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Présentation de la commune de Telgruc-sur-Mer

Dossier IA29004998 réalisé en 2011

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L'ENQUETE

L´inventaire topographique du patrimoine architectural de la commune de Telgruc a été réalisé en 2011.

L´opération s´inscrit dans le cadre du recensement du patrimoine architectural du Parc Naturel Régional d´Armorique, structure à laquelle adhère la commune.

Cet inventaire a pour finalité d´identifier, de localiser et de documenter les éléments appartenant au patrimoine architectural et de présenter non seulement un état des lieux raisonné du patrimoine bâti mais de proposer aussi des volets de valorisation de ce patrimoine.

Les limites chronologiques sont fixées entre l´an 400 après J. C., et le milieu du 20e siècle. Ce cadre exclut le domaine de la fouille archéologique - toutefois traité ici dans un dossier de synthèse - mais n´écarte pas des formes d´architecture en élévation exceptionnelles, comme, par exemple, les mégalithes ou les oeuvres originales d´architectes contemporains.

Lors du recensement du patrimoine bâti de la commune (juin-septembre 2011), 422 éléments ont été localisés et identifiés ; parmi eux, 23 ont, par la suite, été sélectionnés pour étude.

Les dossiers qui suivent sont classés du général ou du thématique (dossier généralités), au particulier (dossiers individuels). Les édifices uniques ou au contraire représentatifs, à valeur patrimoniale intrinsèque et revêtant un intérêt à l'échelon communal, sont traités dans un dossier « étude ». La restitution des données découle de la méthode d'analyse. A chaque élément étudié correspond une notice. Cependant, pour appréhender les familles d'édifices représentés en grand nombre (les maisons, croix ou moulins par exemple), il a été procédé à une sélection raisonnée d'unités à étudier, les caractères communs à chaque famille étant restitués dans le dossier collectif.

190 illustrations et 22 références documentaires accompagnent les études.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Adresse Commune : Telgruc-sur-Mer

Origines La position topographique de Telgruc-sur-Mer, entre les collines du Ménez-Luz et du Ménez-Caon, est peut-être à l'origine de son nom (en breton, le lieu situé près de la hauteur). Le territoire est habité au moins depuis le Néolithique comme en témoignent les vestiges d'une demi douzaine de dolmens dont celui de Pen ar Run est le mieux conservé. Parmi les traces de constructions romaines mis à jour un peu partout sur la commune (Lezuoc, Cosquer, Kerjean ...), les cuves de salaison de poissons découvertes en 1957 sur le site côtier du Caon sont particulièrement intéressantes. Elles appartiennent à une série d'établissements du même type liée à la fabrication du garum (sauce de poisson), répartie le long du littoral depuis Douarnenez, où un port prospère existe aux 1ers siècles de notre ère. D'abord trêve d'Argol, Telgruc aurait été érigé en paroisse au 10e siècle. Le cartulaire de Landévennec la mentionne en 1050 comme appartenant à l'abbaye bénédictine de Landévennec, à l'exception de Lanloebon qui comprenait les terres des Rosmadec, principale famille noble de Telgruc. Les vestiges d'une motte castrale de 8 mètres de hauteur étaient encore visibles à la fin du 19e siècle, à 500 mètres au sud-est du lieu dit Rosmadec. Très dégradés après le remembrement de 1970, ils sont arasés en 1989. La maison de Rosmadec prospère entre le 14e et le 16e siècles en contractant de fructueuses alliances matrimoniales et devient une des plus illustres familles seigneuriales de Basse-Bretagne. Probablement construit ou reconstruit durant cette période, leur château est déjà en ruines au 18e siècle. La description qu'en fait l'archiviste Louis Le Guennec - "il consistait en un corps de logis flanqué de cinq tours, environné de douves profondes"- pourrait correspondre au plan ancien, daté 1672, conservé aux archives municipales de Crozon et attribué jusqu'à présent au manoir de Gouandour (Crozon). Aucun autre manoir ne subsiste sur la commune et n'est signalé sur le cadastre ancien.

Situation

Situé au sud-est de la presqu'île de Crozon et au nord de la baie de Dournenez, Telgruc-sur-Mer fait partie, avec Landévennec, Argol, Lanvéoc, Roscanvel, Camaret-sur-Mer et Crozon, de la "communauté de communes de la presqu'île de Crozon". A large dominante agricole (une trentaine d'exploitations en 2010), elle couvre une superficie de 2829 hectares et comptait 2002 habitants au dernier recensement (en 2007). Traversée au nord par la rivière de l'Aber, elle présente un plateau agricole légèrement vallonné dans la partie nord du territoire. Vers le sud, les collines du Ménez Caon (131 mètres d'altitude) et du Ménez Luz (145 mètres d'altitude), derniers contreforts du Ménez Hom, sont séparés par un large vallon conduisant à l'anse du Caon. Le bourg est situé au centre du territoire communal, dominé au sud-est par le Ménez Luz, exploité officiellement en carrière depuis 1953 mais utilisé comme tel depuis longtemps. Le sol est constitué d'est en ouest par une bande de grès primaires et au sud, le long de la côte par des schistes primaires, formant de part et d'autres de la plage de Trez Bellec de hautes falaises striées presque verticalement.

Economie traditionnelle et architecture rurale

La commune a surtout vécu d'agriculture et d'un peu de pêche. Les cinquante canots de petit tonnage inscrits à Telgruc entre 1845 et 1904 sont exclusivement utilisés pour la pêche côtière. Certains sont construits dans la commune, d'autres dans les chantiers de Camaret, Morgat, Douarnenez, Port Launay ou Brest. Après la guerre, il y a encore une vingtaine de pêcheurs à Telgruc pour huit bateaux. Le poisson était vendu dans la commune à l'aide d'une charette. Les cultivateurs-pêcheurs se trouvaient essentiellement dans des hameaux côtiers comme Le Caon, Penquer, Kergariou, Kerlévéan. Jusque dans les années 1950, on cultivait des céréales (avoine, froment, seigle, orge), du blé noir, des vergers de pommiers pour la fabrication de cidre, des betteraves, beaucoup de pommes de terre pour la vente et des petits-pois envoyés à l'usine de Telgruc pour leur mise en conserve. Les fermes sont agglomérées en hameaux plus ou moins importants, de préférence dans les vallées. Quelques rares exploitations sont isolées. Autour du Ménez Luz et du Ménez Caon, l'habitat est absent. Avant le remembrement, le nombre de parcelles à l'hectare était considérable, celles-ci en forme de bandes parrallèles avaient une largeur ne dépassant pas quelquefois 10 mètres. Les témoins architecturaux antérieurs au troisième quart du 19e siècle sont peu nombreux, particulièrement ceux d'Ancien Régime (Elléouët, Kerthomas, Kerampran, Cosquérou, Le Launay, Kérédan ...). Pourtant, des vestiges et quelques rares exemples datés de la seconde moitié du 16e siècle attestent de l'ancienneté de l'habitat rural. La carte de Cassini ainsi que le cadastre ancien montrent un bâti déjà dense à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle. Mais, à partir du 3e quart du 19e siècle, la révolution agricole entraîne un renouvellement de l'architecture rurale : les fermes sont reconstruites in situ ou s'agrandissent avec de nouvelles dépendances ou un nouveau logis construit en alignement de l'ancien. Le logis est surmonté d'un comble à surcroît plus ou moins développé qui atteint parfois l'ampleur d'un étage. Cependant, l'essor le plus significatif de l'architecture rurale a lieu entre 1900 et 1938, à la faveur des lois sur le logement social (lois Strauss, Ribot, Bonnevay, Loucheur). Les logis de ferme sont dans leur grande majorité reconstruits, ou construits en alignement de l'ancien logis, suivant un modèle unique à étage, et à trois travées symétriques. Cette période correspond également à l'évolution du bourg, aux constructions des écoles, mairie, maisons, commerces.

Les matériaux de construction sont les mêmes du 16e siècle au 2e quart du 20e siècle : la mise en oeuvre des murs est en moellon de grès avec encadrement de baies en pierre de taille de granite, parfois en kersantite pour les maisons les plus anciennes. Au sud de la commune, près des gisements de schiste de la côte, quelques bâtiments ont des murs en moellons de schiste (Porlous, Rostégoff). A partir des années 1870, les enduits de façade se multiplient afin de mettre en valeur les encadrements de baies, les chaînages d'angle et les corniches en granite. Cette pratique deviendra systématique à partir de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. L'importance des dépendances témoigne d'une agriculture plutôt florissante en comparaison de celle de la moitié ouest de la presqu'île : les granges à porte charretière sont nombreuses et les étables sont relativement grandes. Beaucoup de fermes possédaient un poêle à crêpes, aménagé dans un coin de cellier, de laiterie, d'étable ou de logis désaffecté (Penhoat-Rosmadec, Kerdreïn, Penquer). Apparentés à une cuisinière, ces massifs de maçonnerie, associés à une cheminée, sont une spécificité de Cornouaille centrale dont il reste très peu d'exemples.

Des quatorze moulins dessinés sur le cadastre ancien (dix à eau et quatre à vent) ne subsistent que les moulins à eau de Kerédan et de Rosmadec, ceux de Ronvarc'h et de Kerloc'h sont à l'état de vestiges.

Architecture religieuse

L'architecture religieuse est représentée par l'église paroissiale Saint-Magloire, reconstruite après guerre à partir d'éléments subsistant de la fin du 16e siècle, et la chapelle Sainte-Julitte dont les ruines ont été consolidées. Les chapelles de Luzéoc, de Saint-Thomas à Kerédan et de la Vierge Noire à Penhoat-Jardin ne figurent déjà plus sur le cadastre de 1831. Les cinq anciennes maisons de prêtre construites entre la seconde moitié du 16e siècle et la seconde moitié du 18e siècle, localisées au Lez (1565), à Elléouët (1579), à Kerampran (1593), à Cosquérou (1671) et à Kerédan (1776) desservaient probablement ces différentes chapelles. Saint-Divy, datée 1577, est l'unique fontaine de dévotion qui subsiste sur le territoire. Sur les six croix figurées sur le cadastre ancien (croix Thépaut, de Tal ar Groas, de Saint-Yves, de Séméno, de Kerbriant, du Launay) seule la croix du Launay est encore en place, bien qu'incomplète. Les deux autres croix inventoriées, situées devant l'église, ont vraisemblablement été déplacées : l'une ne conserve que son socle, l'autre est hétérogène, reconstituée à partir de différents éléments des 16e, 17e et 19e siècles.

Tourisme et modernité

La commune est traversée d'est en ouest par la route nationale de Camaret à Châteaulin que vient longer le chemin de fer en 1923, à l'origine d'ouvrages d'art, tels le double pont du Launay ou les gares de Telgruc et de Croas Séméno. Entre les deux guerres, la construction d'une route le long de la plage de Trez Bellec et l'implantation de l' hôtel du "roi d'Ys" marquent les débuts du tourisme à Telgruc. Un service de car et de voiture assure le transport des voyageurs entre le port du Fret (Crozon) et Telgruc ou entre la gare de Telgruc, son bourg et l'hôtel du "roi d'Ys". En plus de cet hôtel réputé de 30 chambres, les touristes peuvent loger à l'hôtel Moreau au bourg ou dans des chambres meublées chez l'habitant. C'est à cette époque que Telgruc prend le nom de Telgruc-sur-mer, par décret du 3 décembre 1936, pour attirer les touristes qui affluent sur la côte. Cette villégiature prend fin avec la destruction de l'hôtel du "roi d'Ys" par les Allemands, en 1942.

Impacts de la Seconde Guerre mondiale

Comme pour les autres communes de la presqu'île, l'impact de la Seconde Guerre mondiale a été important à Telgruc. La commune fait alors partie du Mur de l'Atlantique et son littoral est envahi par l'occupant. Pour ces raisons, la population va subir les bombardements alliés à la fin de la guerre. Le 3 septembre 1944, à la suite d'une erreur de transmission, les Américains bombardent le bourg et le détruisent en partie. L'agglomération fait l'objet d'un plan de reconstruction dès 1946. A ce titre, elle est représentative de l'urbanisme de la fin des années 1940 et du début des années 1950, peu de bâtiments ayant été construits depuis.

Conclusion

Telgruc-sur-Mer se distingue par la qualité de ses espaces naturels. Depuis les collines du Ménez Luz et du Ménez Caon, la vue plonge sur le littoral bordé par la grande plage de Trez Bellec. La commune conserve des éléments patrimoniaux modestes mais dignes d'intérêts, notamment l'ancienne gare de conception néo-régionaliste, le pont double du Launay lié également au chemin de fer, la fontaine Saint-Divy du 16e siècle, la chapelle de Lanjulitte et l'arc de triomphe de l'église paroissiale ainsi que les fermes tardives mais homogènes qui forment des ensembles cohérents et témoignent d'un mouvement de reconstruction intense au début du 20e siècle.

Annexes

  • 20112905751NUCAB : Cadastre ancien - Archives départementales du Finistère - 3 P 282.

    20112905750NUCAB : Cadastre ancien - Archives départementales du Finistère - 3 P 282.

    20112905743NUCAB : Cadastre ancien - Archives départementales du Finistère - 3 P 282.

    20112905685NUCAB : Plan ancien - Archives municipales de Crozon

    20112905722NUCAB : Carte postale ancienne - Collection particulière

    20112905730NUCAB : Carte postale ancienne - Collection particulière

    20112905727NUCAB : Carte postale ancienne - Collection particulière

    20112905728NUCAB : Carte postale ancienne - Collection particulière

    20112905733NUCAB : Carte postale ancienne - Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales du Finistère. Série 3 P 282. Tableau d´assemblage et cadastre parcellaire, 1831.

  • Archives départementales du Finistère. Série 5 S 79. Chemins de fer économiques. Ligne de Carhaix-Châteaulin-Camaret. Voeux du Conseil Général et des municipalités pour la construction de la ligne, 1894-1931.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : Série 5 S 79
  • Archives départementales du Finistère. Série 1165 W 36. Ministère de la reconstruction et de l'urbanisme. Plan d'aménagement et de reconstruction, 1946.

  • Archives départementales du Finistère. Série 20 1980. Travaux communaux.

  • Archives municipales de Telgruc-sur-Mer. Délibérations du conseil municipal, séance du 11/05/1947.

  • Archives municipales de Crozon. Plan supposé du manoir de Gouandour.

  • Cité de l'architecture et du patrimoine. Institut français d'architecture. Centre d'archives d'architecture du XXe siècle. Fonds Julien Polti (1877-1953) (http://archiwebture.citechaillot.fr).

Documents figurés
  • Service départemental de l'Architecture et du Patrimoine du Finistère. Fonds Villard.

Bibliographie
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  • COUFFON, René, LE BARS, Alfred. Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988, p. 423-424.

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  • SPILL, J. M. L'évolution des transports de voyageurs dans le Finistère. Norois, 1971, n° 70, pp. 255-275.

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Tanguy-Schröer Judith
Judith Tanguy-Schröer , né(e) Tanguy
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