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Inventaire général du patrimoine culturel
enquête thématique régionale (fortifications littorales)
Auteur de la notice : Lécuillier Guillaume
Année de rédaction : 2003
Bretagne
Finistère
Roscanvel
Pointe des Espagnols
Batteries hautes et basse puis fort et ensemble fortifié (Stützpunkt "Espagnols" ou "Nordspitze Crozon") (Cr 42-50)
Vignette
Vue aérienne de l'ensemble fortifié de la pointe des Espagnols, n° 131, rapport Pinczon du Sel. Livre IV, vers 1947, Service Historique de la Marine, Brest

Désignation

Dénomination : abri ; batterie ; édifice logistique ; blockhaus ; casemate ; redoute ; ensemble fortifié
Précision sur la dénomination : 1/601 (Pakunterstellraum mit Deckenplatte) ; 2/633 (Stand für M19) ; 3/634 (Stand mit Sechsschartenturm) ; 1/Vf Pak
Appellation et titre : Batterie Vauban ; Fort de la pointe des Espagnols ; Stützpunkt Nordspitze Crozon
Destinations successives et actuelle : promenade

Précisions sur la localisation

Numéro INSEE de la commune : 29238
Aire d'étude : Bretagne Nord
Milieu d'implantation : isolé
Latitude : 48.3394777
Longitude : -4.5351302

Elément de description

Etat de conservation : désaffecté ; envahi par la végétation ; inégal suivant les parties
Inscription : Oui, marquages de tir dans la batterie de rupture et dans le Vf Pak.

Eléments d'historique

Datation(s) principale(s) : 16e siècle ; 4e quart 17e siècle ; 18e siècle ; 19e siècle
Datation(s) secondaire(s) : 2e quart 20e siècle
Datation(s) en années : 1594 ; 1694 ; 1695 ; 1700 ; 1749 ; 1812 ; 1882 ; 1883 ; 1888 ; 1890 ; 1893
Justification de la (des) datation(s) : daté par source ; daté par travaux historiques
Auteur(s) de l'oeuvre : Vauban (ingénieur militaire) ; Traverse (ingénieur militaire)
Personne(s) liée(s) à l'histoire de l'oeuvre : Louis XIV, roi de France (personnage célèbre)
Justification de la (des) attribution(s) : attribution par source
Commentaire historique : Fonction : défense du goulet et de la rade de Brest en collaboration avec les batteries du Portzic.
Armement des batteries haute et basse de la pointe des Espagnols :
A la fin de l'année 1695, la batterie haute était armée de 6 canons (4 canons de 36 livres de balle, 2 canons de 24 livres de balle) ; la vieille batterie basse (légèrement plus à l'ouest de la nouvelle batterie) était armée de 10 canons de 12 livres de balle. La nouvelle batterie basse en construction conçue pour acceuillir 30 canons de gros calibre comporte déjà 24 canons de 36 livres de balle dont 17 en cours d'installation. Elle apparaît toujours en "chantier" fin 1700 sur le plan de l'ingénieur Traverse.
Le 7 novembre 1844, le comité des fortifications s'appuyant sur le travail de la commission des côtes de 1841 (Atlas de défense des côtes, tome III, 2e arrondissement de Brest) recommande l'armement de la batterie : 20 canons de 30 livres de balle modèle 1840 sur affûts pivotant et obusiers de 22 cm modèle 1827 sur affûts de fer pivotant et 5 mortiers de 32 cm en fer.
La batterie de la pointe des Espagnols est mentionnée dans l'Atlas de 1858 de mise en état de défense des côtes de l'Empire Français (n° 230). Classée en 1er degré d'importance, elle est armée de 10 canons de 30 livres de balle modèle 1840 sur affûts pivotant, 10 obusiers de 22 cm modèle 1827 sur affûts de fer pivotant et 4 mortiers de 32 cm.
Selon l'état extrait de la délibération de la Commission de Défense des Côtes en date du 7 février 1870 et annexé au projet d'instruction pour la révison à faire à l'armement du littoral, l'armement transitoire antérieur à 1870 est composé de : 18 canons rayés de 30, 2 obusiers de 22 cm rayés et frettés et 4 mortiers de 32 cm.
Selon l'état extrait de la délibération de la Commission de Défense des Côtes en date du 7 février 1870 et annexé au projet d'instruction pour la révison à faire à l'armement du littoral, on préconise comme armement transitoire proposé en 1970 : 4 canons rayés de 27 cm, 10 canons rayés de 30, 2 obusiers rayés et frettés de 22 cm et 4 mortiers de 32 cm.
Stockage des poudres :
- Deux magasins à poudre terrassés de type 1874 construits en 1882-1883, établis en arrière de la position.
- Un magasin à poudre sous roc de grandes dimensions construit vers 1890-1893.
Une batterie de 4 canons Marine de 47 mm modèle 1885 à tir rapide sur affûts Marine modèle 1885 à crinoline est installée sur la plate-forme de la batterie basse en 1893.
Selon l'Atlas des batteries de côte de 1893, les batteries hautes et basse de pointe des Espagnols sont armées de :
- 4 canons Marine de 47 mm modèle 1885 à tir rapide sur affûts Marine modèle 1885 à crinoline ("batterie basse", cote : 4,70 mètres) ;
- 4 canons Marine de 19 cm modèle 1864-1870 sur affûts Marine modèle 1869-T-1884 P. A. ("batterie extérieure de gauche", cote : 64,93 mètres) ;
- 4 canons Marine de 24 cm modèle 1870 sur affûts Marine modèle 1876-T-1883 ("batterie extérieure de droite", cote : 64,93 mètres) ;
- 4 canons Marine de 24 cm modèle 1870-1884 sur affûts Marine modèle 1876-T-1883 (cote : 74,24 mètres) ;
- 3 canons Marine de 32 cm modèle 1870 sur affûts Marine modèle 1876-T-1883 P. A. ("batterie intérieure", cote : 67,19 mètres) ;
- 4 canons Marine de 32 cm modèle 1870-1881 sur affûts Marine modèle 1882 P. A. ("batterie extérieure de droite du goulet", cote : 70,50 mètres).
- 2 canons Marine de 32 cm modèle 1870-1884 sur affût Marine modèle 1888 ("batterie de rupture", cote 6 mètres) ;
Selon l'Atlas des batteries de côte de 1913, les batteries hautes et basse de pointe des Espagnols sont armées de :
- 4 canons Marine de 100 mm modèle 1897 à tir rapide sur affût Marine modèle 1897 P. C. (cote : 63 mètres) ;
- 4 canons Marine de 24 cm modèle 1870 sur affûts Marine modèle 1876-T-1883 ("batterie extérieure de droite", cote : 64,93 mètres) ;
- 3 canons Marine de 32 cm modèle 1870 sur affûts Marine modèle 1876-T-1883 P. A. ("batterie intérieure", cote : 67,19 mètres) ;
- 2 canons Marine de 32 cm modèle 1870-1884 sur affût Marine modèle 1888 ("batterie casematée" ou "batterie de rupture", cote : 6 mètres).
Selon l'Atlas des batteries de côte de 1922, les batteries hautes et basse de pointe des Espagnols sont armées de :
- 2 canons Marine de 100 mm modèle 1881 à tir rapide. (cote : 63 mètres) ;
- 4 canons de 75 mm en défense antiaérienne.

Statut juridique

Statut de la propriété : propriété de l'Etat

Intérêt et protection

Intérêt de l'oeuvre : vestiges de guerre ; à signaler
Nature de la protection MH : édifice non protégé MH
Site, secteur ou zone de protection : site classé
Observations : TERRAIN MILITAIRE. ACCES REGLEMENTES.

Documentation

Bibliographie
PETER (J), préface de Jean Meyer, Vauban et Brest. Dossier. Une stratégie modèle de défense portuaire, 1683-1704, Paris, Economica et Institut de Stratégie Comparée, 1998, 320 p.
"Le 11 mars 1689, Vauban proposait de faire un fortin à la pointe des Espagnols avec une tour à l´extrémité qui servirait de batterie. Située sur un promontoire à l´extrémité de la presqu´île de Roscanvel vis-à-vis du fort du Portzic, la batterie de la pointe des Espagnols qui dominait toute la rade et l´embouchure du goulet de Brest, était la dernière fortification sur la rive Sud du goulet avant l´entrée de la rade. Elle croisait ses feux avec celle du Portzic" ; "La batterie basse a été construite à la mine au pied de l´escarpement à l´endroit le plus resserré du goulet".
Le 10 mai 1695, Le Peletier écrivait à Vauban : "Il n´y a pas de fonds pour la batterie basse des Espagnols, où il y a déjà 10 canons" (Génie, article 8, section 1 : Brest, carton n° 1, n° 34). Le 29, Le Peletier avait trouvé Pontchartrain inexorable concernant la batterie de la pointe des Espagnols "qu´il fallait établir sur le roc". Le coût serait d´au moins 20 000 livres. "Il y a beaucoup d´escarpements à faire".
En juin, Vauban faisait travailler avec beaucoup de vigueur à la nouvelle batterie de la pointe des Espagnols, "pièce de très grande conséquence, qui battra presque également sur le goulet et la rade à 10 toises au-dessus du rivage. Le roc y est dur comme du diamant et ce n´est que par la poudre qu´on en vient à bout. Je compte y mettre trente pièces de canon, mais elle ne pourra être achevée que vers la fin d´octobre".
Selon le plan de Vauban du 15 juillet 1695, la batterie de la pointe des Espagnols comprenait :
1. Une batterie haute de six canons dont quatre de 36 livres et deux de 24.
2. Une vieille batterie basse de dix canons de 12 livres.
2. La nouvelle batterie de vingt-quatre canons de 36 livres à laquelle on travaillait, ainsi qu´un corps de garde, un magasin et une forge (Génie, F°33, tome 2).
Armement de la batterie de la pointe des Espagnols en décembre 1695 :
Batterie haute : 6 canons (4 de 36 livres, 2 de 24).
Vieille batterie basse : 10 canons (Tous de 12 livres).
Nouvelle batterie basse : 24 canons (Tous de 36 livres ; dont 17 en voie d´installation ; batterie conçue pour recevoir 30 gros canons).
D´après le plan de Traverse du 24 janvier 1696 de la nouvelle batterie de la pointe de Espagnols, les huit premières plate-formes du côté gauche de la batterie étaient faites. Restaient à faire les vingt-deux autres pour porter la nouvelle batterie basse à trente canons, ainsi que les magasins et les logements. La batterie occupait un espace d´environ 90 toises en longueur (Génie, article 8, section 1 : Brest, carton n° 1, n° 32).
Une fois équipée de quarante-neuf canons, la batterie de la pointe des Espagnols devait constituer, avec celle de Cornouaille, l´un des deux grands ouvrages de défenses de la presqu´île de Roscanvel.
Le plan de Du Mée, aide d´artillerie, mentionnait la construction d´une tour de 10 pieds de haut pour mettre cinq ou six mortiers qui battront dans le goulet et la rade de Brest. "Actuellement, il y a une plate-forme de deux mortiers et de deux canons (Service Historique de la Marine, Vincennes : Ms 144)".
En septembre 1699, Vauban écrivait à Jérôme de Pontchartrain : "Il faudra faire la même garde à la batterie de la pointe des Espagnols qu´à celle de Portzic, c´est à dire y mettre un autre canonnier et deux aides avec leurs familles avec ordre aux canonniers des milices d´accourir au signal... Près de la pointe des Espagnols, il y a une batterie de dix pièces dont il faudra mettre les pièces sur le ventre aussi bien que celles de la batterie de Vauban dont on devra faire tous les jours une fois la visite".
Vauban ajoutait : "Il y a entre la batterie de la pointe des Espagnols et celle de Cornouaille une pointe de rocher fendue appelée Kergadiou qui se présente très bien à la mer pour une belle et grande batterie qui serait là très utile et très bien placée".
Légende du plan de Traverse daté du 12 décembre 1700 (p. 284)
"Selon Traverse, "il doit y avoir au-dessus de cette batterie une grosse tour ou redoute à trois étages de 10 pieds (3,30 mètres) de haut, couverte d´un retranchement en forme d´ouvrage couronné, avec deux lignes de communication avec la batterie basse qui seront terminées sur les extrémités de la droite et de la gauche par deux tours voûtées à plusieurs étages dans lesquelles seront les escaliers pour descendre dans la batterie basse. Ces tours pourront servir de magasins et de logements pour les troupes et les canonniers (Génie, article 8, section 1 : Brest, carton n° 1, n° 40)".
Selon Traverse, cet ouvrage visait à empêcher les approches de la batterie basse du côté du pays et à fournir une retraite aux troupes qui pourraient être poussées du retranchement de Roscanvel en attendant les chaloupes". Une batterie de neuf canons était par ailleurs prévue sur la partie supérieure pour remplacer la vieille batterie de six canons", p. 268-269.

Annexes

"Castilla del Leon, le fort espagnol de Roscanvel" par Didier Cadiou. 2007.

in Fortifications Littorales, La Rade de Brest, projet de publication du Service de l'Inventaire du Patrimoine (SINPA), Région Bretagne.

"Longtemps épargnée par les guerres de religion, la basse Cornouaille en fait la brutale découverte à la fin de l´année 1593. Le conflit est complexe, chaque parti faisant appel à des alliés étrangers ; espagnols pour les catholiques, anglais pour les protestants. La Bretagne occupe en fait une place géostratégique de premier ordre dans le conflit qui oppose les deux puissances maritimes (1587-1604). Elle permet de contrôler la route maritime entre l´Espagne et les Pays-Bas et peut également servir de base de départ pour une éventuelle invasion. Le château de Brest devient dès lors un objectif pour chacun des belligérants.

Ainsi, peu après s´être installé à Blavet, actuel Port-Louis, don Juan del Aguila, commandant l´armée espagnole, propose, dès le 6 janvier 1591, la construction d´un fort à l´entrée de la rade de Brest. Cherche-t-il simplement à éviter que les Anglais ne s´installent à Brest ? Ces derniers ne semblent pas, en effet, décidés à se contenter de Paimpol et de Bréhat, mais le gouverneur de Brest, René de Rieux, sieur de Sourdéac, refuse d´accueillir une garnison anglaise dans sa place.

En mars 1594, les Espagnols se rendent enfin en presqu´île de Crozon, bien décidés à édifier le fort qu´ils projetaient depuis trois ans.

Les travaux de construction du Castilla del Leon, le « château du lion », sur un rocher escarpé, dominant le goulet de Brest de près de 70 mètres, à la pointe septentrionale de la paroisse de Roscanvel, sont confiés à l´architecte Cristobal de Rojas. Déjà expérimenté, l´homme fut l´un des principaux architectes militaires d´Espagne où il intervint à divers titres sur nombre de fortifications. En Bretagne, il érige le Fuerte del Aguila, le « fort de l´aigle », de Blavet.

Le Castilla del Leon est protégé par un retranchement, lui-même précédé de deux bastions reliés par une courtine avec leurs fossé et contrescarpe. A l´abri de ces défenses, se trouvent le corps de garde et la soute à munitions ainsi que diverses habitations ou tentes. Quelques pièces d´artillerie protégent les abords et les flancs de l´ouvrage. Lequel fort « a été fait de terre-pleins avec de la très bonne terre et de la fascine en 26 jours et il est mis en défense et munitionné avec quelques artillerie postée de forme qu´elle en a déjà les clefs » s´enthousiasme Cristobal de Rojas. « Le château a été fabriqué conformément au terrain et à une très bonne soldatesque, de façon à couvrir la venue de l´ennemi par des tirs croisés là où ils ne peuvent pas battre en retraite et si les angles sont un peu ouverts, c´est pour découvrir l´ennemi par le travers quand il arrivera aux remparts et s´ils étaient plus fermés, la fortification s´en trouverait affaiblie. » se justifie-t-il. La garde en est confiée à trois compagnies sous le commandement du capitaine Tome de Paredes, soit un effectif qui varia de 3 à 400 hommes.

Comprenant la menace qui pèse sur Brest, l´armée royale du maréchal d´Aumont, s´en vient enfin mettre le siège devant le fort espagnol, non sans avoir pris au préalable Morlaix, puis Quimper. Les avant-gardes françaises se présentent devant les lignes espagnoles dès le début d´octobre, bientôt rejointes par le gros de l´armée, tandis que la flotte de l´amiral Martin Frobisher assure le blocus du goulet, interdisant aux Espagnols tout ravitaillement par la mer. Au 25 octobre, l´armée royale peut être estimée à 5700 hommes, dont 2000 Anglais commandés par le général sir John Norris. Les premiers jours du siège sont consacrés à creuser des tranchées d´assaut et à installer 14 pièces d´artillerie.

Le 2 novembre, l´artillerie donne enfin de la voix, sans toutefois beaucoup de succès : on « fit très peu de dégâts en raison de la robustesse de la place, à part quelques rares amorces de brèches, nous détruisîmes seulement leur parapet et quelques éléments de leurs flancs ». Plusieurs assauts sanglants sont lancés en vain. Deux semaines s´avèrent alors nécessaires pour creuser une mine sous le bastion oriental et la faire exploser le 17 novembre. Il fallut néanmoins plusieurs assauts avant de se rendre maître du fort. « Il mourut un grand nombre de soldats en ce siège, non tant par les mains de l´ennemi que des froidures, malaises et pauvreté... en six semaines que dura le siège, à peine y eut-il trois jours de beau temps, ainsi une pluie continuelle et tourmentes qui affligèrent extrêmement les soldats, entre autres l´infanterie, qui n´avait autre retraite presque aux tranchées. » La quasi-totalité des Espagnols fut tuée, « de tout âge ou sexe qu´ils furent, car il y avait presque autant de femmes que de soldats ». Dans les rangs des assaillants, les pertes sont bien plus effroyables puisque l´on estime qu´il ne demeure plus que 800 hommes valides à l´issue des combats. Les dépouilles des victimes seront redécouvertes à la fin du XIXème siècle lors des travaux de construction des batteries extérieures de la pointe des Espagnols. Leurs restes mortuaires seront alors transférés dans une fosse commune de l´ancien cimetière de Roscanvel.

Le maréchal d´Aumont n´a guère le temps de savourer sa victoire, car il doit se retourner immédiatement afin de faire face à l´armée de secours espagnole arrivée aux portes de la presqu´île de Crozon. L´affrontement n´a cependant pas lieu, don Juan del Aguila ayant ordonné la retraite à l´annonce de la chute du fort. Il envisage cependant de reconstruire la place-forte « de sorte qu´on ne la perde pas à nouveau car elle se trouvera plus forte et mieux pourvue. » Quant au maréchal d´Aumont, il ne lui reste guère plus qu´à ordonner le démantèlement du fort et à replier son armée sur Quimper, tout en se plaignant du comportement de son allié, le général Norris.

« Ce siège est le plus beau qui ait été en Bretagne pendant les présentes guerres, où il n´y avait à gagner que des coups, car le pillage était moins que rien » témoignera le chanoine Moreau. La toponymie a conservé le tragique souvenir de ce combat puisque le lieu porte encore aujourd´hui le nom de « pointe des Espagnols »".

Bibliographie :

- Jean MOREAU, Histoire de ce qui s´est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue… Ed. Le Bastard de Mesmeur, Saint-Brieuc, 1857, 420 p.

- Jacques TREVEDY, « Siège de Crozon (1594). Anglais et Espagnols en Bretagne ». Revue de Bretagne, de Vendée et d´Anjou, tome V (1891), pp. 193-207, 281-293, 351-360, 448-460, et VI (1891), pp. 57-69, 120-128, 179-289, 383-397.

- Gaston DE CARNE, Documents sur la Ligue en Bretagne. Correspondance du Duc de Mercoeur et des Ligueurs bretons avec l´Espagne, extraite des archives nationales. 2 tomes, Vannes-Rennes, 1899.

- Henri WAQUET, Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les Guerres de la Ligue en Bretagne. Coll. Archives historiques de Bretagne, n° 1, Quimper, 1960, 313 p.

- Michael JONES, « Les Anglais à Crozon à la fin du XVIème siècle : le témoignage des cartes ». Mémoires de la Société d´Histoire et d´Archéologie de Bretagne, tome LXXV, 1997, pp. 11-35.

- Didier CADIOU, Jean-Jacques KERDREUX, Monique DREVILLON, Sylvie DAOULAS, « 1594 : le siège de la pointe des Espagnols ». Avel Gornog, n° 13, Crozon, 2005, pp. 2-18.

LES BATTERIES DU PORTZIC ET DE LA POINTE DES ESPAGNOLS.

GOULET DE BREST

in La route des fortifications en Bretagne et Normandie de Guillaume Lécuillier, coll. les étoiles de Vauban, Paris, éditions du Huitième jour, nov. 2006, 168 p.

"Quand la batterie du Portzic sera achevée, elle ne sera pas moins considérable que celle de Léon [Mengant], non par le nombre de canons qui ne sera pas si grand, mais par la qualité du calibre qui est plus gros et qui bat très bien sur l'arrière, le travers et l'avant des vaisseaux [...] Elle contiendra 43 pièces de gros canon très avantageusement placé sur l'endroit du goulet le plus étroit". Vauban, Fortification du goulet de Brest, novembre 1695.

Programmée par Vauban en 1683 sur une pointe à l'ouest de Brest, la batterie du Portzic est aménagée de 1693 à 1699. C´est l´ultime barrière de feu avant les canons de la Penfeld et du château, l'ingénieur Mollart suivant les conseils du grand ingénieur l'agrandit à plusieurs reprises. En "aménageur du territoire"... Vauban prévoit de créer des communications terrestres : "en faisant un chemin du Portzic à la ville le long de la côte où il y a déjà un petit sentier, y ajoutant quelques logements de mousquetaires de distance en distance [...]". En 1777, la batterie du Portzic est intégrée aux forts détachés de Brest. L'ouvrage est encore agrandi et doté d'un fort de terre... Au fil des années, le calibre des canons de Portzic augmente, jusqu'aux batteries sous casemate du Mur de l'Atlantique...

Face au Portzic, se dresse la batterie de la pointe des Espagnols voulue par Vauban. "Ouvrage très difficile auquel j'ai fait travailler une grande partie de la campagne passée [1694]. Elle aurait été achevée si les fonds n'avaient pas manqué ; il y a encore pour 10 à 12 000 livres de dépense à faire, non compris les affûts et plate-formes des pièces qui sont tous faits au parc de la Marine. Cette batterie-là doit contenir 32 grosses pièces de 36 livres de balle chacune, qui répondront à celles de Portzic [...]" écrit ce dernier en 1695. Pourtant, selon le plan de Traverse de 1700, la batterie de la pointe des Espagnols qu'il désigne comme la "batterie de Vauban" est toujours en travaux ! Elle est dotée au final de 33 embrasures, d'une rampe pour le débarquement des chaloupes d'approvisionnement, de corps de garde et magasins... L'ingénieur propose la construction de deux tours voûtées (à trois niveaux) servant à la fois de "magasins et logements" et d'escaliers de communication pour monter de la batterie basse aux retranchements de la gorge. Enfin est prévue la construction d'une grosse tour voûtée pour "servir de réduit et de magasin avec une batterie de neuf pièces au dessus". La tour de défense côtière d'inspiration médiévale semble être la solution idéale pour Vauban mais, faute de fonds, ces extensions ne seront pas réalisées.

BATTERIES DE LA POINTE DES ESPAGNOLS par Philippe Truttmann.

Situation : extrémité nord-est de la presqu'île de Quélern.

GENERALITES GEOGRAPHIQUES

Le plateau rocheux (schistes et quartzites de Plougastel) de la presqu'île de Quélern se termine au nord-est par un promontoire à peu près triangulaire, bordé de falaises très raides tombant dans la mer, dont la face nord constitue la rive sud du goulet de Brest et la face est domine la rade intérieure. Ce promontoire est la pointe des Espagnols, dont le sommet commande de 60 mètres l'entrée du port de Brest, à 5 000 mètres de distance, et qui constitue l'extrémité est du goulet, à partir de laquelle le plan d'eau s'élargit pour former la rade intérieure.

C'est, en fait, la porte intérieure du Goulet.

A cet emplacement privilégié s'ajoute le fait que la disposition étirée du sommet de la pointe se prête tout naturellement à une organisation du genre "éperon barré" éminemment favorable à sa défense face à l'intérieur.

HISTORIQUE SOMMAIRE

La configuration géographique du site a eu sur les événements historiques une influence indéniable :

- Au printemps 1594 les Espagnols alliés de la ligue débarquent de 12 vaisseaux à Camaret, envahissent la presqu'île de Quélern et avec l'aide de la population locale attirée par des salaires élevés, construisent un fort triangulaire au sommet de la pointe.

- Sourdéac, qui commande à Brest au nom du roi Henri IV ; demande des renforts au Maréchal d'Aumont gouverneur de Bretagne.

- le 15 octobre 1594 une armée composée de 3 000 français commandés par Molac, 2 000 Anglais commandés par Norris, 300 arquebusiers à cheval et 400 gentilshommes, vient bloquer et attaquer le fort tenu par 400 Espagnols munis de canons et commandés par Don Thomas Praxede.

Malgré la profondeur insuffisante des fossés (due à l'extrême dureté du sol) le siège est très dur, du fait de la maladie qui sévit, et de la vigoureuse résistance des Espagnols ; ce n'est que le 18 novembre que l'assaut final submerge le fort, tous les Espagnols sauf 13 (9 blessés et 4 qui s'étaient cachés) sont tués y compris Praxede.

Sourdéac fait aussitôt raser le fort.

Depuis cette date la pointe prend le nom de pointe des Espagnols.

- On notera que si l'initiative d'attaquer Brest, à partir de ce point, après l'avoir solidement organisée, revient aux Espagnols, l'idée en sera reprise ultérieurement et la leçon n'a pas été perdue, ni par les Anglais qui participaient au siège de 1594, ni par les français qui organisèrent en conséquence la presqu'île, ni même par les Allemands entre 1942 et 1944.

L'organisation permanente du site est reprise par Vauban qui construit :

- La batterie haute (ultérieurement transformée en batterie de mortier puis en batterie pour canons de 100 mm à tir rapide) que l'état de l'artillerie du 23 Avril 1694 indique comme armée de 4 canons de 24 livres de balle et 3 mortiers.

- L'actuelle batterie basse ; au pied de la falaise, pour 32 pièces tirant à embrasure (Le projet de Traverse du 24 janvier 1696, appostillé

par Vauban, avec un plan et huit profils. Archives de l'Inspection du Génie à Vincennes ; la batterie semble au 3/4 terminée).

Cette batterie est indiqué par l'Etat d'armement de 1758 comme [composée] de 24 canons et 2 (?) mortiers, et baptisée "batterie Vauban" nom qu'elle gardera ultérieurement.

On construit également plusieurs petits bâtiments à usage de casernement, corps de garde, magasin, tant à la batterie basse qu'à la batterie haute.

- Fin 17e siècle, un aide d'artillerie, du "MEE", émet le projet d'un fort triangulaire au sommet de la pointe (projet non exécuté).

- Au 18e siècle, les choses restent en l'état, sauf la batterie haute qui est remaniée pour recevoir 6 mortiers sur plateformes et entourée, du côté du plateau d'un retranchement en terre (Plusieurs projets avaient été envisagés (1769 en particulier) tendant à construire une enceinte enveloppe (couronné bastionné) ; ils ne furent pas exécutés et le retranchement en terre en est la résurgence partielle, réalisée aux [à] moindres frais.), avec fossé et parapet, couvrant, en tracé tenaillé, l'ensemble de la position.

En 1811, à l'époque du blocus continental, on procède à la construction d'une tour-réduit type n° 1 (pour 60 hommes) au sommet topographique de la pointe. Par contre les deux branches tombantes projetées pour fermer la pointe vers l'arrière ne sont pas exécutées.

Vers cette époque, le parapet de la batterie basse a été transformé à barbette et les embrasures bouchées.

- Au 19e siècle, après la longue période de calme de la Restauration, le vieux projet de l'enceinte arrière ressurgit et, est enfin exécuté.

Il aboutit à la construction, face à l'intérieur des terres, d'un ouvrage à cornes couvrant la batterie haute et dont les flancs se prolongent par deux branches tombantes aboutissant à la mer et enveloppant l'ensemble des ouvrages hauts et bas. La date de construction n'en est pas connue et se situe entre 1811 et 1870 (peut-être 1859-1860 par analogie avec les autres travaux prescrits par la Commission de 1842).

Après 1870, dans le cadre de la réorganisation d'ensemble résultant de la mise en service de l'artillerie rayée, on établi en 1883-1884 au sommet du plateau et le long de la route stratégique établie à cet effet :

Sur la face nord,

- A l'ouest : une batterie pour 4 pièces de 24 cm Marine modèle 1870-1884 tirant normalement au goulet.

- A l'est, près de l'ouvrage à cornes une batterie pour 4 pièces de 32 cm Marine modèle 1870-1881, tirant vers le nord, obliquement par rapport au goulet.

Sur la face Est,

- Au nord, et à l'intérieur de l'ouvrage a cornes une batterie de 3 canons de 32 cm tirant dans la rade intérieure (vers l'île Ronde).

- Au sud, une batterie comprenant 4 pièces de 19 cm Marine modèle 1864-1870 et 4 pièces de 24 cm Marinen modèle 1870, tirant dans la rade intérieure.

Toutes ces batteries sont des batteries de bombardement, à air libre avec traverses-abris.

- En arrière sur le plateau, deux magasins à poudres enterrés type 1874, à 400 mètres l'un de l'autre ; l'un destiné aux batteries du groupe nord, l'autre aux batteries du groupe est.

Cet ensemble considérable développe ainsi 19 pièces de gros calibre et les abris correspondants.

- Après la crise de l'obus-torpille (1885-1886), on construit en 1888 sous le terre-plein de la batterie basse de Vauban, une batterie de rupture sous roc pour 2 pièces de 32 cm Marine modèle 1870-1884 sur affût de casemate tirant perpendiculairement au goulet.

Par ailleurs la crise de l'obus torpille ayant remis en cause la capacité de résistance des abris, parapets et magasins des batteries hautes récemment construites l'ensemble aurait du normalement être réorganisé et doté d'abris à l'épreuve des nouveaux projectiles à grande puissance ; on se contenta par raison d'économie et du fait de la position en retrait de ces batteries par rapport à l'entrée du goulet, de construire un magasin à poudre sous roc sous l'ouvrage à cornes avec entrée par le fossé du flanc sud, bien défilé.

Enfin, vers cette même époque, la batterie basse de Vauban, à demi abandonnée depuis 1870, est transformée en batterie de petit calibre et reçoit 4 pièces de 47 mm, implantées sur plateformes à air libre, à l'est de la batterie de rupture. Quant à la batterie haute (ancienne batterie de mortiers) elle est réorganisée et transformée pour recevoir 4 pièces de 100 mm Marine à tir rapide. La position est en outre dotée de deux projecteurs électriques, avec usine d'alimentation.

- En 1915-1916 comme sur la plupart des ouvrages de la rade de Brest, et compte tenu de la maîtrise des mers détenue par les alliés (sauf dans la guerre sous-marine) on enlève une forte partie des matériels d'artillerie qui part ; sur le front du nord-est pour constituer l'A.L.V.F. et l'A.L.G.P. dont les armées en campagne ont le plus pressent besoin.

Enfin pendant la Deuxième Guerre mondiale, les Allemands occupent la pointe des Espagnols et en font le "Groupe de point d'appui de Crozon - Route des Espagnols ("Stützpunktengruppe Crozon" relevant du 17e Pestrings Pionier Stab.) en englobant dans le périmètre défensif, la batterie de rupture de Pourjoint (Voir dossier particulier à cette batterie). Ils réutilisent les ouvrages et abris français sans transformation (sauf modification des embrasures de la batterie de rupture en blockhaus pour canons ! de 5 cm K.W.K). Par contre pour couvrir la pointe face au sud, ils construirent de toutes pièces une position de résistance tracée en arc de cercle entre le ravin du Stiff et la côte est, par le hameau de Penaros, position comportant : 28 abris ou casemates en béton armé (dont 21 utilisables) et 4 en construction ; une série d'obstacles (fossés, champ de mines) appuyés à la côté aux deux extrémités.

DESCRIPTION

On rencontre, de haut en bas, en décomposant les différents éléments constitutifs :

Ouvrages du "sommet"

- La Tour Réduit.

- L'ouvrage à cornes et ses branches tombantes.

- Le magasin à poudre sous roc.

- La batterie haute de 24 cm Nord.

- La batterie haute de 32 cm Nord.

- La batterie haute de 32 cm Est.

- La batterie haute de 24 cm Est.

- La batterie haute de 19 cm Est.

- Le magasin à poudre enterré Nord.

- Le magasin à poudre enterré Est.

- La batterie de 100 mm à tir rapide (ancienne batterie de mortier).

Ouvrages "bas"

- La batterie basse (dite "batterie de Vauban").

- Les bâtiments de la batterie basse.

- La batterie de rupture.

LA TOUR REDUIT

Implantée au sommet topographique du promontoire, sur la bissectrice de l'angle formé par les deux faces de la pointe ; elle est tout à fait conforme au plan-type du modèle n° 1 du décret du 3 Mai 1811 (tour pour 60 hommes) et semblable à celle du même modèle construite à la batterie de Cornouaille[s]. L'ouvrage est privé du parapet de la plateforme supérieure et de ses bretèches (Rasées sous l'occupation semble-t-il.) Il est construit en maçonnerie de moellons de schiste brun foncé avec : encadrement des ouvertures, modillons et tablette de soubassement du parapet, chaînes d'angles, linteau et seuil des créneaux de fusillade en pierre de taille appareillée et dressée, de granite clair. L'encadrement de la porte et les chaînes d'angle sont harpés, pas de date au-dessus de la porte. La tour, entourée d'un fossé, d'un chemin couvert et d'un glacis périphérique, est reliée à l'ouvrage à cornespar une double caponnière tracée suivant la capitale de cet ouvrage.

L'OUVRAGES A CORNES ET SES BRANCHES TOMBANTES

Cet ensemble, orienté face à l'intérieur des terres, constitue l'enceinte de sûreté couvrant la batterie basse et la batterie haute contre une attaque à revers. La réalisation d'un tel dispositif, projetée dès les origines, vers 1694, a été longtemps différée (La date exacte de construction n'est pas connue, faute de documents, mais on sait que l'ouvrage n'existait pas en 1811 et existait en 1880 au moment où furent établies les batteries hautes. On remarque une analogie très nette avec l'enceinte arrière de la batterie du Toulinguet.), la position étant déjà couverte, à l'arrière et à plus grande distance, par les lignes de Quélern.

La capitale de l'ouvrage à cornes est orientée nord-est sud-ouest et correspond à la bissectrice intérieure de l'angle formé par la pointe.

Longueur du front (entre saillants de bastions) : 80 m.

La route d'accès, prolongeant la double caponnière de la tour-réduit et coupant la route stratégique, pénètre dans l'ouvrage en milieu de courtine par un portail aujourd'hui détruit après avoir franchi le fossé général sur un pont.

Escarpe, en maçonnerie de schiste brun, à chaînes d'angle harpées et tablettes de couronnement en granite, soutenant un parapet en terre avec banquette.

Les branches tombantes, de même construction que l'escarpe ci-dessus, prolongent les flancs de l'ouvrage à cornes, avec retour en angle légèrement obtus.

La branche nord, simple mur dépourvu de parapet, se raccorde en ligne droite, selon la ligne de plus grande pente, à l'extrémité ouest de la

batterie basse. La branche sud, plus longue, part d'abord obliquement puis se brise et descend directement au rivage.

MAGASIN A POUDRE SOUS ROC

Etabli sous le terre-plein de l'ouvrage à cornes et parallèlement à la courtine, cet ouvrage a été construit vers 1890 pour remplacer les deux magasins enterrés de 1880-1885 auxquels les explosifs brisants mis en service en 1885-1886 avaient ôté toute valeur de protection.

Il s'agit d'un magasin jouant le rôle de magasin de secteur et destiné à ravitailler les cinq batteries hautes de gros calibre.

L'entrée est ménagée dans le flanc sud de l'ouvrage à cornes dont le fossé a été raccordé par deux routes en tranchée à la route stratégique. Cette entrée donne accès à une galerie descendante avec escalier aboutissant à un premier vestibule. De ce vestibule une seconde galerie, décrochée en baïonnette par rapport à la première, mène, après avoir traversé un deuxième vestibule, à la chambre des poudres vaste local de 35 mètres par 5 mètres environ voûté en berceau et creusé sous 8 mètres environ de roc.

La chambre des poudres est suivie d'un troisième vestibule ; de ce troisième vestibule et du deuxième, partent deux tronçons de galerie, perpendiculaires à l'axe de la chambre des poudres aboutissant au pied de puits verticaux ayant été équipé de monte-charges, et débouchant dans l'escarpe de la courtine à ras des flancs des demi bastions. Les puits protégés par des massifs bétonnés assuraient le livraison des obus aux batteries, l'approvisionnement se faisait par la galerie d'accès.

Le tout était équipé à l'intérieur de monorails de transport aérien et à l'extérieur, d'un réseau de voie de 0,40 mètre aujourd'hui enlevé. Eclairage par lanternes à pétrole de sécurité sous niches protégées du type réglementaire.

Entrée en plein cintre à claveaux rayonnants harpés en granite de l'Aber Ildut noyés dans le béton du massif protecteur.

Locaux et circulations intérieurs : maçonnerie enduite au mortier.

Dispositions architecturales et d'équipement en tous points semblable aux magasins du même type de la Batterie Robert, des Capucins et de Tremet.

BATTERIES HAUTES

Implantation et armement décrits dans le chapitre "HISTORIQUE". Ces batteries sont d'organisation identique (Seule, la batterie de 32 cm est implantée à l'intérieur de l'enceinte de l'ouvrage à cornes. Les autres sont établies à l'extérieur, le long de la route stratégique, sans protection contre une attaque d'infanterie sur leurs arrières. Ce qui prouve que l'enceinte arrière (ouvrage.à cornes et branches tombantes) est antérieure à la construction des batteries hautes) : ce sont des batteries barbette à ciel ouvert traversées de pièce en pièce (sauf la batterie double 24 cm et 19 cm de la face est traversée de deux en deux parce que fichant dans une direction non dangereuse et risquant peu le tir d'enfilade).

Dans les deux batteries de la face nord une traverse sur deux est creuse (traverse abri).

Dans les batteries de la face est, la batterie de 32 cm a deux traverses sur trois creuses ; la batterie de 24 cm et 19 cm a toutes ses traverses creuses (dont une double).

Les traverses-abris de toutes les batteries sont identiques et, simples ou doubles, conformes aux disposition réglementaires de 1877 à 1885. Façades en maçonnerie de schiste, encadrements des baies harpes et tablette en granite clair appareillé ; voûtes en maçonnerie (berceau) enduites au mortier. Cloisonnement transversal divisant le bâtiment en abri à personnel (côté façade) et soute à munition de pièce au fond. Le tout, sauf la façade arrière dégagée, est recouvert par un massif de terre de protection.

En fait, les batteries ne diffèrent que par les plate-formes adaptées au matériel d'artillerie. L'état d'embrousaillement ne permet pas de détermine le type exact des affûts.

MAGASIN A POUDRE ENTERRES

Etablis en retrait, pour des raisons de défilement aux coups du large, et de distance de sécurité par rapport aux batteries, en cas d'explosion. Ils sont orientés nord-est-sud-ouest avec entrée au sud-ouest, face à l'intérieur des terres. Ce sont de vastes locaux en maçonnerie, voûtés en plein cintre et recouverts, sauf la façade d'entrée, d'un important massif protecteur, de terre.

La façade d'entrée, seule dégagée donne sur une cour fermée par un mur de clôture, cour encastrée dans le massif d'enveloppe.

Le magasin nord desservait les deux batteries de 24 et 32 cm de la face nord.

Le magasin est desservait les 3 batteries de 32 cm, 24 cm et 19 cm de la face est.

La desserte se faisant par des embranchements routiers particuliers.

Les deux magasins sont en partie ruinés et ensevelis sous les ronces.

BATTERIE DE 100 mm A TIR RAPIDE (repère N du plan Marine)

Constituait, à l'origine, la seule batterie haute de la pointe ; elle était en avril 1694 armée de 4 canons de 24 livres de balle et 3 mortiers et avait un plan en fer à cheval très allongé. Une fois terminée la batterie basse, cette batterie est dotée exclusivement de mortiers pour lesquels 6 plate-formes sont aménagées en 1773.

Vers 1900, elle est remaniée et reconstruite en béton, mais sur un plan identique (imposé d'ailleurs par la forme du terrain) et armée de 6 pièces de 100 mm à tir rapide disposées en ligne sur un axe nord nord-est sud sud-ouest, avec un champ au tir de près de 270 degrés.

La cuvette centrale a été comblée de terre lors du récent "aménagement touristique" (?) du site et est seul visible le parapet en fer à cheval allongé.

BATTERIE BASSE

Construite par Vauban elle dessine un V très ouvert, à branches asymétriques fermées aux deux extrémités par des retours, enveloppant le pied des falaises de la pointe, à quelques mètres à peine au-dessus du niveau de la pleine mer.

Accès par sentier en zig-zag descendant de la batterie haute.

Le terre-plein soigneusement nivelé a été obtenu par déroctage à la mine du soubassement rocheux, aplani pour asseoir la maçonnerie, et, de la falaise, pour obtenir l'espace suffisant au service des pièces.

Elle est bordée à l'avant d'un parapet en maçonnerie de schistes bruns assez grossière, surmontant une escarpe peu élevée fondée sur le soubassement de roc naturel.

A l'origine ce parapet était entaillé de 32 embrasures (32 sur le plan approuvé par Vauban le 24 Janvier 1676 - 33 sur d'autres documents) pour pièces de gros calibre ainsi réparties :

- Retour (ou flanc) ouest : 2.

- Face nord (le long du goulet) : 18.

- Face nord-est : 8.

- Retour (ou flanc) sud : 4.

A la fin du 18e siècle ou début 19e siècle ce parapet a été transformé à barbette et les embrasures supprimées. Le mur de genouillère a été entaillé de niches pour les têtes de châssis des affûts de nouveaux matériels à pivot avant. (comme à la batterie de Cornouailles) et l'armement ramené, à 29 pièces.

A la fin du 19e siècle, la batterie disparaît en tant que batterie de gros calibre et se trouve transformée en batterie d'artillerie légère armée de 4 pièces de 47 cm sur affût crinoline, tandis qu'en sous oeuvre, est aménagée une batterie de rupture tirant au ras de l'eau.

L'emplacement des 4 pièces de 47 mm est encore visible à l'extrémité ouest de la face nord, ainsi que la ferraille des affûts crinoline ; une bouche à feu de 47 mm gisait encore dans les ronces en 1969. L'état d'embrousaillement de l'ouvrage ne permet pas de reconnaissance plus détaillée.

BATIMENTS DE LA BATTERIE BASSE

Soute à munitions creusée en abri-caverne dans le pied de la falaise, à mi-longueur de la face nord et de plain-pied avec le terre-plein ; constituée par une petite chambre à poudres en maçonnerie légère isolée des parois rocheuses par un vide sanitaire (pour protéger les munitions des eaux de suintement). Accès par un petit corridor à tracé brisé.

Bâtiments en élévation situés sur la plate-forme de la face nord-est. Il s'agit de bâtiments sinistrés remontant en partie au 19e siècle ; en maçonnerie de schiste enduite au mortier lissé.

- Au sud : deux bâtiments d'habitation, à deux niveaux (rez-de-chaussée et étage) à toiture en bâtière ; le plus au nord a les portes et fenêtres encadrées de granite en gros appareil, feuillure extérieure pour les volets.

- Au nord : ancien magasin à poudre (ou citerne ?) petit bâtiment voûté en berceau. Ce bâtiment semble correspondre à un magasin à poudre figurant sur le Grand Atlas de 1823.

Le tout sans aucune décoration.

BATTERIE DE RUPTURE

Construite en 1888 sous le terre-plein de la face nord et tirant perpendiculairement au goulet, elle est rigoureusement conforme au plan-type et semblable aux autres batteries de rupture de la rive sud.

Entrée à l'est par tranchée et galerie munie d'un escalier à volée droite desservant le magasin à munitions à gauche en entrant, puis les deux casemates de pièces, à droite.

Les embrasures des deux pièces débouchent sous l'escarpe de la face nord, dans le même alignement et sont séparés par un orillon revêtu de maçonnerie destiné à protéger l'embrasure la plus à l'est des coups d'écharpe. Les deux embrasures ont eu leurs murs de masque démolis par les allemands et remplacés par des bockhaus en béton armé, à embrasures à larges trémies pour canons de 5 cm K.W.K. (Canon de 5 cm de char retiré de l'armement des blindés et remployé comme artille-légère du mur de l'Atlantique.) sur affût de casemate de circonstance strictement identiques à ceux construits à la batterie de rupture de Pourjoint, voisine.

A noter le renforcement (massif d'éclatement) de la plate-forme de la batterie basse au-dessus de la batterie de rupture, pour compenser l'insuffisance de l'épaisseur de roc au-dessus du ciel des casemates.

CONCLUSION

Ensemble composé d'éléments d'époque et de mission très différentes qui se juxtaposent voire même se superposent suivant un ordre difficilement perceptible de prime abord et dont la logique n'apparaît qu'après analyse.

A part la tour-réduit (Elle a désormais pour fonction d'abriter des expositions. Le dégagement du fossé, du chemin couvert et du glacis rendrait compréhensible sa destination originelle.), aucun de ces éléments constitutifs ne présente, pris isolément, un intérêt majeur, l'intérêt résultant surtout de la juxtaposition de ces divers éléments concentrés sur un site naturel de grande beauté et de leur adaptation fonctionnelle à ce site.

On notera :

- L'échelonnement sur deux niveaux des batteries.

- Le long cheminement du probléme, posé dès l'origine, mais résolu au moins un siècle et demi après seulement et à trop petite échelle, de la défense arrière de l'ensemble, repris enfin par les Allemands sur un tracé.

- Les points de vue remarquables obtenus du sommet sur l'arrière du goulet, Brest et la rade intérieure.

La batterie basse, dite de Vauban, est un des rares gros ouvrages établi en dur (et autrement qu'en fortification du moment) au 17e, mais par rapport à Cornouaille[s], au Mingant ou à la tour de Camaret, il s'agit d'un ouvrage plus récent construit sous l'emprise d'une nécessité plus pressente et d'architecture beaucoup moins soignée (Comouaille[s] et le Mingant ont été entrepris vers 1680, la tour de Camaret vers 1690 : il s'agit d'ouvrages permanents prévus à loisir et bâtis "noblement". La batterie basse des Espagnols semble résulter d'addition de 1689 sinon de l'alerte de 1694. De plus, les remaniements ultérieurs l'ont altérée et les ronces en cachent l'essentiel. Le dégagement du terre-plein et du parapet de la batterie basse et un aménagement du chemin d'accès permettraient une meilleure mise en valeur de l'extrême pointe des Espagnols.).

Sous prétexte de "mise en valeur touristique du site", il a été procédé, il y a quelques années, à des aménagements menés sans le moindre souci de mise en valeur et même de simple respect des ouvrages auxquels les promoteurs ne comprennent manifestement rien. Le tout s'est traduit par un certain nombre de dégâts : comblement de la batterie de 100 mm à tir rapide, éventration de la courtine de l'ouvrage à cornes et comblement partiel du fossé, terrassements de parking ; il serait souhaitable qu'il fut mis fin à ce gâchis et qu'une protection soit imposée.

Illustrations

Voir

Voir aussi

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