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Présentation de la commune de Trébeurden

Dossier IA22007415 réalisé en 2005

Œuvres contenues

1- Trébeurden : principaux repères : (Patrick Pichouron)

Commune littorale du département des Côtes-d'Armor, Trébeurden, Trebeurden en breton, est située sur la Côte de Granite Rose, à proximité de la ville de Lannion, dans le Trégor occidental [fig. 6 et 7]. D'une superficie totale de 1 340 hectares, le territoire est limité au nord et à l'ouest par la mer, à l'est par la commune de Pleumeur-Bodou et au sud par celle de Lannion. Il est constitué, d'une part, d'une zone en écarts à l'est et au sud et, d'autre part, d'une zone littorale agglomérée à l'ouest. La ligne de partage de ces deux entités géographiques, plus ou moins diffuse, longe la rue de Kerariou au nord, contourne l'ancien écart de Goasmeur à l'est, ainsi que la périphérie du bourg au nord-est (Boquello), à l'est (Lan-ar-Cleiz) et au sud-est (Mezascol), puis rejoins Pors-Mabo via le chemin de Pors-Mabo au sud. Outre le bourg, cette zone agglomérée englobe les anciens écarts de Bonne-Nouvelle et de Christ et comprend une enclave formée par un site naturel protégé, le marais du Quellen, et le manoir de Trovern (propriété privée). Le sous-sol est entièrement constitué de granite.

Une forte densité de monuments érigés au Néolithique (vers 7 000 - 2 000 av. J.-C.), à l'instar des menhirs de Run-ar-Gam, de Toëno ou de Veades, des allées couvertes de Prajou-Menhir et de l'Ile Milliau ou du dolmen de Lan-Kerrellec, tout comme les traces matérielles d'ateliers de bouilleurs de sel de l'Age du Fer mises au jour à Trozoul, attestent l'ancienneté de l'implantation humaine sur cette partie du littoral costarmoricain [fig. 8 à 15].

Paroisse du diocèse de Tréguier sous l'Ancien Régime dont la première municipalité fut élue le 8 février 1790, Trébeurden a été fondée au détriment de la paroisse bretonne primitive de Pleumeur-Bodou.

Attestée pour la première fois en 1268 dans une charte de l'abbaye cistercienne de Bégard sous la forme Treberden, cette paroisse existait sans doute bien avant comme le suggère le toponyme formé avec le vieux-breton treb, "village", rappelant une fondation du Haut Moyen Age.

La présence de l'ordre des Cisterciens semble avoir été prédominante au cours du Moyen Age dans la paroisse. La chapelle dédiée à Notre-Dame de Cîteaux à Penvern [fig. 16], et la présence, à Penlan, au sud-est du bourg, du chef-lieu d'une seigneurie dont le fief constitua un des membres de l'abbaye de Bégard, le suggèrent fortement. Cette prédominance semble néanmoins avoir été précédée de celle de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem comme en témoignent le lieu-dit Tachen-en-Hospital au nord de Kerhélen, et tout particulièrement l'écart et la chapelle du Christ [fig. 17], dont le culte est généralement associé à cet ordre ou à celui des Templiers.

2- Trébeurden : le patrimoine architectural : (Patrick Pichouron)

La présente enquête a été réalisée au cours des mois de novembre et décembre de l'année 2005 dans le cadre de l'opération d'inventaire préliminaire à l'étude du patrimoine des communes littorales du département des Côtes-d'Armor. Elle intègre les résultats d'une enquête conduite en 1999-2000 par Elisabeth Justome dans le cadre d'une étude thématique de l'architecture de la villégiature balnéaire de la Côte de Granite Rose (Perros-Guirec, Pleumeur-Bodou, Trébeurden et Trégastel).

Les deux enquêtes ont permis de procéder au repérage de 348 oeuvres, parmi lesquelles 288 relèvent de l'architecture domestique et agricole (y compris 12 maisons de villégiature étudiées par Elisabeth Justome), 19 de l'architecture religieuse, commémorative et funéraire, 16 de l'architecture commerciale (magasins de commerce et hôtels de voyageurs), 16 de l'architecture des fontaines, lavoirs et puits, 5 de l'architecture des équipements publics (écoles, poste, mairie) et 4 de l'architecture artisanale et industrielle (moulins à vent et moulins à eau).

La chronologie des oeuvres repérées est comprise entre le 15ème siècle (vestiges) et le 3ème quart du 20ème siècle. Au sein de ce corpus, 3 oeuvres - la croix du Christ [fig. 18], les chapelles de Bonne-Nouvelle [fig. 19] et de Penvern [fig. 16] - ont reçu la mention « à signaler » en raison de leur statut d'oeuvre protégée au titre de la législation sur les monuments historiques. 41 oeuvres non protégées, dont l'immeuble Hélios édifié par l'architecte trébeurdinais Roger Le Flanchec à partir de 1950 [fig. 20], ont également reçu cette mention en fonction de critères de datation et de qualités architecturales, mais également d´unicité ou de rareté, voire de représentativité.

3- Trébeurden : le patrimoine littoral et maritime : (Guy Prigent)

La présence de nombreux monuments mégalithiques sur la commune et les nombreuses traces de foyer découvertes à ce jour, apportent la preuve que Trébeurden, fut un site fortement peuplé à partir du Néolithique [fig. 8 à 15]. Nous avons repéré plusieurs sites archéologiques sur la commune qui méritent d'être étudiés ou signalés, en particulier l'allée couverte et l'ancienne cellule monastique de l'Ile Milliau. Nous avons également repéré deux fermes traditionnelles : les anciens bâtiments en ruine de Crec'h-Meur, dans la vallée littorale de Goas Lagorn et les bâtiments de la ferme insulaire de Milliau. Nous avons aussi repéré le moulin à vent de Trovern et plusieurs ouvrages liés à l'eau : fontaine votive de Bonne Nouvelle, de Roscoat, de St-Golgon, le lavoir de Neudiven et le routoir de St-Duzec. Nous avons repéré de nombreux chaos granitiques sur la côte, dont les Roches Blanches. D'autre part, trois bateaux traditionnels de pêche et de plaisance sont à signaler : le "Chaquer" (pêche, reconverti à la plaisance), Le "Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle" (pêche, reconverti à la plaisance) et le "Nic" (bateau de plaisance). Les objets suivants témoignent par ailleurs de la "maritimité" de la commune : la maquette du "Coucou', le compas du caboteur "Alcyde" et les deux ex-votos de l'église paroissiale. Le patrimoine ethnologique maritime de la commune s'exprime particulièrement autour de la mémoire et du récit de vie du marin-pêcheur Robert Broudic.

4- Trébeurden : les activités littorales (synthèse proposée par Guy Prigent d'après le rapport de J.P. Pinot "L'évolution du littoral autour de la baie de Lannion et sur la Côte de Granit Rose", SMVM de la baie de Lannion, 1993) :

La variété et l'imbrication des types de paysages littoraux font, ou faisaient, tout l'intérêt et toute la beauté de la côte trébeurdinaise. Îles et écueils agrémentent l'horizon marin, devant une terre ferme bordée d'arcs sableux successifs ancrés sur des promontoires rocheux dont chacun a sa propre personnalité. Les sites n'ont été que modérément défigurés par une urbanisation relativement raisonnable, et l'ensemble de la côte est digne d'intérêt. Aussi les efforts de protection et d'aménagement au titre de la gestion du patrimoine naturel ont-ils été assez importants, même s'ils doivent être poursuivis, afin de mettre hors de danger des sites encore insuffisamment protégés.

Les témoignages archéologiques les plus anciens, quelques silex taillés, quelques poteries néolithiques, des amas de coquillages consommés, des pierres levées sur l'estran, attestent de l'utilisation des ressources marines par les littoraux. C'est dans les ruines du prieuré de Penlan que furent d'ailleurs mises au jour des coquilles Saint-Jacques. Cependant, les premières traces écrites de Trébeurden, témoignent d'abord de la qualité de son mouillage fréquenté depuis le Moyen-Âge par les navigateurs reliant le monde scandinave à la Méditerranée. L'Île Milliau protège l'anse des vents de sud-ouest mais n'écarte pas les vents de nord-ouest.

L'exploitation du goémon représente un usage attesté dés le 18ème siècle. L'exploitation du granite sur les rochers de l'estran au nord de Lankerellec a laissé des traces tant sur le terrain que dans les textes. Elle a cessé peu avant la guerre de 1939 et n'avait pas affecté le sud de la commune. Le développement du cabotage et de la pêche côtière, au cours du 19ème siècle, a permit la construction en 1887 de la cale débarcadère de Trozoul, rehaussée en 1931.

L'essor du tourisme balnéaire à partir de 1880 et autour du 1er quart du 20ème siècle, a initié l'urbanisation progressive du littoral, cependant peu construit avant 1900 - sans qu'aucun aménagement littoral spécifique ait été entrepris. C'est surtout entre les deux guerres que le tourisme a modelé le paysage littoral, avec des aménagements importants : construction de grands hôtels, édification de murs littoraux, création du grand lotissement de Lankerellec. Le tourisme est aujourd'hui l'activité principale de Trébeurden avec la création du nouveau port de plaisance en eau profonde dans les années 1980.

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Adresse Commune : Trébeurden

Evolution démographique (1851-1999) : Trébeurden en 1851, pop. 1709 habitants (source : Jollivet). Trébeurden en 1881, pop. 1902 habitants (source : AD 22). Trébeurden en 1946, pop. 2248 habitants (source : Insee). Trébeurden en 1982, pop. 3228 habitants (source : Insee). Trébeurden en 1990, pop. 3094 habitants (source : Insee). Trébeurden en 1999, pop. 3451 habitants (source : Insee).

Annexes

  • Pilote de Thomassin, 1875 (texte proposé par Guy Prigent) :

    Le Toinot au mouillage nord-ouest de l'Île Grande est pour les caboteurs la relâche la plus sûre ; on s'y rend presque toujours par la passe du sud-ouest, Toull ar Mine Mélen qui range la pointe nord ouest de Milio. C'est là que se réfugient les caboteurs en relâche à Milio, lorsque les vents tournent à l'ouest. Mais comme il n'y a que 3 m d'eau à l'entrée et qu'il n'y en a pas à l'échouage à l'heure de la mi-marée, on est quelquefois obligé de mouiller à l'abri de l'île Molène.

    L'anse de Costankou ne peut offrir aucune ressource comme relâche. On n'y va que pour chercher des pierres.

    Le Fouillé est un bon mouillage pour attendre une marée ; on y est bien, principalement dans les mortes-eaux, parce que dans le mauvais temps, la mer passe un peu entre les roches qui forment cet abri. Les rochers de l'est sont accores et l'on n'a à redouter que le plateau appelé "Enes ar Fouillé", qu'on laisse à tribord et dont quelques sommets seulement paraissent à marée haute.

    Trégastel est un abri où l'on pourrait entrer un navire de 400 à 500 tonneaux qui serait désemparé. On n'y relâche jamais, l'entrée est ouverte à l'est.

    Ploumanac'h est inaccessible pour un navire qui n'aurait pas les vents du nord-nord-ouest ; ce petit havre parfaitement fermé, n'est jamais fréquenté par les navires : il y a un certain nombre de bateaux de pêche et un très bon pilote de Perros ; il assèche jusqu'à 300 m en dedans de l'entrée, mais l'eau n'arrive dans le port que une heure avant la demi-marée.

    Le mouillage de l'Île aux Moines (Sept-Îles) n'est fréquenté que par les caboteurs qui veulent attendre une marée. Dans les coups de vent de nord, un grand navire affalé sur la côte ou désemparé pourrait mouiller à 1 mille 1/4 au sud quart sud est de l'Île Malban, dans le chenal même. Il faudrait faire attention aux Dervinis.

    Les parages de l'Île Grande sont complètement dépourvus de balisage ; il va tous les ans 300 navires ou gabarres prendre des pierres à l'Île Grande, une moitié va au Toinot en passant par la passe du sud ouest et par le trou de Peulven ; l'autre moitié se rend à Keralies en passant par la passe du Château ou par le petit trou de Morville. Outre ces navires, il vient encore des bâtiments en relâche, ou affalés dans la baie de Lannion sans pouvoir doubler Primel d'un côté, ni le Crapauds ou la pointe de Grip et les roches de Keralies de l'autre côté. Ces trois passes ne sont pas balisées, et il y a aurait très peu à faire pour rendre ces refuges importants accessibles aux marins qui n'y sont jamais venus. En construisant une pyramide sur l'angle sud-est de la grande Île Fougères et en traçant une raie blanche verticale sur la face ouest du moulin de la Lande, on aurait un très bon alignement pour entrer par le trou de Peulven ; la même pyramide servirait aussi pour la passe du sud-ouest ou de la Pierre Jaune, en construisant une petite pyramide sur le rocher de Catelérec. Ce dernier alignement serait très bon pour cette passe. Celui dont on se sert actuellement (Karec ar Merc'h par la chapelle) n'est pas mauvais, mais il est invisible pour un oeil qui n'est pas exercé. La campanile de la chapelle est trop petite et paraît à peine au-dessus du pli de terrain qui cache la chapelle.

    Dans l'entrée de Keralies, il faudrait une tourelle sur la partie nord-est de Roc'h Houlmel qui barre la moitié de l'entrée et une petite tourelle de 1, 50 m sur la pointe sud de Melvache. Il serait important de mettre un corps-mort à toucher l'île Morville pour les bâtiments qui entrent dans les basses mers de mortes-eaux, et un corps mort à trois-quart d'encablure dans l'est de l'île Molène pour les navires qui viendraient s'y réfugier et qui ne voudraient pas échouer. Il y a dans cet endroit un très bon mouillage pour les avisos par 5 mètres d'eau.

    Enfin, outre les 300 navires qui viennent à l' Île Grande, il passe encore 700 navires par an entre les Triagoz et la pointe du Gripp. Il manque aussi une petite tourelle sur le Taureau qui est une roche très étendue qui couvre à la pleine mer. Enfin, il faudrait blanchir à la chaux soit le corps de garde de la pointe de Bihit, soit la partie ouest de la Roche Ignonne (ou Ivignon) pour indiquer l'entrée de Lannion qu'il est impossible de distinguer de trois lieues dans l'ouest, à moins d'être du pays.

  • Les premiers conflits autour de l'enjeu du goémon au 17ème siècle (texte proposé par Guy Prigent) :

    La paroisse de Trébeurden était en conflit avec ses voisines de Servel, de Locquémeau, Brélévenez et de Ploubezre entre 1695 et 1699 (sources : AD 22, 20 G 620, Trébeurden). En 1716, sur la dénonciation de François Dagorn, désigné par le général de la paroisse Louannec, assignation est donnée contre Yves Le Barzic, Nicolas Mérer et Nicolas Le Gaïc de la paroisse de Perros-Guirec, qui viennent journellement et en toute saison enlever des goëmons et varechs sur la côte de Louannec, au mépris de l'ordonnance de 1685 et de l'ordonnance de l'Amirauté de Morlaix du 12 janvier 1707 qui limitent le temps de la coupe du varech aux jours compris entre le trois février et le 19 mars. L'Amirauté décide alors de donner assignation contre les habitants de Perros et défense leur est faite d'aller couper le varech sur la côte de Perros. (Sources : AD 29, B 4167, 20 janvier 1717).

  • Des semeurs de cendres ces bretons (texte proposé par Guy Prigent d'après un article du Trégor, n° 10, 10 mars 1979, par A. Sonneck) :

    "Des semeurs de cendres ces bretons", disait un voyageur au début du 20ème siècle en voyant brûler dans les grèves des tas de goémons. Pendant 3 mois de février à mai, du lendemain de la chandeleur jusqu'à la fête de Saint-Yves, tout un peuple se répandait sur la côte pour la récolte du précieux engrais. Le règlement était strict depuis l'ordonnance de la Marine de 1685, confirmé par la période révolutionnaire et tombé seulement en désuétude très récemment, à l'époque contemporaine : on ne pouvait récolter les algues sur les grèves d'une commune que si l'on y possédait une parcelle de terre. Ce goémon de rive ne pouvait être vendu, sinon par les bateliers et aux seuls habitants de la commune. Pour permettre au goémon de repousser, obligation était faite de le couper avec un simple outil, une faucille appelée "ur c'hwigned", et non de l'arracher. Il était en particulier interdit de naviguer au-dessus des champs d'algues et de les arracher en les accrochant par des râteaux. L'interdiction nettement formulée et répétée par les conseils municipaux du siècle dernier prouve que l'abus existait. Là où on extrayait du granit sur la grève, des conflits surgissaient. A l'Île-Grande, en 1827, le conseil municipal de Pleumeur-Bodou s'émeut des dégâts causés au goémon par des bateaux qui viennent enlever les pierres, d'où une taxe de 10 centimes pour tout bloc de granit enlevé par une gabarre ou un "coucou" étranger au pays.

    La première moisson du paysan : le stockage sur la grève était interdit ; ceux qui ne possédaient pas de charrettes payaient une rétribution aux fermiers pour déposer leur récolte sur les terrains limitrophes. Des contrôleurs étaient nommés par la commune pour veiller à la bonne marche du ramassage. 0 Pleumeur-Bodou, en 1848, Yves Riou et François Le Vot, nommés gardiens de la grève, perçoivent un salaire annuel de 30 francs au lieu de leur quête auprès des récoltants "car ils devaient être moins sévères, craignant de faire une quête moins considérable".

    Monsieur et Madame Albert Le Bivic de l'Armor en Trébeurden se souviennent encore très bien des journées de récolte, à la ferme de leurs parents : Madame Le Bivic précise en janvier, nous partions à 7 h 30, à l'heure solaire, on allait à Goas-Trez, à l'île Canton, Porz an Ivern, et jusqu'à 14 h, on coupait. On en faisait des petits tas que les hommes chargeaient dans les charrettes. Là où les chevaux ne pouvaient passer, c'était la corvée : sur les rochers glissants, les hommes portaient les algues sur une sorte de civière appelée "gravas". Mais c'était quand même l'occasion d'une partie de plaisir, au casse-croûte de 10 h, les chevaux recevaient un sac d'avoine. Ma grand-mère m'a raconté qu'il y a près de 100 ans, des gens partaient à 4 h du matin de Kerduel pour l'Île Canton avec 4 chevaux. Au casse-croûte, ces chevaux avaient droit à un pain d'orge. Parfois il faisait si froid que le goémon glaçait quand la mer se retirait.

    Les plus chanceux utilisaient un bateau, barque de pêche pour la plupart. Le pont de Penvern n'existait pas, dit Albert Le Bivic, on déchargeait près du bureau de tabac, et les charrettes emmenaient tout de suite le goémon aux champs ; certains étaient trop chargés. S'il y avait un peu trop de houle, ils ne pouvaient pas virer au vent et c'était le naufrage.

    La chronique locale a gardé le souvenir des accidents de ce genre. Ainsi, "le Lannionais" relatait-il en février et mars 1878 deux accidents : l'un à Plougrescant, où une gabarre revenant de l'île d'Er de nuit, par tempête, se brisa contre les récifs ; l'autre à Trédrez, l'"Anne-Marie", monté par le patron Joseph Allain et ses deux fils de 15 et 17 ans, avaient mouillé dans les parages de Kerinierbel. "Temps beau mais forte houle dans ces brisants, augmentée par la grande marée". Au moyen d'une plate appelé localement "risque-tout", l'équipage transportait le goémon à bord ; dans un trajet, une lame prit le canot en travers, et ce fut le drame.

    Les accidents pouvaient aussi se produire sur la grève, surtout si l'on avait taquiné la chopine à 10 h : le journal de Tréguier rapportait en 1878, qu'en Plougrescant, à la suite d'une altercation, une femme coupa d'un coup de faucille le nez d'un ramasseur d'algues. On ne dit pourquoi. Heureusement, les événements dramatiques avaient parfois un dénouement plus heureux. L'abbé Le Luyer, recteur de Trébeurden, est resté célèbre pour avoir, en 1838, organisé en barque le sauvetage de 200 hommes partis au goémon à Molène et bloqués par la tempête. Un conseil donné par les anciens : si vous allez au goémon : préférer le goémon noir "bezhin tan", moins huileuses, ses longues lanières sont plus riches en iode et se prêtent à des usages multiples ; son nom l'indique, on pouvait en faire du feu. C'était le bois des pauvres.

  • 20062209817NUCB : - Dans : "Petit Atlas maritime" / Bellin, Paris : 1764 - Collection particulière

    20062209830NUCB : - - Collection particulière

    20052206531NUCB : Tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires de 1819 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 4 num 1/48, Numplan 1.

    20062209815NUCB : S. 639 - Archives départementales des Côtes-d'Armor

    20062209814NUCB : S. 639 - Archives départementales des Côtes-d'Armor

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes-d'Armor : 2 O 343/2, bâtiments communaux (1844-1938).

  • AD Côtes-d'Armor : 8 M 61. Stations balnéaires, climatiques et touristiques. Série 20168 : Perros-Guirec. Série 20343 : Trébeurden. Série 20353 : Trégastel.

  • BELLIN. Coste de Bretagne depuis les Sept-Îles jusqu'à l'Île Molène et Lannion. In Petit Atlas maritime, carte n° 68. Paris : 1764.

Documents figurés
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/48, plans cadastraux parcellaires de 1819.

    Numplan 1, tableau d'assemblage. Documents consultables sur le site Internet <I>http://archives.cotesdarmor.fr</I>
Bibliographie
  • COUFFON, René. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc : Les Presses Bretonnes, 1939.

    p. 528-530
  • FLOHIC EDITIONS. Le patrimoine des communes des Côtes-d'Armor. Charenton-le-Pont : Flohic éditions, 1998, 2.

    p. 831-834
  • GUERIN, Odile, HERRY, Marcel, ROIGNANT, Jacques. Trébeurden ou les attributs d'une beauté sauvageLannion : IMPRAN, 1988.

  • JOLLIVET, Benjamin. Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département. Guingamp : B. Jollivet, 1854, 4.

    p. 101-111
  • LE COUËDIC, Daniel, TROCHET, Jean-René. L'architecture rurale française : corpus des genres, des types et des variantes. Bretagne. Paris : Musée national des arts et traditions populaires / Berger-Levrault éditeur, 1985.

  • LE SAULNIER DE SAINT-JOUAN, Régis. Dictionnaire des communes du département des Côtes-d'Armor : éléments d'histoire et d'archéologie. Saint-Brieuc : Conseil Général des Côtes-d´Armor, 1990.

    p. 734-736
  • LEVASSEUR, Olivier. Les usages de la mer dans le Trégor au 18ème siècle. Rennes, thèse de 3ème cycle, (CRHISCO UPRES A-CNRS 6040), Centre de Recherches historiques sur les Sociétés et Cultures de l'Ouest, UHB, Rennes 2, juillet 2000.

  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Rennes : Deniel, 1853, 2.

    p. 912
  • ROIGNANT, Jacques. Trébeurden au temps de la Révolution. Lannion : Impram, 1989.

  • ROIGNANT, Jacques. Le quartier maritime de Lannion. Spezet : Nature et Bretagne, 1992.

  • TANGUY, Bernard. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses des Côtes-d'Armor : origine et signification. Douarnenez : Ar Men-Le Chasse Marée, 1992.

    p. 322-323
  • THOMASSIN, Anastase. Le Pilote. Paris : 1875.

Périodiques
  • ROIGNANT, Jacques. Trébeurden au 15ème siècle, d'après le rôle général de la réformation des feux. Lannion : Trégor-Mémoire Vivante n°1.

    p. 65-74
  • ROIGNANT, Jacques. Le coin du fureteur. Trébeurden, février 1995-juin 1996.

  • ROIGNANT, Jacques. Trébeurden, au fil de ses rues et de ses chemins. Trébeurden : mairie de Trébeurden, 1997.

  • ROIGNANT, Jacques, LE PAPE, André. Trébeurden vers 1900 - Echos d'un centenaire. Trébeurden : mairie de Trébeurden, août 2000.