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Présentation de la commune de Troguéry

Dossier IA22132077 réalisé en 2013

La commune de Troguéry est située à 7 kilomètres environ au sud de Tréguier. Elle fait partie du canton de La Roche-Derrien et de la communauté de communes du Haut-Trégor. Sa surface est de 361 hectares pour 293 habitants (dernier recensement de 2009). Elle est limitée au nord par la commune de Trédarzec, à l'est par celles de Pouldouran et d'Hengoat, au sud par celle de Pommerit-Jaudy, à l'ouest par celle de Minihy-Tréguier et l'estuaire du Jaudy dont la rive droite est en site inscrit depuis le 25 février 1974.

Troguéry est issue du démembrement de la paroisse primitive de Pleudaniel. Elle est signalée comme paroisse dès 1437 et fait partie du fief épiscopal des Réguaires de Tréguier relevant de l'évêque. Durant la Révolution, elle dépend du doyenné de La Roche-Derrien. La première municipalité de Troguéry est élue en 1790. Son territoire est diminué de celui de Pouldouran par ordonnance du 4 novembre 1845.

Les trois seigneuries laïques de Kerandraou, Troguéry et Kerscarbot ont contribué à l'organisation spatiale du territoire. Du manoir des seigneurs de Troguéry, signalé en 1601 dans une déclaration d'héritage de Jean de Kerguezec à la juridiction des Réguaires de Tréguier, ne subsistent que des vestiges qui permettent de le localiser précisément à Kerino où l'on peut voir une cheminée de la fin du 14e ou du début du 15e siècle. Contemporain, le manoir de Kerandraou (ou de La Ville Basse), classé Monuments historiques, est signalé en 1330 dans le procès de canonisation de saint Yves. Ces deux grandes seigneuries ont laissé leur empreinte dans le paysage rural. Elles ont participé à la construction de l'église paroissiale à la fin du 14e siècle : les armes de Henri-Philippes de Coëtgoureden, seigneur de Kerandraou, sont encore visibles sur le bénitier du porche nord tandis que subsistent les probables vestiges d'une tribune seigneuriale dans l'aile sud. Les seigneurs de Troguéry sont à l'origine du moulin de Bily Gwenn dont le manoir était à proximité. Les fermes de Kerbian et de Convenant Coco sont probablement d'anciennes métairies nobles dépendantes de ces manoirs.

Typhaine de Pestivien, seigneur de Kerandraou entre le 13e et le 14e siècle, était très proche de saint-Yves dont la seigneurie était juste en face, sur l'autre rive du Jaudy. Un système de bacs permettait à marée haute de franchir le bras de mer et de joindre les communes de Troguéry et de Minihy-Tréguier (paroisse d'origine de saint-Yves où se trouvait son manoir de Kermartin). Ce système de bacs existait encore à la fin du 19e siècle sous le nom de "Passage Saint-Yves", juste au nord du manoir de Kerscarbot.

Si la richesse passée du territoire est liée à la proximité des villes de Tréguier et de La Roche-Derrien, elle est également due à la qualité de la terre dont Ogée dit en 1844 que c'est : "un terroir très bien et très exactement cultivé" et de citer que sur 361 hectares, 291 sont exploités en terres labourables et seulement trois en landes et incultes. Nourrie par les limons de l'estuaire, les riches terres de Troguéry et des bords du Jaudy ont permis la culture de blé et de lin contribuant ainsi à la richesse agricole locale dont les grandes fermes à cour close, les vestiges de routoirs à lin et les linéaires de murs-talus constituent des témoins matériels.

Les chiffres du recensement de la population de 1836 donne un éclairage supplémentaire sur la réalité sociale de Troguéry dans le deuxième quart du 19e siècle. Sur les 543 habitants, 28 sont laboureurs, 83 sont cultivateurs et 46 sont journaliers. La domesticité attachée aux fermes est importante puisqu'elle concerne 92 personnes (domestiques et servantes confondus). Le nombre élevé de filandières (107) confirme la place importante occupée par le lin, à travers sa culture, son rouissage et son activité de filage tandis que les tisserands, au nombre de trois, montre que le tissage est une activité annexe peu pratiquée localement. La présence d'un batelier et d'un patron de bateau (Pierre Vitel) témoigne de la proximité de l'estuaire du Jaudy et des activités de transport qui s'y rattachent. Meuniers (7), débitants de boissons (2), cordonnier, lingères (2), maréchaux-ferrants (3), couturiers (7), menuisiers (3), charrons (2), piqueur de pierre, garde-champêtre, mendiants (4), recteur complètent ce tableau de la population rurale.

Troguéry conserve des éléments patrimoniaux d'intérêt majeur sur le plan régional, voire national, tels que : le manoir de Kerandraou, témoin de l'architecture seigneuriale de la fin du 14e siècle ; le moulin de Bili-Gwenn qui abrite la quasi totalité de la machinerie de la première moitié du 20e siècle. Outre ces édifices exceptionnels, la commune possède une église paroissiale de la fin du 14e siècle, de belles fermes de la première et deuxième moitié du 19e siècle, témoins de la richesse générée par la culture du lin. De même, les routoirs à lin de l'anse de Gwenored, de Kerino et de Kermeur Vraz participent de cette histoire locale. La qualité du paysage rural est liée, d'une part à la proximité de l'estuaire du Jaudy, d'autre part à la conservation du parcellaire ancien et des nombreux talus-murs qui contribuent à l'identité de ce territoire.

Aires d'études Schéma de cohérence territoriale du Trégor
Adresse Commune : Troguéry

Références documentaires

Documents d'archives
  • Série 2 O 383/1. Bâtiments communaux de Troguéry

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 2 O 383/1
  • Série S supplément art. 270. Voies navigables

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : S supplément art. 270
  • Ponthaud (de) Marie-Suzanne. Ministère de la Culture er de la Communication. Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne. Côtes-d'Armor - Troguéry - Moulin de Bili-Gwenn. Restauration Générale du moulin et des machines de meunerie. Mars 2004

    Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne - CID Documentation du Patrimoine
Documents figurés
  • Tableau d'assemblage et cadastre parcellaire de Troguéry, 1835. Delaunay (ingénieur-vérificateur), Rochefort (géomètre)

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : Sous-série 3P
Bibliographie
  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, nouvelle édition augmentée par Marteville et Varin. Rennes, 1843.

  • Le patrimoine des communes des Côtes-d'Armor. Collection : Le patrimoine des communes de France. Paris : Flohic éditions 1998, 2 tomes.

Périodiques
  • Sée Henri. L'agriculture dans les côtes-du-Nord en 1844. In : Annales de Bretagne. Tome 34, n°2, 1919, pp. 111-128

  • LE LANNOU, Maurice. "Le Trégorrois". Annales de Géographie. 1931, t. 40, n°223. pp. 24-38.

  • ANDRIEUX, Jean-Yves. "L'industrie linière du teillage en Bretagne nord (vers 1850-vers 1950) : proto-industrialisation ou industrialisation défaillante ?". Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1990, vol. 97, n° 3, p. 383-397.

  • ANDRIEUX, Jean-Yves, GIRAUDON, Daniel. Teilleurs de lin du Trégor : 1850-1950. Morlaix, Skol Vreizh, 1990, n° 18, 84 p.

  • GAUTIER, Elie. Tisserands de Bretagne. Morlaix, Skol Vreizh, 1988, n° 9, 96 p.

  • NICOLAS, Martine, CHAURIS, Louis, ESCALIER DES ORRES, Pierre. Le moulin à mer de Bili Gwenn en Troguéry (22). Société d'émulation de Côtes d'Armor, tome CXXIX.

  • COUFFON, René. "Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier : nouvelles additions et corrections". Société d'émulation des Côtes-d'Armor, n° 76, 1947, p. 163-204.

Multimedia
  • Association Skol ar C'hleuzioù (ou l'Ecole des Talus). talus-bretagne.org

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Tanguy-Schroër Judith
Judith Tanguy-Schroër , né(e) Tanguy
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