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Présentation de la commune de Rospez

Dossier IA22132490 réalisé en 2015

Fiche

Dossiers de synthèse

L'enquête d'Inventaire de Rospez

L'Inventaire du patrimoine de la commune de Rospez a été réalisé du mois de mai au mois de septembre 2015. Il s’intègre dans l'étude menée sur le territoire du Schéma de Cohérence Territorial (SCoT) du Trégor. Ce travail a vocation à révéler aux collectivités locales l'importance de leur "capital patrimonial", en vue d'une protection et (ou) d'une mise en valeur de celui-ci. Ces éléments bâtis sont répartis sur les 90 lieux-dits de la commune. Un pré-inventaire avait déjà été réalisé en juillet 1969, au cours duquel les éléments les plus représentatifs de la commune avaient été répertoriés et photographiés. Rospez ne présente aucun édifice ou objet classé ou inscrit au titre des Monuments historiques.

Selon les chiffres de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), il existait 247 logements à Rospez en 1946. 185 éléments bâtis anciens ont été recensés sur le territoire communal (il ne subsiste aujourd'hui que 75 % des logements de 1946). Le recensement a été mené de manière exhaustive, en repérant des éléments du haut Moyen-âge jusqu'aux années 1960. La phase d'étude, accessible sur ce site, concerne 1 dossier dit de présentation communale, 2 dossiers collectifs et 20 dossiers individuels, dont plusieurs maisons, fermes, croix de chemin et chapelles.

Dans le détail, le recensement des éléments bâtis de Rospez a permis de révéler :

- l'église paroissiale dédiée à saint Pierre et saint Paul,

- 2 chapelles (Saint-André et Saint-Dogmaël),

- 1 ancien presbytère,

- 8 croix,

- 6 manoirs (dont 1 a été détruit dans les années 1970 et 2 ont gardé leurs morphologies anciennes) (Squivit, Kernon, Porz ar Lann, Coat Jorand, Beauregard et Kerlit),

- 94 fermes,

- 57 maisons,

- 2 anciennes écoles,

- 3 lavoirs,

et 2 fontaines.

Le patrimoine de la commune a subi de nombreuses altérations au cours du temps, qui ont parfois même entraîné la disparition de certains édifices ou édicules. Le manoir de Kerlit, par exemple, a été détruit dans les années 1970, date à laquelle le manoir de Beauregard a également connu de nombreux remaniements. Le manoir de Coat Jorand a aussi subi des modifications radicales. Les chapelles et l'église paroissiale, quant à elles, sont dans un bon état sanitaire en 2015, même si elles souffrent de l'humidité.

Informations administratives

Rospez est bordée par les communes de Caouënnec-Lanvézéac au sud, Lannion à l'ouest, Louannec et Kermaria-Sulard au nord, Trézény et Lanmérin à l'est. Cette commune fait parti de Lannion-Trégor Communauté et dépend aussi du canton et de l'arrondissement de Lannion. Son bourg est d'ailleurs situé à seulement 8 km du centre-ville de Lannion.

La commune de Rospez abritait 1 734 habitants en 2012, un chiffre en constante augmentation (autour de 0,6%), qui s'explique encore une fois par l'attrait et la proximité de la ville de Lannion. La population se repartit sur 13,2 km2, ce qui correspond à une densité de 131 habitants au km2. La commune est traversée par la route départementale D786, qui assure le lien entre les villes de Lannion et de Tréguier. Les routes départementales D65 et D72 se croisent aussi au niveau du bourg de Rospez.

La commune est bordée sur sa limite sud et une partie de sa limite est par le Guindy, qui prend sa source non loin de Saint Conéry, et qui se jette dans le Jaudy au niveau de la ville de Tréguier. Elle est aussi arrosée par le ruisseau de Kernélégan, qui prend sa source dans la commune au lieu dit Pont an Prajou, et qui rejoint le Guindy à Lanmérin. Plusieurs petits cours d'eau sillonnent aussi Rospez, alimentant des étangs, des fontaines et des routoirs à lin.

Topographie

Le territoire communal est à dominante rurale. Le bocage marque encore le paysage de Rospez, malgré la transformation du parcellaire dans la deuxième moitié du 20e siècle (remembrement). L'habitat est plutôt dispersé et se répartit de manière disparate sur le territoire communal.

Les cadastres ancien et actuel permettent d'observer les densités importantes de bâti au niveau du bourg et autour des deux chapelles. De nouvelles zones d'habitat ont vu le jour depuis la deuxième moitié du 2oe siècle, avec la rurbanisation du territoire et la construction de lotissements. C'est par exemple le cas autour du noyau ancien du bourg, à Kerhuel, au convenant Yell, à Placen Gren et autour de Kerinou dans la partie nord de Rospez.

Historique

L'importance de la toponymie

La commune de Rospez comptait environ 142 noms de lieux au milieu du 18e siècle. Ces toponymes sont très importants pour comprendre le territoire, le mode d'occupation du sol ou pour connaitre l'identité des anciens exploitants des terres agricoles. En Bretagne, chaque parcelle portait un nom qui nous renseigne sur leur destination et contenu (croix, édifice religieux, routoir à lin, etc.), leurs caractéristiques géographiques (petit, grand, haut, bas, humides...) ou leur propriété. Grâce à ces indices, il est donc possible de reconstituer une partie de l'histoire de Rospez.

Une étymologie encore indéterminée

Rospez dérive de la forme bretonne Rospezh. Sur la carte de Cassini, le nom de la commune est orthographié Rospes. L’étymologie de ce nom reste encore à définir, mais quelques hypothèses sont possibles.

La plus ancienne mention du nom de la commune, orthographiée Rosbeith, se trouve dans l'évangéliaire de Saint Gildas de Rhuys, daté de 909 et conservé à la médiathèque de Troyes. Ce toponyme résulterait de la contraction de ros, tertre ou colline, et de beith, lui même dérivé du gaulois bettia selon Jean-Yves Le Moing, qui désignerait un bosquet de bouleaux.

Ce nom reste énigmatique puisque la commune de Rospez ne présente aucun promontoire particulier, simplement une dénivellation sur sa partie la plus au sud vers le Guindy. Le toponyme ros désignerait-il alors peut-être la motte castrale ?

L'histoire de Rospez

L’implantation humaine à Rospez pourrait remonter à la plus haute Antiquité. En effet, des fouilles archéologiques entreprises par l'Association pour la recherche et la sauvegarde des sites archéologique du Trégor (ARSSAT) ont révélé la présence d'un tumulus datant de l'âge de bronze, situé au lieu-dit de Beauregard. Il apparaît aujourd'hui dans un champ sous la forme d'un léger relief de terrain.

Après lecture des états de section (le cadastre est conservé aux Archives départementales des Côtes d'Armor), la toponymie peut nous donner des renseignements sur l'histoire de la commune. Il est ainsi probable qu'une portion de la voie romaine reliant le Yaudet à Runan passait par Rospez. Une autre voie romaine provenant de Lannion aurait aussi pu traverser la commune. Plusieurs parcelles appelées hent meur ("le vieux chemin, la vieille route") sont situées à proximité de la route départementale D786, reliant Lannion à Tréguier, ce qui pourrait constituer un indice sur l'ancienneté de cette route.

Une zone de peuplement primitive aurait aussi pu se situer à Rospez meur (littéralement "le vieux Rospez"), actuellement lieu-dit Placen Gren. Quatre parcelles contiguës au lieu-dit Kerriou izellan porte le nom de hlastre ("cloître"), et pourrait être l'emplacement d'un ancien établissement religieux du haut Moyen-âge. La première trace de Rospez remonte à 909, lorsqu'il est fait mention dans l'évangéliaire de Saint Gildas de Rhuys de "l'église de Rosbeith", lieu qui aurait accueillit le manuscrit. Depuis les premières heures de l'époque médiévale, la paroisse de Rospez se partage en 10 frairies, dont les toponymes se retrouvent parfois dans les lieux-dits actuels : Kerlis, Kerivin, Kerhuel, Lanuzel, Kergolvézen, Goazouré, Kerinou, Rospez Meur, Crech Quiniou et l'Hopital.

Il est aussi probable que des troupes anglaises aient choisi d'installer leur campement à Rospez lors de la Guerre de Succession de Bretagne, en particulier lors de l'épisode de la prise de Lannion en 1346. Le lieu-dit Brozos (contraction de bro, pays, et soaz, anglais) témoignerait ainsi de cette présence britannique, tout comme la croix ar beret ar soazon ("du cimetière des anglais" située à proximité de la chapelle Saint-André).

Au 16e siècle, alors que la peste frappe Lannion, le siège de la justice est transféré temporairement à Rospez. On retrouve d'ailleurs dans la micro-toponymie des noms de parcelles nommées ar justic au lieu-dit de la Croix Rolland. Ces terrains devaient être l'emplacement des fourches patibulaires où les corps des condamnés à mort étaient exposés à la vue de tous.

Conclusion

La commune de Rospez a connu de nombreuses destructions et transformations de son bâti dans la deuxième moitié du 20e siècle. L’aménagement des routes et la modernisation de l’habitat a eu des conséquences importantes sur les croix de chemin, qui furent souvent déplacées, et sur les fermes, dont la forme fut altérée.

Cependant, la commune possède quelques points forts : quelques fermes, deux chapelles, des croix de chemin, etc. La présence d’une association locale dédiée au patrimoine (Association Ro’spered) est un atout pour la commune et permet de développer des formes nouvelles de valorisation : chantiers de restauration, circuits patrimoine, expositions, etc.

(Paul Maturi, 2015)

Aires d'études Schéma de cohérence territoriale du Trégor
Adresse Commune : Rospez

Annexes

  • Conférence de restitution du 25 septembre 2015 : "En quête de Rospez"
  • Rospez : un patrimoine religieux à valoriser

    Rospez : un patrimoine religieux à valoriser

    L’église Saint-Pierre et Saint-Paul, construite en 1868, présente quelques éléments anciens provenant de l’ancienne église du bourg, notamment des statues anciennes en bois polychromes, deux bénitiers et un baptistère. L’architecte briochin Meslay s’est inspiré d’églises gothiques du Trégor (La Roche-Derrien et Tréguier) pour recréer un style architectural néo-médiéval au milieu du 19e siècle.

    Les deux chapelles de la commune (Saint André de La Ville Blanche et Saint-Dogmaël) datent des 16e et 17e siècles. La chapelle Saint André conserve encore quelques statues anciennes en bois, notamment un Christ en croix. La chapelle Saint-Dogmaël a été restaurée au début du 20e siècle, mais présente un aspect extérieur non altéré. Située à proximité de la limite avec la commune de Lannion, ces chapelles pourraient cependant être mieux valorisées.

    Il existe encore de nombreuses croix dans la commune. La majorité ont cependant été déplacée (Croix Yell, croix Vari ou Croix du cimetière, Croix de l’église, etc.). Chaque croix possède un style et une histoire particulière (datant du haut Moyen Age jusqu’au milieu du 19e siècle), notamment la croix Yell dont le nom des commanditaires apparaît sur le socle. Situées généralement le long des routes et des chemins, elles peuvent être facilement mises en valeur par un circuit de visite guidée (à pieds ou à vélo).

Références documentaires

Bibliographie
  • Le patrimoine des Communes des Côtes d'Armor. Paris : Flohic éditions, 1998.

  • Le Saulnier de Saint-Jouan, Régis. Dictionnaire des communes. Département des Côtes-d'Armor. Éléments d'histoire et d'archéologie. 1990.

  • Sonneck, Alain. Rospez sous la Révolution: 1789-1804, Association Ro'spered patrimoine, juin 2015

  • Architecture rurale en Bretagne. 50 ans d'inventaire du patrimoine. Inventaire du patrimoine, Bretagne. Editions Lieux-dits. 2014

Périodiques
  • ANDRIEUX, Jean-Yves. "L'industrie linière du teillage en Bretagne nord (vers 1850-vers 1950) : proto-industrialisation ou industrialisation défaillante ?". Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1990, vol. 97, n° 3, p. 383-397.

  • LE LANNOU, Maurice. "Le Trégorrois". Annales de Géographie. 1931, t. 40, n°223. pp. 24-38.

  • Sée Henri. L'agriculture dans les côtes-du-Nord en 1844. In : Annales de Bretagne. Tome 34, n°2, 1919, pp. 111-128