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Réservoirs à poissons : les pêcheries sur la commune de Lancieux

Dossier IA22010287 réalisé en 2008
Aires d'étudesCommunes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominationsréservoir
AdresseCommune : Lancieux
Cadastre : Domaine Public Maritime

D'après les recherches de Noël Mars, moine de l'Abbaye de St-Jacut, Il existait au milieu du 18ème siècle, 12 pêcheries entre l'Arguenon et Lancieux. L'inventaire de l'inspecteur des pêches Le Masson du Parc en 1726 relèvait 10 pêcheries en baie de Lancieux, dont 2 pêcheries en bois (à détruire), détenues par des Jaguens et 8 pêcheries en pierre abandonnées sur les 29 pêcheries inventoriées dans les deux baies. Un arrêt du Conseil d'Etat du 27 août 1732 relèvait parmi les bouchots à démolir sur le territoire de 'Landt-Cieu', dans la rivière du Drouet, une pêcherie appartenant à François Hervé et celui placé sous les Landes appartenant au dit François Hervé. Les bouchots tant de Lancieux que de Notre Dame de Landouart (ancien nom de la paroisse de St-Jacut sous l'Ancien Régime) étaient placés sur le territoire des abbés de St-Jagu, seigneurs du fonds et ayant droit seigneuriaux. Un acte du 6 avril 1720 mentionnait les pêcheries en baie de Lancieux, possessions de l'Abbaye de St-Jacut, mais tenues, selon les conditions de cet acte par Julien Dagorne (Jean Bouton signant à sa place), Jacques Dagorne et Jacques Hesry (Fig. 1, 2, 3). Il nous apprend qu'il y avait au moins 4 pêcheries disposées au Sud-Est du rocher de la Charbotière. Cependant, les pêcheries en bois appartenaient aux Jaguens selon Le Masson du Parcet ne figuraient donc pas sur l'état des biens de l'Abbaye en 1789. Les habitants de Lancieux, comme les Jaguens, étaient seulement contraints par des droits sur les grèves et les eaux, qui disparurent en 1790. Les conditions d'exploitation des pêcheries sont peu connues entre 1790 et 1830, malgré les différentes réglementations mises en oeuvre. En 1836, Habasque rapportait qu'en traversant la baie de Beaussais, il y constatait cinq pêcheries dont la forme était celle d'un parc en V, mais il n'en précisait pas l'état. Toutefois, ces pêcheries étaient en récession dans cette baie, puisque leur nombre était passé de 10 en 1726 à 5 en 1836. L'application de la loi de 1853 sur les pêcheries et la pêche à pied devait progressivement mettre un terme à l'exploitation des pêcheries. En 1888, malgré nombre de pétitions des populations locales (en particulier pour garantir la fourniture de l'affare ('affart' en gallo, appât) fourni par les pêcheries pour la pêche aux maquereaux), il ne restait plus qu'une seule pêcherie en activité à Lancieux. La dernière pêcherie en activité dans la baie de Lancieux au début du 20ème siècle était détenue par Marie Dagorne et Marie Blochet. Ce témoignage oral de Jean Clouette en 1997 fut relayé par celui de Auguste Loraine (né à la fin du 19ème siècle) qui citait une pêcherie en pierre en face de la Houle Causseul. La carte des Ingénieurs géographes de 1770, place les pêcheries citées, disposées en rangées (au nombre de six) à mi chemin entre la Houle Causseul et la pointe de l'Etoupet (pointe de Lancieux). Sur cette carte, ces pêcheries paraissent jointes par la base et leur extrémité Ouest est à peu près dans l'alignement Nord/Sud de la tourelle de Platus et du Château de Beaussais. Les pêcheries suivantes ont été repérées et étudiées dans le cadre de cet inventaire : - la pêcherie sur la rive gauche du Frémur en pierres (en V) - la pêcherie en pierres de la pointe du Rocher - la pêcherie moderne en pierres (ayant remplacé une pêcherie plus ancienne) de l'Islet - les pêcheries ou parc en pierres de la plage de Saint-Sieu.

Période(s)Principale : Préhistoire
Principale : 1er quart 18e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : 20e siècle
Principale : 1er quart 21e siècle

Les pêcheries sont appelées 'bouchots' lorsqu'elles sont en bois et 'écluses' lorsqu'elles sont en pierres. Les pêcheries en bois étaient moins nombreuses (une douzaine dans les deux baies de l'Arguenon et de Lancieux) que les pêcheries en pierre (plus du double), à cause de leur fragilité aux tempêtes. Les pêcheries en bois forment un ensemble de deux alignements de pieux enfoncés dans la vase, dont les bras se rejoignent pour former un V, avec la pointe tournée vers le large. Cet étroit passage triangulaire réceptionne, au jusant, les poissons restés prisonniers dans le filet fixe entrelacé à hauteur de ces pieux. La hauteur moyenne de ces pieux est de 2 mètres, la longueur de chaque bras de 200 mètres et la base du V mesure environ 150 mètres (dimensions moyennes). Ces pêcheries, immergées à mare haute, se succèdent sur un alignement parallèle à la côte et dans le sens du jusant. Les pêcheries en pierre ont à peu près les mêmes dimensions en surface mais sont disposées en V, en arc de cercle ou encore sous la forme d'un rectangle irrégulier. Leur hauteur est variable et inférieure à 2 mètres. Les vestiges observés des pêcheries en pierre ou en bois ne représentent pas leurs dimensions d'origine : les pannes (encore appelées 'bras' ou 'ailes') ont souvent été détruites. Les pierres on été bousculées par les marées et il ne reste souvent que le moignon des pieux, ne dépassant du sol que de quelques centimètres. D'autre part, le niveau de la grève au pied de ces pêcheries a pu varier (souvent augmenter) au cours de leur histoire. Le phénomène d'ensablement et le phénomène des courants sont aussi à prendre en compte pour estimer et décrire l'emplacement de la pêcherie et de son pertuis (porte de la pêcherie).

Décompte des œuvres repérées 5
étudiées 5

Annexes

  • Commentaires sur l'enquête de Le Masson du Parc à Lancieux en 1726 : (d'après Guy Prigent)

    En 1726, l'inspecteur des pêches Le Masson du Parc se rend avec l'archer Goujon et l'huissier Girard à Lancieux. Il n'y trouve aucun bateau de pêche. Il n' y a là que 3 petits tendeurs de basse eau à se servir de la seine, mais il constate plusieurs pêcheries : un parc en pierre et dix parcs de clayonnage ou bouchots dépendants de l'Abbaye de St-Jacut. Il précise dans son rapport : ce sont les pêcheurs de Notre Dame de Landouart qui les font tous valoir, et en fait une liste nominative précise.

    Le parc de pierre, dit 'Le mur de l'Ecluse', situé sous Lancieux, un peu au Nord-Ouest, appartient au sieur Chevalier de Saint-Aubin, en décadence.

    1ère pêcherie : à l'Ouest de ce parc, tenu par François Pilard.

    2ème pêcherie : contiguë, jointive, à l'Ouest, tenue par Pierre Amirand.

    3ème pêcherie : à l'Ouest, sur la rive Est du Drouet, à Jacques Hesry.

    4ème pêcherie : dans le lit de la rivière de Drouet, tenue par François Hervé.

    5ème pêcherie : à l'Ouest du Drouet, tenue par Jacques Hesry, en décadence.

    6ème pêcherie : 'sous les Landes', tenue par François Hervé, en décadence.

    7ème pêcherie : à l'Est de la tour de l'Isle Bihan, tenue par jacques Hesry

    8ème pêcherie : contiguë à l'Ouest, sous St-Jacut, tenue par Jacques Basset le Jeune.

    9ème pêcherie : par le travers de la tour des Ebihains (sic), tenue par Jean Robert.

    10ème pêcherie : par le travers du milieu d l'îsle des Ebihains, tenue par Jacques Basset, l'Ancien.

    La baie de l'Arguenon et la baie de Lancieux sont des baies ouvertes et exposées aux vents dominants du Nord-Ouest, avec pour conséquence, la destruction fréquente des pêcheries durant les fortes tempêtes.

    Le Masson du Parc précise pour les bouchots que le clayonnage qui les forme est aussi différemment entrelacé que celui des pêcheries de Cancale. Le fond du bouchot - le pertuis, est également garni d'un 'bénâtre', moins grand mais de la même forme que celui des pêcheries de la baie de Cancale. Il encore appelé 'bourrache' ou 'bâchon', sorte de gros cylindre conique en osier tressé avec une armature en bois d'orme. Les claies du fond ont environ 5 à 6 pieds de haut.

  • 20082205754NUCB : Collection particulière

    20082205753NUCB : Collection particulière

    20082205752NUCB : Collection particulière

    20082205751NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Bibliographie
  • DUHAMEL DU MONCEAU, H.L. Traité des pesches. Paris, 1769.

  • PRIGENT, Guy. Histoire et ethnologie des pêcheries entre Trieux et Arguenon, In pêcheries de Bretagne, archéologie et histoire des pêcheries d'estran, sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 1998.

  • GUILLARD, Charles. Souvenirs sur les pêcheries, Les Amis du Vieux Saint Jacut, 1998, n° 33.

    p. 36
  • LANGOUET, Loïc. Les parcs et les pêcheries dans la région de Saint-Malo (de Cherrueix à Saint-Cast. Les dossiers du C.e.R.A.A., 1991, n°19.

    p. 62-64
  • LEMASSON (Abbé A.). Histoire du Royal monastère de Saint-Jacut de l'Isle-de-la-Mer, composée en 1649 par F. D. Noël Mars, religieux de la dicte Abbaye. Saint-Brieuc : 1912.

    p. 39-42
  • MENES, J. C.Mille ans de vie jaguine : les pêcheries, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1991, n°19.

    p. 29
  • MENES, J. C.Procès-verbal d´inspection de la pêche à Saint-Jacut en 1726, Les Amis du Vieux Saint Jacut, 1993, n°24.

    p. 22-35
  • Les pêcheries de Bretagne, archéologie et histoire des pêcheries d'estran. Sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 2008.

    Les anciens pièges à poissons des côtes de Bretagne. Un patrimoine au rythme des marées. Sous la direction de Marie-Yvane Daire et de Loic Langouët, Saint-Malo : Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 2008.