Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Présentation de la commune de Kerbors

Dossier IA22013708 réalisé en 2009

Fiche

Œuvres contenues

1- Kerbors : évolution démographique (1854-1999)  : (Patrick Pichouron)

Kerbors en 1906, pop. 911 habitants (source : AD 22).

Kerbors en 1919, pop. 682 habitants (source : AD 22).

Kerbors en 1946, pop. 551 habitants (source : Insee).

Kerbors en 1968, pop. 427 habitants (source : Insee).

Kerbors en 1975, pop. 368 habitants (source : Insee).

Kerbors en 1982, pop. 318 habitants (source : Insee).

Kerbors en 1990, pop. 321 habitants (source : Insee).

Kerbors en 1999, pop. 329 habitants (source : Insee).

Kerbors en 2006, pop. 367 habitants (source : Insee).

2- Kerbors : principaux repères  : (Patrick Pichouron)

La commune de Kerbors, Kerborz en breton, est une commune littorale du département des Côtes-d'Armor située à environ cinq kilomètres au nord-ouest de l'ancienne cité épiscopale de Tréguier. Elle est une des sept communes qui composent la Presqu'île Sauvage, ce territoire rural fertile [fig. 1, 2] compris entre les estuaires du Jaudy [fig. 3, 4] et du Trieux qui se termine au nord-est par le sillon du Talbert [fig. 5]. D'une superficie de 694 hectares, son territoire est limitrophe des communes de Pleubian à l'est, de Lézardrieux et de Pleumeur-Gautier au sud-est et de Trédarzec au sud. Elle est également bordée par la mer à l'ouest et au nord : par décret du 27 février 1861, les limites de la mer à l'embouchure de l'estuaire du Jaudy furent fixées suivant une ligne partant de la pointe de Bilvero en Kerbors jusqu'au port de la Roche-Jaune en Plouguiel.

Le territoire de Kerbors recèle quelques richesses archéologiques qui permettent d'attester une présence humaine ancienne, à l'instar des restes de l'allée couverte et du cromlec'h de Men-ar-Rompet [fig. 6, 7], la première étant protégée au titre de la législation sur les monuments historiques, ou des vestiges de l'exploitation de sel de La Tène finale sur l'îlot d'Enez-Hyar (Second âge du fer), d'où furent exhumés plusieurs foyers et objets au cours des années Quatre-Vingt.

Kerbors, dont le nom est formé avec le breton ker, "village", et le mot porz, "cour", fut érigée en paroisse succursale de Pleubian le 23 juin 1605 par lettres de l'évêque de Tréguier. Elle le fut à la requête de la veuve du seigneur de Kerhoz, Mme de Quelen, alors propriétaire de la chapelle dédiée à Notre-Dame-des-Neiges qui fut réédifiée et agrandie à l'occasion. Kerbors, dont le nom était orthographié Kerportz en 1546 et Kerpors en 1778, a élu une municipalité au début de l'année 1790. Déclarée illégale par le département le 21 mars 1791, cette municipalité fut supprimée. C'est par la loi du 17 mai 1856 que Kerbors fut finalement séparée de Pleubian en étant érigée en commune.

3- Kerbors : le patrimoine architectural : (Patrick Pichouron)

La présente enquête a été réalisée au cours du mois de mars 2009 dans le cadre de l'opération d'inventaire préliminaire à l'étude du patrimoine des communes littorales du département des Côtes-d'Armor. Initiée en février 2002, cette opération associe le département des Côtes-d'Armor (service des affaires culturelles et des monuments historiques) et la Région Bretagne (service de l'Inventaire du patrimoine culturel).

Cette enquête a permis de procéder à un repérage de 113 oeuvres, parmi lesquelles 101 relèvent de l'architecture domestique et agricole (châteaux, manoirs, fermes, logis, immeubles à logements) et 9 de l'architecture religieuse, commémorative et funéraire (église, chapelles, croix, monuments commémoratifs, etc).

Au sein d'un corpus daté entre probablement le haut Moyen Age (croix de Pen-Lann) et le 2ème quart du 20ème siècle, lequel corpus est principalement constitué d'éléments issus de la 2ème moitié du 19ème siècle et du 1er quart du 20ème siècle, 18 oeuvres ont fait l'objet d'une proposition de sélection en fonction de critères d'ancienneté, de qualités architecturales, d'unicité ou de représentativité. Ces oeuvres, parmi lesquelles figure le manoir de Kerhoz [fig. 8], protégé au titre de la législation sur les monuments historiques, ainsi que l'ancien moulin à vent du Merdy daté de l'année 1574 [fig. 9], relèvent essentiellement du corpus de l'architecture domestique et agricole.

4- Kerbors : le patrimoine littoral et maritime : (Guy Prigent)

Du point de vue démographique, la commune de Kerbors est la plus petite commune du canton de Lézardrieux. Elle dispose d'environ 3 km de côtes longeant l'estuaire du Jaudy et bénéficie de coteaux boisés alternant avec des espaces cultivés et un habitat littoral dispersé, mais situé en retrait par rapport aux rivages, hors certaines habitations isolées. La commune ne possède pas de port mais une zone de mouillages a été aménagée au sud de la commune entre Bilvéro et Bellevue, avec un accès à la grève.

Le riche patrimoine archéologique de la commune atteste d'une occupation ancienne du littoral, depuis le Néolithique secondaire et l'Âge du Fer : allée couverte et cromlec'h de Men-ar-Romped, pêcherie de Enez Corvec. L'agriculture littorale (maraîchage de plein champ) a permis de préserver un bocage ouvert et des espaces littoraux remarquables. L'utilisation traditionnelle du goémon comme amendement pour les terres rappelle un usage ancien (témoignage oral de Jean Kermabrun). Cependant, la commune n' a pas de tradition de pêche côtière, hors la pêche à pied et l'ostréiculture (concessions récentes sur la commune).

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Adresse Commune : Kerbors

Le bourg de Kerbors et ses abords jusqu'au Jaudy, à la Manche et à la limite de la commune de Pleubian ont été inscrits parmi les sites pittoresques le 10 novembre 1965.

Annexes

  • Témoignage de Jean Kerambrun, cultivateur et goémonier (né en 1912, doyen de la commune), mai 2006

    On ramassait le goémon tout l´hiver. On allait ramasser celui qui venait avec la mer, on se trempait jusqu´au ventre et on utilisait des crocs avec de longs manches. On faisait des tas de goémon d'épave.

    C´était fou le monde qui venait ramasser le goémon d´épave, il y avait des gens de Plounez, de Paimpol

    Y avait des goémoniers à Pleubian qui ramassaient pour les autres, ils avaient une petite ferme (un cheval ou deux). Chacun avait ses clients.

    Tout le monde avait le droit de venir ramasser le goémon d´épave, mais pas pour la coupe. Pour la coupe, c´étaient ceux de Pleubian qui avaient l´autorisation.

    Il y avait des personnes qui venaient ramasser le goémon et qui l´amenait à Pontrieux et partout !

    Il y avait beaucoup de monde qui venait au Sillon les jours de grande marée, car ces jours là, on pouvait ramasser plus de goémon : le 'bodré', le 'pisach' : du goémon de toute catégorie. Et aussi celui qui ressemblait à des rubans : les laminaires.

    A Kerbors et à Trédarzec on ne ramassait pas beaucoup le goémon. A Port Béni parfois.

    On ne le faisait pas sécher, on l'étalait directement sur la terre.

    Il y en avait qui le séchait, ils faisaient des tas sur le Sillon, pas sur le passage mais autour du passage.

    Les charrettes allaient sur le Sillon, on faisait environ 2 km500 puis ensuite on devait descendre sur le sable pour aller plus loin. Jean ne faisait pas de drômes.

    Certians travaillaient pour l´usine. Il y avait du goémon en masse à ce moment là aujourd´hui il y en a moins.

    On le mettait sur les pommes de terre, l´orge et on mettait du trèfle après. Tous les ans on allait avec deux ou trois bateaux amener l'orge et on en profitait pour ramasser les ormeaux. On y allait quand la mer était basse avec le canot.

    On mettait des graines de trèfle sur l´orge. L´orge était vendu et on gardait une partie pour les cochons.

    Notre ferme faisait environ 3 ou 4 chevaux.

    A Pleubian on ramassait le goémon à gauche du Sillon, le 'Ster' et on le coupait avec la petite faucille. On n´utilisait pas la civière on ramassait le goémon là où la charrette pouvait aller. Ensuite il y avait 4 ou 5 jours de charroyage.

    Quand son père est mort, Jean Kerambrun est resté seul à a ferme avec son petit frère et sa mère. Durant un an c'était très dur ; il fallait apprendre le métier.

    Après la guerre, tous les ans, on mettait du goémon. On mettait du complément aux pommes de terre : 6 10 4, 8 10 4, dosage engrais pour 100 kg. Le goémon apporte de l´azote. Il permet d'analyser la terre.

    Il fait partir les artichauts et fait de la réclame autour du coco paimpolais. Il manquait de phosphates (Scoli : acide phosphorique) dans la terre. Alors je faisait venir des engrais et je les revendais aux agriculteurs.

    Avant la guerre, Jean avait prévu de monter un commerce à Quemperven. Il demanda à quelqu´un de Pontrieux une voiture pour aller préparer le commerce et puis, il acheta une camionnette à Landais le garagiste de Lézardrieux. Alors, il faisait transport en commun, transport de bêtes.

    Après la guerre il n´avait plus beaucoup d´argent, il a loué son local de Quemperven à un restaurateur qui en a fait un bistrot alimentation. Déçu, il voulait y vendre de la graine et installer des silos dans le champ derrière la maison.

    Avec 'Caroline' (la camionnette), il a gagné de l´argent. Il fallait un bon pour en avoir, il se rend à St Brieuc pour s´en procurer un et on lui a demandé si il avait tenu un commerce pendant l´occupation ; à ces propos, il s´énerva et réussit par en avoir un pour 200 tonnes.

    Tous les ans on charroyait du goémon. On changeait de champ : après les patates, on mettait du blé puis de l´avoine ou de l´orge et on rajoutait le trèfle sur l´orge. Et quand il avait le commerce, il avait 3 hectares de plus.

    A Pleubian, y en avait trois goémoniers. La petite rive était archi bondée de goémon. Il faisait une journée ou deux ou trois et il faisait quatre voyages dans sa journée. Il utilisait la camionnette.

    Les pommes de terre 'prim' : en terre le 15 février. Le goémon était mis un mois avant pour qu´il se fasse sur la terre avant de passer la charrue. Et la charrue pouvait l´avaler facilement. On mettait plusieurs types d´algues. Avec l´humidité de la terre le goémon monte. Et les légumes profitaient dans ces conditions.

    On n´était pas pour la 'fin de siècle' car elle était longtemps en terre et on ne leur mettait pas de goémon.

    C'était bon pour tous les légumes mais on ne mettait jamais au blé. Il ne faut pas mettre tous les ans sur la même terre (tous les trois ou quatre ans)

    Goémon d´épave : on pouvait le ramasser toute l´année et pour la coupe, il y avait des dates fixées par la mairie.

    Chacun (chaque ferme) avait sa place et chacun connaissait sa place mais il n´y avait pas un cadastre (dans la tête). Il y avait une entente et une certaine solidarité entre les goémoniers. Les conflits étaient assez rares. C´était toujours les mêmes personnes qui venaient ramasser le goémon d´une année sur l´autre.

    Le lichen, il ne le ramassait pas. Ceux qui allaient les ramassaient dans les sacs d´engrais : les femmes, souvent des veuves de marins.

    Il y avait trois gars qui faisaient du goémon pour lui. Il y en avait qui allaient directement (petites fermes) et d´autres qui demandaient aux goémoniers de ramasser pour eux. Il y en avait beaucoup qui faisait sécher le goémon qu´ils revendaient aux usines ensuite. Ils faisaient des tas, soit ronds, soit en long. Tout l´hiver, il y avait plein de goémon. Tout le long du sillon. Sauf où passaient les charrettes mais des deux cotés c´était plein.

    Il y en avait beaucoup qui brûlait. Quand son père était arrivé sur Pleubian (au début du siècle), il avait acheté du goémon sec pour les patates et il se rappelle qu´il avait eu de belles pommes de terre. C´était un 'patatier', il y avait un hectare et demi qui n´avait pas été travaillé depuis longtemps. Il y a eu des patates en masse. La 'Duc', longue et belle. Elle était estimée comme primeur. On ne la laissait pas mûrir. Il allait les vendre directement au marché jusqu´à Paimpol (avant la guerre), avec des charrettes bien chargées. C'était un grand marché. Après il y avait des marchés de patates dans toutes les communes. Son père allait emmener en bateau les patates à Tréguier. Il avait la priorité. Il mettait deux tonnes dans son bateau. Le bateau fonctionnait à voile. On habitait sur la côte à Kerbors et partait de la grève avec son bateau ('Kervateury', 'Placen gap'.

    A ce moment là il n´y avait que Tréguier comme port d'embarquement pour la pomme de terre qui partait en Angleterre. Ceux qui le fournissaient sont morts depuis longtemps (Le Bras baptiste de Larmor, trois frères à faire du goémon, dont deux faisaient pour lui).

    Il a vu plusieurs goémoniers travailler en mer. Il y a des années qu´il n´y a plus de bateaux du pays. Des Finistériens continuent de venir aujourd'hui. Il n´a connu que le 'skoubidou' hydraulique. Il y a beaucoup moins de goémoniers à ce moment là.

    A Kerbors pendant la coupe du goémon, il y avait le bal pendant les deux premiers jours. Il y avait de grandes équipes (20 par maison parfois) : familles, cousins et tout. Le bistrot 'Morvan', au bourg était le lieu de rendez-vous . De tout le canton, seule la commune de Kerbors organisait le bal pour les goémoniers. Il y avait du monde.

  • 20092205193A0A : Tableau d'assemblage des plans cadastraux parcellaires de 1829 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 4 num 1/33, Numplan 1.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes-d'Armor : 2 O 85/1. Commune de Kerbors. Bâtiments communaux (mairie, écoles, monuments aux morts) (1865 - 1939).

    bâtiments communaux
Documents figurés
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/33, plans cadastraux parcellaires de 1829.

    Numplan 1, tableau d'assemblage. Documents consultables sur le site Internet http://archives.cotesdarmor.fr
Bibliographie
  • BIZIEN-JAGLIN, Catherine, GALLIOU, Patrick, KEREBEL, Hervé. Carte archéologique de la Gaule : pré-inventaire archéologique de la France - 22. Côtes-d'Armor. Paris : Académie des Inscriptions et Belles Lettres / Ministère de l´Education Nationale / Ministère de la Recherche / Ministère de la Culture et de la Communication / Maison des Sciences de l´Homme, Carte archéologique de la Gaule, 2002.

    p. 169
  • COUFFON, René. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc : Les Presses Bretonnes, 1939.

    p. 161-162
  • FLOHIC EDITIONS. Le patrimoine des communes des Côtes-d'Armor. Charenton-le-Pont : Flohic éditions, 1998, .

    p. 577-579
  • JOLLIVET, Benjamin. Les Côtes-du-Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département. Guingamp : B. Jollivet, 1854, IV.

    p. 72-78
  • LE SAULNIER DE SAINT-JOUAN, Régis. Dictionnaire des communes du département des Côtes-d'Armor : éléments d'histoire et d'archéologie. Saint-Brieuc : Conseil Général des Côtes-d´Armor, 1990.

    p. 252-253
  • TANGUY, Bernard. Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses des Côtes-d'Armor : origine et signification. Douarnenez : Ar Men-Le Chasse Marée, 1992.

    p. 93
Périodiques
  • GIOT (P.-R.), BRIARD (J.), L'HELGOUAC'H (J.). L'allée couverte de Men-ar-Rompet à Kerbors (Côtes-du-Nord) dans Gallia Préhistoire, Paris, CNRS, 1958, t. I.

    p. 67-77