Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Présentation de la commune de Merlevenez

Dossier IA56007454 réalisé en 2009

Œuvres contenues

L'enquête

L'inventaire topographique du patrimoine architectural de la commune de Merlevenez a été réalisé entre 2009 et 2010 ; il a porté sur l'ensemble des éléments bâtis jusque 1950.

Le territoire

L'approche topographique, en considérant avant tout l'oeuvre dans son territoire, fait de l'Inventaire un interlocuteur privilégié des organismes et des responsables locaux chargés de la gestion du patrimoine et de l'aménagement du territoire. Partout, la richesse et les particularismes du patrimoine constituent des leviers de développement. Les travaux de l'Inventaire permettent non seulement d'accompagner une démarche de reconnaissance culturelle tant dans des secteurs ruraux qu'urbains, mais aussi de fournir un outil d'aide à la décision en livrant des arguments essentiels à la compréhension historique et esthétique du territoire.

La restitution des données

La restitution des données découle de la méthode d'analyse. A chaque élément étudié correspond une notice. Chacun de ces éléments fait partie d'une famille d'édifices (maisons et fermes, moulins, manoirs et châteaux, églises et chapelles, écoles ...) ou d'édicules (croix, fontaines et lavoirs, ponts) ou d´un thème d´études (l´influence de l´architecture urbaine dans l´habitat rural) représenté par un dossier qui en restitue les caractères communs. Certains de ces éléments particulièrement bien conservés, représentatifs d'une famille ou au contraire uniques, sont sélectionnés et font, en général, l'objet d'une notice plus approfondie.

Les dossiers qui suivent sont classés du général ou du thématique (dossiers collectifs), au particulier (par lieu-dit). Parmi les 205 logements et immeubles datant d´avant 1946 recensés par l'INSEE en 1999, 193 habitations (manoir, maisons et fermes) ont été recensées dont 9 sont sélectionnés pour étude : ce sont des bâtiments uniques ou au contraire représentatifs de l'architecture locale. On doit y ajouter une école (2 recensées) et 2 édifices religieux. Sur les 14 édicules repérés (menhir, stèles, croix, ponts, borne routière, monument aux morts, fontaines et lavoirs), 4 sont sélectionnés pour étude. Enfin 8 bâtiments datant de la 2e Guerre mondiale sont encore identifiables dont une batterie a fait l´objet d´un dossier.

INTRODUCTION

Commune située au nord-est du canton de Port-Louis, Merlevenez relève de la communauté de communes de Blavet-Bellevue Océan. D'une superficie de 1760 hectares, elle est bordée au nord-est par Nostang, au nord-ouest par Kervignac qui la sépare d'Hennebont, à l'ouest par Riantec, au sud par Plouhinec, au sud-est par Sainte-Hélène et à l'est par la rivière d'Etel le long de la route reliant Nostang et Sainte-Hélène. Elle était peuplée de 2773 habitants en 2006, contre seulement 1000 au 18e siècle (dictionnaire d'Ogée) et 1358 à la fin du 19e siècle.

Le territoire présente une forme allongée d´est en ouest reliant pratiquement la rivière d´Etel et l´estuaire du Blavet. Sa morphologie est relativement plate, le point le plus haut culminant à 29 m. près de Lesteno, avec des courbes douces : seule la proximité de la ria d´Etel voit des courbes de niveau plus resserrées : la pointe de Mane-er-Hoet domine la rivière ; cet éperon entouré d´eau fut logiquement le point d´implantation de plusieurs enceintes fortifiées depuis l´époque gauloise. Deux routes divisent le territoire. La première d´est en ouest, régularisée au 19e siècle, est sur le tracé de l´ancienne voie romaine qui conduisait de Landévant au Port-Louis en traversant le bourg. La seconde reliait Hennebont au pont Lorois et à Quiberon, mais une déviation lui fait aujourd´hui contourner le bourg. Le remembrement a profondément altéré le bocage d´un paysage agricole occupé dans sa partie sud-ouest à la jonction de Plouhinec par de vastes étendues de pins plantées à la fin du 19e siècle dans des landes (aujourd´hui « lande aux buses », « domaine des écureuils » Effectivement, Le Méné évoque à la fin du 19e siècle la présence de « beaucoup de landes ». A l´exception du ruisseau de Pont-Coët à l´est du bourg et du ruisseau de Lézévry, débouché de l´étang du moulin de Rodes qui forme la frontière sud-est de la commune, les cours d´eau sont insignifiants.

Le sous-sol correspond à la couche de granite étudiée par Louis Chauris qu´il dénomme granite de Crac´h, très propre à la construction. L´enquête administrative sur les carrières datée de 1836, signale « deux carrières de peu d´importance à Maneheslan près le village de Trevelzun, à Manerisse dans la grande lande que traverse la route ». Dans d´autres communes proches, il est précisé qu´il y a « comme partout des excavations où chacun a extrait du moellon pour construire sa maison, ses fossés (talus) ». Ce filon de granite a servi pour des constructions de qualité, à Lorient, Belle-Isle.

Les témoins archéologiques de la Préhistoire sont minces : à l´exception de l´éperon de Mane-er-hoet signalé plus haut, site propice à l´installation de défenses sur lequel ont été découverts un oppidum de l´Age du fer, des vestiges gallo-romain et une enceinte médiévale, la carte archéologique mentionne deux stèles de l´Age du fer à Trévelzun et au bourg et quelques enclos d´époque indéterminée. Outre ces deux stèles, le recensement a permis d´en découvrir une seconde à Trévelzun ainsi qu´une autre à Lézévarc´h.

Le territoire paroissial a été formé à une époque ancienne en détachant des terres de deux paroisses primitives voisines Plouhinec et Plou-veneac alias Kervignac. Le premier centre paroissial était situé à l´ouest du bourg actuel, à Trévelzun dont le nom pouvait indiquer une trêve de l´ancienne paroisse ; il comprenait église, cimetière et presbytère d´après Le Méné : le lieu conserve aujourd´hui une ancienne grange remployant les matériaux d´un édifice de qualité non identifié, grange surnommée la sacristie. Cependant la construction à l´époque médiévale de l'église actuelle dans un lieu nommé « Brelevenez », soit colline de la Joie, à l´étymologie obscure contraire à la topographie du lieu, détermine le nouveau centre paroissial. Cette église majeure dans le territoire paraît sans rapport avec l'étendue modeste de la paroisse. L´hypothèse d´une fondation templière n´est pas confirmée, puisque aucun texte n´est connu venant confirmer cette fondation. Cependant, on ne peut douter de l´influence d´une puissante famille au regard de l´ampleur de la construction. On sait qu´à l´époque médiévale, tout ce territoire était sous la domination ducale et que les ducs possédaient certains fiefs en faire-valoir direct entre autre à Merlevenez : ne peut-on y voir un lien ?

Au 18e siècle, Ogée signale « un territoire exactement cultivé fertile en grains et en foins », comme sa voisine Nostang. Pourtant, la production agricole sous l´Ancien Régime est pauvre : dans son mémoire sur l´abbaye Notre-Dame de la Joie d´Hennebont, Patricia Rucard mentionne qu´à Merlevenez et Nostang, à la fin du Moyen-Age, il y a trois fois plus de redevances en seigle qu´en blés. Le complément du dictionnaire d´Ogée en 1840 mentionne la moitié du territoire en landes, contre 213 en pâtures et 500 en terres cultivées seulement : il ne faut cependant pas oublier l´utilité de la lande dans l´économie agricole de l´Ancien Régime. Quant à Aubert, dans « Le littoral de la France », il insiste également sur la production de châtaignes.

De l´ensemble des moulins relevés à cette époque, il ne reste que les sites du moulin de Rodes et de Kerguelhouant, seuls moulins à eau en raison de l´absence de cours d´eau significatifs sur la commune ; les moulins à vent étaient au nombre de 4, dont celui de Mane-er-Hoet ou Moulin neuf a été conservé (fig. 10). Un autre moulin est attesté, celui du Hédan, disparu, construit par l´abbaye de la Joie en 1405.

Le patrimoine religieux

La remarquable église romane de Merlevenez, la plus intéressante des églises de la ria toutes périodes confondues, masque la pauvreté insigne des autres témoins du patrimoine religieux de la commune : une seule chapelle modeste est conservée au bourg, datant du 17e siècle, mais remaniée au 19e siècle. La seule croix repérée, celle du cimetière, est très tardive et sans intérêt. Par contre, la fontaine Maria, seule fontaine recensée sur la commune, est de grande qualité, malgré la disparition de la crois qui ornait son sommet : datée 1729, elle appartient au groupe des fontaines morbihannaises à piliers, ici coiffée d´un dôme carré porté par des balustres galbés, dont les fontaines de Saint-Efflam à Kervignac et Saint-Cornély à Plouhinec sont les pendants.

Les manoirs

Les manoirs attestés à la réformation de 1666 sont peu nombreux : trois, dont deux ont subsisté au moins partiellement, à Kergatorn (voir ce dossier) et Kerguelhouant, très remanié. Du troisième à Brehigair appartenant à la famille du Pou au 15e et 16e siècles, ne subsiste que le blason de la famille Le Venier (à trois hures de sanglier séparées par une fasce et couronnées), remployé dans une ferme construite en 1910 sur un emplacement vierge sur le cadastre de 1837 (fig. 9). Au début du 15e siècle cependant sont attestées 5 manoirs : aux précédents, on en ajoutera deux autres au Resto et à Kersac´h.

A Kersac'h, lieu-dit entièrement détruit pendant la dernière guerre, le manoir qui appartenait au 15e siècle à la famille du même nom, puis en 1536 à Laurent Couesnours, n'a pas laissé de traces, non plus que celui situé dans le grand village du Resto, appartenant au 15e siècle à la famille Audrain et en 1536 à François Briand ; dès la fin du 15e siècle, il était devenu une métairie exempte, peut-être scindée en deux au 17e siècle.

Au milieu du 16e siècle, on constate qu´il ne reste pas une famille mentionnée dans les réformations et montres du 15e siècle, preuve que l´ensemble de ces manoirs a été précocement déclassé en métairies, à l'exception du manoir de Kergatorn.

En outre, la puissante abbaye de la Joie d´Hennebont possédait sur la commune au début du 15e siècle une quinzaine de tenures (certaines étant un don ducal) qui représentaient 67 journaux, soit environ 35 hectares.

La plus grosse seigneurie, celle de Kerguelhouant, appartenant au 15e siècle à la famille Le Chameil ou Chemail et avait cent livres de rente. Le manoir a la particularité d'avoir conservé son environnement ancien : murs de clôture des jardins, métairie, et en partie son logis qui remonte au 16e ou au début du 17e siècle. Le plan cadastral y signale en 1837 une tour d'escalier semi-circulaire postérieure, aujourd'hui disparue. Le logis aspecté à l'est et sans étage a conservé sa salle avec cheminée sur le pignon nord, dotée d'un blason sur le linteau. Faut-il y voir un manoir à salle sous charpente ? Le logis a été fortement remanié vers 2000 : restitution d'ouvertures, adjonction d'un pavillon au sud. La chapelle (p.339) détruite au début du 20e siècle, donnait sur le jardin enclos (p. 351) à usage de verger et potager au nord du manoir (doc.4). La ferme, sans doute la métairie de la porte, remonte au 17e siècle. Sa façade nord qui regroupe les différentes portes d'accès a été conservé relativement intacte tandis que la façade sud a été percée d'ouvertures récentes.

Le manoir de Kergatorn qui conserve un portail d'entrée sans doute construit à la charnière des 15e et 16e siècle pour la famille du Boterff dont les armes sont apposées sur le portail d´entrée a vu son logis renouvelé au 17e siècle, puis remanié au 20e siècle (voir ce dossier).

L´habitat

111 fermes et 79 maisons ont été recensées sur la commune, soit 80 % du patrimoine recensé ce qui correspond à la moyenne du territoire de la Ria. Merlevenez n´est pas un territoire très «datant» : 18 chronogrammes ont été relevés sur des fermes et seulement 3 sur des maisons, toutes du 19e siècle ; les dates figurant sur les puits n´ont été pas systématiquement prises en compte. La date la plus ancienne, 1677, a été relevée sur une ferme entièrement remaniée à Trévelzun. Il s´agit d´un chronogramme tardif par rapport aux autres communes de la ria ; on relève 5 dates du 18e siècle (1703, 1725, 1730, 1792, 1794), 9 dates du 19e siècle (1800, 1807 1834, 1864, 1881 (2 fois), 1895, 1899 (2 fois) et 6 dates du début du 20e siècle (1904, 1906 (2 fois), 1910, 1911, 1927). La ferme de Lesteno faisant l´objet d´une étude qui porte deux dates correspondant chacune à une campagne différente fait figure d´exception.

Ces chronogrammes corroborent partiellement les dates de construction de l'ensemble des édifices. Si le 19e siècle est la période la plus représentée quelque soit le type d'habitat, (99 maisons ou fermes, soit plus de la moitié du corpus), on constate comme ailleurs que pour les maisons, les périodes cumulées des 19e et 20e siècles représentent plus de 97% de la construction : le fort renouvellement des constructions et le développement du bourg dans la 2e moitié du 19e siècle en est la cause, mais les destructions de la dernière guerre ont aussi leur place dans ce renouvellement ; dans tout l´ouest de la Ria, on constate également ce phénomène : près de la moitié des logis de fermes sont renouvelés ou créées au cours du 19e siècle.

Les logis de fermes remontant au 17e siècle représentent près du quart des constructions, indiquant comme partout sur ce territoire, une période économiquement faste. Le recensement fait état de 4 logis de fermes édifiés vers la fin du 16e siècle, d´après les éléments de décor en place, cependant encore en usage dans la 1ère moitié du 17e siècle. Enfin, il faut souligner que dans 10% des cas, il n´a aps été possible d´attribuer une période à la première campagne de construction, en raison de remaniements trop importants.

Pour le gros-oeuvre, le matériau employé reste celui issu du sous-sol immédiat, un mélange de granite ou de gneiss, sans doute le granite de Crac´h propre à la construction identifié par Louis Chauris, vu la qualité des mises en oeuvre. En effet, si le moellon prédomine et la pierre de taille est absente, on soulignera les appareillages en moellon régulièrement assisé dès les périodes anciennes (le Manéguen, fig.14, Le Léré, ferme sélectionnée) puis au début du 19e siècle (Lesteno, ferme sélectionnée). L´enduit, mode qui se répand dans la 2e moitié du 19e siècle, est rare et presque réservé au bourg et aux maisons implantées le long des routes, même si une série de logis de qualité de la fin du 19e siècle et début 20e siècle l´adoptent (Kervénant, fig.15, Brehigair, Le Léré et Kervihern, voir ces dossiers). La couleur adoptée est plutôt le blanc, mais on note quelques cas d´enduit rouge datant des années 30 (Le Resto, fig.16, Kerpléver). Cédant à une nouvelle mode de la pierre apparente, les restaurations de la fin du 20e siècle ont eu tendance à le supprimer (Brehigair, fig. 17, logis daté 1906 où l´appareillage en saillie des pierres d´encadrement des ouvertures montre que la façade était enduite). Comme à Plouhinec et Kervignac, le remploi d'ouvertures anciennes est plus rare dans cette partie de la Ria : si les portes en anse de panier sont très systématiquement conservées, seule une fenêtre à moulures à baguettes croisées a été repérée dans une dépendance très remaniée à Lezevarc´h et le ciment qui emplit les joints autour de cette fenêtre suggère à un remploi très récent (fig.18).

La plupart des constructions sont couvertes en ardoise. Trois fermes, une au bourg, rue du Cerf et deux à Trévélzun (voir dossier) sont aujourd´hui couvertes en roseau. Les toitures en chaume ont pu être remplacées très tôt par de l´ardoise : les pentes de toiture peu importantes en témoignent, malgré la conservation (par habitude ?) des pignons découverts. Cependant quelques édifies modestes et tardifs (Kernours, maison sélectionnée, maison à Trévelzun, fig. 19) aujourd´hui couvertes de fibro-ciment montre que le chaume a continué pour des raisons économiques à être utilisé au 19e siècle.

Les huit maisons ou fermes étudiées l´ont été en raison de leur représentativité d´un type ou au contraire en raison de leur caractère unique, de leur état de conservation et parfois de la qualité de leur restauration, ou encore pour la qualité de leur décor.

- Lesteno et Kergatorn : logis étable à porte unique 17e siècle suivi d'un second logis à faux étage ajouté au milieu du 19e siècle (1834 pour Lesteno).

- Trévelzun, logis faux type ternaire et étable en alignement.

- Kernours, logis à pièce unique, 1ère moitié 19e siècle.

- Baraquement en bois goudronné, vers 1945, logis à pièce unique et chambre.

Sans analyser la totalité du bâti rural, on mettra en évidence quelques traits caractéristiques de l´habitat de Merlevenez.

- agrégation du nouveau logis en alignement de l´ancien déclassé en étable (Lesteno, Kegatorn)

- apparition du logis à faux étage et double grenier dans la première moitié du 19e siècle (Lesteno, 1834).

- Nombre de petits logis 19e siècle à pièce unique, logement d´ouvrier agricole (Kernours, Trevelzun) ; il paraît difficile d´y voir des logis de paysans marins comme à Belz, Locoal-Mendon, Plouhinec, Kervignac ou Nostang, sauf peut-être à Penhoet.

- Quelques grandes fermes créées ou reconstruites dans les années 1900, fortement influencées par l´architecture urbaine : Le Léré, Kervenant, avec travée centrale soulignée d´une lucarne à fronton pignon, fig.15, Kernalan, avec étable traitée comme le logis.

Les aménagements intérieurs

Les divisions intérieures antérieures au 19e siècle ont disparu ou n´ont pas été vues. Au 19e siècle, l´espace est fractionné par des cloisons de bois délimitant couloirs et pièces dans les maisons à deux pièces (Lesteno). Les éléments de conforts consistent en cheminées toujours placées en pignon, et quelques éviers et armoires murales, plus rares que dans les communes voisines (Kervignac en particulier).

Les cheminées en pierre sont rares et celle de Kervihern (logis de prêtre, fin 16e siècle ?) est une exception, liée à son statut de maison de prêtre. Cependant certaines ont pu voir leur linteau disparaître : à Lesteno, la qualité des piédroits et des consoles sculptées font penser que le linteau de bois a pu en remplacer un autre, brisé, en granite ; cependant à Kernours ou à Kervihern, la cheminée du 17e siècle (dans un logis ruiné à Kernours, fig. 21), montre des consoles en pierre et linteau de bois. La plupart des cheminées plus tardives (18e et 19e siècles), de grandes dimensions, ont linteau et consoles en bois, avec des piédroits en pierre de taille sans moulure (Le Léré, maison repérée, fig.20, Kergatorn, voir ce dossier, fig.11).

L´évier toujours placé à la base d´une armoire murale à étagère est intégré dans le mur sud, proche de la cheminée ; il se détecte en façade par son évacuation extérieure, une goulotte saillant sur le nu du mur, et parfois aussi par la taille de la pierre d´évier qui traverse le mur et se voit à l´extérieur (Le Resto, fig.35) ; en usage probablement dès le 17e siècle, il disparaît seulement à la fin du 19e siècle.

Le décor est presque absent, à l´exception des portes en anse de panier ou accolade et fenêtres chanfreinées dont l´usage systématique au 17e siècle se prolonge jusqu´au 18e siècle ; elles sont parfois remployées dans les constructions du 19e siècle, mais plus rarement que dans les communes au nord de la Ria (Nostang, Landévant). Les têtes sculptées sur les pierres d´assise de pignon (Le Resto), si communes ailleurs, entre autre dans l´est de la Ria, sont rares.

Les dépendances n´ont pas fait l´objet d´un recensement systématique. Ouvrages utilitaires, ils sont de qualité médiocre et souvent reconstruits.

Cependant quelques-unes méritent d´être mis en évidence

- Les niches à chien : il s´agit de la limite est (malgré quelques exemples à Erdeven et Nostang) pour la construction des niches à chien, mode apparue au 19e siècle. La plus grande en pierre de taille à Kerguelen, dans une très belle ferme remaniée de la première moitié du 19e siècle est appuyée contre le mur sud du logis et couverte d´un toit pyramidal (fig.23). On remarque également cette couverture à Kervenant dans une ferme recensée, mais avec une mise en oeuvre en moellon (fig. 24). Dans un souci de garde du logis, elles sont toujours placées à proximité immédiate de la porte d´entrée usuelle : ainsi, à Kervenant (fig.25) dans une ferme datée 1911, la niche est ménagée sous l´escalier d´accès à la cuisine. On les trouve aussi incluse dans le mur (Le Resto, fig. 35). Ces quelques cas montrent la diffusion orientale d´un modèle plus utilisé autour de Lorient.

- Les puits à boules de type morbihannais sont très fréquents. Ils sont souvent datés en pierre de taille à margelle monolithe très débordante et arborent un décor souvent d´inspiration religieuse (ostensoir, fig. 26, Kergatorn). A Beg er Lann, se voit un puits à usage partagé (fig. 27)

- Figure emblématique des dépendances morbihannaises, les granges à ouvertures en pignon en plein cintre sont très rares (Saint-Sauveur, fig. 33). Celle de Trévelzun est exceptionnelle par sa mise ne oeuvre et son décor (fenêtre à appui godronné) : l´ensemble des matériaux sont sans doute remployé des édifices religieux du premier centre paroissial (chapelle ou presbytère).

- On remarque encore les « porch » : ces remises ont leur pignon entièrement ouvert ; celle de Kervenant, (fig.28), peut-être moins nombreux que sur le reste du territoire. Le cellier en moellon régulier de Kerguelen, est aujourd´hui dans un état de ruine avancé (fig.30). Les fours nombreux sur le plan cadastral ancien ont presque tous disparu ; celui de Kerdaniel est encore en état, mais pour combien de temps ? (fig.31).Quelques-uns sont aujourd´hui reconvertis en logement (Kergatorn, Le Resto, Bréhigair), ce qui implique des percements souvent peu évidents. Les soues à cochons souvent adossées au pignon ou à la façade postérieure du logis de la ferme ont presque toutes disparues par manque d´utilité et d´entretien : à Trévelzun, cependant (ferme étudiée), elle subsiste au nord, tandis que l´écurie est adossée au pignon : ces deux dépendances ne se distinguent que par la hauteur de leur porte. Celles du Léré (ferme étudiée) sont tardives et d´un type inhabituel car regroupant plusieurs loges à accès individuels sous un toit en appentis, indiquent l´importance de la ferme : sans entretien, elles sont appelées à disparaître (voir ce dossier, fig.8.).

On signalera enfin le bûcher sur piliers maçonnés conservés au presbytère de Merlevenez : adossé au mur d´enclos, il s´apparente à celui retrouvé intact à Kerjean (Plouhinec), vestiges probable d´un type aujourd´hui disparu.

Les restaurations

La destination d´habitation a été substituée aux fonctions agricoles dans la plupart des fermes entraînant des modifications souvent regrettables, tant dans les mises en oeuvre que dans les ouvertures créées sans respect des proportions initiales y compris sur le toit : à Beg-er-Lann, une maison cumule ces défauts (fig. 32), dont l´ajout de lucarnes défigurant le toit ; de même qu´une ancienne ferme à Trévelzun, fig 36. La création de lucarnes rendues nécessaires pour l´habitabilité d´un comble initialement destiné au stockage est souvent catastrophique, comme l´agrandissement des baies peut être fatal à l´équilibre de la façade (Kervenant, ferme sélectionnée, Lesteno fig. 33). Bien qu´anachronique, la fenêtre de toit offre l´avantage de conserver la forme de la toiture, à condition de conserver des proportions raisonnables. Pourtant, il est possible même en cas d´édifices dénaturés par des modifications d´ouvertures dans les années 60 de recréer sans pastiche : ainsi à Saint-Sauveur l´ancien logis de ferme défiguré lors de sa transformation en étable dans les années 60 a retrouvé un aspect plausible, avec des ouvertures en granite modernes respectant les formes anciennes, en accompagnant cette restauration par des abords recréés de qualité (fig. 37).

Le patrimoine militaire

Comme Plouhinec et Kervignac, Merlevenez conserve de remarquables exemples d´architecture militaire, en particulier la batterie du Resto, formée de 5 blockhaus émergés et de nombreux autres enterrés aujourd´hui invisibles. On mettra également en évidence le site de Mane er Hoet déjà fortifié à l´époque romaine dont l´altitude était propice à la surveillance de la rivière. Le lieu aujourd´hui protégé en tant que site nécessiterait une remise en valeur patrimoniale.

Le patrimoine public et du génie civil

Le bombardement du bourg en 1944 a détruit la mairie-école de garçons construite en 1869 par l´entrepreneur Poullat sur des plans de l´architecte d´Hennebont Charton. L´école des filles construite en 1910 par l´architecte lorientais Dutartre a heureusement survécu, transformée aujourd´hui en bureau de poste : il s´agit d´un exemple novateur et atypique dans la construction scolaire morbihannaise, influencé par les théories d´architecture régionaliste.

Le plan du monument aux morts dressé en 1921 par René Guillaume est réalisé en granite de Scaer ou de Gourin selon le devis dressé ; il est réalisé par l´entrepreneur Guillouet et orné d´une statue de poilu de Jaconnet. Autrefois placé près de l´église, il est aujourd´hui déplacé près de la mairie (fig.38)

Les nombreuses fontaines et lavoirs qui jalonnaient l´espace rural ont disparu comme ailleurs souvent comblés lors du remembrement. Seul a été maintenu le lavoir de Kervenant dont l´intérêt réside surtout dans ses abords bien conservés : enclos de pierre entourant l´espace du lavoir. Une seconde fontaine a été recensée au nord de Maneguen, en très mauvais état (fig.39).

Enfin, malgré son déplacement à proximité de la fontaine Maria, on notera avec grand intérêt la borne routière datée de 1762, autrefois route de Port-Louis (voir ce dossier).

Architecture artisanale

Une usine de conserves de poissons localisée au sud-ouest du bourg est en partie conservée. En 1934, il est demandé une exonération de la surtaxe électricité pour cette conserverie appartenant à Hayer, Uhel (le maire ?), Noël and Co. (fig.40).

Aires d'études Ria d'Etel
Adresse Commune : Merlevenez

Annexes

  • AD Morbihan. Série J. Fonds Galles. 2J43 : Tableau par paroisses des terres nobles du diocèse de Vannes d´après la réformation de 1666

    MERLEVENEZ

    La maison et manoir noble de Quergouelnant (Kerguelhouant)

    La maison et manoir noble de Quergathouant (Kergatorn)

    La maison et manoir noble de Tréléguer avec sa fuye, méthairie et moulin et autres dépendances.

    Le manoir noble de Guersac´h et deux méthairies

    La méthairie noble du Resto Merlévénez

    Une méthairie noble nommée aussi le Resto Merlévénez.

  • 20075607485NUCA : Carte, 2007 - Syndicat mixte de la Ria d'Etel

    20115605608NUCB : Plan, 1864 - Archives départementales du Morbihan - 2O 130/7. Merlevenez.

    20115605609NUCB : Plan, 1864 - Archives départementales du Morbihan - 2O 130/7. Merlevenez.

    20095606012NUCB : Plan aquarellé, 1837 - Archives départementales du Morbihan - 3 P 177.

    20105607230NUCB : Carte postale - Archives départementales du Morbihan - 9 Fi. Merlevenez.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Morbihan. Série P. Cadastre. Merlevenez. 3P 177. 1837. Plan d'assemblage. Plan cadastral par feuilles.

  • A. D. Morbihan, 2J43. GALLES, Louis. Tableau par paroisse des terres nobles du diocèse de Vannes d'après la réformation de 1666, vol. 4.

    Archives départementales du Morbihan : 2J43
Documents figurés
  • A. D. Morbihan. 2O/130/7. Merlevenez. 1863-1864. Construction d'une mairie-école de garçons sur plans Charton, atrchitecte d'Hennebont, réalisée par Jean-Marie Poullat entrepreneur, en 1869.

  • A. M. Lorient. 16 Fi 809. Vers 1920-1930. Merlevenez, la gare. Photographie, collection Crolard.

Bibliographie
  • AUBERT, Ch-F. (V. Vattier d´Ambroyse).Le littoral de la France. Paris, 1886.

    p. 67-68
  • LE MENÉ, Joseph-Marie. Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes. Vannes, Galles, 1891-1894.

    p. 46-50
  • MOISAN, abbé Joseph. La propriété ecclésiastique dans le Morbihan pendant la période révolutionnaire. Vannes, Lafolye, 1901.

    p. 113-114
  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, nouvelle édition augmentée par Marteville et Varin. Rennes, 1843.

    p.
  • RUCARD, Patricia. Une abbaye patricienne en basse-Bretagne aux 14e et 15e siècle : l'abbaye Notre-Dame de la Joie à Hennebont. Mémoire de maitrrise, paris I, 1971-1972.

    p. 49, 53, 54, 59, 63, 96, 104, 113, 125
Périodiques
  • BUFFET Henri-François. La toponymie du canton de Port-Louis. In : Annales de Bretagne.. Tome 59, numéro 2, 1952.

    p. 313-336