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Présentation de la commune de Trédrez-Locquémeau

Dossier IA22002704 réalisé en 2003

Fiche

Œuvres contenues

Voir

1- Esquisse géographique :

Trédrez-Locquémeau en 1854, pop. 1 109 habitants (source : Jollivet).

Trédrez-Locquémeau en 1946, pop. 1 019 habitants (source : Insee).

Trédrez-Locquémeau en 1982, pop. 1 069 habitants (source : Insee).

Trédrez-Locquémeau en 1990, pop. 1 155 habitants (source : Insee).

Trédrez-Locquémeau en 1999, pop. 1 250 habitants (source : Insee).

Commune littorale des Côtes-d´Armor au passé économique et social essentiellement rythmé par les activités agricoles puis par la pêche et l´industrie sardinières, Trédrez-Locquémeau est située dans le Trégor occidental, au sud-ouest de Lannion. Limitée au sud et à l´est par les communes de Saint-Michel-en-Grève et de Ploumilliau [fig. 1 à 3], au nord et à l´ouest par la mer, la commune conserve des espaces littoraux dont l´intérêt patrimonial s´avère indéniable [fig. 5 à 7].

D´une superficie de 1 065 hectares, le territoire communal se compose de trois zones géographiques distinctes :

- le bourg de Trédrez : située au sud de la commune, cette partie à vocation administrative et cultuelle comprend quelques habitations localisées près de l´église Notre-Dame et le long de la rue Saint-Yves ;

- le quartier de Locquémeau : située au nord du territoire communal, cette zone à vocation cultuelle doublée d´une vocation économique à partir de la fin du 19ème siècle, se caractérise par une forte densité du bâti résultant principalement de l´activité du port qui, au début du 20ème siècle, figurait au premier rang des ports de pêche sardiniers de la côte nord de la Bretagne ;

- le reste du territoire : située entre ces deux entités, ainsi qu´au sud, à l´est et à l´ouest de la première, cette zone à vocation agricole se caractérise par un habitat dispersé, essentiellement composé de fermes et de maisons parfois organisées autour d´une cour commune.

A ces trois zones géographiques correspondent historiquement deux profils socio-professionnels. Jusqu'à une date récente, la population de Trédrez-Locquémeau était constituée de marins, concentrés au quartier de Locquémeau, et de "tro er lan", les coupeurs d'ajoncs, c'est-à-dire des cultivateurs, qui occupaient la majeure partie du territoire.

2- Histoire :

Plusieurs monuments érigés au Néolithique (7 000 - 2 000 av. J.-C.), à l´instar des menhirs de Lann-Saliou, de Toull-al-Lann [fig. 8] et de Lianver [fig. 9], du dolmen sous cairn de Roskoualc´h [Cl. M.H. 1982], attestent l'ancienneté de l'implantation humaine sur cette partie du littoral costarmoricain.

Les origines de la paroisse de Trédrez demeurent obscures. Formé à partir du vieux breton treb, « village », auquel est associé le breton traez, « grève », le nom du bourg atteste une création du haut Moyen Age. Paroisse du diocèse de Tréguier mentionnée comme telle dès 1284, date à laquelle saint Yves en fut nommé recteur jusqu´en 1292, elle fut créée avec sa trève Locquémeau, dont le nom est formé avec le breton lok, « lieu consacré », au détriment de la paroisse bretonne primitive de Ploumilliau. Le bourg faisait probablement partie à l´origine du domaine épiscopal de Tréguier, comme en témoigne un document de 1484 mentionnant autour de l´église l´existence d´un minihy placé sous le seul ressort de l´archidiacre de Pougastel, et dont le souvenir est perpétué par la présence d´un lieu-dit Pors-an-Escop, « la cour de l´évêque ».

Si l´église de Trédrez, actuellement dédiée à Notre-Dame, fut autrefois sous l´invocation de saint Laurent, diacre et martyr romain du IIIème siècle, c´est un saint dénommé Kémo, par ailleurs inconnu en Bretagne, qui est le titulaire de l´église de Locquémeau. La tradition locale en fait un compagnon de saint Efflam avec qui il aurait débarqué sur la Lieue de Grève au VIème siècle en compagnie de saint Tuder, de saint Haran, de saint Nérin, de saint Karé et de saint Kirio. « Lieu consacré à saint Kémo », ce village relevait autrefois de l´abbaye cistercienne du Relecq en Plounéour-Ménez (Finistère) dont les lieux-dits Parc-ar-Manac´h, « le champ du moine », et Prat-ar-Manarty, « le pré du monastère », semblent constituer le seul souvenir sur le territoire communal.

La paroisse procéda à l´élection de sa municipalité le 3 mars 1790. L´église paroissiale ayant été fermée jusqu´en 1806, elle devint succursale de la paroisse de Saint-Michel-en-Grève et ne retrouva son ancien statut qu´en 1826. Par ordonnance du 23 juillet 1828, la commune céda à celle de Saint-Michel-en-Grève une partie du bourg de Saint-Michel située sur la rive droite du ruisseau de Kerdu, ainsi que les villages de Kernevez, Toul-ar-Voinic, Beg-ar-C´hra et Tachen-Besquello [fig. 4]. Par décret du 24 décembre 1997, le nom de Locquémeau a été adjoint à celui de Trédrez.

3- Le patrimoine architectural :

Particulièrement dense et homogène, le patrimoine architectural de Trédrez-Locquémeau résulte d´une histoire rythmée par les usages d´une population majoritairement paysanne et le développement de l´activité sardinière.

La présente enquête a permis de repérer un total de 139 oeuvres, dont 89 relèvent de l'architecture domestique et agricole, 22 de l´architecture du génie civil (incluant les voies de communication), 17 de l'architecture religieuse, funéraire et commémorative, 6 de l'architecture scolaire, de l'administration et de la vie publique, 2 de l'architecture commerciale, 2 de l´architecture artisanale et industrielle et 1 de l'architecture militaire.

La chronologie des oeuvres s´étend du 15ème siècle à la 1ère moitié du 20ème siècle, incluant un nombre assez important d´édifices de l´époque moderne (16ème-18ème siècle).

Au sein du corpus, 6 oeuvres ont reçu la mention « à signaler » en raison de leur protection au titre de la législation sur les Monuments historiques [fig. 10 à 15]. Deux autres oeuvres non protégées - calvaire de Croas-an-Herry [fig. 16] et croix de Kerbiriou [fig. 17] - ont également reçu cette mention du fait de leur ancienneté et de leurs indéniables qualités architecturales (décor, état de conservation). 59 oeuvres ont reçu la mention « à étudier », essentiellement en fonction de critères d´ancienneté et de conservation, d´unicité ou, à l´inverse, de représentativité.

Dans une perspective généraliste propre à la démarche d´inventaire préliminaire, on notera le repérage de plusieurs chemins regroupés dans un dossier intitulé « le réseau viaire », tant ces voies de communication, piétonnières ou carrossables, résultant tantôt de travaux d´excavation de la roche et de la terre, tantôt de travaux d´aménagement de talus, constituent des éléments marquants du paysage et révèlent une forme d´organisation et d´aménagement du territoire à un moment donné. Trois chemins ont notamment fait l´objet d´une sélection en vue d´une étude ultérieure en raison de leur typologie et de leur état de conservation : les chemins dits de Justice [fig. 18], de Traou Glastrou [fig. 19] et de Kerlan [fig. 20] (dénominations d´après lecture des plans cadastraux de la 1ère moitié du 19ème siècle).

- L´architecture domestique et agricole :

L´architecture domestique et agricole constitue l´essentiel du patrimoine architectural de la commune (68 %). Dès le milieu du 19ème siècle, Benjamin Jollivet signalait ainsi la présence de 222 maisons à Trédrez-Locquémeau. Au sein d´un corpus dont on appréciera ultérieurement la relative homogénéité, on portera une attention toute particulière aux édifices suivants en raison de leurs qualités architecturales, de leur ancienneté et de leur état de conservation, voire de leur unicité :

- le manoir de Coat-Trédrez [fig. 15] : le plan, la distribution, le décor et la présence de parties agricoles particulièrement développées en font un édifice relevant de l´architecture majeure ;

- le manoir de Kerbiriou [fig. 21] ;

- les colombiers de Coat-Trédrez, du Rest et de Kerhuic [fig. 22, 23 et 24] : très représentatifs des colombiers du Trégor, ces édifices de forme cylindrique construits en granite et schiste présentent une coupole à ouverture zénithale ;

- les anciens presbytères de Trédrez et de Locquémeau [fig. 25 et 26] ;

- la maison située au lieu-dit Kervan [fig. 27] ;

- une maison située au lieu-dit Kerham [fig. 28] ;

- la ferme sise au lieu-dit Kerouguel [fig. 29] ;

- une maison située au lieu-dit Kerham [fig. 30] : la présence d'une tour d´escalier au mur-pignon de l´édifice constitue un fait atypique à l'échelle du territoire, voire au-delà ;

- une maison située au lieu-dit Kerbabu [fig. 31] ;

- un fournil datant probablement du 17ème siècle situé au bourg de Trédrez [fig. 32] ;

Les matériaux de gros-oeuvre et de couverture :

Le principal caractère d´unité de l´architecture de Trédrez-Locquémeau réside dans l´utilisation et la mise en oeuvre des matériaux de couverture et de gros-oeuvre.

Certaines cartes postales anciennes permettent d´attester la présence de toitures en chaume à la fin du 19ème siècle ou du début du 20ème siècle [fig. 33 et 34]. Si cette technique a vraisemblablement été très utilisée, notamment pour la couverture des édifices à vocation agricole, l´ardoise traitée mécaniquement constituait dès cette époque le matériau de couverture le plus répandu. On notera sur certains édifices relevant de l´architecture savante (manoirs), l´utilisation d´une ardoise traitée artisanalement, provenant de la commune de Locquirec, distante d´une vingtaine de kilomètres. Quelques édifices sont également couverts de tuiles mécaniques, à l´instar d´une dépendance du manoir de Kerhuic [fig. 35].

En dehors de la brique, dont l´utilisation s´avère très épisodique et tardive à Trédrez-Locquémeau, les matériaux de construction ont été prélevés sur place. L´analyse du bâti révèle effectivement une exploitation systématique du sous-sol. Les édifices présentent un appareil mixte irrégulier de granite et de schiste, associé à des blocs de granite sommairement taillés pour les chaînages d´angles, les encadrements des ouvertures et les rampants des pignons. Plusieurs édifices présentent également un gros-oeuvre appareillé exclusivement de schiste. Les murs sont alors construits en moellons de schiste allongés à joints creux, tandis que les chaînages d´angles, les rampants des pignons et les encadrements des ouvertures utilisent à nouveau des blocs de granite de couleur clair se détachant du gros-oeuvre de couleur plus sombre. Cette différence de ton génère ainsi un effet de polychromie qui n´est pas le simple fait d´un souci esthétique, mais plutôt celui d´un souci technique, le rôle des chaînages d´angles, des piédroits et du couvrement des ouvertures et des rampants des pignons étant essentiel en matière de stabilité de l´édifice.

Quelques constructions présentent un appareil de granite en pierre de taille, à l´instar des façades antérieures du presbytère de Trédrez [fig. 25] et de la ferme de Kerautret [fig. 36] ou du manoir de Coat-Trédrez [fig. 15] dont tous les murs sont traités en grand appareil.

La typologie :

Le caractère répétitif des partis adoptés (plan et élévation), les modestes dimensions des constructions, la récurrence des fonctions des édifices et l´absence ou la rareté des décors concourent également à l´homogénéité du patrimoine bâti de Trédrez-Locquémeau. Cette caractéristique est d´autant plus frappante que la répartition géographique des oeuvres s´avère également assez homogène sur l´ensemble du territoire. Le système agricole longtemps fondé sur la polyculture et l´élevage, identifiable sur les plans cadastraux à la fréquence d´un parcellaire morcelé et lanièré, le maintien tardif d´une petite paysannerie numériquement importante et regroupée en écarts, expliquent en grande partie cet état de fait.

D´une manière générale, les logis sont conçus sur un programme simple et fonctionnel dès l´époque moderne (16ème-18ème siècle). Les édifices sont majoritairement construits sur un plan rectangulaire simple en profondeur et comportent une ou deux pièces au rez-de-chaussée surmontées tantôt d´un comble tantôt d´un étage carré pour les édifices au programme plus élaboré. Les espaces de stockage sont peu développés en hauteur : exception faite d´un logis en mauvais état situé au lieu-dit Kerham (maison 4), l´absence de comble en surcroît est un fait récurrent à Trédrez-Locquémeau. Peu développés en élévation, ces espaces de stockage le sont davantage en plan : plusieurs fermes présentent ainsi des structures juxtaposées formant un ensemble généralement désigné sous le terme « longère » [fig. 37].

La typologie proposée s´avère assez réduite, témoignant par-là même de l´homogénéité architecturale du corpus inventorié. Entre le 17ème siècle et la 1ère moitié du 20ème siècle on distingue :

- le logis-étable à deux portes (9 repérés) : associant sous le même toit un logis à pièce unique et une étable, c´est le type d´habitat mixte le plus courant [fig. 38] ;

- le logis sur dépendance (1 repéré ?) : l´édifice situé au lieu-dit Porz-ar-C´hoat-Huellan [fig. 39] semble présenter les caractéristiques de ce type d´habitat mixte. On notera également au port de Locquémeau, la présence d´un édifice à pièces uniques superposées dont il conviendrait de définir les fonctions afin d´établir avec certitude une typologie [fig. 40] ;

- le logis à pièce unique au rez-de-chaussée (14 repérés) : couramment désigné sous le terme « penn ty », c´est l´archétype même de l´habitat modeste [fig. 41]. De plan massé, couvert d´un comble, il présente en façade antérieure une porte et une fenêtre, voire un jour, et peut comporter parfois un décor [fig. 42] ;

- le logis à deux pièces au rez-de-chaussée (18 repérés) [fig. 43, 44] ;

- le logis de type ternaire (24 repérés) : le « type ternaire », si caractéristique de l´architecture du 19ème siècle, définit un logis à un étage carré, à trois travées régulières, à cage d´escalier centrale contenant un escalier tournant à retours [fig. 45] ;

- la maison à avancée (5 repérées) : il s´agit d´un modèle d´habitat exclusivement destiné à l´habitat humain et spécifique du nord-ouest de la Bretagne [fig. 46]. Ce type d´édifice rencontre ici la limite orientale de son aire de diffusion qui correspond à une zone comprenant le Léon, le nord de la Cornouaille et l´ouest du Trégor. L´avancée généralement située à l´avant abritait la table et était de la sorte désignée dans le Trégor sous la forme « kuz taol ». On notera que parmi les cinq édifices repérés, quatre datent du 17ème siècle et que seul le presbytère de Locquémeau [fig. 26] présente une avancée à étage et à pignon. Au-delà des considérations proprement chronologiques, on saisira donc l´intérêt architectural et la valeur patrimoniale de ces types d´édifices.

- L´architecture religieuse, commémorative et funéraire :

L´architecture religieuse fournit l´essentiel de la valeur patrimoniale du corpus recensé : 7 des 8 oeuvres qui ont reçu la mention « à signaler » (oeuvre d´intérêt majeur, protégée ou méritant de l´être) relèvent effectivement de ce corpus, parmi lesquelles 5 datent de la 1ère moitié du 16ème siècle, 1 du 17ème siècle et 1 du début du 18ème siècle.

On notera la présence de deux enclos paroissiaux du début du 16ème siècle au bourg de Trédrez et au village de Locquémeau. Chaque ensemble délimité par un mur de clôture construit en partie en grand appareil de granite, est doté au minimum d´une croix de placître et comprend une église issue selon toute vraisemblance des ateliers de l´architecte Philippe Beaumanoir [fig. 10 et 12]. Particulièrement actif dans le Trégor au début du 16ème siècle, Philippe Beaumanoir introduisit deux innovations architecturales avec la mise au point de la formule du clocher-mur [fig. 47] et du chevet à noues multiples [fig. 48]. On remarquera également au sein de chaque enclos la présence d´un ossuaire et notamment d´un ossuaire d´attache à Locquémeau [fig. 11 et 49].

La production architecturale de l´époque moderne (16ème siècle - 18ème siècle) a également fourni plusieurs édicules à forte valeur patrimoniale. On citera ainsi :

- la croix de placître de l´église Saint-Kémo [fig. 13] ;

- la croix de chemin dite de Croas-ar-Bodeg [fig. 14] ;

- le calvaire dit de Croas-an-Herry [fig. 16] : l´édicule, probablement commandé par les seigneurs de Coat-Trédrez, présente, outre un aspect monumental, un soubassement traité en grand appareil de granite et un décor particulièrement développé ;

- la croix de chemin sise au lieu-dit Kerbiriou, à proximité immédiate du manoir du même nom [fig. 17] ;

- la fontaine de dévotion dite de Saint-Kirio [fig. 50] ;

- la fontaine de dévotion dite de Saint-Yves [fig. 51], remarquable par son aspect monumental et le traitement des murs en grand appareil de granite.

4- Les espaces littoraux remarquables de Trédrez-Locquémeau : [fig. 52 à 70]

La commune de Trédrez-Locquémeau dispose d'espaces littoraux remarquables et fragiles (falaises, cordons de galets, îlots), avec d'importantes parties boisées, entre l'embouchure de la rivière de Lannion (le domaine départemental du Dourven) et la falaise de Beg-ar-Forn. Le site archéologique de la pointe de Séhar a été fouillé en 1998 par une équipe du C.e.R. A. A. et des bénévoles de l'A.R.S.S.A.T. (Association pour la recherche et la sauvegarde des sites archéologiques du Trégor). Cette campagne de fouilles a révélé l'existence de cinq structures de fosses ou cuves de stockage, provenant d'un atelier de bouilleur de sel de l'Age du Fer.

La surface totale des sites sur la commune représente 520,30 hectares répartis en sept sites remarquables. Les numéros des sites sont les suivants :

- 54-1 : le site de Coat Trédrez, 32 ha 89, zone boisée proche du rivage, en déprise agricole, dont la gestion proposée associe l'ouverture éventuelle au public et d'éviter l'enrésinement.

- 54-2 : le coteau du Léguer et estran, 29 ha 14 dont 5 ha 98 en Domaine Public Maritime, landes, estran, zone boisée proche du rivage et partie naturelle d'estuaire, pour partie propriété départementale et Domaine Public Maritime. La protection paysagère du site et son ouverture au public est souhaitable.

- 54-3 : la pointe du Dourven et l'estran, 43 ha 33 dont 32 ha 61 en Domaine Public Maritime, landes côtières, falaise et abords, estran, zone boisée proche du rivage, partie naturelle d'estuaire et cap, parc boisé propriété départementale, ouvert au public avec une politique paysagère de gestion diversifiée.

- 54-4 : la pointe de Séhar et estran de Locquémeau et le Vorlenn, 111 ha 22 dont 106 ha 20 en Domaine Public Maritime, intérêt biologique, géologique et botanique, estran, îlot inhabité, zone humide, milieux abritant des concentrations naturelles d'espèces animales, partie naturelle de site classé, accidents géologiques, pêche à pied, fréquentation piétonne, Domaine Public Maritime et propriété pour partie communale, protection et gestion du patrimoine biologique et géologique.

- 54-5 : les falaises de Trédrez et estran rocheux, 269 ha 75 dont 75 ha 84 en Domaine Public Maritime, fort intérêt paysager et géologique, intérêt botanique, landes, estran, falaises et abords, zone humide et partie naturelle de site classé, habitat diffus localisé avec enrésinement, zone de préemption, propriété départementale, Domaine public maritime, conservation du patrimoine paysage et biologique, ouverture mesurée au public, gestion écologique.

- 54-6 : les vallons de Toul ar Vilin, 14 ha 61, intérêt botanique, zone boisée proche du rivage, zone humide, boisements, déprise agricole ancienne, zone de préemption, conservation paysagère et biologique, laisser le site se boiser spontanément.

- 54-7 : site de convenant-Tanguy, 18 ha 80, intérêt botanique, lande, zone humide, tourbière, fréquentation modérée, absence de gestion de landes, protection paysagère et biologique, maîtrise de la qualité des eaux du bassin versant, en évitant tout drainage supplémentaire, gestion écologique (fauche).

5- Le patrimoine ethnologique et maritime : [fig. 71 à 80]

L'enquête a permis de repérer 38 objets relevant du patrimoine ethnologique et maritime de la commune. Outre le manuscrit de Jules Gros et deux objets issus de l'activité de conserverie (boîte à sardines et pompe manuelle de distribution d'huile), 35 objets ont été repérés et classés au sein des dossiers suivants :

- Bateaux de pêche et techniques de pêche ;

- Bateaux de collecte : sable et goémons ;

- Pêches d'estran ;

- Bateaux de pêche de Locquémeau ;

- Bateaux de plaisance ;

- Maquettes de bateau ;

Au sein de ce corpus 3 oeuvres ont reçu la mention à signaler (deux maquettes ex-voto classées au titre objet le 15 avril 1987 [fig. 71, 72], le bateau "la Frégate") et 13 oeuvres ont reçu la mention à étudier.

Dès la fin du 18ème siècle, la population de Locquémeau exprimait le souhait de posséder une école destinée à "apprendre à écrire et à piloter les bateaux" ("Ce sont les plaintes, demandes et recommandations des gens de Locquémeau, dans sa trêve de Trédrez, mis par écrit par les chargés et ceux qui savent signer"). Les traces matérielles de l'activité maritime de pêche côtière limitée à la baie de Lannion sont représentées par les anciens bâtiments de l'usine Collet, remaniés (propriété privée), quelques boîtes de sardines, conservées précieusement par la population, quelques filets droits et le bateau "La Frégate", qui a pratiqué le chalut à perche, avant de passer en plaisance (il a été déplacé en baie de Saint-Brieuc).

Dans ces conditions, nous avons privilégié l'enquête orale (récits de vie, usages maritimes) pour caractériser le patrimoine ethnologique maritime de la commune. Cette mémoire encore vivante représente et symbolise l'histoire maritime de la baie de Lannion.

Les personnalités associées à la commune de Trédrez sont représentées par le saint moine Zant Quemeau, le "patron des marins", dont une chanson du 19ème siècle lui est consacrée (cantique écrit par l'abbé Durand), par Saint Yves (1253-1303), recteur de la paroisse pendant huit années (jusqu'en 1298) et par le linguiste et collecteur Jules Gros. Un autre personnage célèbre, Jean Conan, natif de Guingamp, soldat de la Révolution, a écrit en breton et en vers ses aventures extraordinaires de jeunesse, en terminant sa vie comme tisserand à Trédrez (1834).

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Adresse Commune : Trédrez-Locquémeau
Sites de proctection site inscrit, site classé

Annexes

  • De Trédrez à Locquémeau : ballade en prose :

    Pour MM. de Rosanbo, Huon, Corfec et la noblesse du Pays.

    Connaissez-vous sur la falaise embaumée par les senteurs des fleurs d'ajoncs, une gentille commune dont les hauteurs dominent la baie de Saint-Michel et dont les pieds baignent dans la mer hérissée de rochers qui vont se suivant comme des dents de soie ?

    C'est Trédrez et son village marin de Locquémeau.

    En haut, à l'entour du mignon clocher à jour, toutes les terres, qu'elles soient cultivées ou laissées en friche, pour que s'y multiplie à l'aise le gibier du seigneur, appartiennent au même Huon, Huon de Penanster !

    C'est Trédrez.

    En bas, quand tous les hommes, pêcheurs à rude mine, vont partir à la mer, des femmes, des enfants

    par groupes et suivant pas à pas le reflux,

    Sur le banc découvert cherchent des coquillages

    Et fouillent près des flots les varechs chevelus.

    C'est Locquémeau.

    En haut sont les fermiers, en bas les pêcheurs libres.

    Etincelle.

    Extrait du "Lanionnais", du 29 avril 1906.

  • Saint Yves, recteur de Trédrez :

    Yves Helory est né au manoir de Kermartin à Minihy-Tréguier le 17 octobre 1253. Docteur en droit, après des études brillantes à Paris, il fut nommé official à Rennes en 1281. Dans cette fonction de juge d'un tribunal ecclésiastique, il acquiert une grande réputation de défenseur des pauvres.

    En 1284, Dom Yves put selon son souhait, revenir dans son Trégor natal. Nommé official à Tréguier, il était aussi titulaire de la cure de Trédrez. S'il résidait souvent dans la ville épiscopale, il exerçait néanmoins avec zèle son ministère de recteur de Trédrez. Son presbytère servait d'asile aux misérables et aux malades : Dom Yves vivait lui-même de peu et distribuait tous ses revenus. Il demeura recteur de Trédrez durant huit années jusqu'en 1292, date à laquelle il fut nommé à Louannec, où il continua son ministère jusqu'à sa mort en 1303.

    Trois semaines avant sa mort, Dom Yves avait été reçu par les seigneurs de Coatrédrez. Lors de l'enquête de canonisation, Typhaine de Pestivien, l'épouse du seigneur, a rapporté les paroles suivantes : Il n'y a pas si longtemps, j'ai été malade, et j'ai cru mourir. Je le désire beaucoup, pourvu que cela plaise à Dieu.

    Geoffroy Jubiter, son successeur à Trédrez, a rapporté aussi le célèbre épisode où Dom Yves se faisait l'avocat du pauvre noble de Trédrez, Richard Le Roux, gagnant finalement sa cause dans le procès qu'il ne pouvait plus mener, par pauvreté, contre le puissant abbé du Relecq en Léon.

    Canonisé en 1347 par le pape Clément VI, Saint Yves, le défenseur des pauvres, fait, depuis, l'objet d'un culte toujours vivant. Patron des juristes, patron aussi de la Bretagne avec Sainte Anne, a acquis une renommée internationale.

    A Trédrez, son souvenir se perpétue à travers divers lieux et monuments : on connaît sa fontaine près de Toull Bili, son lit, un amas de rochers au-dessus de la Lieue de Grève, son oreiller, une pierre scellée à l'entrée du cimetière, le pavé, ce passage qu'il empruntait pour se rendre du presbytère jusqu'à l'église.

    Aux églises de Trédrez et Locquémeau, il a statues, vitraux et bannières à son image. Et chaque année, à l'occasion du pardon, au mois de mai, l'église résonne du chant du cantique populaire : "Nann n'eus ket e Breiz, nann n'eus ket unan, nann n'eus eur sant evel Sant Erwan ! "

    (tiré de : LE JEUNE, Joël. Skeudennou dec'h Tredrez ha Lokemo (images d'hier de Trédrez et Locquémeau). Lannion : Impram, 1990).

  • Toponymie littorale, rurale et maritime de Trédrez-Locquémeau :

    Toul bili : trou des galets

    Toul ar vilin : le trou du moulin

    Keravilin : le moulin de la grève

    Traou ar Bigot : le vallon de/du Bigot

    Ty Gward : vieux corps de garde (ancien corps de garde de Malabri)

    Pors an Ero Vili : le port du cordon de galets

    Vorlenn : lac de mer

    Ar Peulven : le menhir (rocher à proximité du "Château")

    Drezen : la grève

    An aod : la côte

    Mo'ch : les cochons

    Porc'hel : le cochon

    Noc'h : le vairin

    Park ar lous : le champ du blaireau

    Park ar pitewt : champ de la belette

    Burleget : un champ pâturé par les vaches

    Saout : les vaches

    Er vur : une vache

    Leonedet : un champ pâturé par les bêtes

    Pankeier : aller au champ

    Parkou : champs cultivés

    An renabl : état des lieux

    An gomanenn : le convenant : l'ensemble des bâtiments (après le partage des terrains défrichés avec les talus). Le fond (le sol) appartient au propriétaire. Le "gwir", c'est à dire le "vrai" en breton, appartenait aux paysans : les talus et le bâtiment. Pour exemple, le bois de taille appartenait aux cultivateurs et le bois d'oeuvre ("un plan de bonne venue") appartenait aux propriétaires (héritage du système seigneurial encore en vigueur aujourd'hui pour les baux fermiers).

    Peadra : les biens que l'on possède.

    Leavez : la rente

    Beg Lemm : pointe Aigüe

    Beg Sec'h : la pointe sèche : la pointe de Séhar

    Beg ar Forn : la pointe du Four

    Crec'h : le plateau

    Cassen ou tossen : la butte

    Toull an Diaoul : le trou du Diable

    Toull Farouguel : la grotte des lutins noirs

    Pennaod : bout de la rive

    Dossen Rouz : tertre roux

    An draouienne : la vallée

    Dourven : Pierre bruissante

    An Drezeieir : les ronciers

    Karreg an Aour : le rocher de l'or (cairn de Roskoualc'h)

    Ar Gorrejo : pêcherie (face à an Aod Vras)

    Forlac'h : la foire

    Marc'hallac'h : le marché

    An loc'h : un abri, une remise. "loc'h didan ar bern plouz" : "la grange sous le tas de paille".

    Ar bern : un tas. Les granges traditionnelles étaient réalisées avec des piliers de bois, des fascines pour la façade et une couverture en paille.

    Lein : bouillie, signifie aussi le repas du midi à Ploulec'h et à Trédrez. Le terme "mern" est utilisé de préférence de l'autre côté de l'estuaire.

    An tual : de l'autre côté de la rivière (du Léguer).

    Chemins menant à la mer repérés sur le cadastre napoléonien :

    Garant ar nu : le rocher de l'argent

    garant ar pitoche : passage de la belette

    Kerbleget : la route étrite et sinueuse (la route "pliée")

    Les habitants de Trédrez (Tredrez en breton) s'appellent en breton les "Tredreziz".

    Les gens des autres communes étaient appelés les "potr'nevez", les "hommes nouveaux" qui viennent d'ailleurs. Ce terme était aussi employé pour désigner les habitants des communes proches.

  • Extrait du Pilote de Thomassin, 1875 :

    La grève de Saint-Michel est appelée Lieue de Grève.

    De la Pointe de Beg-an-Fourn la côte est élevée et accore : elle court vers le Nord du monde sur une étendue de 2 milles, c´est à dire jusqu´à la Pointe de Séhar, rocher en forme de presqu´île qui forme la partie sud de la rade de Lannion.

    Les points remarquables de cette partie de côte sont :

    le clocher de Trédrez sur le haut de la côte un peu au nord de Beg-an-Fourn ;

    le clocher de Ploumilliau qui est à flèche et très élevé. Il est à 3 milles dans l´intérieur, et, de Locquirec, on le voit au-dessus de Saint-Michel-en-Grève avec quelques maisons à sa droite ;

    le moulin de Kervic, marqué sur les cartes n´existe plus ;

    le chalet à toit rouge de Séhar ou propriété de Kernic ;

    le Rocher noirâtre de la Pointe de Séhar ;

    la tourelle rouge de Kinierbel qui forme la droite de l´entrée de la rivière de Lannion (à 2 encablures de au Sud-sud-est sur l´extrémité du plateau de Kiniard) ; enfin de loin, on distingue le clocher de Ploulec´h qui se trouve dans l´intérieur à 2 milles au Sud-ouest de Lannion.

    Au sud, on aperçoit :

    Le château Bézien, propriété blanche à six tourelles ;

    Le moulin nord (est) et le moulin sud (ouest) de Plestin ;

    La chapelle de Saint-Roc´h, au-dessus du château ;

    Les deux clochers de Lanmeur. Kernitron et celui du nord-ouest.

    Les pilotes

    Deux pilotes et un aspirant ; leurs bateaux sont à un mât ; ils se tiennent aux Triagoz et à la Méloine et ne conduisent qu´au Yeaudet. Les pilotes de l´île de Bas, Roscoff, Primel et Locquirec conduisent au Yeaudet.

    Le Yeaudet ou Guiodel

    C´est un bourg de pêcheurs situé à l´entrée de la rivière de Lannion sur une pointe avancée de la rive gauche. Le village ne se voit pas du large ; on ne distingue que l´église et une maison grise qui est un peu à gauche (au nord). Les caboteurs y trouvent un très bon abri dans les mauvais temps d´ouest et s´amarrent à quatre au-dessous des maisons du village dans l´Est de la pointe.

    C´est là que l´on prend les bateaux de sable pour aider les bâtiments qui vont à Lannion. On les paye ordinairement 5 francs, mais pendant la pêche du maquereau on les paye davantage. Les petits navires en prennent deux ; les bricks en prennent cinq.

  • Troioù-lavar Bro-Dreger - Dictons du Trégor :

    Traoù an aod

    Gle beza war ar flod

    En mangeant des fruits de mer

    Il faut boire

    Etre Pempoull ha Lokemo

    Ema gwele an Ankou.

    Etre Brug ha Traeztel

    Ema palez an droug-ael

    Etre Brug hag an Treoù

    Ema palez an diaouloù.

    Entre Paimpol et Locquémeau

    Se trouve le lit de la Mort (il y a beaucoup de naufrages)

    Entre Brug et Trestel

    Se trouve le palais du mauvais ange.

    Entre Brug et le trévoux,

    Se trouve le palais des diables.

    E-lec´h ema ar mor, ema ar pesked.

    Où est la mer se trouve les poissons

    D´ar mor ac´h a ar pesked.

    Les poissons vont à la mer (l´argent va à l´argent)

    Ar mor a zo treitour.

    La mer est traîtresse.

    Ar mor a lavar d´ar martolod :

    Poagn ganin, me az pevo,

    Diwall razon, me az peuzo.

    La mer dit au marin :

    Travaille dur avec moi et je te nourrirai,

    Prends garde à moi, je te noierai.

    Deiz Gouel ar chandelour e sko ar Werc´hez ar vilienn er mor hag e vez skavoc´h an avel.

    Le jour de la Chandeleur la Vierge jette le galet dans la mer et le vent est plus léger.

    An deiz kenta a viz Ebrel

    'Vez tapet ar wrac´h er c´hevell.

    Le premier avril

    On prend la vieille dans les casiers.

    E miz Even e vezevenn ar mor.

    Au mois de juin, la mer a le vertige (les marées sont irrégulières)

    Glav war an tre

    Glav e-pad an deiz.

    Quand il pleut à la marée descendante,

    Il pleut toute la journée.

    Brum diwar ar mor,

    Tomm ken faot an nor.

    Brume venant de la mer,

    Soleil si chaud que la porte se fend.

    Loar gwelet

    Mor manet.

    Lune vue (visible après la nouvelle lune)

    La marée diminue d´amplitude.

    Pa la s ar mor

    Vez an digorvor.

    Quand l´amplitude de la marée augmente,

    C´est la mer ouvrante (qui s´approche un peu plus chaque jour de la marée de vive-eau)

    Tri devezh goude ar c´hann

    A ra ar mor e vrasa lamm.

    Trois jours après la pleine lune,

    La mer fait son plus grand saut.

    Bloavezhioù hol

    Bloavezhioù pesked.

    Années de houle,

    Année de poisson.

    N´eo ket pa vez izel ar mor

    Vez ret mont da besketa.

    Ce n´est pas quand la mer est basse

    Qu´il faut aller pêcher (il faut battre le fer quand il est chaud)

    Pa vez marv ar mor, vez marv ar pesked.

    Quand il y a morte-eau, le poisson est mort (il ne mord pas)

    Honnezh a garfe lakaat ar mor en he botez-koad.

    Celle-là voudrait mettre la mer dans son sabot (elle est cupide).

    Evel ur pesk en ur bod-lann.

    Comme un tacaud dans la vase (comme un poisson dans une touffe d´ajoncs)

    Mut evel ur pesk

    Muet comme une carpe (un poisson)

    Ken yac´h hag ur pesk

    Aussi sain qu´un poisson ;

    Ken sklaer ha lagad ur pesk.

    Aussi clair que l´il du poisson.

    Gleb evel un touilh

    Trempé (e) comme une (roussette) soupe.

    Kokouz ha rigadell

    Da stanka ar foerell.

    Des coques et des palourdes

    Pour arrêter la diarrhée.

    Awel

    Awel diamont

    Tri devezh vez e gont,

    Ma na dorr ket diwar dri ec´h a da c´hwec´h

    Hag eus c´hwec´h da nav.

    Vent d´est

    Sa durée est de quarante-huit heures.

    S´il ne cesse pas après trois, il dure six jours

    Et de six, il continue jusqu´à neuf.

    Pa vez gwelet ur born vez seblant amzer fall ha hennezh a ziskwel eus pelec´h a deuio. Quand on voit un borgne comme cela, c´est signe de mauvais temps et il indique d´où ce mauvais temps viendra. Ur born : petite portion d´arc-en-ciel, d´une couleur pâle, reposant sur l´horizon et donnant très vaguement l´impression d´unoeil, d´où son nom.

    Divinadennoù-Devinettes

    James ne chom e-lec´h ma vez, ordin ac´h a hag a deu, alies awalc´h drouk en enna. He fulor a diskwel gant he gwennadennoù hag he mouezh uhel ha spontus. Baleer ha laer eo. Kemer ra hep goulenn ha laosk hep laret ? Ar mor.

    Elle ne reste jamais en place. Sans cesse, elle va et vient, assez souvent en colère. Elle montre sa rage en blanchissant et en rugissant. Promeneuse et voleuse. Elle prend sans demander et laisse sans mot dire La mer.

    Divin piv a dougfe ur garg foenn ha na dougfe ket ur spilhenn ?

    Ar mor.

    Devine qui porterait une charretée de foin et qui ne porterait pas une épingle.

    La mer.

    O tont ema ar marc´h glas evit ober dezha plas.

    Ar mor.

    Voici venir le cheval bleu pour se faire de la place.

    La mer.

    Daniel Giraudon.

  • Témoignage de Yves Allain de Trédrez-Locquémeau :

    Les forgerons de Ploumilliau et de Trédrez-Locquémeau

    Une de mes distractions préférées était ma visite presque quotidienne à la forge de « Job ar Floc´h ». Dans la famille Le Floc´h, tous les garçons devenaient forgerons de père en fils. Félix exerçait son métier au bourg de Ploumilliau sur la route de Saint-Michel, Victor au bourg de Kéraudy et Job l'aîné sur la route de Plouaret à droite avant d'arriver au cimetière. Victor et Félix tenaient en même temps un café, comme il était d'usage à cette époque. Job n'avait pas voulu s'embarrasser d'un tel fardeau, il se consacrait entièrement à sa forge. C'était une petite maison basse, un « penty », la dernière d'une rangée de maisons contiguës, toutes identiques, la dernière étant celle de mes tantes.

    Du matin au soir, on entendait le bruit du marteau frappant l'enclume comme une cloche et sa sonorité cristalline se fondait agréablement dans le calme et la douceur des soirs d'automne. Job me recevait toujours avec le sourire, un oeil sur le fer incandescent qu'il posait délicatement sur l'enclume avant de le marteler pour lui donner sa forme.

    La pièce était obscure. Seule une toute petite fenêtre, à moitié obstruée par les toiles d'araignées laissait filtrer une lumière douce et indécise. Cette pénombre, je la trouvais un peu inquiétante. En y pénétrant, je distinguais mal la foule d'objets hétéroclites accrochés aux murs, des outils mystérieux dont l'usage m'échappait. Du matin au soir, le charbon incandescent rougeoyait dans l'énorme cheminée. La flamme activée par un énorme soufflet finissait par donner aux visiteurs l'impression d'entrer dans le domaine de Vulcain.

    Lorsque Job battait le fer d'une frappe régulière, une gerbe d'étincelles jaillissait autour de lui, véritable feu d'artifice du plus bel effet qui faisait mal aux yeux mais qui me plaisait par dessus tout. Cette féerie était brève, car il fallait très vite plonger le fer dans la braise incandescente. L'atmosphère était imprégnée d'une odeur particulière qu'on retrouvait dans toutes les forges d'autrefois : mélange compliqué de cornes brûlées, de charbon mouillé que Job déposait de temps en temps dans le foyer. Cette savante alchimie dont il avait le secret provoquait en moi un plaisir immense que j'avais du mal à définir. Job, imperturbable, battait le fer, et la blancheur blafarde de son visage se détachait curieusement dans la demi-obscurité qui régnait dans son antre.

    Le ferrage des chevaux était particulièrement intéressant. Il fallait voir avec quelle aisance il immobilisait avec une courroie la jambe du cheval pour lui interdire toute ruade. Job avait l'art de calmer la bête qui se laissait faire en toute confiance. Il émanait de lui une telle sérénité communicative qu'elle se laissait manipuler sans qu'il y ait de sa part la moindre manifestation d'hostilité. On aurait dit qu'il existait entre lui et l'animal une espèce de symbiose qui facilitait grandement son travail.

    Il saisissait la jambe du cheval entre ses cuisses, le dos tourné vers l'animal et rapidement arrachait le vieux fer à l'aide d'une tenaille. Commençait alors un travail de précision. Avec un outil tranchant, il enlevait la vieille corne et le sabot devenait propre et net. Il fallait avoir une grande connaissance du métier pour ne pas blesser l'animal. Il choisissait alors dans une impressionnante collection de fers neufs celui qui convenait le mieux à la taille du sabot. La plupart du temps, c'était de grands modèles, car les chevaux de trait bretons avaient une taille impressionnante. Leur puissance n'effrayait pas Job quoique certains animaux vicieux lui donnaient parfois du fil à retordre. Mais Job avait toujours le dernier mot !

    Le fer rougi au feu, couleur cerise, était alors appliqué bien à plat sur le sabot pour lui donner une assise parfaite. Il se dégageait alors une odeur de corne brûlée qui se répandait dans le bourg, agressant les narines sensibles de certaines commères que tout dérangeait ! Le fer posé bien à plat était solidement fixé par d'énormes clous à tête carrée qui ressortaient sur les côtés du sabot, dans la partie inerte de la corne. Quelques coups de tenaille pour les raccourcir, quelques coups de marteau pour les aplatir et le travail était terminé. La jambe immobilisée puis libérée, le cheval semblait manifester sa joie par un hennissement joyeux. Avec ses quatre pattes, il n'était pourtant pas au bout de ses peines !

    Une opération aussi intéressante était le cerclage d'une roue de charrette. Le cercle métallique à la dimension approximative de la roue était chauffé au rouge dans un énorme brasier puis encastré de force sur la roue. Job projetait ensuite de grands seaux d'eau sur le cercle. La contraction du métal emprisonnait la jante, le cerclage se terminait dans un nuage de vapeur qui mettait très longtemps à disparaître.

    Je n'eus pas le plaisir de lui rendre visite pendant toute la durée de mon séjour chez les tantes. Un jour, j'appris qu'il était très malade. La forge fut fermée. On n'entendit plus du matin au soir le bruit cristallin du marteau sur l'enclume, on ne respira plus l'odeur âcre de la corne brûlée. Quelque chose subitement manquait à notre entourage, à mon entourage devrais-je dire, car je ne pensais pas que les habitants du bourg fussent aussi sensibles que moi au chant de l'enclume et du marteau.

    Job ne fut pas longtemps malade. Quand il mourut, les tantes m'obligèrent à les accompagner chez le défunt pour réciter une prière comme il était d'usage à cette époque. Cette visite mortuaire m'impressionna beaucoup. Je n'avais que 11 ans. Etait-elle indispensable ? Je ne le crois pas. Pendant longtemps j'ai eu dans la tête l'image de Job allongé sur son lit et cette fade odeur d'eau de lavande que la famille avait dû asperger abondamment pour assainir l'atmosphère. Plusieurs années durant je n'ai jamais pu la supporter !

  • Témoignage de Annick Le Bon :

    La commune de Trédrez était dominée par Mlle Huon de Pénanster. A l´époque, entre les deux guerres, l´hôtel de la baie était tenue par Keraudren qui était sur la liste de Pénanster. Celui-ci disait : pas la peine de faire une école pour les ânes de Locquémeau. Kéraudren fut maire en 1932. La première école de Locquémeau était l'école des filles située dans la côte du bourg de Locquémeau ; l'école des garçons était au bourg de Trédrez. Ainsi étaient considérés les marins-pêcheurs qui votaient « rouge », mais dont le nombre d'électeur était suffisant pour emporter les élections quelques années plus tard avec Joseph Calvez, qui fut le premier magistrat de la commune pendant 30 ans.

    Les bois de Trédrez, plusieurs fermes du plateau et le château de Coatredrez appartenaient à cette famille. Les pêcheurs ne pouvaient pas aller y travailler, couper du bois. Toutes ses terres ont été dispersées ensuite.

    Le curé de Trédrez avait un chapelain Troadec qui habitait le presbytère. Les enfants devaient apprendre le catéchisme en breton ou en français, mais les enfants ne savaient pas lire le breton. On devait aller à pied à la messe à Trédrez de Locquémeau, puis assister aux vêpres à 14 heures. On rentrait le soir à pied après le café. Le recteur Collet de Trédrez ne venait pas faire la quête chez les pêcheurs.

  • 20032206081NUCB : Plans par masse de cultures, 1806 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 4 num 1/29, Numplan 1.

    20032206082NUCB : Tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires, 1813 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 4 num 1/18, Numplan 1.

    20032206083NUCB : Tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires, 1848 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 4 num 1/48, Numplan 1.

    20032206397NUCB : Tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires, 1813 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 4 num 1/18, Numplan 7.

    20032206507NUCB : Carte postale, 1er quart 20ème siècle - Collection particulière

    20032206508NUCB : Carte postale, 1er quart 20ème siècle - Collection particulière

    20042204630NUCB : Cartographie - Dans "Les espaces littoraux remarquables du département des Côtes d'Armor" / DDE 22, DIREN Bretagne, Rennes : DIREN, 1998, p. 198 - Collection particulière

    20042204810NUCB : Cartographie - Dans "Les espaces littoraux remarquables du département des Côtes d'Armor" / DDE 22, DIREN Bretagne, Rennes : DIREN, 1998, p. 196 - Collection particulière

    20042204629NUCB : Cartographie - Dans "Les espaces littoraux remarquables du département des Côtes d'Armor" / DDE 22, DIREN Bretagne, Rennes : DIREN, 1998, p. 199 - Collection particulière

    20042204761NUCB : Cartographie - Dans "IPLI : Usage du sol, Lannion" / IGN, Paris : DIREN, 1981 - Collection particulière

    20042204760NUCB : Cartographie - Dans "IPLI : Usage du sol, Lannion" / IGN, Paris : DIREN, 1981 - Collection particulière

    20042204765NUCB : - Dans "IPLI : Usage du sol, Lannion" / IGN, Paris : DIREN, 1981 - Collection particulière

    20042204764NUCB : - Dans "IPLI : Usage du sol, Lannion" / IGN, Paris : DIREN, 1981 - Collection particulière

    20042204762NUCB : - Dans "IPLI : Usage du sol, Lannion" / IGN, Paris : DIREN, 1981 - Collection particulière

    20042204777NUCB : Carte postale - Collection particulière

    20042204687NUCB : Affiche - Collection particulière

    20042204688NUCB : - Collection particulière

    20042204661NUCB : Photographie - Collection particulière.

    20042204660NUCB : Photographie - Collection particulière.

    20042204742NUCB : Photographie - Collection particulière.

    20042204659NUCB : Photographie - Collection particulière.

    20042204658NUCB : Photographie - Collection particulière.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/29.

    Numplan 1, plans par masse de cultures
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/18.

    Numplan 1, tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires de 1813 ; Numplan 7, section C, 2ème feuille
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/48.

    Numplan 1, tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires de 1848
  • AD Côtes-d'Armor : 2 O 349/1.

    bâtiments communaux
  • AD Côtes-d'Armor : V 3439.

    église paroissiale et de Locquémeau, presbytère (arrêté, procès-verbal, rapport, devis, plan, délibérations, correspondance)
Documents figurés
  • IGN. Carte IPLI : usage du sol, Côtes du Nord, Lannion, 1977. Paris : IGN, 1982.

Bibliographie
  • BERGER, Claude, Worthington. Trésors du Trégor. Editions Anagrammes, 1998.

  • CONAN, Jean. Avanturio ar citoien Jean Conan a Voengamb : les aventures du citoyen Jean Conan. Spézet : Edition Skol Vreizh, 1990.

  • COUFFON, René. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc : Les Presses Bretonnes, 1939.

    p. 537-539
  • DAIRE, Marie-Yvanne. Le sel gaulois. Bouilleurs de sel et ateliers de briquetages armoricains à l'Age du Fer. In : Les dossiers du C.e.R.R.A.. Saint-Malo : 1994.

  • DIREN BRETAGNE, OUEST-AMENAGEMENT. Les espaces littoraux remarquables des Côtes d'Armor. Rennes, DIREN Bretagne, 1998.

    p. 197-199
  • GIRARD. La Bretagne maritime. s.l. : 1889.

  • GROS, Jules. Le Trésor du breton parlé. Brest : Emgleo-Breiz, Brud Nevez, 1984.

  • JOLLIVET, Benjamin. Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département. Guingamp : B. Jollivet, 1854, 4.

    p. 139-141
  • LE JEUNE, Joël. Skeudennou dec'h Tredrez ha Lokemo (images d'hier de Trédrez et Locquémeau). Lannion : Impram, 1990.

  • LE MASSON DU PARC. Inspection de Le Masson du Parc, 1727. Paris : Archives nationales.

  • LE SAULNIER DE SAINT-JOUAN, Régis. Dictionnaire des communes du département des Côtes d'Armor : éléments d'histoire et d'archéologie. Saint-Brieuc : Conseil Général des Côtes-d'Armor, 1990.

    p. 745-747
  • MOLLAT, Michel. Histoire des pêches maritimes en France. Toulouse : Privat, 1987.

  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Rennes : Deniel, 1853, 2.

    p. 914
  • PERSON, André. Lannion un port sur le Léguer. Guingamp : Editions de la Plomée, 2004.

  • TANGUY, Bernard. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses des Côtes d'Armor : origine et signification. Douarnenez : Ar Men-Le Chasse Marée, 1992.

    p. 326-327
  • THOMASSIN. Le Pilote. Paris : 1875.

Périodiques
  • ETINCELLE. De Tredrez à Locquémeau, ballade en prose. Lannion : Le Lannionnais, 29 avril 1906.