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Présentation de la commune de Saint-Sulpice-la-Forêt

Dossier IA35010797 réalisé en 2001

Fiche

Œuvres contenues

Une fondation monastique

Cédant à l'appel du désert à l'imitation de Robert d'Arbrissel, après l'avoir suivi dans sa prédication itinérante, Raoul de La Fustaye se retira peu avant 1100 dans la forêt de Rennes en compagnie d'un autre disciple du maître, Aubert. Les deux ermites s'établirent en un quartier de la forêt appelé le Nid de Merle, où une statue miraculeuse de la Vierge avait été découverte par un pâtre et faisait peut être déjà l'objet d'une dévotion populaire qui ne fut que renforcée par la réputation de sainteté des anachorètes. La contrée n'appartenait à aucune paroisse, car, à l'instar de toutes les grandes silves ressortait du fisc ducal, comme le suggère rétrospectivement la tenue d'une assemblée de barons convoquée par le duc Conan III en 1146 dans une capella Sancte Marie que est super stagnum. A l'occasion de la profession religieuse de sa soeur Ennoguent, le duc Conan IV donnera encore vers 1160, alors que l'abbaye a déjà un demi-siècle d'existence, sa terre du Merle, acte qui s'apparente à un règlement rétrospectif du statut de l'établissement.

C'est dans ce contexte que le bienheureux Raoul fonda en 1112, selon Albert Le Grand, un monastère double dirigé par une abbesse en souvenir de l'obéissance de l'apôtre saint Jean à la Vierge Marie. Le modèle de Fontevrault est ici très présent, et il n'est pas exclu que ses constitutions originales aient été fidèlement reproduites, si l'on songe au grand nombre de sanctuaires attestés par les sources en sus de l'église abbatiale. Les chapelles Saint-Nicolas et Saint-Joseph furent vraisemblablement les églises conventuelles de prieurés annexés au moûtier principal. C'est probablement le cas de la chapelle Saint-Sulpice elle-même, qui existait depuis un siècle lorsqu'elle fut promue au rang d'église paroissiale par l'évêque de Rennes Pierre de Dinan, entre 1199 et 1210, sous le titre d'un prieuré cure administré par les frères Condonats dépendant de l'abbaye. Ce satisfecit donné à l'abbesse venait consacrer la naissance d'un bourg monastique à l'ombre d'une abbaye qui s'était taillé un domaine proche dans une clairière de défrichement forestier.

On ne peut que déplorer le recours nécessaire à l'histoire pour évoquer ce qui fut sans doute le plus singulier ensemble monastique de toute la Bretagne, tant la lecture des vestiges pourtant monumentaux, s'avère malaisée de prime abord.

Saint-Sulpice depuis la Révolution

Le bourg de Saint-Sulpice s'est établi en limite d'un territoire restreint. Il s'étend de ce fait sur la commune de Chasné, aux Bas Champs Thébault. Ce bourg est important par rapport au reste de la commune. Si l'on regarde le cadastre napoléonien (1826), on remarque qu'il était plus étendu que la plupart des bourgs du canton de Liffré. A l'origine, ceci était dû, à la présence de l'abbaye, moteur économique et social de Saint-Sulpice. Mais la population de la commune décline après la Révolution française : 418 habitants en 1790, 389 en 1846, dont seulement 98 au bourg, répartis en 27 ménages.

Le départ des religieuses en 1792 a entraîné le déclin de l'économie locale. En effet, la puissance foncière de l'ordre de Saint-Sulpice avant la Révolution était impressionnante : métairies, prés, terres labourables, bois, étangs... comme en témoigne un document du 17 novembre 1790, qui décrit l'abbaye, les métairies et les multiples terres qui en dépendent. La majorité du territoire de la commune était contrôlée, directement ou indirectement par l'abbaye, qui recevait également les dîmes de la paroisse. A la restauration concordataire de 1803, Saint-Sulpice perd son statut de paroisse et son territoire est uni à celle de Chasné, avant qu'une ordonnance royale ne la restaure en 1820.

En 1826, le bâti était peu important dans la campagne et était réparti sur tout le territoire de la commune. En conséquence, les propriétés étaient généralement compactes : cour, jardin (s) et terres étaient groupés autour de la maison et des bâtiments d'exploitation. Les parcelles étaient assez grandes et souvent de forme géométrique.

Aujourd'hui, la commune compte plus de 1300 habitants. Cette vitalité est due à la proximité de Rennes, qui fait désormais de Saint-Sulpice une cité résidentielle. Les chiffres du recensement de 1999 en sont une preuve : 95 % de résidences principales, 94 % d'actifs occupés et surtout 66 % de logements construits après 1975.

Le bourg est démesurément important par rapport au territoire de la commune. Le développement s'y fait sous la forme de lotissements, en particulier au sud : la maison du Petit Roquet marque la limite entre le "vieux centre", où le bâti ancien domine, et les maisons récentes. Les bâtiments qui apparaissent sur le cadastre ancien, remaniés pour la plupart, se perdent au milieu de ces résidences nouvelles.

Hors du bourg, l'habitat s'étend le long des grands axes, en particulier le long de la RD 97, sous la forme d'excroissances du bourg. C'est flagrant au nord, à Bel-Air ; le toponyme lui-même prouve le caractère récent du lieu-dit. C'est surtout visible au sud : au Tronchay, à l'Oliverie. Les bâtiments anciens, quand ils subsistent, sont fortement remaniés. Certains propriétaires s'essaient même à créer du vieux avec du neuf : maison à colombages ou manoir en pierre, par exemple.

On ne recherche plus, désormais, une situation géographique voire géologique intéressante sur le plan agricole. On recherche la proximité de la route de Rennes, principal pourvoyeur d'emplois aujourd'hui. Cette pression immobilière modifie fortement le parcellaire. Mais le remembrement est davantage visible en campagne, où il s'est fait sous la forme de regroupements de parcelles déjà grandes. Cela crée un environnement dégagé, parfois brisé par des haies et des talus. En définitive, le paysage de la commune de Saint-Sulpice ne ressemble assurément en rien à ce qu'il devait être il y a deux siècles, puisque terres et bâtiments ont été bouleversés, et au premier chef l'abbaye elle-même.

Xavier GILBERT & Erwan LE TEXIER.

Aires d'études Ille-et-Vilaine
Adresse Commune : Saint-Sulpice-la-Forêt

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan cadastral dit napoléonien, section unique, 3e feuille. Levée par M. Lebreton, géomètre, 1826. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral dit napoléonien, section unique, 2e feuille. Levée par M. Lebreton, géomètre, 1826. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral dit napoléonien, section unique, 1ère feuille. Levée par M. Lebreton, géomètre, 1826. (A.D. Ille-et-Vilaine).

Bibliographie
  • Eglises et chapelles d'Ille-et-Vilaine. Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Région Bretagne ; par Véronique ORAIN, Isabelle BARBEDOR, Denise DUFIEF-MOIREZ, Jean-Jacques RIOULT. Rennes : APIB, 1996. (Indicateurs du Patrimoine ; 35).

    p. 7-53
  • CHEDEVILLE, André et TONNERRE, Noël-Yves. La Bretagne féodale XIe-XIIIe siècles. Rennes : Editions Ouest-France, 1987.

    p. 225, 232, 275, 292, 326
  • BANÉAT, Paul. Le Département d'Ille-et-Vilaine Histoire Archéologie Monuments. Rennes : Librairie Moderne J. Larcher, 1927-1929.

    t. 4, p. 150-156
  • GRAND, Roger. L'art roman en Bretagne. Paris : Editions A. et J. Picard et Cie, 1958.

    p. 451-453
  • OGÉE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. nlle éd[1778-1780] rev. et augm. Rennes : Molliex, 1845.

    t. 2, p.876-877
  • DECENEUX, Marc. La Bretagne romane. Rennes : Editions Ouest-France, 1998.

  • GUILLOTIN DE CORSON. Pouillé historique de l'archevêché de Rennes. Rennes : Fougeray Libraire-éditeur. Paris : René Hatton Libraire-éditeur, 1882-1886.

    t. 2, p. 304-328, 361-362 ; t. 6, p. 289-290 Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)