Logo du Conseil régional de Bretagne Logo du service de l'Inventaire général
Inventaire général du patrimoine culturel
inventaire topographique (Etel)
Auteurs de la notice : Herbaut Claudie ; Toscer Catherine
Année de rédaction : 2005
Bretagne
Morbihan
Etel
Présentation de la commune d'Etel
Vignette
Vue sur Etel depuis la rive ouest de la rivière en Plouhinec
Dénomination : généralités
Numéro INSEE de la commune : 56055
Aire d'étude : Belz
Commentaire historique : Il n´existe plus de monuments mégalithiques sur le territoire de la commune d´Etel. Des dolmens sont mentionnés par Rosenzweig en 1863 et par Z. Le Rouzic en 1911. Des vestiges datés de l´époque gallo-romaine subsistent sur la grève au sud de la pointe du Pradic. Les historiens les mettent en rapport avec le site voisin du Magouer en Plouhinec, situé sur la rive opposée de la rivière, en insistant sur l´existence d´un ancien passage et point de surveillance.
Au 11e siècle, d´après J. Danigo, Ectell apparaît dans le cartulaire de Quimperlé. Les textes de la fin du Moyen Âge mentionnent les lieux de Kerévin et du Sach, dépendant de la seigneurie de Keravéon en la paroisse d´Erdeven.
Partie maritime du territoire d´Erdeven, le port d´Etel (alors écrit Intel) est déjà réputé au 18e siècle pour ses pêcheurs de raies, de soles et de turbots et pour ses presses à sardines (Cillart cité par Danigo J., 1986).
Cette vocation maritime va prendre des proportions considérables entre 1830 et 1970.
Les statistiques industrielles du 19e siècle confirment l´existence de presses au lendemain de la Révolution (1805), en 1847 il existe à Etel cinq établissements de ce type qui exportent tous leur production par voie maritime à Bordeaux, et certains vers Rennes (AD56, 1Z 174). La première conserverie de sardines (en boîtes) est créée à Etel par Rodel industriel de Bordeaux, en 1848. C´est un tournant important pour le développement local de la pêche, de la construction navale et toute activité connexe, dont d´autres conserveries, qui engendre une augmentation rapide de la population d´Etel et de Kerévin. La chapelle de secours édifiée dans les années 1830 devient église paroissiale en 1849. Enfin en 1850, Etel et Kerévin obtiennent leur autonomie administrative : la commune d´Etel est créée par la loi du 7 août 1850, territoire correspondant à la section A du plan cadastral d´Erdeven de 1850, puis elle est augmentée par décret du 17 décembre 1864, d´une nouvelle portion de territoire correspondant à la section B dite de Penester, de ce même plan cadastral (fig. 3).
A la fin des années 1880, l´activité maritime à Etel s´oriente vers la pêche au thon. Avec celles des ports de Groix et de Port-Louis, les trois flottilles de thoniers morbihannais font la réputation de la grande pêche en Bretagne sud, écoulant leurs productions sur leurs ports d´attache respectifs, mais aussi à Concarneau (fig.5).
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la pêche côtière (chalutiers à moteurs) prend le relais sur celle du thon et de la sardine, c´est un ultime sursaut pour l´activité maritime à Etel, consacré par la création de son propre quartier en 1947 (fig.6). Les conserveries qui ne sont plus que quatre sur la commune en 1950, se sont reconverties pour certaines dans les légumes. La concurrence des Espagnols et des Portugais est rude. Le coup d´arrêt est donné pendant la crise du premier choc pétrolier des années 1970. Etel, enclavé, ne possède pas les infrastructures de transports (réseau routier, chemin de fer) nécessaires à une reconversion.
La population d´Etel qui comptait 700 âmes en 1849, atteint le chiffre des 2000 habitants en 1900, près de 3000 à la fin des années 1970, puis retombe à moins de 2200 habitants en 1999. La relative proximité des villes d´Auray et de Lorient permet toutefois de maintenir sur place une population active. Parallèlement la façade maritime de la commune, sur la rivière du même nom, attire une population touristique toujours plus importante chaque saison. Afin d´augmenter sa capacité d´accueil la commune a misé depuis quelques années sur la construction de résidences collectives de qualité en remplacement des friches industrielles. Le port désormais réservé aux plaisanciers est agrandi en 2005.
Etel est bien connue du monde maritime, d´une part en raison de la dangerosité de la passe de la barre (banc de sable) située à l´embouchure de la rivière, d´autre part par la présence de la station radar de surveillance de la côte Atlantique, le CROSSA, implantée à Etel depuis 1969.

Introduction

La commune d´Etel est située sur la rive gauche de la rivière du même nom. Elle est limitée au nord par l´étang du Sach et la commune de Belz, à l´est et au sud par la commune d´Erdeven. A l´ouest et au nord la frange littorale très découpée, constituée d´une succession de petites anses et de pointes (pointes du Pradic ou de la Garenne), correspond au paysage caractéristique des rias bretonnes. Au sud et en limite de la commune d´Erdeven, l´urbanisme s´est développé sur un cordon dunaire, localement nommé La Falaise, gagnant progressivement les écarts anciens de Goh-Lannec et de Penester. Longtemps associé au développement économique d´Etel (chantiers de construction navale, conserveries), le lieu-dit le Magouer en Plouhinec est relié par un bac au port d´Etel. Il reprend un usage ancien de passage des hommes et des marchandises sur embarcations, mentionné sur la carte de Cassini et sur les cadastres anciens (fig.1 et 4).

Le territoire d´Etel de faible superficie, seulement 175 hectares, est fortement urbanisé. Le bourg primitif est situé sur une sorte de promontoire dont l´altitude moyenne est de 10 à 15m, avec comme point haut l´emplacement actuel du château d´eau au carrefour des rues Leclerc, Traversière et V. Hugo. A l´embranchement des rues Leclerc et Foch, deux voies principales quittent le bourg, l´une en direction de Belz, via le Pont du Sach, la seconde en direction d´Erdeven, via Croix-Izan. Quelques exploitations agricoles subsistent sur la commune mais seulement une ferme au hameau du Sach, la majorité des champs encore en exploitation au sud-est de la commune dépendent de fermes d´Erdeven (ex : Keranroué).

Dans la seconde moitié du 20e siècle l´implantation de nouveaux équipements s´est fait à la faveur de projets de nouvelles voies, telle l´avenue Louis Bougo au nord qui distribue le CROSSA et les lycées d´enseignement professionnel.

RAPPEL HISTORIQUE ET GEOGRAPHIQUE

La commune présente une forte caractéristique maritime. Bien que l´activité de la pêche soit désormais très faible par rapport à ce qu´elle était encore au début des années 1970, le quartier du port conserve un habitat et des infrastructures des 19e et 20e siècles, liées à cette activité : quais, ancienne et nouvelle criées, glacière, cases de mareyeurs, canot de sauvetage.

Des conserveries il ne reste, par contre, peu de traces, à l´exception de hangars occupés par les services techniques de la mairie, rue Botrel et impasse Jean Bart, et la façade et maison et bureaux de la direction de l´usine Lorcy, rue de la Glacière.

Aucune protection Monument historique n´existe sur la commune d´Etel. Pourtant certains édifices ou ensembles d´édifices présentent une valeur patrimoniale forte, tel l´abri du canot de sauvetage, ou l´ensemble des infrastructures portuaires et aménagements urbains de l´actuelle Place Saint-Louis, Place des Thoniers et cours des quais, ces deux derniers ensembles étant déjà très remaniés par des rénovations ou constructions récentes inadaptées.

La majorité des dossiers de recensement concerne l´habitat urbain de la seconde moitié du 19e siècle aux années 1930.

Les infrastructures portuaires ont fait l´objet d´un dossier ensemble.

Les blockhaus construits sur la frange littorale également.

ANALYSE

- 1 - STATISTIQUES

Superficie de la commune : 175 hectares.

Nombre d´écarts : 3.

Population : 2081 (recensement 2004), soit une densité de 119 habitants au Km carré.

Evolution de la population de 1849 à 2004 :

En 1849 : 700 habitants, environ (d´après Danigo, 1986)

En 1872 : 1874 habitants (d´après Danigo, 1986)

En 1894 : 1926 habitants (d´après Le Mené, 1894)

En 1900 : 1996 habitants (d´après Danigo, 1986)

En 1986 : 3000 habitants, environ (d´après Danigo, 1986)

En 1996 : 2577 habitants (d´après Flohic, 1996)

En 1999 : 2138 habitants, et en 2004 : 2081 habitants (chiffres INSEE), soit une baisse de 2,7% entre les deux derniers recensements.

Logements, chiffres INSEE :

En 1999 la commune compte 1545 logements dont 991 résidences principales, 463 résidences secondaires et 91 vacants.

En 2004 la commune compte 1602 logements dont 1006 résidences principales, 521 résidences secondaires et 75 vacants.

Dans le parc des résidences principales, en 2004, la part des maisons est de 78% et celle des appartements de 22%.

- 2 - PATRIMOINE ARCHITECTURAL ETUDIE (14 dossiers)

Religieux : 1 église, 1 croix monumentale.

Civil : 1 fontaine lavoir publique, 1 monument aux morts.

Maritime : 1 abri du canot de sauvetage et son canot.

Maisons et fermes : 7 maisons urbaines, 1 maison de plaisance et son parc, 1 ferme, soit un total de 9/11 dossiers.

La période considérée par cette étude court jusqu´au début des années 1950. La majorité des dossiers étudiés concerne de l´habitat urbain du 19e siècle. Toutefois il est apparu nécessaire d´intégrer dans la sélection l´église paroissiale rénovée entre 1945 et 1959, et l´abri du canot de sauvetage construit en 1962 ; considérant d´une part la vocation maritime de la commune et, d´autre part l´homogénéité de ces deux édifices et de leurs parties constituantes (mobilier).

- 3 - LOGIS : PATRIMOINE ARCHITECTURAL RECENSE : maisons, fermes

Rappel : le nombre de logements est de 1602 (Chiffres INSEE, 2004), dont 1006 résidences principales. Dans le parc des résidences principales, 78% sont des maisons et 25% sont achevées avant 1949.

Recensement Inventaire des logis en 2004 (maisons, fermes) :

En village : 301 repérées et 8 sélections.

En écart ou isolée : 30 repérées et 2 sélectionnées (dont 1 isolée).

Soit un total de 341 RECENSEES, dont 332 REPEREES et 9 SELECTIONNES pour étude.

Ce chiffre de 341 maisons fermes recensées correspond à 21% du parc actuel des logements de la commune.

Avec beaucoup de prudence, on peut rapprocher ce pourcentage de celui fourni par l´INSEE de 25% des résidences principales achevées avant 1949 (problème d´identification des maisons devenues résidences secondaires, problème des rénovations comptabilisées parfois en constructions neuves lorsqu´il y a changement d´affectation).

En effet nous avons constaté au cours de l´enquête qu´il existait peu de remaniements sur les maisons urbaines d´Etel antérieures à la seconde guerre mondiale, la majorité d´entre-elles ont donc été repérées.

- 4 - PATRIMOINE MOBILIER ETUDIE

Religieux : mobilier de l´église paroissiale, et une tombe dans le cimetière. L'orfèvrerie religieuse n'est pas traitée en 2005.

Civil : mécanisme d'horloge publique de l'ancienne mairie.

Maritime : canot de sauvetage Patron Emile Daniel.

Documentation

Documents d'archives
AD56, 1Z 174, situation industrielle (1828-1879).
1847 : Enquête sur les presses à Sardines d´Erdeven.
Ce rapport fourni sous la forme d´un tableau, donne suivant l´ordre de création des cinq établissements, les informations suivantes :
- 1 : Presses de M. Alexandre-Marie Soymié fils, négociant à Etel en Erdeven, établissement qui remonte à 1805. Emploi 27 ouvriers, 80 jours par an. Exporte par mer à Bordeaux.
- 2 : Presses de M. Marquet, de Port-Louis, situées à Etel en Erdeven, établissement qui remonte à 1810. Emploi 9 ouvriers, 80 jours par an. Exporte par mer à Bordeaux.
- 3 : Presses de Mme Veuve Plumette d´Etel en Erdeven, établissement fondé en 1812. Emploi 9 ouvriers, 80 jours par an. Exporte à Bordeaux et Rennes.
- 4 : Presses de M Leport Louis d´Etel en Erdeven, établissement fondé en 1818. Emploi 5 ouvriers. Exporte à Bordeaux.
- 5 : Presses de Le Gloahec Louis-Parfait, à Etel en Erdeven, établissement fondé en 1827. Emploi 5 ouvriers. Exporte à Bordeaux et Rennes.
Pour tous ces établissements le sel vient du Croisic.
AD56, 1Z 174, situation industrielle (1828-1879)
19 mars 1862 : Lettre du juge de paix de Belz au sous préfet de Lorient, sur l´état des industries du canton.
AD56, 1Z 174, situation industrielle (1828-1879).
1877 : Enquête sur la situation industrielle d´Etel au cours du 2e trimestre 1877.
Ce rapport fourni sous la forme d´un tableau, donne les informations suivantes :
- Pêche au chalut du gros poisson : 109 chaloupes et 15 caboteurs. Ce secteur emploie 650 personnes pendant avril et mai.
- Pêche à la sardine : 200 chaloupes. Ce secteur emploie 1000 personnes pendant juin.
- Fabriques de conserves de sardines à l´huile : 10 établissements employant 900 personnes, hommes, femmes et enfants.
- Construction de chaloupes de pêche : 2 établissements employant 8 personnes. La fabrication est recherchée.
- Corderie : 1 établissement qui emploie 5 personnes.
- Fabrique de chiffons : 1 établissement qui emploie 10 personnes.
Bibliographie
Ogée, Marteville, A. et Varin, P. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1778-1780, nouvelle édition revue et augmentée, Rennes, 1845, réédition Mayenne, 1979.
Article : Erdeven.
Population totale 1550 habitants.
Agriculture et pêche (réédition de 1845) :
Intel ou Etel est un petit port avec bureau des douanes. Il compte plusieurs presses à sardine. On exporte celle-ci au loin ainsi que l´oignon dont la culture est très développée dans ce pays. L´entrée de la petite rivière qui donne son nom à ce port est fermée par un rocher que l´on a appelé la barre d´Intel, et qui ne permet l´accès qu´aux barques et aux navires d´un faible tonnage ; encore ceux-ci sont ils forcés de profiter des grandes marées, p. 267..
Rosenzweig, L. Répertoire archéologique du département du Morbihan , Paris, 1963, col. 20..
Le Mené, Joseph-Marie. Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes, 2 tomes, Vannes, 1891-1894, réédition Coop-Breiz, 1994.
Origine du nom Ectell, prononcé Intel puis écrit Etel par l'administration.
Dolmens ruinés près du bourg, et vestiges gallo-romains sur la grève à Penester.
Donne le chiffre de 1926 habitants pour une superficie communale de 102 hectares, à l'époque de la rédaction de son ouvrage.
L'église dédiée à la Nativité est de plan rectangulaire et de style grec : c'est une réduction de celle de Lorient, et l'un des derniers édifices religieux de ce style construit dans le diocèse, p. 223.
Le Rouzic, Z. Dolmen ruiné du moulin à vent du Sach. Bulletin de la Société polymathique du Morbihan , 1911, 2e semestre.
Lieu-dit Kerlann. Fouillé après démolition par le propriétaire, p. 243..
Caudal, J. L'activité du port d'Etel. Annales de Bretagne, t. 40, Rennes-Paris, 1948, p. 218 et suivantes..
Histoire de la Bretagne et des Pays celtiques, t. 4 : de 1789 à 1914, t. 5 : La Bretagne au 20e siècle, Editions Skol Vreizh, Morlaix, 1980 et 1983.
Danigo, Joseph. Eglises et chapelles du doyenné de Belz, Bannalec, 1986, p. 52 et suivantes..
Le Patrimoine des Communes, le Morbihan. Paris : Flohic. Editions, 1996, 2 t. (Collection Le Patrimoine des Communes de France).
Les textes et notices concernant Etel ont été rédigés par l'association Autrefois Etel et le musée des Thoniers, p. 157-159.
La révolution industrielle en Morbihan, 1820-1930, synthèse historique, Publication des Archives départementales du Morbihan, 1999, p. 22.

Annexes

AD56, 1Z 174, situation industrielle (1828-1879)

19 mars 1862 : Lettre du juge de paix de Belz au sous préfet de Lorient, sur l´état des industries du canton :

« Belz, 19 mars 1862,

Monsieur le sous Préfet,

Je viens répondre à la lettre que vous m´avez fait l´honneur de m´écrire à la date du 11 du mois courant.

Nous n´avons dans le canton de Belz et à proprement parler qu´une seule industrie qui s´exerce à Etel : La fabrication de sardines à l´huile. Tout le reste se divise en cultivateur ou marins. Je pense donc que j´ai plus particulièrement à vous entretenir de la conservation de la sardine.

Cette industrie remonte pour Etel à 15 ans. M. M. Rodel et frères fils de Bordeaux ont été les premiers à l´importer à Etel et depuis il s´est monté dans cette localité, six autres établissements du même genre. Ces établissements occupent chacun et en moyenne une centaine de personnes, hommes et femmes, et tout donne à penser qu´ils prospèrent puisque chaque année les fabricants n´ont pour limite de leur fabrication que les résultats de la pêche qui peut être plus ou moins abondante. Je dois pourtant reconnaître qu´en 1860 les résultats n´ont pas du être satisfaisant pour les fabricants par ce que la pêche fut très mauvaise et le poisson très cher. MM. Rodel m´ont même assuré qu´ils ont perdu 20.000 f. sur la fabrication de sardines de cette année, et tous les autres fabricants s´en sont plaint également.

Si la pêche donnait régulièrement, les ouvriers et ouvrières employés dans ces établissements, auraient un sort très heureux car les prix sont satisfaisants, mais les heures de travail sont subordonnées au résultat de chaque pêche qui est souvent très irrégulière. Quand la pêche est abondante, les bras ne suffisent pas et on est obligé de travailler quelques heures en excédant de la journée et qui se payent à part, mais quand la pêche est minime, les ouvriers et ouvrières ne gagnent que des demi-journées, ou même des quart de jour, ou même rien si la pêche ne donne pas du tout. Il n´y a d´ailleurs jamais de difficultés entre les patrons et les ouvriers quant au règlement du compte, et depuis que ce genre de fabrication se fait à Etel, je n´ai pas encore reçu une seule plainte relative à des règlements de salaire, et une campagne n´est pas plutôt faite, qu´on a la plus grande impatience [à] celle qui doit lui succéder.

Il n´en est pas de même pour l´agriculture, les rapports entre maîtres et domestiques sont plus difficiles. Les chemins de fer d´un côté, et de l´autre, le désir d´une position moins fatiguante, ont pour effet l´abandon de la culture, ou de faire augmenter les salaires des domestiques au delà de ce que peut permettre l´exiguïté de nos fermes dans le Morbihan. Aussi les salaires ont-ils depuis peu d´années, presque doublés et je ne sais où s´arrêteront les exigences des domestiques qui doivent d´autant plus augmenter que nos cultivateurs eux-mêmes, par le besoin qu´ils ont de bras, se débauchent mutuellement leurs domestiques par des promesses de salaires plus élevés et lors même que les gages sont faits à l´année. De là des procès fréquents dont toujours les domestiques s´en tirent impunément par ce qu´ils n´ont pas de fortune et qu´on a contre eux aucun moyen coercitif. Une loi qui assimilât les domestiques aux ouvriers, ou plutôt les lois qui concernent ces derniers, devraient être appliquées aux domestiques en leur faisant comme aux ouvriers l´obligation du livret. Il en résulterait bien moins d´embauchages.

La pêche d´hiver a été très mauvaise ou plutôt nulle pour nos marins. Le peu de ressources qu´ils ont retirés de la pêche de l´été dernier est épuisé et on vit sur la pêche de l´été prochain. Aussi se plaignent-ils fortement, et malgré toute leur misère, ils se plaignent encore si on les appelle pour le service où ils ont cependant plus d´avantage qu´à faire cette malheureuse pêche qui est si chanceuse pour leurs familles.

Tels sont, Monsieur le sous Préfet, les renseignements que je puis vous donner sur mon canton. S´il survenait quelques changements ou une nouvelle industrie, je vous informerais immédiatement.

Agréez Monsieur le sous Préfet, l´assurance de tout mon respect ».

Signé : Le juge de paix à Belz, J.F. Bonnand (?).

Quelques chiffres sur la pêche à Etel :

Les archives de la sous préfecture de Lorient (AD56, 1Z 174) et l'article de Jean Caudal (1948), livrent de précieuses informations sur l'armement à la pêche d'Etel, aux 19e et 20e siècles.

1875 : Etel compte 178 chaloupes pour la pêche à la sardine, employant 890 marins, pêcheurs et mousses. On dénombre également un constructeur de chaloupes et une corderie.

1877 : La pêche à la sardine concerne 200 chaloupes, la pêche au chalut pour gros poissons, 109 chaloupes et 15 caboteurs.

1878 : La pêche concerne 20 établissements (c'est à dire 20 armateurs) qui emploient 650 marins. La marine marchande (fret) concerne 5 armateurs.

1879 : 15 armateurs de navires et bateaux de pêche, et 5 expéditeurs de marées sont recensés à Etel.

1880-1887 : crise de la pêche à la sardine.

Fin des années 1880 - fin des années 1930 : développement de la grande pêche, c'est à dire la pêche au thon. Apogée de cette activité vers 1905-1906.

1921-1939 : Nouvelle crise de la pêche à la sardine et de la conserverie de ce poisson. Développement de nouvelles pratiques de vente sur place de la pêche côtière. Il se développe à Etel une nouvelle flottille de moyens chalutiers au dépend de la flottille de thoniers.

1946 : L'armement étellois comprend 76 (vieux) thoniers voiliers ou motorisés et 57 chalutiers côtiers à moteur. 23 mareyeurs commercialisent le poisson de chalutage à partir d'Etel.

1947 : Création du quartier d´Etel pour l´enregistrement des bateaux à la Direction des affaires maritimes.

Caudal J. L'activité du port d'Etel, Annales de Bretagne, t. 40, Rennes-Paris, 1948.

Extrait :

L´activité du port d´Etel ne ressemble plus guère à ce qu´elle était, il y a moins de dix ans. Une évolution qui a débuté avant 1939, s´est affirmée pendant la guerre et l´occupation et ne cesse de s´accentuer depuis la libération du territoire national.

(...) Pour des raisons d´ordre psychologique et matériel, la période d´hostilité a déterminé au port d´Etel la concentration de l´activité de l´armement local. Délaissant les marchés extérieurs, les marins étellois ont pris l´habitude de venir vendre leurs prises dans leur propre port, tendance qui s´est encore accentuée en 1943 par la destruction du port voisin de Lorient. Dans le même temps se développait une flottille de moyens chalutiers aux dépends de la flottille thonière. La motorisation si coûteuse forçait en effet les armateurs à rechercher une activité prolongée, avec un minimum d´aléas c´est à dire des conditions opposées à celles de la pêche au thon.

A la fin de la campagne thonière de 1946, les thoniers-voiliers dont le nombre n´a cessé de décroître soit parce qu´ils ont été motorisés, soit parce que hors d´usage, ils n´ont pas été remplacés, ont pratiqués la pêche saisonnière au nombre de 76. En face la flottille de chalutiers à moteur qui comptait 15 unités à la libération en comprend actuellement 57.

La progression du tonnage des pêches chalutières débarquées est sensible d´une année à l´autre : 3897 tonnes en 1946, 4640 t. pendant les dix premiers mois de 1947. En comparaison les apports de thon paraissent faibles : 832 t. en 1946, 500 t. environ en 1947, année particulièrement défavorable, il faut le dire, à la pêche thonière. 4 usines, 6 en comptant celles au voisinage immédiat d´Etel, mettent en conserve le thon débarqué. 23 mareyeurs contre 3 en 1938, commercialisent le poisson de chalutage. Mais Etel est à l´écart de toute voie ferrée et l´expédition de la marée doit se faire par camion jusqu´à Plouharnel-Carnac, la gare la plus proche, à 9 km de là. Par ailleurs l´équipement portuaire d´Etel n´est pas en rapport avec l´importance de l´activité de son armement. Depuis le mois d´août 1947 une nouvelle fabrique de glace a porté la production quotidienne de 16 tonnes à 50 tonnes en 1946, 71 en 1947 ; il reste à exécuter la deuxième tranche du plan prévu, la construction d´un port capable d´abriter et de recevoir les bateaux motorisés chaque année plus nombreux.

(...) Cette individualité du groupe maritime étellois vient d'être récemment sanctionné par la création d'un nouveau quartier de l'Inscription maritime, jusqu'ici divisée entre le quartier de Lorient et celui d'Auray.

Illustrations

Voir

Bretagne, Morbihan, Etel, Écarts (document hors requête)
Bretagne, Morbihan, Etel, Écoles (document hors requête)
Bretagne, Morbihan, Etel, Fontaines (document hors requête)
Bretagne, Morbihan, Etel, Fontaine (document hors requête)
Bretagne, Morbihan, Etel, Maison (document hors requête)
Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire). (c) Inventaire général ; (c) Conseil général du Morbihan. Renseignements : Centre de documentation de l'inventaire du patrimoine culturel (02 22 93 98 40 / 24)
Page principale
Avertissement : Toute demande motivée de retrait d'illustration sera examinée par le service.
Conception de l'application : Pierrick Brihaye, Malo Pichot, Alain Jenouvrier, Guillaume Lécuillier