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Présentation du canton de Jugon-les-Lacs

Dossier IA22000224 réalisé en 1998

1. Situation générale

Le canton, qui compte six communes, est localisé dans la partie orientale du département des Côtes-d´Armor, en haute Bretagne. La ville de Jugon est située à peu près à mi-distance entre Lamballe et Dinan sur l´axe routier N 176-E 40, et à 25 km de la mer (baie de l´Arguenon).

Le choix de ce canton a été dicté par sa localisation dans une zone peu touchée par les travaux de l´Inventaire : deux communes, Plénée-Jugon et Plédéliac, ont été traitées il y a 20 ans dans une opération dite de pré-inventaire. Dès le début de l´opération, l´option « dossier électronique » a été retenue, ce qui a orienté certains choix techniques comme la photo en couleur, la numérisation systématique des photos et documents (cadastre, cartes postales).

2. Le contexte géographique

De dimensions moyennes, le canton s´étend sur 23 km du nord au sud et sur 15 km de l´est à l´ouest, dans une zone de plateaux faiblement vallonnés à une altitude comprise entre 80 m et 100 m du nord au sud ; à l´approche de la forêt de Boquen, le relief s´accentue et atteint 216 m à la limite sud du canton.

La rivière Arguenon traverse le canton de part en part à partir du sud-ouest jusqu'à la ville de Jugon, où il reçoit la Rosette (ou Rosaie, anciennement le Jugon), puis s´oriente vers le nord pour rejoindre la mer dans la baie de l´Arguenon. A Jugon, l´Arguenon alimentait le « petit étang », asséché au 19e siècle, qui faisait tourner des moulins en aval de « la petite chaussée » qui existe encore et qu´empruntait l´ancienne traverse de la ville ; cet espace est de nos jours une peupleraie. L´affluent la Rosette (anciennement le Jugon d´où le nom de la ville) alimente le grand étang, toujours en eau, qui lui aussi faisait tourner des moulins en aval de sa chaussée (les Grands Moulins puis l´actuelle minoterie construite en 1866). Sur ce plan d´eau, long de 4 km, est implantée une base nautique. A hauteur de Jugon, la rivière s´engage dans une vallée assez profonde traversée par le viaduc à deux voies de la nouvelle route N 176.

En aval de la ville, la rivière alimente une retenue moderne formée par le barrage de la Ville Hatte implanté à 10 km de Jugon sur la commune de Plorec-sur-Arguenon. Ce plan d´eau est une réserve d´eau potable pour le département ; il sert accessoirement pour des activités de loisir, pêche et nautisme.

Plusieurs voies de communication importantes traversent le territoire cantonal ; on a déjà mentionné la route N 176-E 401 d´Avranches à Lamballe ; il y a aussi la route N 12-E 50 de Rennes à Brest et la voie ferrée de Rennes à Brest construite vers 1860, qui suit un parcours parallèle à la N 12. Sur cette voie, il y a une halte sur la commune de Dolo au lieu-dit Les Vallées et une gare à Plestan. La route N 176 est en cours de doublement et des travaux importants y sont entrepris ; le doublement du viaduc routier de Jugon a été achevé en 1998.

Les paysages ruraux ont subi les effets d´un remembrement intensif mené au cours des années 1970 et suivantes ; le résultat est constitué de paysages ouverts au maillage large surtout dans les secteurs en plateau. L´activité agricole est dominée par l´élevage porçin et les cultures liées à l´élevage (maïs). L´ancien manoir de Villeneuve-Sainte-Odile est un centre de formation agricole. La meunerie, autrefois exercée dans de nombreux moulins artisanaux, ne s´exerce que sur le site de Jugon, en aval de la Grande Chaussée, plusieurs fois modernisé depuis sa création en 1866.

Les axes routiers et ferroviaires ont favorisé récemment le développement d´activités artisanales diversifiées qui tendent à s´implanter le long de la route N 12 ; une usine d´aliments pour le bétail est installée à Plestan, à proximité de la gare.

Les matériaux de construction

Les matériaux utilisés localement sont le granite, le schiste et la terre. Ces matériaux sont souvent mélangés dans les constructions ; la terre est présente sur la commune de Plénée-Jugon et ponctuellement sur Dolo (voir la maison la Pochais) et Plédéliac ; ce matériau se rattache à la vaste zone d´utilisation de la terre centrée dans le bassin de Rennes en Ille-et-Vilaine. Le canton de Jugon se situe dans une zone où ce matériau connaît une utilisation sporadique.

Granite et schiste correspondent à la nature du sous-sol constituée ici de grands bancs alternés de schiste et de granite (plus exactement de granulite si on se réfère à la carte géologique), globalement orientés sud-ouest/nord-est et qui se prolongent jusqu´à la mer, de Cancale au Cap Fréhel.

3. Le contexte historique

La châtellenie de Jugon faisait partie du comté de Penthièvre dont le chef-lieu était Lamballe ; l´Arguenon en constituait la limite orientale qui était aussi celle des anciens évêchés de Saint-Brieuc et de Saint-Malo, de sorte que le territoire de Jugon situé sur la rive droite de la rivière des Eventails dépendait de l´évêché de Saint-Malo, celui situé sur la rive gauche dépendait de l´évêché de Saint-Brieuc.

Le premier château, aujourd´hui détruit, est à l´origine de la ville de Jugon ; il fut bâti par les Penthièvre, au confluent de l´Arguenon et du Jugon (ou la Rosette) qui offrait un site naturel favorable à la défense ; les derniers vestiges du château furent détruits vers 1420 ; certains éléments seraient remployés dans l´actuel hôtel de l´Ecu. Dès le 12e siècle, le domaine passa aux seigneurs de Dinan qui firent appel aux moines de Marmoutier pour implanter un prieuré, développer le village et, grâce aux abondantes libéralités qu´ils reçurent, construire une église paroissiale. Au 13e siècle, la châtellenie fut incorporée au domaine ducal.

Deux abbayes cisterciennes virent le jour en 1137-1138 ; celle de Saint-Aubin-des-Bois dans la forêt de Saint-Aubin en Plédéliac eut une histoire discrète qui s´acheva à la fin du 19e siècle par la ruine totale. L´abbaye de Boquen en Plénée-Jugon, fondée par Olivier de Dinan, se développa rapidement au 14e et au 15e siècle ; puis, après plusieurs siècles de décadence et de ruine, elle connut, à partir de 1936 sous l´impulsion de Dom Alexis, une renaissance et une restauration qui lui valurent une protection au titre M H en 1938 ; la salle capitulaire et la nef de l´église abbatiale datent du 12e siècle.

L´oeuvre majeure du canton est à mettre à l´actif d´une grande famille de Bretagne, les Tournemine, constructeurs du château fort de la Hunaudaye à Plédéliac. Reconstruit à la fin du 14e siècle et au 15e siècle, le château de La Hunaudaye est un remarquable exemple de l´architecture militaire de la province, dont la richesse s´explique par les rivalités, complexes et changeantes, entre le parti breton et le parti français. La paix ne sera définitivement trouvée qu´avec la défaite militaire de la Bretagne en 1488, et consolidée par le mariage de la duchesse Anne avec le roi de France Charles VIII puis Louis XII.

Plus modestement, un certain nombre de seigneuries mentionnées au moyen âge ont conservé jusqu´à nos jours des manoirs ou châteaux, souvent remaniés, intéressants cependant comme le Guilliers et la Hersardais à Plédéliac, le Val et le Grand Gardisseul à Plestan, la Moussaye, un foyer du protestantisme breton, et Caëden à Plenée-Jugon. En revanche, nombre de petits manoirs déclassés en ferme sont menaçés du fait de leur abandon ; plusieurs d´entre eux, sévèrement dénaturés voire méconnaissables, n´ont pas été sélectionnés dans cette étude.

L´habitat rural, malmené lui aussi par les bouleversements de la vie rurale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, fournit quelques éléments très intéressants dont une maison datée de 1516 à Loiserie à Plédéliac, et des spécimens typologiques de grande qualité à Rotouée et La Hautière à Plénée-Jugon (fin 16e siècle).

Globalement le 17e siècle est la période la mieux représentée. Sur le plan typologique, l´architecture rurale s´inscrit dans un vaste ensemble couvrant l´est du département et le nord-ouest du département voisin d´Ille-et-Vilaine ; il se caractérise essentiellement par la présence de maisons hautes à étage ou comble à haut surcroît, ouverts de portes hautes en plein cintre ; la salle commune est souvent équipée d´un vaisselier en niche ; les maisons à fonctions multiples, associant sous le même toit les fonctions de logement et d´exploitation, sont majoritaires en campagne. Dans la ville de Jugon et dans les villages, le 19e siècle est dominant.

4. Les protections au titre des Monuments Historiques

Les oeuvres protégées au titre des Monuments Historiques sont peu nombreuses ; deux édifices sont classés : le château de la Hunaudaye et l´abbaye de Boquen ; cinq édifices sont inscrits au titre des Monuments Historiques : les églises de Jugon, Plédéliac et Tramain, le château du Guillier et l´hôtel Sevoy à Jugon. On y ajoutera les monuments préhistoriques, non recensés ici, des communes de Plénée-Jugon et Plédéliac.

Les objets religieux font l´objet de 46 protections au titre des Monuments Historiques. 32 sont classés, 14 sont inscrits. Parmi les pièces les plus remarquables, on peut citer les calices du 17e siècle de Plédéliac et de Plestan et le reliquaire daté de 1579 de Plénée-Jugon.

La statue de saint Jean-Baptiste (14e siècle) de la chapelle du Saint-Esprit à Plédéliac et la Vierge à l´Enfant de Boquen (16e siècle) sont également des oeuvres dont l´intérêt dépasse le cadre local. On citera également la Vierge en pierre de Plédéliac datant du 14e siècle.

Aires d'études Jugon-les-Lacs