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Salines d'Hillion

Dossier IA22001673 réalisé en 2003

Marais et salines

La conquête des marais

La côte bretonne au nord comme au sud possédait des salines dés l´époque gallo-romaine. Au Moyen-Age, celles d´Yffiniac, d´Hillion, de Langueux surtout, fournissent aux besoins de la consommation locale et régionale. Geffroy Prévost fait don en 1145 au Prieuré de Saint-Martin de Lamballe, d´une rente 10 quartiers de sel à prendre aux salines de la baie d´Yffiniac. Mais il y en a d´autres à Dahouët, Erquy, Plouha et Paimpol.

Les chartes de Saint-Martin de Lamballe mentionnent au 11e siècle les salines d´Hillion qui, comme leurs voisines, produisent du gros sel. Les unes et les autres sont exploitées par les seigneurs riverains, qui perçoivent divers droits sur l´achat, la vente et le transport du sel : le « salagium ». Les salines d´Yffiniac, après avoir connu des périodes alternatives de prospérité et de marasme, ne disparurent qu´à l´aube du 20e siècle. Du fait de la sédimentation marine, les salines devaient s´installer de plus en plus loin sur l´estran. Déjà un aveu de 1535 nous fait part de cet état de chose en distinguant les grèves labourables et les « terres de marais gaignables » (AD 22, série G). Un afféagement du 24 avril 1734, à l´écuyer Floriant Chapdelaine est fort explicite : il s´agit D´une pièce de terre en les Marais d´Hillion, autrement appelée les salines où autrefois il se faisait du gros sel, à présent en terre forte et partie labourable (AD 22, série E 252).

Il y a aussi le véritable marais maritime. Le même Floriant achète le 17 juillet 1734 onze journaux de terre vague et inculte dans le marais de la paroisse d´Hillion. Le 13 juillet 1776, c´est au tour de Jean Boulaire du Plessis d´acheter soixante journaux joignant aux métairies du Clos Goblet et du marais aux rivières de Saint-Jean et d´Yffiniac se perdant dans la filière de la mer à la digue des héritiers du sieur Chapdelaine.

Ces exemples nous permettent de voir se constituer le polder de Pisse-Oison ou Pissoison, le Clos Goblet, le plus septentrional d´Hillion. Le cadastre du Penthièvre et ses tables permettent de localiser parfaitement ces possessions, dont certaines sont encore sur le DPM.

Plus au sud, au niveau de Sous Le Gué et des Champs Durand, le polder n´est qu´embryonnaire. Une dizaine de journaux sont mis en culture autour d´une maison appelée « le Morais ». C´est un véritable îlot dans le marais maritime, entre les chenaux du Caler (qui s´appelait alors le Camoy). Le reste est inscrit soit comme marais herbu que la mer couvre à nouvelle et pleine lune, soit comme section qu´il n´est guère possible d´enclore, la mer monte trop.

Une partie sert aussi à tirer le « sable », nécessaire aux salines. Une grande part du marais est afféagée entre quatre personnes. Mais le cadastre conteste les droits d´un « prétendu possessionné », tandis qu´il note que le reste n´est « prétendu par personne ». Au total, environ cent vingt journaux non productifs.

Par contre, le polder des grèves est entièrement aménagé et parcellisé. Les maisons se sont installés au contact du marais et du versant littoral. Le cadastre du Penthièvre n´englobe pas le polder d´Yffiniac, mais, à cette date, il était certainement en grande partie établi, car il bénéficie d´une situation tout aussi favorable. En 1785 à Langueux, les dessèchements devaient être avancés. Les sauniers de Langueux affirment : Dans les coins que la mer semble abandonner, nous obtenons la permission d´élever des digues et ce n´est pas ce qui nous attache le moins à nos villages.

Les salines

En 1636, Dubuisson-Aubenay, au cours de son voyage en Bretagne, relève que la baie de Saint-Brieuc est couverte de salines appartenant au duc de Penthièvre, Où ils font du gros sel gris, au soleil, dans le marais et du même sel blanc, dans les chaudières de plomb. Ces produits furent toujours inférieurs à ceux de des rives de l´Atlantique : mais ils étaient recherchés par les étrangers du fait de la modicité de leur prix et de leur coût d´exploitation. D´autre-part, la Bretagne ne connaissait pas le droit de gabelle, et la contrebande était courante. Le sel produit par les salines au 15e siècle fera l´objet d´un trafic régulier des ports de Paimpol, Bréhat, Binic, Le Légué, Dahouet avec la Normandie, entre autres usages, pour préparer le poisson, saler la morue. La fin des salines suivra d´ailleurs la décadence de la pêche à la morue au début du 20e siècle.

En 1833, on dénombrait encore deux salines à Hillion, deux à Yffiniac et 47 salines à Langueux.

Dénominations saline
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Langueux
Adresse Commune : Hillion
Lieu-dit : les Grèves
Cadastre : 1959 E4 910 à 921

Les grèves et salines d'Hillion Les salines d'Hillion et de Dahouët sont l'oeuvre de la duchesse de Mercoeur vers le 1er quart du 17e siècle (à partir de 1607), qui fit venir des paludiers du Poitou afin d'y construire des chaussées et aires de mares à faire sel aux grèves d'Hillion joignant le sillon de Saint-Jean (AD 22, E. 251). Ces salines furent rapidement afféagées par la seigneurie de Lamballe, comme le suggère la toponymie du plan de 1785. Dans cette partie des grèves, les afféagements représentent les redevances dues aux receveurs de la châtellenie du Penthièvre pour les salines, les terres cultivables ainsi que les marais. Les premières rentes sur les salines du comte de Penthièvre doivent dater du 11e siècle. Dans le domaine des terres à vocation purement agricole, la notion de grève peut évoquer ces terres situées en limite des marais, très riches en sédiments marins, actuellement propices aux cultures maraîchères. Les descriptions de ce type de terres sont très fréquentes dans les aveux. La ligne de rivage de l'ancien estran devait inclure le cordon de galets primitif des "Graviers", aujourd'hui dispersé et mêlé à l'argile et aux sédiments marins pour former un champ cultivé, protégé des inondations par l'ancienne digue de 1823. En fait, les sauniers ont commencé à aménager des levées de terre bien avant les agriculteurs pour aménager les marais salants : parcelle des Graviers (n° 2657), appelée "village des Graviers des salines d'Hillion" (AD 22, E. 258, aveu de 1555). Cette parcelle dépendant de la métairie de Jernugen (seigneurie des Marais). Une autre parcelle dénommée "la motte des sablons" ou "sablons" fut baillée en 1681 à la famille Pluart de Pinsoizon (Pissoison), comme marais, vasières et salines. Cette parcelle est toujours cultivée par les exploitants de la ferme de Pissoison. La seigneurie des Marais fut plus tard vers 1730 afféagée pour le compte de Florian Chappedelaine, qui repris ensuite la partie des salines dans les marais d'Hillion, considérée comme de mouvance noble. Au sud de ces salines et délimités par le charroi menant du pont Samson (ancienne voie de Saint-Brieuc à Langueux et Hillion, souvent empruntée par les gens de Langueux qui venaient enlever du sablon et de la marne) au village de Sous le Gué, se trouvaient les marais que la mer recouvrait dans les marées de "nouvelle et pleines lunes", joignant les métairies du Clos Goblet et du Marais, aux rivières de Saint-Jean et d'Yffiniac, et se perdant dans la filière et à la digue des héritiers du Sieur Chapedelaine (AD 22, E. 513-252). En 1785, les dessèchements devaient être très avancés sur ces paroisses riveraines des marais. Les sauniers affirment : Dans les coins que la mer semble abandonner, nous obtenons la permission d'élever des digues et ce n'est pas ce qui nous attache le moins à nos villages. Les sauniers des salines pratiquaient aussi l´agriculture en alternance saisonnière avec leur industrie. Ainsi, à côté des grèves, la proximité des champagnes, bien exposées et certainement « fumées » par des engrais marins reflète l´importance de la champagne de Mondehun comprise entre les villages de Licellion et des Grèves, et surtout celle dénommée « Sur les Salines », bordée par le sentier d´Yffiniac à Hillion et le chemin du Gué aux Aubiers (actuellement cadastrée D3, 580 à 626). Sur le cadastre de 1812, la rivière le Camois sépare la partie maritime des grèves d'Hillion des villages des polders : le Gué plat, les Murais et le Grèves. Les salines d'Hillion se trouvaient dans les marais (morées), situés à l'ouest des Aubiers. La plaine ou plateau dominant ces marais s'appelle "Sur les salines" ou "sous les salines". Le village des Salines est situé dans le fond des grèves et marais d'Hillion, identifié sous l'Ancien régime au village Hautbert, associé et baillé aux titres des seigneuries de Lesmelleuc et de Carbien (AD 22, E. 264.b et E. 485). Le plan parcellaire tracé à la veille de la révolution ("Sous les Salines" dans le Terrier du Penthièvre de 1785) révèle l'étendue de l'industrie du sel dans les grèves d'Hillion sous la féodalité : parcelles 2805 à 2842. A la fin de cette époque, il ne restait plus que deux familles de sauniers sur cette zone ; ce qui trahit un réel déclin, causé en partie par la concurrence des salins de la côte atlantique, l'envasement de la baie et les débuts de poldérisation des marais à des fins agricoles. En 1816, Habasque relevait seulement 2 salines pour Hillion (famille Le Maréchal), 7 à Yffiniac et 29 salines à Langueux. Les nouvelles lois sur le sel sous l'Empire allaient grever d'impôts une industrie déjà concurrencée par le sel blanc atlantique. De plus les salines, salins et marais salants étaient redevables de la contribution foncière. Le déclin de l'industrie du sel allait s'accompagner d'une reconquête de l'Etat sur ces rivages, que certains habitants de grèves s´étaient appropriés, sans limites bien précises, faisant payer les agriculteurs pour les amendements prélevés.

Période(s) Principale : 17e siècle
Secondaire : 1ère moitié 19e siècle
États conservations détruit

Les anciennes salines d'Hillion détruites aujourd'hui méritent cependant d'être étudiées et présentées dans le cadre d'un panneau d'interprétation des marais d'Hillion.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à étudier

Annexes

  • 20032203607NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série E . 495.

    20032203606NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série E . 495.

    20032203608NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série E . 495. 8e feuille.

    20032203755NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série E . 495. 8e feuille.

    20032203609NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série E . 495. 8e feuille.

    20032203610NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Série E . 495. 8e feuille.

    20032203720NUCB : Mairie de Hillion

    20032203715NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, E 495.

    20032203714NUCB : Mairie de Hillion

Références documentaires

Documents audio
  • PRIGENT, Guy. Témoignage audio Jean-Yves Cabaret : les digues et polders de Pissoison. Hillion, 2003.

    Témoignage audi
  • PRIGENT, Guy. Témoignage audio : Ernest Gaillard. Hillion, 2003.

    Témoignage audio