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Présentation de la commune de Plougonven

Dossier IA29131777 réalisé en 2015

L’ENQUÊTE

L´inventaire topographique du patrimoine architectural de la commune de Plougonven a été réalisé entre mai 2015 et septembre 2015 par Romain Blanchard, chargé de mission au Parc Naturel d'Armorique. L´opération s´inscrit dans le cadre de l'étude des patrimoines des communes adhérentes au Parc Naturel Régional d´Armorique. Cet inventaire a pour finalité d´identifier, de localiser et de documenter les éléments appartenant ou susceptibles d´appartenir au patrimoine architectural et de présenter un état des lieux raisonné du patrimoine bâti. Les limites chronologiques sont fixées du Néolithique à la fin du 20e siècle. Les dossiers qui suivent sont classés du général ou du thématique (dossiers collectifs), au particulier. Les édifices uniques ou au contraire représentatifs, à valeur patrimoniale intrinsèque et revêtant un intérêt à l'échelon communal, sont traités dans un dossier individuel.

NOTE DE SYNTHÈSE

Situé dans la partie nord-est du Parc naturel régional d'Armorique, le territoire de Plougonven (arrondissement de Morlaix, canton de Plouigneau) présente un caractère essentiellement rural. La commune forme un plateau triangulaire, délimité au sud par la chaine des monts d’Arrée où une ligne de crête culmine à 295 mètres, qui s’abaisse progressivement jusqu’à Morlaix, de la butte de Goariva (294 mètres) au hameau de Bohast (74 mètres). A cheval sur deux bassins versants, la commune est délimitée à l’est et à l’ouest par les rivières du Jarlot et du Tromorgant, qui confluent au nord à l’extrême pointe du territoire. Particulièrement étendue - la commune présente une superficie de 6932 hectares -, le territoire étudié est marqué par un relief vallonné. L'implantation du bâti a été ici dictée par le relief et l'accès aux voies de communication. S'en suit une nette différence entre la partie nord de la commune, où l'on retrouve un habitat dispersé constitué de petites unités, et la partie sud, appelée localement la "montagne", peu construite mais où l'on retrouve un habitat plus dispersé et regroupé en villages (Kermeur, Kergorre, Kergreiz, Kerléoret, Kervézec).

PROTECTION DU PATRIMOINE BÂTI

Trois édifices sont protégés au titre des Monuments historiques :

- le manoir de Mézedern, y compris la chapelle (classement du 31/08/1992)

- le manoir de Kerloaguen (inscription du 10/06/1932)

- l'église Saint-Yves, le calvaire et l'ossuaire, formant l'enclos paroissial (classement du 07/03/1916)

La commune possède une Zone de protection du patrimoine architectural et urbain (ZPPAU).

ARCHÉOLOGIE

L’occupation ancienne du territoire est attestée par les deux menhirs de Pont-an-Illis proche du Quilliou, ainsi que d’un dolmen situé sur la butte de Goariva, tous deux datant du Néolithique. Des occupations du Mésolithique au Néolithique, et de l’age du bronze, ont été recensés par la DRAC Bretagne proche de le Quilliou (1993), Kerglaz (1993), Goariva (1993), le Cosquer (1998), Kerangueven (1994), Mikaël (1993), Coatelan (1993), la Forge (1998), Gouélet Tréo (1998), Kerangroaz (1998), Kerdavid (1998). La commune présente également trois tumulus de l’âge du bronze proche de Kervézec (1983), de Kerbiguet (1977), de Bocudon (1983). De la période médiévale, il existe cinq anciennes enceintes ou mottes castrales à Disquéou, Gaspern, la Tour, Keradraon et Keranfors Braz.

ORIGINE DE LA PAROISSE

Dans le Finistère, les communes ayant un nom commençant par « plou » correspondent généralement aux paroisses primitives bretonnes, dont l’origine remonte aux migrations et à l’installation de bretons (originaires de Grande-Bretagne) entre les Ve et VIIe siècles. La plus ancienne mention du nom de la commune de Plougonven apparait dans un compte de décimes de la Province ecclésiastique de Tours, rédigé vers 1330. Louis Le Guennec en donne la transcription Plebe Gonveni, tandis que Bernard Tanguy y voit la forme Plebs Gonven . Plusieurs étymologies apparaissent : Ploegonven fin 14e siècle, Plogonven en 1440, Ploëgonmen en 1461. L’étymologie du nom de la commune est ainsi constitué du préfixe plou, issu du breton ploe, puis ploue, préfixe signifiant paroisse dans les anciennes paroisses primitives bretonnes (aujourd’hui Plou-, Plo-, Plu-, Ple-, Pla-, Poul-), et du nom de Gonven ou Conven, saint patron primitif dont l’histoire reste inconnu. Si un autel lui était encore dédié dans l’église au 18e siècle, il s’est vu supplanté très tôt par Saint-Yves, dont il est déjà fait mention au 15e siècle du « vieil autel de Saint-Yves".

A l’époque féodale, Plougonven faisait partie de la châtellenie ducale de Morlaix-Lanmeur et du fief de Plougastel, grande seigneurie possédée au 11e siècle par la famille de Dinan. Le château de Disquéou, dont l’enceinte reste encore visible, située sur les hauteurs à proximité du hameau de Disquéou, constituait l’un des chefs-lieux du fief de Plougastel avec le château de Dinan en Plouigneau et le manoir de Bodister en Plourin. Au 16e siècle, les vieux châteaux de Dinan et de Disquéou étaient en ruines. Le manoir de Bodister donna son nom à l’ancien fief de Plougastel, qui s’étendait sur presque toute la paroisse de Plougonven, exceptés pour les terres du sud de la commune, dont une partie était sous le régime de la Quévaise de l’abbaye du Relecq en Plounéour-Ménez et pour les terres dites du Duc, ainsi que pour les possessions de Rosampoul. Ainsi, des trois grandes seigneuries de la paroisse, Kerloaguen, Garspern et Rosampoul, les deux premières ont été probablement des démembrements de Bodister. La réformation de 1543, enquête opérée dans les divers évêchés de la Bretagne par les commissaires de la chambre des comptes pour rechercher ceux ayant usurpé la qualité de noble, est particulièrement intéressante puisqu’elle énumère les terres nobles de la paroisse de Plougonven ainsi que leurs possesseurs. On y retrouve 60 terres nobles, attachées à des manoirs, ou simples lieux nobles sans édifices et dépendances importantes. Les manoirs proprement dits semblent donc avoir été au nombre de dix : Rosampoul, Garspren, la Tour, Kerloaguen, Cosquer, Lesven, Guernarc’hant, Quistillic, Keraudren, Penanstang, Moguérou, Goasvalé et Mezédern. On en retrouve encore aujourd’hui de nombreuses traces : vestiges du château de Rosampoul (détruit), parties d’édifices du 15e siècle à la Tour, manoirs de Kerloaguen, Mézedern, Goasvalé et Cosquer construits au 16e siècle. D’importants édifices, aujourd’hui disparus, existaient encore en 1970 à Keraudren et Pen ar Stang.

LA COMMUNE EN 1838

Etabli en 1838 à Plougonven, le cadastre napoléonien nous donne un état assez précis de la propriété immobilière au début du 19e siècle. La répartition des constructions, comme partout en Bretagne, suit une logique d’habitat dispersé. Le bourg lui-même, peu développé, reste un gros hameau dont la spécificité réside dans une spécialisation des professions commerciales et artisanales, et surtout, par l’emplacement de l’église paroissiale. La commune, très étendue, voit cependant d’autres centres se créer. Le sud de la commune notamment, très isolé du fait d’un relief plus accentué aux flancs des monts d’Arrée, présente un habitat diffus, mais plus concentré autour de gros villages à l’organisation particulière. Issu du système de la quévaise, les hameaux se sont ici agencés de manière plus communautaire. Au nord, l’église de Saint-Eutrope, érigée en trève en 1650, concentre autour d’elle un regroupement d’habitations. Le centre de la commune, notamment autour et au sud du Bourg, est la partie la plus peuplée. Située dans un large fond de vallée, à proximité immédiate de cours d’eau, c’est dans cette zone que se concentre les plus grands et importants manoirs de la commune (Mézedern, Kerloaguen, Goasvalé, Le Cosquer). Sur tout le reste du territoire, l’habitat dispersé se caractérise par de petites unités formées d’une à trois fermes, rarement plus, séparées de quelques centaines de mètres et toutes reliées entre elles par un réseau de routes et chemins denses. A la fin du 18e siècle, les chemins sont cependant de manière général en mauvais état : « dans tout le Finistère, les chemins de traverse sont des abimes impraticables dans l’hiver : les voitures s’y brisent ; des chevaux, des bœufs, des hommes y sont tous les jours estropiés. » En 1794, Cambry résume bien cette situation : « Si la route de Plougonven était mise en état de service, les bois, les fromens, le bétail que cette commune produit, circuleraient avec facilité. Une multitude de villages perdus dans les montagnes d’Arrée, pourraient employer cette route, mais il faudrait pour qu’ils en profitassent, la prolonger jusqu’à Callac .» La situation semble s’être améliorée un demi siècle plus tard, puisque J-M Elouet note en 1849 que « Les routes nationales et départementales sont dans un parfait état d'entretien, grâce à l'excellence et à l'abondance de matériaux. Si l'administration parvient à les rendre moins accidentées, et si les paysans s'entendaient pour la réparation de leurs petits chemins, nous ne mettons pas en doute que, dans quelques années, il n'y aura pas d'arrondissement où les voies de communication seront plus faciles que dans l'arrondissement de Morlaix .» Les neuf chemins vicinaux de Plougonven ne présentent cependant qu’une largeur moyenne entre 4 et 5 mètres.

LA COMMUNE EN 1950

Entre l’établissement du cadastre napoléonien de 1838 et le milieu du 20e siècle, les structures de l’espace rural ont peu évolué. Toutefois, du milieu du 19e siècle aux années 1920, l’habitat rural connait un fort renouvellement marqué par de nombreuses constructions neuves, reconversions, démolitions. Le bourg, qui au moins dès les années 1830, et ce jusqu’au début du 20e siècle, connait une population relativement stable variant entre 600 et 700 habitants (600 en 1846, 660 en 1876, 658 en 1891, puis environ 800 en 1922 ), a connu durant la période un renouvellement quasi-total de ses maisons, et la mise en place d’édifices publics (mairie, écoles).

LA COMMUNE EN 2015

Depuis une cinquantaine d’années, les paysages ruraux de la commune ont subi des modifications profondes. A partir des années 1960, de nouvelles manières d’habiter ont entrainé la construction de nombreuses maisons dans un style régionaliste ou néo-breton, isolées ou en lotissement, principalement autour du bourg et le long de la route départementale reliant le bourg de Plougonven à Morlaix. Paradoxalement, si la population de la commune a diminué jusqu’au début des années 1980, avant d’amorcer une légère remontée (4013 habitants en 1926, 3540 en 1946, 2703 en 1968, 3371 en 2013 ), le territoire a connu un fort étalement urbain. Le remembrement des terres dans les années 1970-1980 a entrainé une disparition quasi générale du bocage. Si la commune possède encore aujourd’hui une forte activité agricole, les paysages du territoire se sont transformés en openfield.

CONCLUSION

La commune possède un patrimoine architectural de qualité, que ce soit au travers d’exemples remarquables ou exceptionnels, que d’un réseau dense d’habitations et dépendances du 15e ou 20e siècle. L’enclos paroissial, le manoir de Mézedern du 16e siècle entièrement restauré, les manoirs de Kerloaguen, l’Isle, Goasvalé, les petites maisons nobles de Kerdavid et Mengleuz, ou encore les anciennes fermes de Kerhuelvez, Créac’h Guen, Presbitel Coz ou Kerhervé sont autant d’exemples dont la valeur historique et architecturale dépasse largement le cadre communal.

Cette reconnaissance du patrimoine rural de la commune avait déjà été signalé lors de la campagne de pré-inventaire du patrimoine mené par le service de l’inventaire du patrimoine de Bretagne (Ministère de la Culture) en 1970 et qui avait amené à la prise de plus de 800 clichés. Toutefois, la confrontation des deux enquêtes montre bien que le patrimoine a subi une forte dégradation, que l’on note de très nombreuses modifications, et qu’une partie des édifices a tout simplement disparu.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Adresse Commune : Plougonven

Références documentaires

Documents d'archives
  • ELEGOUET, J;-M.. Statistique agricole générale de l'arrondissement de Morlaix. Brest, 1849-1850, 390 p.

Bibliographie
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  • MILLET, Christian. SANNIER, Daniel. Le paysan breton en sa demeure. Trégor finistérien. Morlaix, Skol Vreizh, 2013, 160 p.

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  • KERNEVEZ, Patrick. Les fortifications médiévales du Finistère. Mottes, enceintes et châteaux. Centre régional d´archéologie d´Alet, Saint-Malo, 1997, p. 46.

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Périodiques
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  • SIMON, Jean-François. "Les maisons à avancée du Finistère". Ar Men, n° 1, 1986, p. 20-31.

  • DOUARD, Christel. "Les maisons à avancée en Bretagne entre 1600 et 1900 : essai de chronologie pour un type emblématique". Éditeur : Ministère de la culture et de la communication, direction générale des patrimoines, In Situ [en ligne], n° 8 : Le patrimoine industriel, 2007, 13 p.

  • MILLET, Christian. "Regards renouvelés sur l'atelier Beaumanoir". Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome CXXVII, 1998.

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