciennes en marbre, de dimensions différentes, ont aussi été relevées. Le 'Mémoire' dédié aux naufragés de la 'Mathilde' (1867) mesure 90 cm x 59 cm. La plaque en granite rappelant l'ensemble des naufrages 'à Islande' mesure 88 cm x 65 cm (Fig. 16) . La plaque en marbre en mémoire de Guillaume Caous, mesure 45 x 30 cm.
Etat de conservation : reconstruit à l'identique

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : 3e quart 19e siècle ; 1er quart 20e siècle ; 2e quart 20e siècle ; 3e quart 20e siècle ; 4e quart 20e siècle
Datation(s) en années : 1859 ; 1913
Justification de la (des) datation(s) : daté par travaux historiques
Commentaire historique : Témoignage rédigé par Louis Corouge, ancien adjoint au maire de Ploubazlanec : Progressivement depuis 1859 et seulement jusqu'en 1913, suivant l'impitoyable succession des naufrages particulièrement 'à' Islande, les familles des 'péris en mer' de Ploubazlanec prirent l'habitude d'apposer sur un mur du cimetière, des croix, des couronnes et des panneaux de bois appelés 'Mémoires' parce qu'ils commençaient tous par la formule 'à la mémoire de', 'en mémoire de'. Elles voulaient ainsi perpétuer le souvenir de leurs chers disparus et venaient ici se recueillir et prier devant ce mur, comme les autres familles, dans le respect du culte des morts.
La datation précise de l'ancien cimetière de Ploubazlanec n'est pas connue, cependant, on peut considérer comme Louis Corouge, que l'habitude de fixer sur le vieux mur du cimetière des 'Mémoires', sous la forme particulière de panneaux en bois, est datable du 3ème quart du 19ème siècle, à la suite des premiers naufrages avec pertes humaines des goélettes, armées pour la grande pêche à Islande.
En 1939, la municipalité décidait d'agrandir le cimetière du côté du jardin du presbytère recteur et donc de détruire le 'Mur des Disparus'. Les familles furent invitées à reprendre provisoirement les croix, les couronnes et les 'mémoires', le temps de reconstruire le mur (à des fins de culte mais aussi pour des raisons à la fois touristiques et de patrimoniales). Les travaux furent ajournés à cause de la guerre et d'autres priorités de l'après-guerre. En 1947, on commença à relever les noms des marins disparus auprès des familles et à refaire les premières plaques. Mais ce ne fut qu'au début des années 1950 que le maire et le recteur, après plusieurs réclamations de part et d'autre, demandèrent le retour de tous les 'mémoires' sur le nouveau mur. Cette démarche fut vaine.
Les "mémoires" remplacés par des répliques :
En 1952, d'importantes manifestations eurent lieu à Paimpol pour célébrer le centenaire du premier départ de la goélette 'Occasion' pour l'Islande. La commune de Ploubazlanec voulut alors perpétuer le souvenir de cette période islandaise. Elle décida de donner de donner un nouveau lustre au 'mur des Disparus'. En s'inspirant des propositions de l'abbé Pouhaer et de l'ouvrage de Mgr Kerlévéo 'Paimpol au temps d'Islande', la municipalité installa des plaques neuves de couleur noire dans un ordre chronologique des naufrages. Elle fit inscrire sur le modèle des précédentes les nom des goélettes naufragées et les noms des marins disparus en mer.
En 1992, une seconde restitution et reconstitutions des plaques ou 'mémoires' fut opérée à la demande de Louis Kermarec, un des deux derniers islandais de la commune, en complétant le liste des goélettes ayant sombré en Islande entre 1913 et 1935.
Les 'mémoires' furent replacés dans leur historicité et les panneaux furent en partie refaits, en prenant en compte les 83 années de la pêche 'à Islande'.
Les marins décédés sur les bancs de Terre-Neuve et les graviers de Saint-Pierre et Miquelon ne furent pas oubliés. On rajouta aussi les noms des goélettes dont les membres d'équipage furent sauvés. Le 'Mur des Disparus' reçut encore les noms des marins décédés à bord ou parfois enterrés dans les cimetières islandais.
Désormais, les seuls 'Mémoires' authentiques des 'Disparus' en mer se trouvent sous le porche de la chapelle de Perros-Hamon.

Statut juridique

Statut de la propriété : propriété de la commune

Intérêt et protection

Intérêt de l'oeuvre : à signaler
Nature de la protection MH : édifice non protégé MH
Observations : Le 'Mur des Disparus' mérite d'être signalé pour son intérêt à la fois historique et ethnographique. La liste des bateaux naufragés mérite d'être étudiée et complétée, en rajoutant éventuellement les noms des bateaux loguiviens disparus en mer..

Annexe

Les péris en mer :

L'expression du culte et de la mort des 'péris en mer' n'est pas propre à Ploubazlanec. On retrouve des 'mémoires' dans d'autres cimetières de la côte Nord Bretonne et en Islande (en souvenir des marins bretons naufragés et parfois enterrés en Islande). Le cimetière de la commune de Plouézec, qui fournit le plus grand nombre de marins à la grande pêche, contient plusieurs 'mémoires', dont celui de la goélette 'Butterfly'. Le cimetière de la commune de Pléneuf-Val-André et l'église de Binic contiennent aussi de nombreux témoignages aux 'Disparus en mer'.

Cependant, la liste interminable des marins disparus en mer reste impressionnante sur le 'Mur des 'Disparus' de Ploubazlanec. Elle concerne en particulier les villages de Pors Even, Perros-Hamon et l'Arcouest. Il faudrait rajouter à ces équipages originaires de la commune, ceux des villages voisins de Kérity, Plouézec, Plouha et Pléhédel.

120 goélettes furent perdues de 1852 à 1935 en mer d'Islande et à Terre-Neuve, dont 70 sombrèrent corps et biens ; ce qui porte le nombre de pertes humaines à 2000 pêcheurs de morues, pour l'ensemble du Goëlo. On notera en 1854, le naufrage de la goélette 'Occasion' (sans pertes humaines), en 1859, le naufrage de la 'Marie-Eve' (17 hommes), en 1877, la 'Léopoldine' (22 hommes), en 1887, ceux de la 'Petite Jeanne' et de la 'Catherine' pour lesquels une souscription fut organisée par Pierre Loti. L'année 1901 connut la perte de 6 navires ('Maria', 'Brune', 'Pilote', 'Marie', 'Capelan', 'Gabrielle') et de 117 hommes, laissant 45 veuves et 167 orphelins. Dans le petit village de Kermaria, dans chacune des 14 maisons, un marin noyé. L'année 1905, on déplora la perte du navire 'Cousins Réunis' avec 29 hommes d'équipage et 102 graviers, en 1910, du bateau 'Hygie' avec 25 hommes, en 1928, du 'Bar Avel', perdu corps et biens avec 28 hommes d'équipage et la dernière goélette 'Butterfly' en 1935 (2 hommes perdus en mer), qui clôt cette sombre liste.

L'association 'Pleraneg Gwechall' et son ancien président Louis Corouge, avec l'aide de Patrick Peltier et Pierre Floury ont contribué par leurs recherches à élaborer la liste des navires et marins disparus à la Grande pêche et à leur rendre hommage au musée 'Mémoire d'Islande' à Ploubazlanec.

Illustrations

Voir

(c) Région Bretagne ; (c) Conseil général des Côtes-d'Armor. Renseignements : Centre de documentation de l'inventaire du patrimoine culturel (02 22 93 98 40 / 24)
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