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Présentation de la commune de l'Ile de Molène

Dossier IA29010207 réalisé en 2014

Condition d'enquête : Le travail de terrain et de recensement du patrimoine bâti de l'île-Molène ont eu lieu en septembre 2014 (seul le territoire communal est concerné par cette enquête et non la totalité de l'archipel). 164 éléments ont été recensés : maisons, cales, quais, stations de sauvetage, sémaphore, croix représentant du patrimoine maritime, religieux, de l'architecture scolaire et de l'habitat. 20 dossiers d'étude ont été rédigés.

Repères géographiques :

L’archipel de Molène, séparé du continent par le chenal du Four, regroupe neuf îles et de nombreux îlots (Bannec, Balanec, l'île-aux-chrétiens, Trielen, Quemenez, Litiri, Béniguet, etc.) qui furent habités jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. C’est une vaste plate-forme rocheuse qui ne dépasse pas la profondeur de 20 m. L’archipel de Molène est beaucoup plus étendu que ne le laisse supposer la superficie des îlots actuellement émergés. C’est une zone de l’Iroise qui concentre de nombreux enjeux de conservation : c’est le plus vaste champ de laminaires de France et l’un des derniers archipels sauvages des côtes métropolitaines.

Molène est l'île principale de l'archipel. D'une superficie de 75 hectares, son point culminant est à 28 mètres au dessus du niveau de la mer. Elle se situe à 14 km du Conquet et à 11 km de Ouessant. Sa desserte s'effectue par l'est, protégée par l'île de Ledenez vraz. A l'ouest, la rudesse du From Veur en rend l'accès dangereux mais cela a permis au patrimoine naturel d'être protégé.

L'archipel de Molène est un site classé depuis le 22/11/1977, les dunes et la partie ouest de l'île-Molène sont un site inscrit depuis le 16/06/1978. L'archipel de Molène est dans le périmètre du Parc Marin d'Iroise. L'île, à l'exception de la partie urbanisée et de Ledenez, est classée en zone Natura 2000.

Repères historiques :

L'île est occupée depuis le néolithique. Plusieurs menhirs sont à signaler et plusieurs campagnes de fouilles ont identifié des coffres à sépultures, des monuments funéraires, des tumulus et dolmen sur les îles de l'archipel de Molène. L'abbé Rosuel indique dans l'Ouest-Eclair de 21/08/1930, qu'une sépulture fut découverte lors de la construction du sémaphore sans qu'il n'y ait eu fouille à l'époque. Le site de Beg ar Loued a été fouillé en 2001 : une maison a été mise au jour -unicum dans l'ouest de la France- et les dépôts et mobiliers qui y ont été trouvés ont été étudiés (cf. article Évolution des paysages et occupation humaine en mer d’Iroise (Finistère, Bretagne) du Néolithique à l’Âge du Bronze).

Située dans une zone ancienne de trafic maritime, entre l'Angleterre et la Bretagne, l'archipel de Molène, de part aussi son port naturel, était une escale possible pour les navires anglais aux 17e et 18e siècles, leur permettant de se ravitailler en eau douce. Seule trace dans la mémoire insulaire la maison nommée" la caserne" mais qui, si l'on compare avec le descriptif de l'atlas des bâtiments militaires des places de France (1846), n'était pas ce même édifice. La situation géo-stratégique de Molène dans la défense de Brest imposait sous le Concordat la présence d'une garnison, 57 hommes, logés chez l'habitant. Plusieurs batteries armées étaient situées sur l'île.

Molène fut, jusqu'au 18e siècle, le siège d'un prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Mathieu. Devenue paroisse, elle relève par la suite de l'évêché de Saint-Pol-de-Léon. L'île Molène a pour patron Saint Ronan qui y aurait débarqué avant de s'installer à Saint-Renan et à Locronan. Le nom de Molène viendrait du mot breton Moal, signifiant chauve, et utilisé en toponymie pour désigner une colline dénudée.

Des conditions de vie passées difficiles en raison de la faiblesse des ressources :

Plusieurs documents (cahiers de doléances, rapports médicaux, articles de presse) détaillent les conditions de vie et d'hygiène à Molène au cours des 18e et 19e siècle. Les épidémies de typhoïde, de choléra et de typhus font de nombreuses victimes : un seul puits est à disposition de la population. Et en cas d'urgence ce sont les médecins de la Marine qui sont dépêchés sur l'île. Les préoccupations sanitaires liées à une eau rare et précieuse trouveront des solutions dès la fin du 19e siècle (impluvium) mais sont toujours d'actualité.

La survie des habitants de l'île de Molène dépendait des envois en vivres du Continent et des aides publiques qui régulièrement compensaient la faiblesse de la production agricole (pommes de terre pour l'essentiel). Le grand état de pauvreté de la population molènaise est mentionné dès le 17e siècle par Michel Le Nobletz et l'abbé Maunoir. Plusieurs documents rédigés par les recteurs de l'île dénonce cette pauvreté.

Paul Gruyer indique, dans son Tour du monde publié à Paris en 1860, que "[les Molénais] mènent une vie rude, ils sont pauvres, risquent leur peau pour sauver les hommes, et c'est leur excuse s'ils gardent en échange quelques sacs de farine à demi gâtée par l'eau de salée". Un rapport du ministère des Travaux publics pointe, en 1880, l'insuffisance des ressources : "les 2/3 de l'île sont cultivés en pommes de terre et seigle, mais les produits suffisent à peine à nourrir pendant trois mois la population qui est de cinq cent trente-sept habitants."

Louis Coudurier dans le guide touristique qu'il rédige en 1904, Brest et ses environs, décrit une famine à Molène. "C'est à la suite de cette famine de 1904 que des mesures administratives ont été prises pour éviter le retour de pareille calamité : un approvisionnement de 700 kilos de farine et de 300 kilos de viande et de boeuf en conserve fourni à l'île de Molène à titre de cession remboursable par les services de la Marine." Le plus souvent l'île Molène, dépourvue de ressources fiscales, ne peut rembourser les prêts, aussi, en 1901, c'est le Conseil Général du Finistère qui est sollicité pour rembourser la Marine Nationale. En 1949, l'île est ravitaillée en eau par les autorités maritimes de Brest et les frais sont réglés par le Conseil Général du Finistère.

L'économie insulaire était basée sur la pêche. Dans les années 1930 la pêche à la langouste apporte une certaine aisance financière, les autres pêches étant moins fructueuses. La vente des crustacés est en baisse après avoir été assez importante. En 1937, la pêche était pratiquée par 33 bateaux à moteur et 23 bateaux à voiles. La vie de 200 familles dépendaient de la pêche (Ouest-Eclair, 31 mars 1937). Cette activité permettait la création et le maintien de commerces sur l'île. L'une étant dépendante de l'autre, le nombre de commerces a chuté. L'activité commerciale est aujourd'hui dépendante du tourisme.

Le goémon, omniprésent sur l'île, permettait aux plus pauvres de se chauffer (cahiers de Doléances 1789). Au 19e, il est ramassé pour être transformé en soude. L'activité économique liée à la récolte du goémon est toujours très importante sur l'archipel de Molène (cf. dossier Patrimoine maritime de l'île-Molène).

Evolution de la population :

Comme sur d'autres îles ou sur les communes littorales, les habitants sont à la fois pêcheurs et agriculteurs. Chaque famille possédait des terres entourées de murets et élevait pour la viande mouton et cochon. Les vaches sont présentes sur les îlots de l'archipel.

L'étude des documents de recensement permet de constater que si les hommes sont identifiés comme marins, capitaine de commerce ou pilote, les femme, elles, sont cultivatrices. Entre 1836 et la fin du 19e siècle, les métiers de couturières, sage-femme, institutrice publique, épicières se développent. Au cours du 19e les métiers de charpentier, aubergiste, boulanger sont recensés.

Après un pic démographique en 1936 avec 627 habitants, la population de l'île de Molène est en baisse. Actuellement le nombre d'habitant est inférieur à celui du 18e siècle. La baisse de population dans les îles du territoire du PNRA est une constante.

En 1793 : 213 ; 1806 : 281 ; 1836 : population de 330 ; 1851 : population de 392 ; 1872 : population de 537 ; 1901 : population de 604 ; 1921 : population de 673 ; 1936 : population de 627 ; 1954 : population de 604 ; 1975 : population de 397 ; 1990 : population de 277 ; 2006 : population de 221 ; 2010 : population de 208.

Particularités :

L'île-Molène possède une particularité fiscale : l'absence de soumission à l'impôt en raison des difficultés de vie dans un environnement qui serait hostile. Cette situation de non imposition serait ancienne et est confirmée par des archives de 1714. L'argument principal, et réel, serait la nécessité pour le royaume, puis par l'Etat, de maintenir une population, sur ces territoires isolés, qui est en capacité de piloter les navires dans ces zones dangereuses à la navigation.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Adresse Commune : Île-Molène

Annexes

  • Synthèse communale :

Références documentaires

Documents d'archives
  • Recensement de la population de l'île-Molène.

    Archives départementales du Finistère : 6M335
  • Cahiers de doléances et élection des députés.

    Archives départementales du Finistère : 10 B '/19
Documents figurés
  • Carte des Iles au Sud-Est d'Ouessant, éditée en 1771-1785. Division 3 du portefeuille

    43 du Service hydrographique de la marine consacrée à la carte

    topographique des côtes de France offrant celles de la Bretagne depuis

    le Mont Saint-Michel jusqu'à l'isle de Noirmoutier

    http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42341978r

    Bibliothèque nationale de France : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42340713c
Bibliographie
  • Françoise , PERON. Ouessant, L'île sentinelle, vie et traditions d'une île bretonne. Le Chasse-Marée, Armen, 1997.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • TANGUY, Bernard. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère. Ar Men-Le Chasse-Marée, Douarnenez, 1990.

  • Louis, BRIGAND. Les îles du Ponant, histoires et géographie des îles et archipels de la Manche et de l'Atlantique. Ed. Palantines, 2002.

    Université de Bretagne Occidentale
  • Claude, CONSORTI. Petite histoire de Molène, Moal-enez. Ed. des Régionalismes, 2010.

  • Atlas des bâtiments militaires des places de France. Morlaix, Quélern, Le Conquet, 1846

    Archives départementales du Finistère
Périodiques
  • Yvan Pailler, Pierre Stéphan, Henri Gandois, Clément Nicolas, Yohann Sparfel, Anne Tresset, Klet Donnart, BernardFichaut, Serge Suanez, Catherine Dupont, Laurence Le Clézio, Nancy Marcoux, Amandine Pineau, Laure Salanova,Farid Sellami, Karyne Debue, Jérémie Josselin et Marie-France Dietsch-Sellami, « Évolution des paysages et occupation humaine en mer d’Iroise (Finistère, Bretagne) du Néolithique à l’Âge du Bronze », Norois[En ligne],220 | 2011, mis en ligne le 30 novembre 2013, consulté le 06 janvier 2015. URL : http://norois.revues.org/3662

  • Yvon RICHAD. Molène, le privilège du dénouement in Ar Menmars/avril 2004, n°139.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Thomas CHIRON. Les îles de Bretagne et leurs ressources en eau : trois siècles de gestion communale (XVIIIe-XIXe siècle) in Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 116-2, 2009.

  • Ren, DURAND. La défense de Brest sous le Consulat. in Annales de Bretagne. Tome 31, numéro 4, 1916.

Liens web