Logo du Conseil régional de Bretagne Logo du service de l'Inventaire général
Inventaire général du patrimoine culturel
enquête thématique régionale (fortifications littorales)
Auteur de la notice : Lécuillier Guillaume
Année de rédaction : 2004
Bretagne
Finistère
Brest
6 bd Jean Moulin
Château (faisant citadelle)
Vignette
Vue générale du château de Brest depuis le Jardin des Explorateurs

Désignation

Dénomination : château ; citadelle
Appellation et titre : château de Brest

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 29019
Aire d'étude : Bretagne Nord
Milieu d'implantation : en ville
Latitude : 48.3796711
Longitude : -4.4967673

Eléments de description

Matériau(x) du gros-oeuvre et mise en oeuvre : pierre de taille ; moyen appareil ; moellon ; granite
Matériau(x) de couverture : terre en couverture ; pierre en couverture ; granite en couverture
Parti de plan : système bastionné
Type de la couverture : terrasse
Etat de conservation : restauré ; inégal suivant les parties

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : Protohistoire ; Gallo-romain ; Moyen Age ; 11e siècle ; 12e siècle ; 13e siècle ; 14e siècle
Datation(s) secondaire(s) : 16e siècle ; 1ère moitié 17e siècle ; 4e quart 17e siècle
Datation(s) en années : 1341 ; 1385 ; 1560 ; 1594 ; 1683 ; 1692
Auteur(s) de l'oeuvre : Sainte-Colombe (ingénieur) ; Vauban (ingénieur militaire) ; Frézier (ingénieur militaire) ; Fautras (ingénieur militaire) ; Robelin (ingénieur militaire)
Personne(s) liée(s) à l'histoire de l'oeuvre : Francois 1er (personnage célèbre) ; Sourdéac (personnage célèbre) ; Richelieu (personnage célèbre) ; Louis XIV (personnage célèbre, commanditaire)
Justification de la (des) attribution(s) : attribué par travaux historiques ; attribué par source

Statut juridique

Statut de la propriété : propriété de l'Etat

Intérêt et protection

Intérêt de l'oeuvre : vestiges de guerre ; à signaler ; à étudier
Nature de la protection MH : classé MH
Date de la protection MH : 1923/03/21 : classé MH
Précision de la protection MH : Enceinte fortifiée : classement par arrêté du 21 mars 1923.
Observations : TERRAIN MILITAIRE. ACCES REGLEMENTES.

Synthèse

BREST, LE CHÂTEAU ET L'ENCEINTE URBAINE.

in La route des fortifications en Bretagne et Normandie de Guillaume Lécuillier, coll. les étoiles de Vauban, Paris, éditions du Huitième jour, nov. 2006, 168 p.

Dominant la rivière de la Penfeld et la rade, le château de Brest a été construit au 13e siècle sur l'ancien castellum romain (élevé vers 260 sous le règne de Postumus) sis sur un site d'éperon rocheux. Durant la période médiévale, le bourg s'étend et sort du château... Les deux bourgs primitifs devaient se situer l'un du côté de Recouvrance au pied de l'actuelle tour Tanguy et l'autre plus vaste et clos devant le château... De 1342 à 1397, les Anglais sont maîtres du château et par conséquent du site portuaire en Penfeld. Après cet épisode malheureux, le Duc de Bretagne récupère Brest... Au milieu du 16e siècle, Philibert de L'Orme est chargé des fortifications de la Bretagne par Henri, duc de Bretagne (fils de François 1er et de Claude de France, duc de Bretagne de 1539-1547), mais surtout futur roi de France sous le nom d'Henri II ! (1547-1559). Philibert écrit avoir montré aux bretons de Brest "les bonnes façons de fortifier" et ce à moindre coût... En 1546 craignant une attaque de Brest par les Anglais, il rapporte : "Par bonne fortune, je me trouvais à Brest, et fit si grande diligence à faire monter l'artillerie, et encore en faire de fausses artilleries pour montrer à l'ennemi sur les remparts [vieille ruse ! ], faire faire poudre et amasser à force personnes et femmes, apporter terre et fascine, à faire remparts et tranchées, et donnait tel ordre, faisant voir le peuple et faisant plusieurs fausses enseignes et planter à forces piques, et fit si bonne mine que l'ennemi ne nous assailla point [...]".

Vers 1560, Pietro Fredance, ingénieur italien, est chargé de renforcer les défenses de la ville et du château. Le bastion de Sourdéac situé en avant du donjon est construit durant cette période (1553-1590). Le plus ancien plan du château de Brest date de 1640, on peut y voir les vieilles tours romaines rasées à la demande de Vauban en 1685 (aujourd'hui subsistent encore des traces du mur en moellon et briques : opus mixtum, et d'une tour). Le château affecte la forme d'un polygone irrégulier flanqué de plusieurs tours : tour de la Madeleine, tour du Moulin, tour Française, tour de César, tour de Brest, tour Azénor, tour de la Duchesse Anne et donjon. La porte principale de type châtelet est protégée par deux tours coiffées en poivrière et dotées de mâchicoulis : les tours Paradis. Côté mer se trouvent le "parc du Duc" et le bastion Notre-Dame ainsi qu'une batterie extérieure située au ras de l'eau.

En 1592, le château qui a épousé la cause royaliste est assiégé en vain par les Ligueurs pro-catholiques. Parallèlement, le colonel espagnol Don Juan del Aquila fait construire en 1594 un fort appelé "Castilla de Léon" sur l´actuelle pointe des Espagnols (rade de Brest) par Cristobal de Rojas afin de se positionner avantageusement face à l´Angleterre. Son but secondaire est de se rendre maître du château de Brest. Finalement, l'armée royale avec à sa tête Jean, duc d´Aumont, maréchal de France et dans ses rangs René de Rieux, sieur de Sourdéac, aidés de la flotte et de la troupe anglaise, fait le siège du fort espagnol et gagne la bataille en novembre 1594. Près de 4000 hommes moururent au combat et le fort fut rasé. Le toponyme : "pointe des Espagnols" rappelle cet épisode douloureux dans l´histoire de la presqu´île de Crozon.

A mesure que l'arsenal et le port prennent de l'ampleur, la question de la fortification de la ville revient à l'ordre du jour. Les travaux de l'enceinte urbaine de Brest débutèrent dès 1674. Il s'agissait alors d'une fortification de campagne en terre composée de simples retranchements et de redoutes... En 1681, au delà de la défense de l'arsenal, il s'agit de fédérer les bourgs de Brest et Recouvrance séparés par la Penfeld et de concevoir une nouvelle ville tournée vers la mer, fonctionnelle, capable d´accueillir une population importante si nécessaire à la Marine du Roi-Soleil. Le projet de Massiac de Sainte-Colombe qui trouva un début d'exécution en 1681, est repris et transformé par Vauban en mai 1683. Intégré dans le plan d'ensemble, le château médiéval est modernisé et adapté à l'artillerie moderne, il devient "citadelle" surveillant à la fois la ville, la campagne et le large... Glacis, chemin couvert et demi-lunes prolongent la fortification du côté de la terre. Les parapets sont redessinés et dotés d'embrasures plongeantes. Commencés en 1681, les travaux de l'enceinte urbaine se poursuivent jusqu'en 1705. La ville est dotée de deux portes : Landerneau et Conquet. La fortification prévoit déjà l'essor de la population et de la ville qui suit un plan classique à damier. On voit ici que l'urbanisme est étroitement lié à la guerre et aux nécessités stratégiques : Marine (arsenal, quais, magasins, aires de stockages, casernes, hôpital), défense (château, place d'armes, axes principaux : boulevards rectilignes, puits et fontaines), activités civiles et commerciales (place du marché, magasins, échoppes, lotissements, rues secondaires, parcs et jardins), fonction religieuse (églises, cimetières). Vauban pousse le détail jusqu'à baptiser les futures rues !

Sous le règne de Louis XV, l'enceinte du côté de Recouvrance est renforcée par le front bastionné de Quéliverzan. Cet ouvrage protège le fond de l'arsenal. Pendant la Guerre d'Indépendance Américaine (1778-1783), les ingénieurs militaires redoutant une attaque terrestre après un débarquement anglais, construisent l'ouvrage fortifié du Bouguen et établissent une ceinture de forts détachés autour de la ville : fort de Penfeld, Questel, Keranroux (vestiges), Montbarey, et Portzic (agrandissements des ouvrages existants). Pierre-Jean de Caux (directeur des fortifications de Basse-Normandie qui oeuvra à Cherbourg principalement et au fort de Saint-Père, au sud de Saint-Malo) dresse dès 1777 les premiers projets de forts détachés pour Brest. Au 19e siècle, le dispositif est complété par la redoute de Keroriou et les forts des Fédérés et de Guelmeur (aujourd'hui détruits).

Les fortifications de la ville sont déclassées en 1921, le château quant à lui est classé Monument Historique deux ans plus tard.

Après la rupture d´Avranches le 31 juillet 1944, de nombreuses troupes allemandes se replient sur la Forteresse de Brest (la "Festung"). Ce n´est qu´au prix d´une bataille sanglante : "la bataille de Brest", que la ville est libérée par les Américains le 18 septembre 1944. La ville n´est plus qu´un champ de ruines.

Outre le château (Musée de la Marine) et le Cours Dajot qui permettent de se promener sur les remparts dominant la rade, d'autres sites ont été aménagés pour faire découvrir au public les vestiges des fortifications et l'histoire de cette ville maritime. Brest replonge ainsi dans son passé : dans le square Mathon, place de la Liberté, les vestiges de la demi-lune de Landerneau et de la porte Saint-Louis sont ressortis de terre ; face au château, la batterie du Cavalier est devenue un square et belvédère ; le fort Montbarey, un "mémorial" en 1984 ; l'extraordinaire fort du Questel est ouvert à tous depuis plus de dix ans ; les fortifications de Quéliverzan récemment dégagées et débroussaillées sont devenues un parc... En cherchant bien et en suivant la "ligne bleue" sur les trottoirs, on peut encore voir d'autres vestiges au Moulin à poudre (mur d'enceinte, galerie et fossé) et non loin de là, on pourra admirer la porte du Bouguen (détruite puis remontée à 400 mètres environ de sa position initiale). Sur les rives de la Penfeld, le fort homonyme attend que l'on se penche sur son sort.

Documentation

Bibliographie
BOULAIRE (A.) - LE BIHAN (R.), Brest, Plomelin, éditions Palantines, 2004, 303 p. Collection : Histoire et géographie contemporaine.
CORVISIER (C.), "Le château de Brest, le château de Saint-Malo et les quiqu'engrogne des ducs de Bretagne" in Le château et la ville : conjonction, opposition, juxtaposition (XIe-XVIIIe siècle), Paris : CTHS, 2002, p. 33-56, p. 33-56.
Le Télégramme (éditions : Brest), "Nouveauté dès le mois de juin. Les civils autorisés à visiter le château. La tour Azenor abaisse le pont-levis", 5 mai 1999.

Annexe

Traverse d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

"1676, Jean-Pierre Traverse.

Aucun détail biographique.

Mort vers 1720.

Ingénieur ordinaire, département de Colbert, en 1676.

A Ambleuteuse en 1681.

A Saint-Valéry-en-Caux en 1684.

A Fécamp en 1686.

Ne figure pas sur les états de 1691.

Campagnes de Bretagne de 1689 à 1695. Ingénieur en chef à Brest avant 1694.

En 1698, chargé du château de Brest, des batteries de côte de Cornouailles, de Camaret et de Concarneau.

En 1703 à la chefferie de Toul.

Quelques temps à Huningue.

Retiré avant 1714 avec 1 200 livres de pension.

Assimilation militaire inonnue.

Siège :

1694, défense de Camaret (un bras emporté)".

Illustrations

Voir

Voir aussi

juxtaposé : Bretagne, Finistère, Brest, Montbarey, Fort détaché (document hors requête)
juxtaposé : Bretagne, Finistère, Brest, la Penfeld, Rives et quais (document hors requête)
juxtaposé : Bretagne, Finistère, Brest, Questel, Fort détaché (document hors requête)
juxtaposé : Bretagne, Finistère, Guilers, Penfeld, Fort détaché (document hors requête)
Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne / Service Régional de l'Inventaire). (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne, APIB. Renseignements : Centre de documentation de l'inventaire du patrimoine culturel (02 22 93 98 40 / 24)
Page principale
Avertissement : Toute demande motivée de retrait d'illustration sera examinée par le service.
Conception de l'application : Pierrick Brihaye, Malo Pichot, Alain Jenouvrier, Guillaume Lécuillier