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Présentation de la commune de Plufur

Dossier IA22132368 réalisé en 2014

Fiche

Œuvres contenues

Condition d'enquête

L’étude patrimoniale réalisée sur la commune de Plufur s’insère dans le cadre d’une étude plus large à l’échelle du Schéma de cohérence Territoriale (SCoT) du Trégor, débutée en juillet 2009. Une méthodologie d’étude adaptée est appliquée afin de répondre à des objectifs précis : apporter conseils et expertise aux collectivités et aux acteurs locaux, mettre en cohérence le travail de l’Inventaire avec l’aménagement du territoire et les autres politiques locales, inscrire l’action de l’Inventaire dans un objectif de développement durable.

Le recensement du patrimoine bâti de la commune de Plufur a eu lieu entre novembre 2014 et février 2015.

302 éléments bâtis ont été recensés (339 logements en 1982 selon l'Insee). Ce recensement permet d’avoir une vision globale de chaque commune, puis du territoire du SCoT Trégor. Ce travail préliminaire permet l’identification et l’étude des éléments représentatifs ou remarquables. Un pré-inventaire de la commune de Plufur avait été réalisé par M. Ugland en août 1969. Ces anciennes photographies ont systématiquement été intégrées aux dossiers d'Inventaire.

35 dossiers d'études (monographiques ou d’ensembles représentatifs) ont été rédigés en 2015.

Administration

Plufur est une commune française, située dans le département des Côtes-d'Armor et la région Bretagne. Elle dépend de la circonscription de Plestin-les-Grèves (arrondissement de Lannion) et fait partie de Lannion-Trégor Communauté (38 communes en 2015).

Géographie : de la paroisse à la commune

Située dans le Trégor costarmoricain, Plufur a pour communes limitrophes : Plestin-les-Grèves et Tréduder au nord, Lanvellec à l'est, Plounérin au sud, Trémel à l'ouest. La paroisse de Plufur a été élevée en commune en 1790.

Le territoire communal est parcouru par deux vallées : celle du Yar, rivière longue de plus de 20 km qui prend sa source à Plounérin (la rivière sert de limite aux communes de Trémel et Plufur) et celle du Dour Elégo Rau (ou Dour Plat Rau) qui se rejoignent au nord à Milin ar Veuzit. D'autres petits affluents comme les ruisseaux de Rosanbo, de Keranroux ou de Goaz Meur alimentent ces deux rivières. Le Yar se jette dans la Manche (Grève de Saint-Michel) au lieu-dit Pont ar Yar à la Lieue de Grève.

D’une superficie de 1750 hectares (soit 17,50 km2), 7,3 km au maximum du nord au sud, 3,7 km au maximum d’est en ouest.

Principaux cours d’eau : Le Yar ; le Dour Elégo Rau.

Bassin versant : Baie de Lannion.

Géologie et pédopaysages (analyse des sols)

Le Trégor et le Goëlo sont délimités au sud par les massifs de l’Arrée et de Quintin. Le paysage de bocage à mailles élargies est composée d’une mosaïque de plateaux cultivés et de collines bocagères parcouru par de nombreux fleuves côtiers. Les sols du Trégor et du Goëlo se développent essentiellement dans des granites, des roches volcaniques, des grès et dans une importante couverture de limons éoliens superposée à ces matériaux.

Selon Jean-Baptiste Ogée (vers 1780), Plufur est un territoire qui renferme "vers les parties limitrophes de Plestin, un gisement de carbure de fer" (source : OGEE, Jean - MARTEVILLE. 1853). Pour Jollivet (1859), "cette mine n'est pas exploitée. Elle pourrait l'être cependant à peu de frais, car la plombagine se trouve par couche horizontales, à la superficie du sol".

Pour Joachim Gaultier du Mottay, c'est un "territoire très accidenté, coupé de quelques vallons assez profonds ; il est bien boisé et présente quelques bons vergers. Terres fertiles, cultures soignées. Une partie des landes, qui forment encore le septième environ de la superficie de la commune est susceptible d'être rendue productive (1862)".

Jean Marie Rigaud (1890) ajoute : "les terres, bien plantées de pommiers, sont fertiles et bien cultivés. Les landes susceptibles d'être défrichées l'ont été depuis quelques années. […] Le sol est en général de nature granitique, toutefois on trouve du schiste micacé au nord-ouest ; dans le nord, on a rencontré du carbure de plombagine très propre à la fabrication des crayons".

Étymologie et origine de la paroisse

Plufur en breton ; les habitants : les Plufuriens / Plufurois, en breton : Plufurad (Plufuriz), Plufuradez (-ed).

Le nom de la paroisse a évolué au fil des temps : Eccl. de Plefor, (vers 1330) ; Ploefur, (fin 14e siècle ; 1426, 1444, 1461, 1596) ; Plufur ; Pluffur, (1657) ; en breton : Pluvur. La paroisse de Plufur dépendait de l'évêché de Tréguier puis, à partir de 1790, de l'évêché de Saint-Brieuc et de Tréguier.

Selon Bernard Tanguy (Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses des Côtes-d'Armor, 1992), "c'est à un obscur saint breton que se réfère le nom de la paroisse. Bien que cet éponyme soit dans sa forme actuelle identique au breton fur "sage", le choix de saint Florent, évangélisateur du Poitou et fondateur au 4e siècle du monastère de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), comme patron de l'église incite à y voir le résultat d'une altération phonétique ? Le culte de ce saint est en effet rare en Basse Bretagne. Ancien patron de Lambézellec [ancienne commune rattachée à Brest], il n'est plus honoré qu'à Plufur, où sa statue le représente avec mitre et crosse, tenant un livre dans la main gauche. Sa présence suggère que la forme sincère de l'éponyme était Flur. Correspondant au gallois fflur "fleuri", ce nom remonte au latin florus, d'où procède aussi le nom de saint Flour, apôtre de l'Auvergne au 4e siècle. Sans doute ancien ploe-flor, le toponyme a, du fait de la répétition de l dans deux syllabes se suivant, subi une syncope [modification phonétique qui altère l'intégrité d'un mot]".

Jean-Claude Even (administrateur du site marikavel.org) voit dans ce toponyme le signe d'une implantation gallo-romaine antérieure à l'arrivée des Bretons. Cette implantation serait attestée par la découverte en 1836 de monnaies romaines à Keranroux.

Archéologie

L’Atlas des patrimoines via la couche "Carte archéologique nationale" nous offre un état de la connaissance archéologique en Bretagne au 27/01/2014. Du nord au sud de la commune de Plufur, on trouve au moins sept sites archéologiques : un enclos d'époque indéterminée à Lesten ar Vot, un enclos de l'antiquité à Run ar Morzadec, une motte féodale du Moyen Age à Guern ar Hastel (voir dossier individuel), une motte féodale du Moyen Age à Kerroué (voir dossier individuel), des vestiges de l'organisation du territoire (?) à Run ar Manac'h, un enclos d'époque indéterminée à Keramoal, un enclos d'époque indéterminée à Christ. Selon Harmois (Inventaire des découvertes archéologiques du départements des Côtes-du-Nord, arrondissement de Lannion, 1912), il existait 4 menhirs groupés à Lestéo, l'un d'entre eux aurait été détruit en 1855. Deux cromlech sont également signalés, l'un près du "champ de foire du château", l'autre à Kerprigent (?).

Protection du patrimoine bâti

Deux édifices sont protégés au titre des Monuments historiques :

- Chapelle Saint-Nicolas (édifice classé par arrêté du 11 mars 1911) ;

- Église Saint-Florent (édifice inscrit par arrêté du 15 novembre 1985).

Une ancienne paroisse primitive

Plufur est une ancienne paroisse primitive ou plou (plebs en latin, pluiu en vieux breton). Pour Jean-Christophe Cassard (La Bretagne des premiers siècles, le Haut Moyen Age, 1994), le plou est une communauté de vie dont l'immense bassin correspondait à plusieurs paroisses d'Ancien régime. Les paroisses primitives comme Plufur seront démembrées en plusieurs paroisses ou trèves (succursales de paroisse) à la fin du Haut Moyen Âge afin de rendre plus accessible les centres cultuels (en distance). Aux temps mérovingiens, le sens de plebs évolue en prenant celui de "territoire qui s'occupe du peuple".

Les éponymes des Plou font tantôt référence à des religieux connus (qui deviendront souvent plus tard des saints), tantôt à des personnages inconnus : prêtres, chefs laïcs ou de guerre, tantôt à des toponymes descriptifs. L'édification de croix de chemin dès le 9e siècle marque une christianisation des paysages. Le christianisme se réapproprie également les anciens lieux du paganisme (du latin paganus : païen, c'est à dire la religion de ceux qui ne sont ni chrétiens, ni juifs, ni musulmans) : mégalithes, sources et fontaines. A partir de la seconde moitié du 10e siècle, les églises baptismales sont construites en pierre (à l'origine, les église sont en bois et seuls les autels étaient en pierre).

L'organisation de l’espace par l’homme

  • La présence des moines

Au sud de la commune actuelle de Plufur, près du Yar, le lieu-dit Manac'hty, littéralement la "maison du moine" (manacʼh, le moine ; ti ou ty, la maison) était une possession de l'abbaye du Relecq (abbaye située dans la paroisse de Plounéour-Ménez dans l'évêché de Léon). L'abbaye du Relecq a été fondée vers 1132 par des moines "défricheurs" venus de l’abbaye de Bégard. Les revenus (désignés comme "le temporel") de l'abbaye du Relecq étaient composés de quatre membres (ou granges) dont chacun formait une seigneurie ecclésiastique possédant des terres réparties dans les trois évêchés de Léon, de Cornouaille et de Trégor. Le membre du Manac'hty-Plufur était voisin de l'abbaye de Bégard.

  • Un ancien prieuré

Le Manac'hty de Plufur était le siège d'un prieuré, c'est à dire d'un monastère. La seigneurie ecclésiastique du Manac'hty comprenait des biens en Plufur, Plounérin, Lanvellec, Trédrez, Ploumilliau, Guimaëc, Srignac et Berrien. Les moines possédaient à Plufur des quévaises (exploitations agricoles de type communautaire), un logis prieural ceint d'une enceinte fortifiée (figurant sur le cadastre ancien de 1848), des dépendances, au lieu-dit Milin Manac'hty, un moulin à eau, sa chaussée-digue et son étang alimenté par le Yar nommé à cet endroit "ruisseau de Bruillac" en référence à la seigneurie homonyme, des landes (du Manac'h) et un bois nommé Coat-Manach (qui n’apparaît déjà plus sur le cadastre de 1816).

  • Un mode spécifique d’exploitation des terres : la quévaise

La quévaise était le mode d’exploitation des terres dépendant des abbayes cisterciennes de Bégard et du Relecq. Sous forme de petites unités agricoles regroupées en hameaux, les terres, louées, sont exploitées en commun, à l’exception d’un courtil (jardin) et d’un demi-hectare directement rattaché à chaque ferme - une vingtaine à Plufur. C'est un système d'exploitation hérité du Haut Moyen Âge qui favorise les défrichements et la mise en valeur de terres difficiles comme ici, près de landes et terres incultes. Le seigneur dispose d'un droit de gerbe, prélevant en moyenne une gerbe sur huit après la récolte et d'autres droits plus ou moins lourds dont les corvées. Les quévaises favorisaient une véritable vie communautaire en habitat groupé, ce qui est rare en Bretagne. La quévaise était un type particulier de bail à domaine congéable (type de contrat entre propriétaire terrien et exploitant agricole).

Selon Jeanne Laurent (Un monde rural en Bretagne au 15e siècle. La quévaise, 1972), ce système de tenure est "l'expression d’une société démocratique de défricheurs". Elle est cependant peu à peu dévoyée à partir du 16e siècle : "les abbés laissèrent toute l'administration aux fermiers, qui pourvus de longs baux (les revenus de Plufur en 1591 sont affermés pour quarante ans) agirent en propriétaires, non en mandataires ; ils s'attribuèrent les quévaises tombées en commise ou en déshérence […]".

  • Identification des sources pour aller plus loin

Les Archives départementales des Côtes-d'Armor conservent des archives de l'Abbaye du Relecq relative à la seigneurie du Manac'hty et à ses dépendances :

H352. Droits de quévaises. [...] Seigneurie du Manach-Ty et ses dépendances : bail emphytéotique, aveu fourni au roi par le sieur Le Bervet de Toulalan, fermier pour 40 ans de la terre et seigneurie du Manach-Ty.

H353-360. Seigneurie du Manach-Ty et dépendences.

  • Le prieuré du Manac'hty : un site archéologique potentiel ?

Le tracé de la parcelle n° 589 du cadastre moderne dite Manac'hty montre le pourtour d'une enceinte fortifiée aux angles par des tours de forme circulaire (au nombre de deux). Les cadastres de 1816 et de 1848 nous livrent le plan masse de plusieurs bâtiments dont un logis avec tour en position centrale. Une inscription du site du Manac'hty comme site archéologique serait souhaitable.

  • L'évolution du paysage agraire depuis le 16e siècle

Le paysage agraire et l’environnement des maisons et des fermes a profondément évolué en cinq siècles d’histoire. Les constructions de pierre et parfois de terre qui subsistent ne représentent qu’une infime partie du bâti du 16e siècle : l’habitat modeste, de type maison mixte à foyer central, en pierre non jointoyée, couvert de chaume, de mousse ou de mottes de gazon, n’a en effet laissé que peu de traces sur le territoire.

L'organisation de l’espace par l’homme dans un but productif a construit des paysages ruraux particuliers qui sont nés de la diversité des sols, d’un réseau hydrographique très dense et du climat océanique tempéré. Plusieurs cours d’eau traversent la commune de Plufur ou la délimitent naturellement : le Yar et le Dour Elégo Rau (ou Dour Plat Rau) et des petits affluents comme le ruisseau de Keranroux.

1816 - 1848 : l'établissement des deux cadastres parcellaires

Un premier cadastre a été établi en 1816 pour la commune de Plufur. Il est composé d'un tableau d'assemblage et de 13 feuilles (5 sections). Le cadastre réalisé en 1848 comporte également 5 sections : Keranroux (section A en 3 feuilles), Le Lesclec'h (section B en 4 feuilles dont le bourg), Guernionec (section C en 4 feuilles), Manac'hty (section D en 3 feuilles ; Développement de la section D) et Lestéo (section E en 3 feuilles). Si la section de Keranroux correspond à un ancien manoir, Lez Clec'h ou Lesclec'h à un moulin à eau (alimenté par le Yar) et à un pont, le toponyme Guernionec correspond à deux fermes, le Manac'hty à un ancien prieuré et Lestéo fait référence à un hameau traversé par un chemin qui rejoint Plounérin. La population à cette époque est de 1579 habitants ; le cadastre permet de dénombrer 315 maisons ou constructions diverses (OGEE, MARTEVILLE, VARIN, réédition de 1853 ; JOLLIVET, 1859).

  • Toponymie

Plus de 120 toponymes correspondant aux lieux-dits ou fermes isolées sont recensés sur le cadastre de 1848.

A proximité du Manac'hty (immédiatement vers l'ouest) se trouve le hameau nommé Le Taoc qui regroupe plusieurs exploitations agricoles. Le Taoc est un patronyme porté à Plufur, Plestin-les-Grèves et Ploubezre au 18e siècle. Au nord se trouvent les hameaux nommés Run ar Manac'h Bras et Run ar Manac'h Bihan qui signifient littéralement "la colline du moine".

Au Clandy ou Pont-Clandy (Ar Chlandy sur le cadastre de 1816), le toponyme associant les termes Klan malade et Ty, maison semble attester la présence d'une maladrerie au Moyen Âge. Selon le site internet Topic Topos, le patrimoine des communes de France, "Plufur aurait bénéficié de la proximité des moines de Kergeffroy, qui auraient fait construire le village sur le site du bois aux Corbeaux" (information non sourcée : quelle en est l'origine ?).

Château-Gaillard : une ferme située à l'ouest-sud-ouest du bourg porte ce toponyme. Son logis est doté d'un retour en équerre vers le nord (et vers le sud d'une remise) entre 1816 et 1848 – probablement en 1833 – comme semble l'indiquer un millésime situé sur un linteau de fenêtre. Le patronyme n'a pas pu être déchiffré. Le jardin est clos de mur.

Le hameau de Kermorvan : d'après les archives départementales des Côtes-d'Armor, une métairie noble existait autrefois à Kermorvan. Quatre fermes – aujourd'hui maisons, étaient exploitées en convenant et composaient le hameau de Kermorvan. D'après le recensement de 1872, le hameau compte 5 ménages : familles COQUIL (cultivateur de 32 ans + 5 personnes), BUANNEC (filandière de 25 ans + 2 personnes), BOULANGER Yvon (cultivateur de 75 ans + 2 personnes), THOS (journalier de 75 ans et veuf) et DRONIOU (cultivateur de 52 ans + 3 personnes) soit au total 17 habitants. Selon une habitante, le hameau aurait compté jusqu'à 23 habitants mais en 1906, on ne compte plus que 13 habitants (base Censo-net du Centre généalogique des Côtes d'Armor). On peut être étonné de la proximité des deux puits du hameau distants d'à peine 10 mètres. Enfin, une légende locale évoquerait la présence d'esprits...

  • Micro-toponymie

La commune compte 4434 parcelles qui ont chacune leurs noms propres. Ce nom constitue une base de connaissance exceptionnelle sur la nature, la propriété ou les particularismes de chaque parcelle :

- 1347 parcelles sont nommés "parc" et font référence à un champ clos (30 %) ;

- 542 parcelles sont nommés "prat", "prad" ou "prajou" et font référence à des près et pâtures (12%) ;

- 454 parcelles sont nommées "coat" et font référence à la présence d'un bois (10%) ;

- 335 parcelles sont nommées "liorz" et font référence à des champs jouxtant les habitations ;

- 235 parcelles sont nommées "verger" ;

- 111 parcelles sont nommées "jardin" ;

- 105 parcelles sont nommées "mez" ou "tachen" et font référence des champs ouverts.

  • Les différentes natures de culture : la destination des terres

Au milieu du 19e siècle, alors que la commune de Plufur compte 1 749 hectares, 1073 hectares sont classifiés sous "terres labourables" ce qui représente quasiment 62 % de la surface totale. C'est un chiffre important en comparaison d'autres communes bretonnes qui démontre encore une fois la richesse de la terre. 152 hectares (9 % de la superficie) sont notés sous "prés et pâtures" et destinés à l'élevage ; 144 hectares sous bois et 208 hectares (12 % de la superficie) considérés comme des "landes et terres incultes". 9 hectares de la commune sont exploités comme "vergers ou jardins".

  • Des équipements hydrauliques : huit moulins à eau

Ces installations hydrauliques permettaient de récupérer et de transformer l'eau en mouvement (de courant ou de chute) en énergie via une roue, des engrenages (en bois puis en fer) et un arbre relié à une meule. Ces installations sont alimentées soit directement par le cours d'eau via un barrage soit par un bief, canal artificiel alimenté par un déversoir, dont on peut réguler l'alimentation et le débit en eau grâce à des vannes. Il est également possible de couper totalement l'alimentation en eau du bief afin mettre en repos l'installation ou d'opérer des travaux de maintenance.

La multiplication des moulins sur les cours d'eau a entraîné dans certains cas des conflits sur les "droits d'eau". Si le seigneur des terres est considéré comme le "maître de l'eau", le meunier est le "maître des meules". A la Révolution voire même avant, au 18e siècle, certains meuniers ont pu acquérir la propriété du moulin. Les moulins étaient indispensable à l'économie rurale traditionnelle. C'est souvent également au niveau des moulins à eau que l'on pouvait franchir les cours d'eau...

La roue verticale – le plus souvent à auget (koajel en breton) ou à palettes (pour récupérer l’énergie du courant), peut actionner différents mécanismes correspondant à des usages variés. Si la majorité des moulins à eau sert à moudre des céréales - notamment panifiable, les roues pouvaient également servir à mettre en mouvement une scie (à ruban pour scier en long des poutres par exemple), un martinet de forge ou des maillets à foulon (pour fabriquer de la pâte à papier à partir de vieux papiers, pour le battage des draps et des toiles de lin afin de les assouplir ou encore pour le tannage des peaux)...

Dans le Trégor, de nombreux moulins à farine sont transformés à partir des années 1840-1850 pour servir au teillage industriel du lin. Après l’opération de rouissage et de séchage, le lin était broyé mécaniquement afin de le transformer en filasse.

Selon les cadastres de 1816 et de 1848, la commune de Plufur a compté jusqu'à huit moulins à eau :

- sur le Yar, du sud au nord dans le sens de l'écoulement des eaux : (moulin de Bruillac en Plounérin), moulin de Manach'ty,(moulin de Kerprigent en Plounérin), moulin de Saint Nicolas, (moulin de Kermerzit en Trémel), moulin du Pont, moulin Lesclech et Milin ar Lan ;

- sur le ruisseau de Keranroux : moulin de Keranroux ;

- sur un petit affluent du ruisseau de Keranroux : moulin Vern ;

- sur un petit affluent du Yar : moulin de Kergeffroy.

Seuls, six moulins étaient encore en fonctionnement en 1859.

Selon le recensement de 1906 (base Censo-net du Centre généalogique des Côtes d'Armor), 16 individus répartis en 6 ménages exercent la profession de meunier selon le recensement de la population :

- Moulin de Lesclech (foyer n° 106) : famille GUEGUEN - JAOUANNET, 3 individus (un couple et le frère),

- Moulin du Pont (foyer n° 139) : famille CAVAN - CADRAN, 3 individus (un couple et une fille),

- Moulin Saint Nicolas (foyer n° 153) : famille COADALEN - PIOLOT, 2 individus (un couple),

- Moulin du Manachty (foyer n° 194) : famille FERCOQ - LAMER, 3 individus (un couple et un frère),

- Moulin du château de Rosanbo (foyer n° 260) : famille PENVEN -GEFFROY, 3 individus (un couple et une fille),

- Moulin de Keranroux (foyer n° 295) : famille MASSON - LE LAY, 2 individus (un couple).

La digue du moulin à eau de Kerprigent (Plufur – Plounérin) et le moulin de Saint-Nicolas (Plufur) ont chacun fait l'objet d'une notice individuelle.

  • Des talus-murs nombreux

De nombreux talus-murs ont été observés à Plufur notamment le long de la route allant vers Lanvellec et les terres nobles de Rosanbo. En Basse-Bretagne, le talus à parement de pierres sèches, appelé mur-talus, est de règle. Talus, fossés, haies et murets, en cloisonnant l’espace, permettent de borner et de fermer les parcelles, d’empêcher l’errance des animaux et de protéger les cultures. Les arbres plantés sur les talus constituent la réserve de bois d’œuvre pour les charpentes des maisons, y compris des manoirs. Sur des territoires dits "bosselés", ces talus-murs servent à retenir les terres arables soumise au ruissellement tout en délimitant les parcelles. Ils ont le plus souvent été montés par le système des corvées à la demande des propriétaires fonciers. Ces talus-murs sont aujourd'hui des éléments identitaires des paysages bretons et servent de socle au bocage.

  • Des piliers de clôture en pierre de taille

Les lieux-dits Keramprovost et Keramono Bras conservent des piliers de clôture en pierre de taille de granite qui fermaient originellement la cour. Cette cour était fermée soit par un mur d'enceinte, soit par des talus-murs. Ces vestiges - témoins de l'élevage de bêtes à cornes ou plus vraisemblablement des chevaux - sont datables de la deuxième moitié du 16e siècle voire du début du 17e siècle. Le site de Keramprovost – situé non loin du ruisseau de Keranroux - conserve les vestiges d'un logis datable de la seconde moitié du 16e siècle (porte chanfreinée en arc plein cintre et fenêtre haute et étroite à traverse) : il a été transformé en grange au 19e siècle. En 1906, un couple de fournier (personne qui tient un four public à cuire le pain) habite et exerce leur activité à Keramprovost.

Si à Keramono Bras, le logis central de l'alignement semble ancien (porte est à linteau droit orné, porte ouest en arc brisé datée 1701 et fenêtre ouest au linteau orné d'une coquille), il a été remanié probablement dès le début du 18e siècle. Le hameau de Keramono borde le chemin de Christ.

Une densité importante de résidences seigneuriales : 2 mottes féodales, 1 château fort, 4 manoirs

  • Deux mottes ou châteaux du Moyen Age (10e-12e siècles)

On définit ces résidences seigneuriales du Moyen Age par l'éminence artificielle, la motte, qui les caractérise. C'est le type de château le plus répandu du 10e au 12e siècles. Entourée d'un fossé, précédée ou pas d'une palissade en bois, la motte - simple butte de terre et de pierres, le plus souvent de forme tronconique (d'une trentaine de mètres de diamètre en moyenne à la base) - était surmontée d'une tour maîtresse en bois puis en pierre. Si le rez-de-chaussée (dont une partie servait à entreposer des réserves) et le premier étage de la tour pouvaient servir de logis, la partie sommitale était à vocation défensive : on y montait la garde et en cas d'attaque, on pouvait - abrité derrière le parapet - assurer la défense rapprochée avec des armes de jet (lances, flèches, projectiles divers et variés...). Les tours étaient de plan généralement carré ; la porte étaient le plus souvent située au niveau du premier étage. Ces mottes pouvaient être plus ou moins fortifiées selon la topographie du terrain mais aussi en fonction du climat politique et du sentiment d'instabilité de l'époque. Le point faible des donjons en bois était le feu.

Si leurs implantations peuvent être plus ou moins temporaires, les mottes féodales sont toujours édifiées près de points d'eau et sur des zones de terres arables aptes au remuement de terres. Les mottes sont le plus souvent implantées des rebords de plateaux ou sur des versants faciles à défendre et à cultiver. L'eau sert à la vie quotidienne des hommes et du bétail mais peut également être utilisée afin d'améliorer la défense passive autour de la motte (douve permanente ou inondation temporaire). La présence de marais pouvait également être mis à profit afin de freiner voire d'empêcher une attaque ou un coup de main.

La toponymie ou micro-toponymie (étude des noms de parcelles) est un bon indice de la présence d'une ancienne motte. Un parcellaire de forme circulaire est également typique de l'implantation d'une ancienne motte tout comme les indices topographiques.

A Plufur, une motte est associée au toponyme Coat Hastel et au lieu-dit Guern ar Hastel (voir notice individuelle). Le toponyme est formé de "Guern" qui signifie l'aulnaie, donc qui indique des terres humides ou la présence d'un marais et de "Hastel", probablement "C'hastel", "Kastell" qui fait référence à un château ou à un édifice fortifié. Au nord, la motte est en effet en partie protégée par une zone humide. Cette motte féodale a donné naissance au manoir de Guern ar Hastel dont les parties les plus anciennes remontent au 16e siècle. Une seconde motte est visible au nord du hameau de Kerroué (voir notice individuelle). Elle est associée au toponyme "Tossen run an Doll".

Les mottes castrales reflètent l’implantation des plus vieilles seigneuries du Trégor. La motte partage avec le manoir le fait d'être à la fois une résidence seigneuriale et une exploitation agricole. L'exploitation agricole (logis, dépendances et équipements) prend alors place dans la basse-cour qui peut être également fortifiée.

Ces fortifications de terre, de pierre et de bois - quoique identifiées sur la carte archéologique nationale - demeurent un patrimoine extrêmement fragile en raison de leur isolement dans la campagne, du tassement des terres qui la compose et de l’absence d’entretien de ces parcelles souvent boisées faute de pouvoir être cultivables. Les arbres déracinés par les tempêtes accélèrent la destruction de ces ouvrages soumis à des infiltrations d'eau. Pour plus d'informations sur les mottes féodales, on pourra consulter "Les mottes médiévales des Côtes-d'Armor" de Stéphan Hinguant (1994) et la "Carte archéologique nationale".

  • La noblesse de Plufur : familles nobles, seigneuries et résidences seigneuriales

Au début du 15e siècle, si la paroisse de Plufur compte 123 ménages, on recense 5 ménages nobles (Georges Minois, 1976). A la Montre de Tréguier en 1481, on comptabilise également la présence de 5 nobles de Plufur :

- Morice KERPRIGENT (60 livres de revenu), porteur d'une brigandine, comparaît en archer.

- Robert LE LONG (60 livres de revenu), porteur d'une brigandine, comparaît en archer.

- Charles SALIOU (30 livres de revenu), porteur d'une brigandine.

- Jehan MAHE (10 livres de revenu), porteur d'une brigandine, comparaît en archer.

- Hervé DU COZKER (10 livres de revenu), porteur d'une brigandine, comparaît en archer.

Le Nobiliaire et armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy signale les familles nobles suivantes :

Seigneurs du Plessis-Éon :

- de Tournemine (originaire d'Angleterre), seigneur du Plessis-Éon ;

- de Trémédern, seigneur du Plessis-Éon et de Kerjean ;

- de Malestroit, seigneur du Plessis-Éon ;

- de Quélen, seigneur du Plessis-Éon et de Kerjean.

Seigneurs de Guernangastel, de "Goüarnon Castel" [sic] [Guern ar Hastel] :

- Le Rouge ;

- Tuomelin, Thomelin ou Truomelin (originaire d'Angleterre), seigneur de Guernangastel.

Seigneurs de Kergeffroi :

- de Kerjeffroi ou Kergeffroi , seigneur de Kergeffroi ;

- Salliou (des Salles), seigneur de Kergeffroi ;

- Guillaume, seigneur de Kergeffroi ;

Seigneurs de Keranroux :

- Le Long, seigneur de Keranroux qui porte "d'argent à trois chevrons de sable" ;

- du Chastel, seigneur de Keranroux ;

- du Cosquer, seigneur de Rosanbo et de Keranroux.

La famille Le Peletier de Rosanbo est née du mariage de Geneviève du Cosquer de Rosanbo avec Louis Le Peletier en 1688. Louis Le Peletier de Rosanbo est dit seigneur de Keranroux en 1699. Le manoir de Keranroux appartenait toujours à la famille Le Pelletier de Rosanbo au 20e siècle.

  • Un ancien château fort au Plessis-Quinquis

Plufur dépend de la seigneurie de Guingamp. Le château fort du Plessis-Éon à Plufur remonte au moins au 14e siècle ce qui confirme l'importance du site seigneurial originel. Il pourrait s'agir d'un manoir fortifié ou d'une maison forte. L'édifice figure sur le cadastre de 1816 – quoique déjà en partie ruiné à cette époque - associé au toponyme "Castel Coz Quinquis", le vieux château du Quinquis (voir notice individuelle).

  • Quatre manoirs

Quatre manoirs subsistent encore sur le terrain : Guern ar Hastel (voir notice individuelle), Kergeffroy (très remanié), Keranroux (voir notice individuelle) et Poul ar Vran (voir notice individuelle). Selon Yannick Botrel (Les justices seigneuriales de l'évêché de Tréguier), la seigneurie de Keranroux s'étendait dans les paroisses de Plufur, Plestin (-les-Grèves), Trémel et Plounévez-Moëdec. Elle possédait une cour, un droit de haute justice "à quatre piliers dont la potence se dresse dans un champ appelé Parc Bastil" et "un poteau armorié des armes de Keranroux avec collier et chaînes de fer pour exposer les délinquants". Cette juridiction (littéralement en latin "l'action de dire ce qui est juste") était rendue au bourg de Plufur où se trouvaient l'auditoire et la prison (édifices détruits pendant les Guerre de la Ligue). Au lieu-dit Goasven, les vestiges de l'un des piliers de justice témoignent de l'exercice de la justice seigneuriale pendant la période moderne au Park ar Justice (voir notice individuelle).

Le lieu-dit Kerjeffroy [Kergeffroy] conserve aujourd'hui un long bâtiment orienté vers le sud, que nous avons identifié comme un ancien manoir. Le logis seigneurial - percé d'une porte en arc brisé surmontée d'une archivolte ornée d'écus (armoiries illisibles) - a été transformé à la fin du 18e siècle (inscription et millésime) et au 20e siècle (percement d'ouvertures). Une étable a été créée à proximité (linteaux en arc segmentaire typique de cette époque). Plus au nord, se dressent encore les vestiges (envahis par la végétation) du moulin à eau et de l'étang de Kerjeffroy.

Un habitat historiquement dispersé : les hameaux de Plufur

L'habitat est très dispersé à Plufur avec plus de 100 lieux-dits. Un hameau se compose le plus souvent d'une à trois exploitations agricoles disposant chacune de dépendances et donnant sur des espaces ouverts ou des voies de passage : chemins ou routes.

Chemins, gués, passerelles et ponts sont les témoins d’un vaste réseau de communication permettant de relier plus ou moins rapidement un point à un autre en franchissant les cours d’eau. Le chemin rural est une desserte avant tout locale. Les digues des moulins permettent également un franchissement aisé des rivières. À la fin du 18e siècle et au 19e siècle, les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont standardisé les constructions. Le milieu du 19e siècle marque l’amélioration des voies de communication, déclarée cause d’utilité publique : de nombreux ponts sont reconstruits.

Un patrimoine religieux remarquable

  • Omniprésence du patrimoine religieux chrétien

Le patrimoine religieux chrétien est omniprésent dans les paysages ruraux de Bretagne : c'est, au même titre que les mégalithes, un marqueur culturel et cultuel. Pour les hommes, c'est une manière de s’approprier socialement le territoire. Son importance en nombre répond aussi à la dispersion de l’habitat rural : dans les paroisses étendues, à l’échelle du village ou du hameau, la chapelle (associée très souvent à une maison de prêtre) remplaçait ainsi l'église pour le culte dominical comme à Le Christ et à Saint-Adrien. Des fontaines, reprenant bien souvent des cultes païens, mais aussi des calvaires, des églises et chapelles, des croix de chemin ont été érigés le long de la voirie. La commune de Plufur dispose d'un patrimoine religieux important.

  • Un chef d’œuvre de l'architecture gothique : la chapelle Saint-Nicolas

La chapelle Saint-Nicolas a été implantée ex nihilo au fond d’un vallon du Yar autrefois très fréquenté. Ce ruisseau sert de limite aux paroisses de Plufur et de Trémel (anciennement Plestin, à l'ouest). La chapelle a été construite en 1499 pour Jehan de Plusquellec, seigneur de Bruillac en Plounérin par Philippe Beaumanoir agissant en qualité de "maître ouvrier en pierre". La chapelle Saint-Nicolas de Plufur est la première réalisation de la famille Beaumanoir qui travaille dans le Léon et en Trégor de 1480 à 1540 environ. L'édifice se caractérise par une architecture novatrice pour l'époque. Pour l'historien André Mussat, la chapelle Saint-Nicolas est "le plus pur exemple de l'art des Beaumanoir". Il la considère comme un "chef d’œuvre". La chapelle Saint-Nicolas a été classée au titre des Monuments historiques le 11 mars 1911 en raison de son intérêt historique et architectural (voir notice individuelle).

  • Trois chapelles disparues

Dès 1706, les chapelles du Manac'hty (prieuré de l'abbaye cistercienne du Relecq) et du Christ sont interdites à cause de leur mauvais état. La chapelle du Christ était vraisemblablement une ancienne possession de l'ordre religieux et militaire du Temple (cet ordre avait notamment comme privilège le droit d'asile). Si l'édifice a disparu, l'emplacement de la chapelle et de son placître - ar placen en breton - est connu (voir notice individuelle). La chapelle était associée à une fontaine également détruite. De la chapelle Saint-Adrien, il ne reste plus que de maigres vestiges situés près du pont homonyme permettant de franchir à pied sec le Dour Elégo Rau connu également sous le nom de ruisseau de Rosanbo pour passer de Plufur à Lanvellec à l'est (voir notice individuelle sur le pont de Saint-Adrien).

  • 7 croix de chemin et 4 croix de mission

Dans la religion chrétienne, une croix était obligatoire au milieu du champ des morts qui cernait l'église paroissiale. Un ancien socle de croix vraisemblablement datable du 16e ou du 17e siècle se trouve toujours dans l'enclos. Datée de 1865, la croix de mission du cimetière - de type Hernot - a été déplacée dans le nouveau cimetière de Plufur en 1973. Enfin, le socle de la croix de l'enclos de l'église porte le millésime 1838.

Les croix monumentales participent de l'appropriation du territoire et de sa sacralisation : elles sont souvent à double face : Crucifixion d'un côté et Vierge à l'enfant (croix du carrefour de Kertanguy) ou Pietà de l'autre. Elles servent également de bornes aux paroisses, marquent les hameaux ou fermes, les manoirs (croix de Keranroux aujourd'hui disparue), les anciens chemins (Croas Lesteo et Croas Kerbascoen, également disparues), les croisements et carrefours (Kergren, Croas Kerlaëron, Diou Croas, Tachen Frost).

Les plus anciennes croix datent de la fin du Moyen-Age ou du 16e siècle : ce sont de simples croix monolithes (Kergren, Croas Kerlaëron, Diou Croas, Tachen Frost). Au 16e et au 17 siècles (Kertanguy, croix du carrefour de Kerbirio), les commanditaires appartiennent en majorité à des familles nobles. On signalera les vestiges de la croix de Guern ar Hastel qui sont datables du 15e siècle voire du 16e siècle. Au 18e et au 19e siècles, ce sont souvent des paysans aisés qui ont fait élever ces croix près de leur maison ou de leur ferme (Croas Berr). La croix de mission du Saint Sacrement dans le bourg est datée par millésime de 1928. Remontages et remplois d'éléments anciens sont cependant fréquents.

Un monde rural

  • Une économie traditionnelle : les métiers liés au monde rural

L'économie de Plufur est fondée sur l’agriculture et notamment sur la culture des céréales comme le blé, l'élevage des vaches pour le lait et l’élevage de chevaux. Dans le Trégor, les professions les plus courantes au 18e siècle outre cultivateurs, laboureurs, ménagères (et bien souvent filandières par complémentarité), domestiques ou journaliers sont : couturiers ou tailleurs, tisserands, épiciers, cordonniers et filotiers. On trouve ensuite les boulangers et bouchers (80 % de la profession des métiers de bouche), menuisiers, couvreurs, maçons-tailleurs de pierre, aubergistes et cabaretiers, charpentiers et maréchaux ferrants... Dans un monde fortement rural, artisans et commerçants répondent aux besoins des agriculteurs. Il existe des métiers indispensables de production de services envers l'agriculture : tanneurs, charrons, chaudronniers, serruriers, bûcherons, jardiniers, bourreliers, selliers, tonneliers, vanniers, cloutiers, ferblantiers, et bien sûr meuniers. L'habillement, l'artisanat de transformation du bois, du cuir et du métal sont également très développés : en campagne, le cordonnier (il y en a 50 fois plus que de sabotiers déclarés...) est souvent l'homme qui sait tout réparer.

  • Les recensements de la population : des sources archivistiques pour aller plus loin

Les premières listes nominatives de la population apparaissent à la Révolution en application de la loi du 22 juillet 1791. Les premiers dénombrements établis entre 1791 et 1800 sont conservés dans la série L des Archives départementales des Côtes-d'Armor (cotes des documents : 1 L 577-593).

A partir de 1836, les recensements de la population donnent à l'échelle de chaque commune des renseignements sur la composition de chaque ménage : section du cadastre, adresse ou lieu-dit (non systématique), numéro du foyer, noms et prénoms des habitants, âges (date de naissance à partir de 1906), lieu de naissance, métiers, nombre d'enfants, etc. Les recensements de la population de la commune de Plufur de 1836 à 1906 sont en ligne sur le site internet des Archives départementales des Côtes-d'Armor.

  • Le recensement de la population en 1906

Selon le recensement de 1906 (base Censo-net du Centre généalogique des Côtes d'Armor), la commune de Plufur compte 1523 habitants. Dans les métiers (36 occurrences), on trouve notamment :

- 524 cultivateurs ou cultivatrices (34% de la population communale),

- 96 journaliers agricoles,

- 79 domestiques,

- 27 commerçants et 1 marchand (ils habitent tous au bourg),

- 16 meuniers (voir plus haut le paragraphe sur les moulins à eau),

- 13 menuisiers (ils habitent tous au bourg sauf un qui habite Le Manac'hty),

- 8 couturiers,

- 5 lavandières,

- 5 sabotiers,

- 4 bouchers (famille DANIEL au bourg et François Marie CHAFFOT rue de la Gare),

- 4 carriers (la famille GRUIEC et leur ouvrier habite le quartier de la Gare ; Nicolas LE SAUX habite Keramono),

- 4 forgerons (qui habite au bourg),

- 4 fourniers (dont un couple qui habite Keramprovost),

- 4 instituteurs ou institutrices (2 religieuses qui habitent rue de Trémel et un couple),

- 3 boulangers (ils habitent tous au bourg),

- 3 maçons,

- 3 tailleurs (-euses) d'habits,

- 2 cantonniers,

- 2 charretiers,

- 2 couvreurs,

- 2 marins,

- 1 charpentier (qui habite le Manac'hty),

- 1 charron,

- 1 cordonnier,

- 1 garde-barrière,

- 1 tisserand,

- 1 tonnelier,

- 1 vicaire,

- 1 religieuse,

- 1 sacristain.

Polycultures et élevage à la veille de la Seconde Guerre mondiale

La géographie explique l’histoire : la dispersion de l’habitat, les parcelles plus ou moins encloses (le bocage visible sur le cadastre ancien et dans le paysage d'aujourd'hui), le système fourrager et herbager favorisé par l’humidité du climat et les reliefs ont conditionné un type de pâturage permettant de produire du lait et de la viande. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l’agriculture paysanne bretonne repose sur un mode de polycultures et d'élevage, associé à des cultures fruitières et légumières. La cellule familiale est à la base de son organisation. Une foire avait lieu à Plufur tous les 23 juillet.

L'éducation

En 1862, le bourg possède deux écoles communales : l'école de garçons accueille 48 élèves, celle des filles : 60.

Les effectifs du Regroupement Pédagogique Intercommunal Lanvellec - Plufur - Trémel (RPI) à la rentrée de septembre 2014 étaient de 126 élèves (Maternelle et primaire).

Données démographiques

1793 : 1 241 habitants.

1800 : 1 215 habitants.

1806 : 1 242 habitants.

1821 : 1 236 habitants.

1831 : 1 513 habitants.

1831 : 1 554 habitants.

1841 : 1 573 habitants.

1846 : 1 604 habitants.

1851 : 1 579 habitants.

1856 : 1 640 habitants.

1861 : 1 688 habitants.

1866 : 1 779 habitants.

1872 : 1 675 habitants.

1876 : 1 714 habitants.

1881 : 1 625 habitants.

1886 : 1 651 habitants.

1891 : 1 480 habitants.

1896 : 1 540 habitants.

1901 : 1 575 habitants.

1906 : 1 523 habitants.

1911 : 1 434 habitants.

1921 : 1 332 habitants.

1926 : 1 213 habitants.

1931 : 1 122 habitants.

1936 : 1 073 habitants.

1946 : 934 habitants.

1954 : 850 habitants.

1962 : 744 habitants.

1968 : 643 habitants.

1975 : 562 habitants.

1982 : 534 habitants.

1990 : 520 habitants.

1999 : 518 habitants.

2006 : 540 habitants.

2006 : 569 habitants.

Densités de population

1876 : 97,9 habitants au km² (maximum).

1999 : 29,6 habitants au km² (minimum).

Aires d'études Schéma de cohérence territoriale du Trégor
Adresse Commune : Plufur

Annexes

  • Les Montres militaires (Guillaume Lécuillier, 2016)

    Les nobles ont le privilège d'être exempts de certains impôts (comme les fouages : impôt extraordinaire perçu sur chaque feu ou foyer fiscal) mais ils doivent à leur seigneur suzerain le concours de leur personne en armes : c'est une sorte de "service militaire" qui s'exerce notamment lors des "montres" - rassemblement des nobles en armes - dont la fonction s’apparente à des revues militaires des périodes médiévale et moderne.

    Il s’agit également de s’assurer que les membres de la noblesse sont suffisamment bien équipés pour participer à la défense du duché de Bretagne. Dans le Trégor, on fait souvent référence à la montre de l'évêché de Tréguier en 1481 : les nobles présents sont classés par paroisse.

    Le seigneur pouvait convoquer son ban, c'est à dire ses vassaux immédiats, pour faire la guerre. L'arrière-ban est lui composé des vassaux convoqués par leur suzerain. Dans le système féodal, le suzerain est le seigneur qui octroie un fief à son vassal. La cérémonie de l'hommage a lieu à cette occasion.

    L'armement (couleuvrine à main, "escopette" ou arquebuse, arbalète ou "crannequin", arc et "trousse" ou carquois rempli de flèches, épée, lance, pertuisane, hallebarde ou jusarme...), l'uniforme ("harnoy" ou armure lourde, brigantine ou armure légère servant de cuirasse, salade ou casque simple dépourvu et mailles de fer, "palletoc" ou petite cotte de mailles recouvrant la tête et les bras), la manière de se déplacer (à pied ou à cheval qualifié de "bon et suffisant", seul ou en "troupe") sont réglés par mandement des Ducs de Bretagne en fonction du revenu annuel des vassaux et de leur "puissance". Une ordonnance du duc Pierre de Bretagne (1450-1457) fixe l'armement des nobles en 1450. Dans ce système, il est prévu des motifs d’exemption mais également des peines auxquelles s’exposent les nobles défaillants.

    Les montres sont aussi l'occasion de contrôler l'état de noblesse et des privilèges associés : on parle alors de "réformation" comme celle de 1426 à l'échelle du duché. Les nobles et leurs métayers (un par paroisse et par manoir) sont exemptés des fouages.

    Les montres médiévales se perpétuent aux 17e et 18e siècles avec la mise en place des capitaineries garde-côtes sur le littoral breton et le rassemblement de gens d'armes sous l'autorité de seigneurs locaux nommés "capitaines garde-côtes".

Références documentaires

Documents figurés
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor
Bibliographie
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  • OGEE Jean (Nouv. éd. rev. et augm. par Marteville A., Varin P). Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Rennes, Deniel, 1853, tome 2, 986 p.

  • RIGAUD, Jean-Marie (avec le concours de M. Hélary et de plusieurs instituteurs du département ; les cartes ont été dressées par M. Belhomme). Géographie historique des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, 1890, 509 p.

  • Geobreiz.com, Portail géographique de la Bretagne. (Site internet : http://www.geobreizh.com).

  • Institut national de la statistique et des études économiques. Données locales : un éventail de données localisées du quartier à la région. (Site internet : http://www.insee.fr/fr/bases-de-donnees/default.asp ? page=statistiques-locales.htm).

  • KerOfis : base de données du Service Patrimoine Linguistique de l'Office Public de la Langue Bretonne. KerOfis est la base de données du Service Patrimoine Linguistique de l'Office Public de la Langue Bretonne. Cette base est utilisée quotidiennement par le service pour répondre aux besoins des collectivités bretonnes (Signalisation, traduction, études normatives). Dorénavant, elle permettra à tout un chacun de trouver la forme bretonne de son adresse ainsi que de mener gratuitement des recherches sur la toponymie de la Bretagne. (Site internet : http://www.ofis-bzh.org/).

  • Territoires et Population, deux siècles d'évolution. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui. Ce site est la mise en scène de deux siècles d´évolution des territoires et des populations communales appuyés sur la représentation du paysage français du XVIIIe siècle réalisée par les équipes Cassini. (Site internet : http://cassini.ehess.fr/cassini/fr/html/index.htm).

  • OLIER, Ronan - TANGUY, Bernard. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses des Côtes-d'Armor : origine et signification. ArMen - Le Chasse-Marée, 1992, 404 p.

  • MINOIS, Georges. La Bretagne des prêtres : en Trégor d'Ancien Régime. Les Bibliophiles de Bretagne, 1987, 337 p.

  • LE MOING, Jean-Yves. Noms de lieux de Bretagne. Plus de 1500 noms expliqués. Bonneton, coll. Noms de lieux, 2007, 190 p.

  • HINGUANT, Stéphane. Les mottes médiévales des Côtes-d’Armor. Rennes, Institut culturel de Bretagne, 1994, 88 p.

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  • Architecture rurale en Bretagne. 50 ans d'inventaire du patrimoine. Inventaire du patrimoine, Bretagne. Editions Lieux-dits. 2014

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Liens web