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Inventaire général du patrimoine culturel
Communes littorales des Côtes-d'Armor
Auteur de la notice : Pichouron Patrick
Année de rédaction : 2007
Bretagne
Côtes d'Armor
Saint-Jacut-de-la-Mer
Présentation de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer
Vignette
Saint-Jacut-de-la-Mer, le port du Châtelet à marée descendante
Dénomination : généralités
Numéro INSEE de la commune : 22302
Aire d'étude : Communes littorales des Côtes-d'Armor

Introduction

1- Evolution démographique (1854-1999) : (Patrick Pichouron)

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1854, pop. 1 036 habitants (source : Jollivet).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1886, pop. 1 069 habitants (source : J.-P. Bihr).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1946, pop. 1 167 habitants (source : Insee).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1968, pop. 1 022habitants (source : Insee).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1975, pop. 934 habitants (source : Insee).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1982, pop. 893 habitants (source : Insee).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1990, pop. 797 habitants (source : Insee).

Saint-Jacut-de-la-Mer en 1999, pop. 871 habitants (source : Insee).

2- Saint-Jacut-de-la-Mer : principaux repères : (Patrick Pichouron)

Commune littorale du département des Côtes-d´Armor, Saint-Jacut-de-la-Mer, jadis dénommée Saint-Jacut-de-l'Isle, est une presqu'île de la Côte d'Emeraude située à environ 20 kilomètres au nord-ouest de Dinan et 40 kilomètres au nord-est de Saint-Brieuc.

D'une superficie totale de 292 hectares, ce territoire péninsulaire limitrophe des communes de Créhen et de Trégon au sud, rattaché au continent par un isthme sableux, s'étire sur près de trois kilomètres de long vers le nord, entre la baie de l'Arguenon à l'ouest [fig. 8] et la baie de Lancieux à l'est [fig. 7, 9]. Il possède, du fait de sa position géographique, un patrimoine naturel et paysager de grande qualité, notamment en la présence d'un vaste plateau rocheux au nord formé, d'une part, par l'île des Ebihens, où fut bâtie la tour du même nom de 1694 à 1697 [fig. 6], et, d'autre part, par divers îlots reliés à la presqu'île par un tombolo submersible à marée haute [fig. 10].

Outre le menhir de la pointe du Chevet érigé au Néolithique (7 000 - 2 000 av. J.-C.), de très nombreuses traces matérielles ont permis d'attester l'ancienneté de l'implantation humaine à Saint-Jacut-de-la-Mer, particulièrement au nord de la presqu'île, sur l'île des Ebihens et les divers îlots environnants. Si l'étude de la végétation de l'île des Ebihens a mis en exergue une importante fréquentation humaine dès le 2ème siècle av. J.-C., plusieurs campagnes de fouilles archéologiques ont livré sur cette île les traces d'un village gaulois du second âge du Fer (la Tène finale, 1er siècle av. J.-C.), avec notamment la présence d'un atelier de bouilleur de sel, ainsi qu'un habitat isolé et une nécropole. A proximité, sur un des îlots des Haches, une autre nécropole datant de la fin de l'âge du Fer, à laquelle a probablement succédé un sanctuaire à l'époque gallo-romaine, a également été mise au jour.

Probable démembrement de la paroisse bretonne primitive de Ploubalay, la paroisse de Saint-Jacut-de-la-Mer, ou plus exactement de Notre-Dame de Landouart, a pour origine une abbaye dont la fondation, en un lieu dénommé Landoac, remonterait, selon l'hagiographie traditionnelle, au haut Moyen Age. D'après la Vie latine de saint Jacut, cette abbaye aurait été fondée par les jumeaux Jacut et Guethenoc, frères aînés de saint Guénolé, fondateur de l'abbaye de Landevennec (Finistère). Formés au monastère de saint Budoc, situé dans l'île Lavrec, à proximité de Bréhat, ils auraient établi un monastère désigné sous le nom de Landoac. Mais, à considérer plus précisément ce toponyme, formé avec le vieux-breton lann, monastère, ermitage, et le nom Doac, d'un célèbre saint gallois du 6ème siècle, il apparaît que l'abbaye de Saint-Jacut, Jagu étant la forme bretonne du latin Jacobus, Jacques, aurait succédé à un monastère primitif.

Enclave de l'évêché de Dol dans celui de Saint-Malo sous l'Ancien Régime, à la limite du diocèse de Saint-Brieuc, la paroisse a procédé à l'élection de sa première municipalité au début de l'année 1790 sous le nom de Saint-Jacut, rebaptisé l'Isle-Jacut ou Port-Jacut de 1793 à 1797. Le nom actuel, utilisé pour la première fois lors du dénombrement de la population de 1856, a été officialisé par arrêté préfectoral du 25 janvier 1873.

3- Saint-Jacut-de-la-Mer : le patrimoine architectural : (Patrick Pichouron)

La présente enquête a été réalisée au cours des mois de novembre et décembre 2007 dans le cadre de l'opération d'inventaire préliminaire à l'étude du patrimoine des communes littorales du département des Côtes-d'Armor menée conjointement, depuis février 2002, par le Conseil Général et le Conseil Régional de Bretagne (service de l'Inventaire général du patrimoine culturel).

Cette enquête a permis de procéder au repérage de près de 250 oeuvres, parmi lesquelles 230 relèvent de l'architecture domestique et agricole, y compris l'architecture de la villégiature balnéaire, et 8 de l'architecture religieuse commémorative et funéraire. Outre le repérage de l'ancienne voie ferrée d'intérêt local dite du Guildo à Saint-Briac [fig. 11], quelques magasins de commerces et anciens hôtels de voyageurs [fig. 12], trois moulins à vent, dont celui de l'Isle [fig. 13], deux puits publics et deux écoles ont fait l'objet d'un recensement [fig. 14 et 15].

Au sein d'un corpus dont la datation est comprise entre probablement la fin du 15ème siècle ou le début du 16ème siècle et le 3ème quart du 20ème siècle, 18 oeuvres, y compris la statue monolithe de saint Christophe [fig. 16], ont fait l'objet d'une proposition de sélection en fonction de critères d'ancienneté, de qualités architecturales, d'unicité ou de représentativité.

4- Saint-Jacut-de-la-Mer : le patrimoine maritime et littoral : (Guy Prigent)

La commune de Saint-Jacut-de-la-Mer se caractérise par ses traditions maritimes très liées à l'histoire de l'Abbaye (propriétaire des pêcheries) et aux métiers de la pêche côtière et de l'estran. La géomorphologie de la presqu'île de Saint-Jacut, considérée comme un milieu insulaire à marée haute jusqu'à une période relativement récente (le sillon submersible de 800 m de long ne fut endigué qu'en 1856), explique peut-être ce rapport particulier des Jaguens à la mer, pour en tirer des ressources minérales (carrières de granite, extraction de la marne) et des ressources vivantes (pêche à pied, pêche en mer, conchyliculture), dans un système biocénique variable.

Les 12 oeuvres suivantes du patrimoine bâti de St-Jacut, dont la chronologie s'étend du Néolithique au 3ème quart du 20ème siècle, et qui témoignent de cette histoire, ont été sélectionnées, en fonction des critères généraux de l'Inventaire mais aussi en fonction des critères de réprésentativité de son identité maritime par la communauté locale. Ces choix relèvent aussi de la problématique spécifique de cet inventaire pour le champ du patrimoine maritime :

- le menhir de la Pointe du Chevet, dit "Menhir Duédal"

- l'Abbaye de St-Jacut et son mur-digue d'enceinte

- la pêcherie des Piettes

- la tour des Ebihens

- le puits biblique

- le port du Châtelet

- le port de la Houle Causseul

- la Croix du Sillon

- la Croix du châtelet (Calvaire des Marins)

- la carrière de la Colombière

- la cabane de Petite Roche

- le lavoir de Villeneuve

L'habitat du centre-bourg, regroupé en rangées de part d'autre de l'artère principale (la Grande Rue), en raison de son caractère d'homogénéité architecturale, mérite une attention particulière et peut-être des mesures de protection adaptées (fig. 19) .

Les neuf objets témoins des activités littorales maritimes de la commune et du patrimoine ethnologique sont les suivants :

- le baromètre

- la plaque commémorative des pêcheuses à pied

- les deux rouets pour fabriquer des lignes

- le gabarit pour fabriquer des casiers

- le canot jaguen "Saint-Pierre" (oeuvre déplacée)

- le bateau de pêche "la Mascotte"

- le carnet de marques de pêche

- la carte des noms de lieux du domaine maritime jaguen

- l'auge en pierre.

Leur datation est comprise entre le 4e quart du 19ème siècle et le 1er quart du 21ème siècle.

Cependant, c'est davantage le patrimoine ethnolographique maritime (dont le patrimoine oral, la toponymie nautique, les savoir-faire, le parler jaguen, que nous avons enregistrés) qui donne toute sa valeur symbolique et sa richesse sémiotique à cet inventaire du patrimoine de la commune. Il s'agit de mieux comprendre et d'évaluer cette culture littorale, c'est-à-dire "les liens qui unissent ces habitants des communes littorales et la mer" et comment ces communes se sont développées ou pas, par rapport à la présence de la mer côtière (fig. 22) .

Les textes en annexe apportent leur contribution à la construction de l'identité maritime jaguine. Ils introduisent un bref historique sur la légende du saint fondateur de la paroisse, saint Jacut (saint Jegu en parler jaguen et décrivent la géographie du village et la composition de la population jaguine aux 18ème et 19ème siècles. Ils racontent la nomination du premier maire de la commune en 1790 et soulignent en particulier son sens de l'identité et de l'unité sociale jaguine par rapport aux communes voisines. Une partie du légendaire jaguen de Sébillot est aussi interprété.

Documentation

Document d'archives
AD Côtes-d'Armor : 2 O 302/1, bâtiments communaux.
Documents figurés
AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/16, plans cadastraux parcellaires de 1827, Numplan 1, tableau d'assemblage. Documents consultables sur le site Internet http://archives.cotesdarmor.fr.
AD Côtes-d'Armor : fonds Frotier de La Messelière, 60 J 227 : planches de dessins, de monuments et de sculptures, recueil in-plano (Poudouvre : 74 planches).
Bibliographie
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Annexes

Saint-Jacut-de-la-Mer entre légende et réalité (texte proposé par Guy Prigent)

D'après la 'Vie latine de saint Jacut' (11ème et 12ème siècle), l'abbaye aurait été fondée par Jacut et Guethenoc (frères de saint Guénolé), sous le nom de 'Landoac'.

Notre-Dame-de-Landouart (noté aussi 'Landoal' en 1574, 'Landoual' en 1590, altération de 'Landoac'), enclave du diocèse de Dol dans celui de Saint-Malo, s'étendant sur 292 ha, comprenait aussi l'île des Ebihens. Déjà prospère au début du 11ème siècle, l'abbaye demeura florissante jusqu'au 16ème siècle. Elle eut jusqu'à 14 prieurés, dont deux en Angleterre et quelques 22 cures à sa nomination. Elle avait aussi des possessions étendues en Trégor, autour de Lanmeur et de Lannion.

Dom Noël Mars vint habiter l'abbaye de Saint-Jacut avec ses confrères de la Congrégation de Saint-Maur en l'an 1647. Ce fut durant ce séjour qu'il écrivit la biographie de saint Jacut, premier abbé du monastère de Landouard, dépendant de l'Evêché de Dol (BN. Manus latin 12, 780, fol 435).

Selon Sébillot dans "Légendes chrétiennes de la Haute-Bretagne" (Revue de Bretagne, avril 1891), le territoire de Saint-Jacut, qui était autrefois une île, devint une péninsule, en raison du miracle accompli par saint Jacut. Celui-ci, poursuivi par les soldats venus se saisir de lui à cause de ses prédications pour convertir les Jaguens, pria pour qu'une terre relie cette île au continent et le sauve. Quand il fut passé sur la terre ferme, il se retourna et dit : - 'Tant que le monde sera monde, ceci existera'. C'est depuis ce temps que la paroisse de Saint-Jacut est devenue une presqu'île, avec la 'croix du sillon' qui rappelle ce miracle et la conversion des Jaguens à la foi chrétienne. Saint Jacut rend aussi hommage dans cette histoire au pêcheur jaguen qui le secourut en lui offrant son hospitalité. Il reçut en retour beaucoup de poissons dans ses filets.

Description de Saint-Jacut-de-la-Mer entre le 18ème siècle et le 19ème siècle (texte proposé par Guy Prigent)

En 1756, le chevalier Mazin décrit Saint-Jacut : Saint-Jacut est une presqu'île entourée de deux bras de mer par les extrémités. On y aborde à pied et à cheval, non sans guides, à cause des petits gués qui sont dans la grève où il y a plusieurs parties de sable mouvant. Le village comptait 563 habitant en 1803 et vivait 'au rythme du maquereau' ; 80 ans plus tard, la commune doublait sa population. Selon l'abbé Juhel, c'était la seule commune du canton de Ploubalay à avoir augmenté sa démographie après la Révolution, dont 800 habitants dans le quartier du Chef de l'île (en 1889).

En 1886, la population de Saint-Jacut comptait 1069 habitants, dont 175 hommes pratiquant la pêche côtière. Ange Mahé en était le maire. On recensait au Chef de l'île : un armateur, Amirand Anseline, 5 poissonniers, 2 auberges, 3 boulangers, un seul boucher, 2 épiciers, un marchand d'engrais, deux hôtels, 2 menuisiers, 3 meuniers, 8 cabaretiers et 2 aubergistes. La plupart des commerces se trouvaient à l'Isle, c'est-à-dire dans le centre bourg par rapport au village d'en bas du Biord (encore appelé 'du tertre Biord'). Le Chef de l'Isle était composé principalement de 'rangées' de maisons, alignées dans un axe est-ouest, en épis, parallèles à la rue principale (la Grande-Rue qui conduisait au Chef de l'Isle). Les façades mitoyennes, percées de lucarnes, étaient située au sud, devant une cour commune.

La presqu'île de Saint-Jacut s'étend à l'ouest par la pointe des Ecluses et la plage du Béchet. Son littoral Ouest est protégé par les ducs d'Albe et plusieurs rangées de pieux, véritables brise-lames, dont on peut voir encore aujourd'hui, les vestiges. Au pied de ces constructions, une digue court de la cale de la Banche au "mur à Prempin" sur environ 800 mètres. Elle fut construite aux frais de l'Etat en 1856 et remise en état en 1875. Elle subissait régulièrement l'attaque des flots. Aujourd'hui, elle est doublée par une ligne d'enrochements. En effet, la partie continentale recule face à l'érosion marine : en 1658, l'ancienne entrée de l'abbaye, proche de la mer, a dû être déplacée, en retrait, là où elle est située aujourd'hui.

Sur le littoral Est de la commune, les marais de la Justice étaient défendus par la digue des moines, construite vers 1390 par Péan de Pontifily, abbé de l'abbaye de St-Jacut, au moment de sa prospérité. Cette digue a été consolidée plus tard au cours des 19ème et 20ème siècles.

La population jaguine (texte proposé par Guy Prigent)

(sources : Jean-François Carré).

Un 'catalogus defunctorium' conservé à la mairie de Saint-Jacut-de-la-Mer, nous apprend qu'au 16ème siècle vivaient à Notre-Dame-de-Landouar (ancien nom de Saint-Jacut), les familles suivantes, dont le patronyme a été conservé jusqu'à nos jours : Dagorne, Loraine, Amirand, Pilard, Carré, Hervé et Ingant. Au 17ème siècle, apparaissent les noms : Mahé, Briand, Hesry, Massé, Paitry, Gicquel, Rouault, Touzé et Roussel. Au 18ème siècle, ce sont les patronymes de Richard, Graffard, Bourget, Guihard, Leclerc, Josselin, Revert, Barré, Cambray, Hamon, Bourseul et Depagne. A la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle, se produisit un mouvement dans la population qui permit de constater l'établissement à Saint-Jacut des familles Tibeuf, Feuillatre, Huet, Diveu, Galet, Juhel, Lemaitre, Gillorin, Lemoine et Bachelot, dont subsistent encore des descendants, alors que certains noms ont disparu aujourd'hui. On peut ainsi constater l'évolution d'une certaine endogamie liée à l'insularité et à l'isolement géographique de la commune.

La population, qui avait atteint 1200 habitants avant la guerre 1914-18, ne comptait plus en 1960 que 1080 habitants, dont la moitié seulement résidait en permanence dans la commune.

On peut constater que des surnoms ont été utilisés pour différencier les nombreux patronymes communs portés par la population jaguine. Afin de différencier les membres de la famille Paitry, presque tous marins-pêcheurs, certains furent appelés 'Canet', un autre "Paitry Boucada", en raison des caractéristiques de son fort bateau, du type 'boucada', gréé avec des voiles au tiers. ce bateau était plus lourd que les bateaux "classiques" ; il était utilisé pour le chalutage. On peut encore citer le surnom de 'Paitry Canibet' pour cette même parenté.

Le premier maire de la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer : l'abbé Betaux

(texte proposé par Guy Prigent).

En 1790, le premier maire de Saint-Jacut fut l'abbé Betaux (recteur, maire et chouan). Il conserva son mandat malgré la proposition du Directoire du district de Dinan, l'année suivante, de réduire le nombre des communes. Le district comptait 58 communes, qui devaient être réduites à 28. L'abbé Betaux eut gain de cause en 1792 en usant des arguments qui caractérisent bien en particulier la "maritimité " jaguine.

Il défendit ses administrés contre le projet de regroupement de la paroisse avec celle de Trégon (afin de doter chaque paroisse d'un prêtre assermenté), en apportant les arguments suivants :

1°/ Si on supprime la paroisse de Saint-Jacut, que deviendront les soldats, canonniers, marins en relâche et les carriers de la Colombière, privés de messes et éventuellement des derniers sacrements ?

2°/ Les habitants vivant de la pêche, les hommes au bateau, les filles et femmes pêchent dans la grève de quoi constituer l'appât ; pour cette population dont l'activité est tributaire des marées, les dimanches et fêtes, une messe leur est réservée, fixée en fonction des marées. Les marins vont livrer leur pêche à Jersey, Granville et Saint-Malo ; il est souvent nécessaire de dire la messe avant le jour.

En effet, Saint-Jacut-de-la-Mer fut jusqu'aux années 1950, une commune maritime, dont les ressources provenaient majoritairement de la pêche côtière. Aujourd'hui la commune de Saint-Jacut n'a plus de marins pêcheur professionnel et vit exclusivement du tourisme, de la conchyliculture et des services à la population. Elle subit une pression foncière très forte : 1000 résidences secondaires sur 1400 habitations. Cependant, l'identité maritime de la commune a marqué de nombreux sites et est encore perceptible dans la toponymie locale et la tradition orale (le parler jaguen n'est presque plus usité, sauf par quelques anciens Jaguens). L'association "les Amis du Vieux Saint-Jacut" participe par ses recherches à conserver et à renouveler ces traditions maritimes. Elle contribue à faire connaître l'histoire de la commune lors d'expositions et régulièrement dans les chroniques de sa revue.

Paul Sébillot et les Jaguens (texte proposé par Guy Prigent)

(source : COLLET, Hervé, "Paul Sébillot et les Jaguens", Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1990, n° 17, p 3-16).

Paul Sébillot est né à Matignon le 6 février 1843 et est décédé à Paris le 23 avril 1918. Il fut l'un des promoteurs des traditions populaires en Haute-Bretagne et du mouvement folkloriste à la fin du 19ème siècle, comme précurseur de l'ethnographie. Ses premières publications sur Saint-Jacut datent de 1880, dont Contes des marins, texte publié en 1881. Cependant, ses histoires jaguines lui ont été rapportées par des personnes extérieures à Saint-Jacut (des informateurs castins). Seulement deux contes sur une quarantaine lui ont été transmis par des habitants de Saint-Jacut :

- Le premier est intitulé La Houle Cosseu, publié dans 'Littérature de la haute Bretagne'. Il met en scène un marin pêcheur jaguen.

- Le second s'appelle Les Jaguens qui sont pour le Diable. Il ne met pas particulièrement en valeur les Jaguens. Le texte est paru dans la revue "Mélusine T. II, chap. 10 en 1884 et dans "Les joyeuses Histoires de Bretagne", chap. XIII en 1910.

Nous disposons d'un unique récit, à la fois rapporté à Sébillot par un habitant de Saint-Cast et transmis jusqu'à nous par la tradition populaire jaguine : il s'agit de la Bataille des Bourdineaux, texte inédit publié dans le premier numéro des "Amis du Vieux Saint-Jacut".

Il faut enfin signaler que le "patois jaguen" employé par Sébillot dans ces contes ne correspond pas au langage parlé des Jaguens, mais à celui des "Câtins". L'étude linguistique des contes jaguins reste à faire.

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