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Présentation de la commune de l'île-de-Sein

Dossier IA29002502 réalisé en 2014

Condition d'enquête :

L'enquête de recensement du patrimoine bâti de l'île de Sein s'est déroulée en octobre 2014. 251 éléments ont été recensés. 57 dossiers électroniques ont été rédigés. L'enquête d'inventaire des objets mobiliers réalisée en 1985 est intégrée au présent dossier électronique.

Quelques repères :

Etymologie : Selon Bernard Tanguy, l'île est mentionnée pour la première fois au Ier siècle par un auteur grec sous la forme de Sena. Sein serait issu de Sinus, "courbe" en latin.

Archéologie : 11 sites d'occupation néolithique étaient répertoriés sur l'île en 1874 par H. LE CARGUET, archéologue. Ces sites étaient disséminés sur la totalité de l'île. Les seuls vestiges encore debout sont les "causeurs", mégalithes situés près de l'église. Ils étaient probablement intégrés à un ensemble qui incluait le tumulus situé au Nifran. Fréminville et du Châtelier ont répertorié une allée couverte sur l'îlot de Kerlaourou ainsi que 4 menhirs (Beg Kae Beran, Meneiou, Délivrande) et le tumulus situé au Nifran. Des vestiges de sépultures ont été retrouvés lors de la réparation de la digue du port en 1899. D'autres vestiges de l'époque romaine ont aussi été répertoriées (tuiles, tessons d'amphore et petit bronze).

Selon l'auteur grec Pomponius Mela l'île abritait un sanctuaire gaulois gardé par 9 prêtresses appelées Gallisenae qui possédaient le pouvoir de guérir et de prédire l'avenir.

Faiblesses des ressources et dépendance vis-à-vis du continent :

Le Père Antoine Verjus, dans La vie de M. Le Nobletz, publiée en 1666, décrit les conditions de vie des Sénans : "Les hommes dès l'âge de 7 ou 8 ans passent les jours et les nuits à la pêche au milieu des tempêtes et parmi des rochers qui occupent 5 lieux de mer. Et avec tant de fatigue ils n'ont pour toute nourriture que du pain et de l'eau et que les voiles de leur petits vaisseaux pour toute couverture. Leurs femmes et leurs filles ont soin cependant de labourer la terre, de moudre l'orge qu'elles ont cueillie et d'en faire du pain. Elles ne se servent pour cela ni de boeuf ni de cheval, dont il n'y aucun dans toute l'île, non plus que de four ni de moulin commun. Il y a dans chaque maison un moulin semblable à ceux dont on se sert pour écraser la moutarde. Elles y font moudre leur orge à force de bras et en font ensuite du pain qu'elles mettent sous la cendre de goémon."

Au 19e siècle, la cuisson du pain n'est pas différente, si ce n'est que la pâte est déroulée sur "une plaque de fer de 0.40 centimètres chauffée, et recouverte d'un chaudron, disparaissant lui-même sous une couche de goémons, que l'on renouvelle pendant deux heures." (Lucien Boulain)

Le goémon est une ressource incontournable de l'île : combustible, engrais et complément alimentaire pour les vaches (une soixantaine à la fin du 19e) de l'île où l'herbe était rare. La transformation en soude du goémon de l'île participe à l'économie insulaire. La récolte, faite par les femmes, transformée en pain de soude est acheminée vers les usines d'iode du continent.

Ce mode de vie perdure jusqu'au milieu du 20e siècle mais dès la seconde moitié du 19e, grâce à des conditions économiques plus favorables, la vie sur l'île est moins précaire. En conséquence de quoi l'Etat cesse de verser des aides aux habitants de l'île de Sein en 1858.

A partir de la seconde moitié du 19e siècle, l'île de Sein se situe au coeur d'une zone de pêche riche en sardines, en congres et en crustacés. De ce fait, beaucoup de marins venant de Douarnenez, Camaret, du Cap SIzun, de Paimpol et de Loguivy séjournent occasionnellement ou de façon saisonnière, avec leurs familles, sur l'île. En 1875, 129 bateaux ont pêché pour 260 000 francs de langouste et homards. La pêche à la sardines occupait en 1902, entre Camaret et Quiberon, 17 000 marins sur 3 000 chaloupes. Anatole Le Braz, séjournant à Sein, dénombre en 1900, 43 bateaux paimpolais, 35 bateaux camaretois et 6 bateaux du Conquet. Si certains pêcheurs dorment à bord, la plupart louent, avec leurs familles, des logements. L'île de Sein connaît ainsi un développement économique qui permet aux Sénans d'être moins dépendants des aléas climatiques ; son corolaire étant l'augmentation de la population sénane qui atteint son maximum au début du 20e siècle. Ceci met en évidence la faible ressource en eau potable de l'île.

Jean-Marie Bachelot de la Pylaie, naturaliste, précise que lors de son séjour à Sein en 1846, il était "obligé de prendre l'eau sur le continent car celle de l'île est insoutenable".

Selon Henri Monod, « en 1885, l'île de Sein comptait 800 habitants agglomérés dans un village en dehors duquel on ne trouve aucune habitation. Tous les hommes sont marins-pêcheurs, pensionnés à partir de l'âge de cinquante ans, et presque toutes les femmes sont ménagères. Il n'y a qu'un puits pour tout le village, et ce puits date de plusieurs siècles. Quelques maisons ont des citernes alimentées par l'eau pluviale qui coule des toits ; mais l'eau des citernes paraît fade et insipide, et la plupart des habitants préfèrent celle du puits. Il est construit à l'extrémité du village, en dehors et en contre-bas des habitations ; il consiste en une large et profonde excavation, au fond de laquelle on descend par un escalier en pierre. Aussi, dès qu'il pleut, l'eau ne tarde pas à être souillée par la boue et les autres matières entraînées par le va-et-vient des gens en sabots. Le terrain de l'île, plat, peu élevé, se prête admirablement aux infiltrations salines. Aussi l'eau du puits est-elle chargée de sels. Son niveau varie avec les marées : il s'élève de plusieurs mètres, puis il baisse au point d'être réduit à quelques litres renouvelés au fur et à mesure de leur épuisement. (...) C'est sans doute à cause de l'usage de cette eau que, même en temps normal, les diarrhées sont fréquentes dans l'île et les vers intestinaux très nombreux. »

Lucien Boulain décrit, en 1893, le puits qui alors est situé hors agglomération. "On descend sous terre par un escalier de 7 à 8 mètres." L'eau est rare et sa mauvaise qualité est souvent pointée par les autorités en 1903 : "Différentes causes de contamination rendent les eaux de l'île impropres à l'alimentation ; tout au plus peuvent-elles servir normalement au lessivage du linge : de là une gêne continuelle pour toute la population et un danger permanent de santé publique."

Les maisons sont dotées de citernes. Malgré cela, la ressource en eau est insuffisante. A la fin du 19e, il arrive que l'eau douce soit livrée par vapeur depuis Brest pour un coût de 20 000 Francs. Une citerne est construite au Nifran en 1897. Sa gestion est stricte : elle permet de stocker l'eau en prévision de la saison sèche. Aussi, en dehors de l'été, c'est l'eau stockée dans les citernes individuelles qui est utilisée.

Le manque d'eau crée des tensions. Une délibération du conseil municipal du 14 juin 1903 met en avant le manque d'eau pour la population : "D'après le dernier recensement, la population de l'île de Sein s'élève à 1003. A cette population viennent s'ajouter pour les pêches d'hiver les équipages de 30 bateaux de Douarnenez, soit 300 hommes, et pour la pêche d'été de mai à novembre ceux de Paimpol et de Camaret, avec leur familles, environ 1 000 personnes. Durant les mois d'été, la population de l'île se trouve donc à 2 000 habitants. En temps normal la quantité d'eau est tout à fait insuffisante, et, quand l'île a reçu son contingent annuel de population étrangère, l'eau manque totalement."

En 1972 est mis en place un système de dessalement d'eau de mer. L'eau est prélevée près du phare (puits creusé durant la dernière guerre), traitée puis acheminée vers la citerne du Nifran. Mise en place en 1999 d'un compresseur vapeur pour le dessalement de l'eau de mer.

Evolution démographique de l'île de Sein :

L'île de Sein connait un pic démographique en 1936 avant de baisser de façon régulière jusqu'à aujourd'hui. En 2009, la densité moyenne d'habitant par km2 est de 336.7.

1836 : 425 habitants ; 1841 : 462 habitants ; 1851 : 483 habitants ; 1861 : 611 habitants ; 1872 : 650 habitants ; 1881 : 792 habitants ; 1891 : 842 habitants ; 1901 : 1001 habitants ; 1911 : 1072 habitants ; 1921 : 1077 habitants ; 1931 : 1254 habitants ; 1936 : 1328 habitants ; 1946 : 1144 habitants ; 1954 : 1131 habitants ; 1962 : 1094 habitants ; 1968 : 835 habitants ; 1975 : 607 habitants ; 1982 : 504 habitants ; 1990 : 348 habitants ; 2006 : 238 habitants ; 2009 : 202 habitants ; 2010 : 195 habitants.

Tandis que le nombre de logements augmente : 310 en 1968, 334 en 1975, 326 en 1982, 321 en 1990, 333 en 1999 et 350 en 2009.

La part de résidence secondaire est la suivante : 220 en 2009 (62%) alors qu'ils n'étaient que 33 en 1968. Le pourcentage était de 51% en 1999.

L'insularité a généré un patrimoine maritime important : trace ténue d'économie passée (production de soude : 2 fours à goémon), ouvrages du génie civil (quais, cales, embarcadère, phares, port, amers), infrastructures portuaires (gare maritime, locaux administratifs, coopératives maritimes, stations de sauvetages), architectures liée à l'économie maritime (abri du marin, chantier naval, conserverie). Les habitations de l'île, bien que non identifiées comme patrimoine maritime, sont aussi des marqueurs forts des économies maritimes puisque ce sont ces dernières qui conditionnent la construction des premières.

L'île de Sein est : compagnon de la Libération ; Natura 2000 (à l'exception du bourg et de la zone du Phare à Goulenez) ; est située sur le périmètre du Parc Marin d'Iroise, du Parc Naturel Régional d'Armorique, membre de MAB-UNESCO, membre de l'association des îles du Ponant et de l'association Port d'intérêt patrimonial.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Adresse Commune : Île-de-Sein

Rapport sur les habitudes morales et les conditions économiques des habitants de l'île de Sein. Archives de la Marine.

Annexes

  • Synthèse communale :

Références documentaires

Bibliographie
  • Louis, BRIGAND. Les îles du Ponant, histoires et géographie des îles et archipels de la Manche et de l'Atlantique. Ed. Palantines, 2002.

    Université de Bretagne Occidentale
  • LA ROCHEFOUCAULT, Guy (de). Une race en péril : les abris du marin. Ed. G. Grès, Paris, 1914.

    Bibliothèque nationale de France
  • TANGUY, Bernard. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère. Ar Men-Le Chasse-Marée, Douarnenez, 1990.

  • Lucien, BOULAIN. Raz de Sein : légendes, études et monographie de l'île-de-Sein. Quimper, 1893;

  • Michel, BATAILLARD. Une histoire de l'île de Sein. Ed. Empreintes, 2012.

  • Briard, Jacques. Les tumulus d'Armorique. Picard, 1984.

  • Fréderic TANTER. Les pêcheurs bretons et les Abris du Marin. Ed. SKED, 1995.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Cornette, Joël. Histoire de la Bretagne et des Bretons, des lumières au XXIe siècle. Ed. Seuil, coll. Points Histoire, 2005.

  • Le Finistère, de la préhistoire à nos jours. Sous la direction d´Yves Gallo. CRBC, université de Bretagne occidentale, Brest. Saint-Jean-d´Angely, 1991.

  • CADORET, Bernard, Duviard Dominique, Guillet Jacques, Kerisit Henry. Ar Vag. Le Chasse-Marée, 2004.

    Tome 4, pp. 95-197
Périodiques
  • Philippe, LE STUM. Marins du Finistère - Jacques de Thézac et l'oeuvre des Abris du Marin in Les Cahiers de l'Iroise, n° 178

  • Du CHATELIER Paul, Les époques préhistoriques et gauloises dans le Finistère. 2ème édition , Plihon et Hommay, A. Le Prince, Rennes-Quimper, 1907.

  • Thomas CHIRON. Les îles de Bretagne et leurs ressources en eau : trois siècles de gestion communale (XVIIIe-XIXe siècle) in Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 116-2, 2009.

Liens web