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Salines d'Erquy

Dossier IA22004218 inclus dans La ville d'Erquy réalisé en 2005

Fiche

Dénominationssaline
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Pléneuf-Val-André
AdresseCommune : Erquy
Lieu-dit : la Vallée Denys, le Bourg
Cadastre : Plan-terrier du duché de Penthièvre, 1785 ; 1987 A2

Erquy possédait deux salines pour l'extraction de la saumure : la saline de la Vallée-Denys (saline de la Moinerie, dépendant des moines cisterciens de l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois) et la saline du bourg. Les premières salines dateraient de la 1ère moitié du 15ème siècle. La saline de la Vallée se trouvait au fond de la Bouche entre la Costière et la Vallée-Denys, sur la côte ouest de la Bouche, où ces terres portaient le nom de "fief de Salinan" au 16ème siècle. Une implantation plus ancienne a pu exister sur le site de Lanruen (présence de briquettes). Le plan-terrier du duché de Penthièvre de 1785 mentionne une pièce de terre nommée "la saline" sous la Costière, joignant le chemin dit" des salines" dans un aveu de 1703 (AD 22, E/494 et 500), qui traversait le marais de la Roche pour gagner Plurien. L'autre saline se trouvait près du bourg, au point de jonction du déversoir du marais sur la grève, avec le témoignage toponyme d'un lieu dit et d'un groupe de maisons, appelé "les Salines", relevant de la tenue de Forge, communauté entre les seigneuries de Lamballe et de Bien-Assis (mentionnée dans le plan de 1785).

Période(s)Principale : 1ère moitié 15e siècle
États conservationsdétruit
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Les anciennes salines d'Erquy

    Le procédé de fabrication du sel faisant appel au lessivage des sables salés fut assez répandu sur la côte de Manche Ouest. Cette technique fut pratiquée sur les franges de la baie de Saint-Brieuc, sur les rivages du pays de Lancieux, de Ploubalay et de Saint-Briac. La technique "ignigène" qui consistait à réduire la saumure par le feu, perdura parfois jusqu'au 19ème siècle.

    La fabrication du sel par la technique du lavage du sablon dans l'anse d'Yffiniac, a fait l'objet de quelques descriptions au 19ème siècle. Cette dernière consistait à ramasser les sables salés sur les grèves à l'époque propice (à partir du mois de mai jusqu'en septembre). Au préalable dés le mois d'avril, les sauniers passaient la charrue sur les parcelles de grèves, afin que le sol s'imprègne mieux lors des grandes marées. Puis ces sables salés étaient lavés sur un filtre, afin d'obtenir une saumure. Cette dernière, lorsqu'elle était suffisamment concentrée par plusieurs opérations successives, était alors traitée par cuisson sur des fourneaux en terre, dans des récipients appelés "plombs", permettant ainsi la cristallisation du sel. Les sels étaient ensuite égouttés et séchés dans des paniers avant d'être commercialisés. Ces opérations de cuisson avaient lieu à l'intérieur de la "saline", construction sommaire ou cabane, établie près des grèves.

    A Langueux, dans les années 1830-1840, ces bâtiments sont décrits comme composés d'un rez-de-chaussée et de murs élevés à 3 mètres, surmontés d'une toiture très escarpée, légèrement couverte en genêt, afin de laisser sortir la fumée des chaudières, placées dans un pignon sans cheminée.

    La maison des salines

    En marge du bourg d'Erquy, se trouvait jadis une maison appelée "la Saline", citée dans les textes de l'Ancien Régime, sans que cependant rien n'indique que cette dernière soit liée à cette activité ; ce toponyme pouvant aussi évoquer le souvenir d'une ancienne saline. Dès 1639, cette maison était en ruine, et plus tard, suivant l'aveu de 1690, elle fut la propriété de Marguerite Eveillart et relevait comme rente féodale de la tenue de la Forge. L'ensemble de cette propriété relevait au titre de cette tenue, d'une part dans les mouvances proches de Lamballe, et par ailleurs, de la seigneurie de Bien-Assis. En effet, il faut préciser qu'à cette époque, une grande partie des marais était regardée comme étant dans les mouvances proches de la seigneurie de Lamballe, qui en afféagea unr partie en 1714. Ce quartier des salines existe toujours, il est en effet situé au carrefour des rues de la Saline et de la Corniche.

    Les salines du marais de la Bouche d'Erquy

    La Bouche d'Erquy est constituée principalement par l'estuaire de l'Islet délimitant les paroisses d'Erquy et de Plurien ; s'y ajoutait jusqu'au 19ème siècle, l'embouchure du petit ruisseau de Saint-Symphorien, qui séparait Plurien de Pléhérel (cadastre de 1810-1811). Cette vaste étendue de marais est quasiment fermée par un éperon dunaire, autrefois appelé La pointe aux Roseaux.

    Dés le 15ème siècle, quelques archives permettent d'affirmer la présence de salines en Erquy et probablement en Plurien. Comme de nos jours, ces marais étaient traversés par divers sentiers qui permettaient de passer des Hôpitaux au bourg de Plurien, en longeant la Roche du Marais et en empruntant le Chemin des Salines.

    La mention la plus ancienne concernant les salines de la paroisse d'Erquy, se trouve dans un "minu" de 1439.

    En janvier de cette année 1439, Gilles de la Chetaye fournit à la cour de Lamballe, le minu du rachat des terres jadis possédées par son beau-père, Pierre de la Motte. Selon ce minu, ce dernier détenait en Erquy, le domaine de la Moinerie, les salines de la Moinerie situées près de la Vallée et le tiers d'une dîme courant sur Lanruen et de même en Hillion, la tenue de Belleville.

    Un peu plus tard, en 1473, Bertrand de la Chetaye fournit aveu pour le manoir, domaine, colombier et dîmes de la Moinerie en Erquy. L a Moinerie, située près des Hôpitaux, fut une ancienne dépendance de l'abbaye de Saint-Aubin des Bois avant de devenir maison noble relevant de Lamballe. Cette abbaye posséda jusqu'à la Révolution, l'îlot Saint-Michel et s'il est possible que les salines furent créées sous son impulsion, il n'en est fait aucune mention dans son cartulaire. Il y a tout lieu de penser que la "Vallée" mentionnée dans le minu de 1439, désigna ce qui fut souvent appelé la Vallée-Denys près de la Bouche d'Erquy.

    En 1534, un certain Jacques de la Chetaye, possédait en plus de la Moinerie d'Erquy, la maison noble de la Salle en Plurien. Plus tard, en 1555, Jacques Rogon, sieur de la Ville Rogon (Erquy) et de la Salle, rendit aveu à Lamballe pour "la maison de la Moinerie, avec colombier, salines, 20 journaux de terre dépendantes de la dite maison, un trait de dîme courant sur Lanruen" ; ce dernier avait épousé Marguerite, sœur de Jacques de la Chetaye et héritière de la Moinerie et de la Salle. Plus tard la Salle transmis ses biens aux Le Fruglays de Lourmel qui les possédaient en 1666 et les tenaient encore en 1785.

    Hypothèse : à part les quelques mentions dans les textes des 15ème siècle et 16ème siècle, on ne sait que très peu de choses sur ces salines ; néanmoins le souvenir de cette activité était révélé par une vieille rente, du reste probablement caduque, jusqu'à la veille de la Révolution. Le cadastre du Penthièvre indique la présence, sous la maison de la Côtière, d'une pièce de terre nommée la Saline, pour partie en marais, sur lequel était dû un quart de sel par les enfants de François Cornillet à Jean Charles Le Fruglays de Lourmel.

    Les aliénations du marais d'Erquy

    La volonté d'emprise du domaine terrestre sur le domaine maritime a souvent suscité au cours des temps des tentatives d'assèchement de ces milieux naturels si riches, qu'il faudrait préserver. Le marais de la Bouche d'Erquy, comme l'anse d'Yffiniac n'échappa pas à la règle. Le marais de la rive gauche de l'Islet (en Erquy, où se trouve la parcelle nommée "saline"), dut être poldérisé entre 1785 et 1810, à en juger par les plans cadastraux et le mur toujours existant. Cette partie est à nouveau en exploitée marais et prés-salés.

    Les habitants de Plurien considéraient leur partie du marais, comme étant leur propriété depuis un temps immémorial. Aussi, lorsqu'une demande de concession du marais et un projet d'endiguement furent demandés par un particulier de Matignon, ayant soumissionné le marais de Port à la Duc, la commune de Plurien connut de 1827 à 1848, une grande effervescence. Les élus de Plurien argumentèrent de la nécessité de garder le marais qui servait de pâturage pour les animaux et à l'extraction de la marne pour fertiliser les terres ; de plus ces étendues de marais et herbus fournissaient les "joncs" et plantes marines servant de litière à leurs animaux et les paysans y ramassaient des goémons et autres algues marines, pour amender leurs terres. Devant une telle réticence, le projet de concession du marais fut abandonné. Des projets plus contemporains furent relancés par le syndicat chargé du développement touristique des communes voisines de Sables-d'Or-les-Pins, pour endiguer le marais et aménager un plan d'eau pour les activités nautiques et balnéaires. Ces projets trouvèrent toujours jusqu'à présent des oppositions locales et plus récemment du département, soucieux de préserver ces zones humides, riches de biodiversité.

    Synthèse d'après les travaux de recherche de Jacques-Henri Clément, 2004. Sources archivistiques : AD 22, sous-série 1 E.

  • 20042208167NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 1 E 494.

    20042208263NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Bi.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes-d'Armor : Plan terrier du Penthièvre, 1785, 1 E 494.

Bibliographie
  • CLEMENT, Jacques-Henri. L´industrie du sel dans le Penthièvre littoral. Mém. Thèse de doctorat en Pharmacie : Rennes : UER Médical et pharmaceutique, 1989.

  • LE GAL LA SALLE, Jean-Pierre. Histoire d'Erquy. Erquy sous l'Ancien Régime. Bannalec : Imprimerie Régionale, 1991, 1.

    p. 293-294