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Présentation de la commune de Langoëlan

Dossier IA56006432 réalisé en 1967

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

Conditions de l'enquête

L'enquête sur le patrimoine de Langoëlan s'est déroulée en deux campagnes distantes de plus de 30 ans.

- En 1967, une première enquête dite d’Inventaire fondamental étudie les éléments majeurs du patrimoine bâti (église, chapelles, manoirs…) ainsi que les objets et mobiliers contenus dans les édifices religieux. Un dossier regroupe les éléments les plus anciens et les plus remarquables de l'habitat rural avec descriptions et photographies. Cependant, aucune photo intérieure ni plan ne sont faits sur l’habitat. Les croix et fontaines, très peu nombreuses à Langoëlan, sont précisément décrites, mesurées et photographiées, mais seulement les plus anciennes.

- La seconde enquête s'est déroulée en 1999, dans le cadre d'une étude qui concernait les communes du bassin versant du Scorff, étude nommée « Vallée du Scorff » en vue d’une publication parue en 2000. Un retour rapide a permis de vérifier l’état des éléments majeurs du patrimoine de la commune ainsi que de faire des observations plus approfondies sur l’architecture rurale. Cependant, il n’était pas question de recensement systématique. Une campagne photographique professionnelle est missionnée en vue de la publication, photos qui sont complétées de quelques clichés de chercheurs à titre documentaire. Aucun relevé n'est effectué lors de cette seconde campagne.

Ajourné jusqu'en 2014-2015, l'archivage des dossiers a permis de relier les deux sources d’information en un même dossier sous forme électronique, après un retour sur le terrain en 2015 qui a consisté en une actualisation des données antérieures.

En 1967, l’enquête avait né lieu à 12 dossiers « architecture » dont un contenait l’étude de 29 maisons ou fermes et un moulin, et 63 dossiers « Objets-Mobiliers » . Cet archivage sur support papier est joint en annexe aux dossiers actuels. L’enquête de 2015 a permis d’y ajouter 20 dossiers d’architecture ; le chiffre des objets-mobiliers n’a pas changé, l’enquête sur les objets ayant simplement consisté à ajouter des clichés actuels.

Introduction

Situé à la frontière des Côtes d’Armor, Langoëlan a une superficie de 2227 hectares pour une population actuelle de 400 habitants, en forte décroissance depuis le 19e siècle (1295 habitants en 1891) ; elle est limitrophe de Mellionnec (22) au nord, de Ploerdut à l’ouest, de Séglien et Silfiac à l’est et Lescouet-Gouarec (22) au nord-est. Favorisé par un relief accidenté, son territoire est traversé par de nombreux ruisseaux, dont le Scorff est le plus important (sa source se situe à Saint-Auny en Mellionnec, très proche), et par ses affluents : à la frontière sud-est le ruisseau du moulin de Pont Houar, à l’ouest, ruisseaux de Guernapin et du Maçon en Dour ( ?). Appartenant au plissement des Montagnes Noires, une série de collines au nord, culminent à 274 m dans les bois de CoëtCodu , ou à proximité, 261m au nord-ouest de la commune, les lignes de relief sont assez serrées pour créer un paysage montueux, boisé au nord (Bois de CoetCodu,) et au sud (Bois de Quenepévan), relief qui a favorisé l’implantation de nombreux moulins à eau.

L’occupation du territoire est ancienne et constante. A proximité de La Villeneuve au nord de la commune se trouvent certains sites archéologiques les plus vieux de Langoëlan, comme le dolmen de la Villeneuve appelée Ty-Ar-Toriganet, ainsi qu’un groupe de menhirs, connus, mais aujourd’hui invisibles, car enfouis dans fossés et talus.

Un souterrain de l’Age du Fer avec trois chambres a été fouillé au bourg en 1973 et une tombe de l’Age du Bronze vers 1970 près de Saint-Houano. Deux autres sites funéraires de l’Age du Bronze ont également été, le tumulus de Kerservant et la nécropole du Cosquer.

Le territoire est traversé par la voie romaine nommée Hent Ahès de Castennec à Carhaix, dont le tracé est encore bien perceptible entre Le Merzer et Le Coledic Vraz. Un camp romain, destiné à la surveillance de la route, est signalé dans le bois de Coet Codu, mais il n’en reste rien.

A proximité la parcelle nommée Coh Castel sur le plan cadastral de 1842 correspond à une ancienne motte féodale : cette structure défensive appartenait à une chaîne de défenses du Haut Moyen-Age situées sur le versant des Montagnes Noires séparant le Poher du Vannetais.

La paroisse est de constitution ancienne comme l’indique le préfixe Lan, monastère ou ermitage. Le nom associé, Goelan ou Gwelan, fondateur de ce lieu, est inconnu ; Danigo évoque un rapprochement avec Saint Melan, chapelle de Lignol, ou l’irlandais saint Faelan, honoré à Silfiac. La paroisse, dont le nom varie peu au cours de siècles, est mentionnée dans un document de 1268 ; cependant, une partie du territoire dépendait d'une autre paroisse nommée Le Merzer, mentionnée au 14e siècle ; les deux paroisses sont cependant unies dès la fin du 14e siècle, bien qu’en gardant leur autonomie : l’église du Merzer avait son cimetière où l'on enterra jusqu'en 1817 ; la partie ouest de la paroisse du Merzer, Kerservant, sera après la Révolution détachée de Langoëlan et rattachée à Ploerdut.

Les villages, dont 57 mentionnés dès le 15e siècle sont regroupés en 7 frairies, correspondant chacune à un édifice religieux : deux ont aujourd’hui disparu, Saint-Salomon du Merzer dont l’emplacement est marqué par une croix, et Saint-Eflam dont ne reste que la fontaine.

La plus ancienne seigneurie et la plus importante est celle de Breman, ayant peut-être pris la suite de la motte féodale du bois de Coët Codu précédemment évoquée, plus tard déplacée et renommée Coët Codu : elle possédait droit de haute justice et des prééminences dans l’église dont ces seigneurs se considéraient fondateurs.

La seconde seigneurie la plus importante est celle de Tronscorff au sud de la commune, qui cependant rendait hommage à la seigneurie de Kerservant, aujourd’hui en Ploerdut. D’autres terres nobles son encore signalées, Le Plessis ou Quenquis signalé dès 1448 à la famille de Kermerrien, Coëtprégent, ou Kerprégent, signalé en 1504, disparu, le manoir de Locmaria, signalé en 1513, disparu, celui de Goes Froment, signalé en 1431 et 1464, devenu ensuite une métairie noble de Tronscoff et dont le logis du 16e siècle est conservé. Le Dourdu et le Paradis deviennent sans doute très tôt des métairies, et seuls leurs moulins subsistent. Quant au Rest, il n’est pas certain qu’il s’agisse d’une terre noble antérieure au 18e siècle.

Au milieu du 20e siècle, l’élevage de bovins, maïs, betteraves et pommes de terre constituaient l'essentiel de la production agricole. Cependant, l'abbé Le Gohébel signale au début du 20e siècle quatre bassins à rouir le chanvre situés sur le ruisseau de Kergoët, au nord-est de la commune.

Le sol est de constitution granitique, et la carrière de Canquis (près de Canquiscren) de bonne pierre à bâtir, est signalée au début du 20e siècle.

L’architecture religieuse : église, chapelles, croix et fontaines

Sur les quatre chapelles conservées, trois remontent comme l’église Saint-Barnabé, de la fin du 15e ou du début du 16e siècle, et il est probable qu’il devait en être de même pour l'église du Merzer Bien qu’il s’agisse d’édifices de taille modeste, à vaisseau unique, cette vigueur constructive, commune à une grand partie de la région du centre-ouest Bretagne, semble témoigner d’une richesse économique qui nous est inconnue et se retrouve en partie dans l’architecture civile. La chapelle Saint-Servais ou Saint-Sylvestre datait aussi du 16e siècle, d’après les panneaux de porte à décor Renaissance conservés dans la chapelle, mais elle est reconstruite au 18e siècle, et son austérité contraste avec le décor flamboyant des autres chapelles, ainsi que de l’église. Cette dernière est plus composite, bien que la principale campagne date du 16e siècle, mais le portail ouest de style classique refait en 1716 contraste avec son architecture flamboyante.

Outre l’église du Merzer, tombée en ruines en 1840 (pierres vendues en 1855 pour construire une auberge à Guémené) et la chapelle Saint-Efflam, la commune a conservé jusqu’à la Révolution la chapelle de Lochrist, située à proximité de la chapelle de Locmaria, à laquelle on attribue des origines templières : elle tomba sans doute en ruines très tôt après la Révolution car le plan cadastral de 1842 n’en conserve pas traces : les pierres furent remployées par la paroisse pour d’autres constructions (Danigo).

Fontaines et croix sont peu nombreuses. La croix du Merzer (fig.) date de la ruine de l’église, intervenue après la Révolution et définitivement abandonnée en 1835.

La croix de l’église a été refaite en 1948 par Le sculpteur Le Bozec, en remplacement d’une croix de bois pourrie, mais son soubassement en forme d’autel galbé datant du 19e siècle est un modèle très caractéristique du Morbihan. On dénombre encore la croix de mission construite en 1928 au croisement de la route de Guémené à Rostrenen et de celle de Locuon.

Les fontaines conservées dépendant de l’église paroissiale, et des chapelles de Locmaria, Saint-Servais, et Saint-Houarno, Très modestes, ce sont des fontaines à pignon, celle de Saint-Sylvestre étant remontée. La plus ancienne date de 1670 : la fontaine Saint-Efflam arbore une forme inhabituelle, avec son fronton cintré : située à environ 150m à l’est du village de Saint-Efflam, en contrebas d’un chemin qui dessert des pâtures, son abandon actuel résulte de celui de ce chemin ; il semble important de veiller à sa conservation.

La fontaine de la chapelle de Lochrist, signalée sur la carte IGN, n’a pas été retrouvée, non plus que celle du Merzer, signalée par l'abbé Le Gohébel au début du 20e siècle.

Manoirs et châteaux

Bien que de nombreuses terres nobles émaillent le territoire (voir ci-dessus), peu d’édifices anciens sont encore conservés ; tous ont fait l’objet d’une étude. Le mieux conservé est le manoir du Plessis qui a conservé sa structure du 16e siècle sous un rhabillage du 17e siècle : si son escalier date bien de l’origine du logis, il s’agirait d’un exemple précoce d’escalier à retour et non en vis, modèle adopté le plus souvent au 16e siècle.

L’importante seigneurie de Tronscorff sur une boucle du Scorff a conservé son environnement seigneurial (moulins, enclos, communs dont une grange seigneuriale peut dater du 16e siècle), mais le logis reconstruit au 18e siècle a été remanié au 20e siècle.

Quant à Coët Codu, autrfois la plus grande seigneurie de Langoëlan, son logis a été reconstruit au 18e ou au début du 19e siècle : l’absence de visite intérieure empêche de savoir si comme au Plessis, une partie de sa structure ancienne a survécu, englobée dans la nouvelle construction qui se rapproche du style des ingénieurs en vogue à Lorient.

Le Rest n’est guère plus qu’une grosse maison rurale, à laquelle une adjonction postérieure à toiture briséée logeant l’escalier confère une apparence de maison noble ou bourgeoise.

Les moulins

Cinq moulins à eau ont été recensés sur la commune (correspondant aux cinq moulins figurant sur le plan de 1842), dépendant des diverses terres nobles et quatre ont été sélectionnés pour étude.

- le moulin du Paradis, en cours de (bonne) restauration, a conservé son mécanisme dans un bâtiment édifié au 18e siècle sur la base d’un moulin plus ancien.

- les deux moulins de Tronscorff ont aussi conservé leur mécanisme, en particulier le petit moulin à seigle où le mécanisme occupe la presque totalité de l’espace. Le grand moulin peu remanié date du 17e ou 18e siècle et comportait une partie logement.

- le moulin du Dourdu est plus original dans sa conception, avec son décalage de niveau qui offre un logement à l’étage, tandis que la meunerie occupe le rez-de-chaussée ; de plus sa qualité de mise en œuvre, au contraire des autres moulins, rejoint celle de l’habitat de qualité édifié à langoëlan. Il se rapproche par sa structure du moulin de Barach à Ploerdut. Malheureusement, sa restauration depuis 2000, avec le percement de nombreuses ouvertures lui a fait perdre une grande partie de son intérêt.

- le moulin de Quélen : étudié en 1967, alors en bon état, ce moulin construit en pierre de taille, semble dater du 18esiècle : il figure sur le plan cadastral de 1842 ; il pourrait à l’origine dépendre du manoir de Coet Codu, en raison de leur proximité géographique. Outre la date de 1843, figurent sur l’encadrement sur de la porte sud des représentations gravées un chandelier, une figurine humain, IHS avec un soleil. Etabli en contrebas de la chaussée qui sert de route, les niveaux sont en décalage : la porte passante au nord au niveau de la route dessert le comble, lieu de stockage, la porte au sud dessert le rez-de-chaussée. Chaque pignon est longé par l’eau en provenance de l’étang aujourd’hui disparu, la roue se situant à l’ouest. Complètement en ruines lors du retour d’enquête effectué en 1999, le moulin a été restauré, la maison du meunier qui datait de la fin du 19e siècle ayant été complètement dénaturée.

L’habitat

13 maisons ou fermes ont fait l’objet d’un dossier sur les 65 recensées lors des enquêtes de 1967 et 1999 : ce sont les plus significatives de la qualité de cet habitat, plutôt que les plus représentatives. Il s’agit surtout d’édifices des 16e et 17e siècles, qui, bien qu’ayant subi des remaniements au cours du temps, témoignent de la richesse de la paroisse à cette époque : certaines d’entre elles comme Goas Froment sont attestées comme métairie noble, mais l’histoire de la plupart d’entre elles, les circonstances de leur construction restent inconnues. L’étude publiée sur l’habitat rural de la vallée distingue Langoëlan des autres communes de la haute vallée pour le nombre de ses maisons à fonctions multiples croisées (7 dont Taleros), ou pour l’unicum que constitue Pempoulquio, logis sur dépendance très allongé associé à un logis soit à étage, soit à haut comble à surcroît, aujourd’hui très remanié. La grange datée de 1766 qui lui est associée témoigne de la richesse probable d’un laboureur. La maison de Ty Bol , logis sur dépendance comme Goas Froment, est construite pour un prêtre si l’on en croit le calice sculpté à la base du piédroit de la fenêtre, un emplacement très inhabituel, caché, alors que le calice est en général mis en évidence sur un linteau de porte ou de fenêtre.

La qualité des mises en œuvre, souvent de la pierre de taille a suscité nombre de remplois dans des constructions postérieures, comme à Cauraden, datée 1792 dont la façade est constituée de pierre de taille sans doute du 16e siècle comme la cheminée. Mais la qualité de ces mises en oeuvre a aussi été cause de la vente des pierres de certaines maisons, comme Canquiscren. D'autre part, les pentes de toiture des maisons anciennes, non reprises, tendent à prouver que le matériau de couverture est dès l'origine de l'ardoise, et non du chaume, en raison de la proximité des carrières de Lescouët-Gouarec, proche.

Si entre 1967, où l'habitat est encore utilisé de manière traditionnelle, et 1999 où il est souvent délaissé, on ne constate que peu de modification dans les maisons, ce n'est plus la même chose aujourd'hui : les habitats anciens, réinvestis, sont dotés de lucarnes ou de baies élargies qui montrent une incompréhension du logis d’origine.(C. Toscer)

Aires d'études Guémené-sur-Scorff
Adresse Commune : Langoëlan

Références documentaires

Documents figurés
  • A. D. Morbihan. 3P 137. Langoëlan, plan cadastral, tableau d'assemblage et plan par sections, 1842

    Archives départementales du Morbihan : 3P 137
Bibliographie
  • Le patrimoine des communes du Morbihan. Paris : Flohic éditions, 2000. (Le patrimoine des communes de France).

    p. 418-423
  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, nouvelle édition augmentée par Marteville et Varin. Rennes, 1843.

  • LE MENÉ, Jean-Marie. Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes. Vannes, 1891-1894. Reéd. Coop Breizh, 1994.

    p. 394-397 Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Inventaire général de monuments et richesse artistiques de la France. Vallée du Scorff : Bretagne. Images du Patrimoine, n°196 , Rennes, APIB, 2000.

    p. 52-56
  • DANIGO, Joseph. Églises et chapelles du pays de Guémené. 1ère partie. Impr. Bannnalec, D. L. 1996

  • TOSCER, Catherine. L'habitat rural de la Haute Vallée et ses transformations. Extrait de : Aspects de la dynamique des paysages dans la Vallée du Scorff (Morbihan). Mémoirs de la Socitété d'Histoire et d'archéologie de Bretagne, T. LXXIX, 2001

Périodiques
  • LE GOHEBEL, Jean-Vianney. Bro Laouelan. Bulletin paroissial, 1909

  • GALLES, Louis. Étude de géographie féodale. Les arrières-fiefs de la seigneurie de Guémené. Extrait du Bulletin de la société polymathique du Morbihan, 2e semestre 1867.

    121-162 Archives départementales du Morbihan

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