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Présentation de la commune de Hengoat

Dossier IA22005104 réalisé en 2015

Fiche

Situation géographique, données géologiques et paysagères

La commune de Hengoat se situe dans le nord-ouest des Côtes-d'Armor, à une douzaine de kilomètres de la côte et à sept kilomètres de Tréguier. Elle fait partie de la communauté de communes du Haut-Trégor (quinze communes) et du bassin versant du Guindy-Jaudy-Bizien. Son territoire est bordé : au nord par Pouldouran et Pleumeur-Gautier, à l'est par Pleudaniel, à l'ouest par Troguéry et au sud par Pommerit-Jaudy et Ploëzal. Le ruisseau de Bizien joue un rôle de bornage à l'ouest et au sud de la commune. Long de 10 kilomètres, ce petit affluent du Jaudy (le plus à l'est) prend sa source au lieu-dit Pen Bizien, à la limite des communes de Ploëzal et de Pommerit-Jaudy et rejoint l'estuaire du Jaudy à Pouldouran. En 2013, 216 habitants sont recensés à Hengoat sur un territoire de 619 hectares.

La nature du sous-sol explique le relief peu accentué du territoire de Hengoat formé de plateaux, d'étendues vallonnées avec une altitude minimum et maximum allant de 9 mètres à 82 mètres. L'est de la commune est parcouru par l'étroite vallée du Bizien qui correspond au passage d'une faille. Le sous-sol est constitué de différentes formations parmi lesquelles prédominent les roches volcaniques sédimentaires (tels les grès et les pélites) et les roches métamorphiques (tels les schistes, les quartzites, les micaschistes). On trouve aussi un peu de granite (roches plutoniques), très localement, à la sortie ouest de Hengoat, de couleur claire et de texture grenue, appelé granite de Quemperven. Les formations superficielles comme les limons éoliens (sédiments) recouvrent l'ensemble et participe à la qualité de la terre arable qui occupe 77, 7% du sol communal.

Epargnée par les remembrements, Hengoat est une des communes du bassin versant qui possède le bocage le plus dense avec son réseau de talus en terre et de talus empierrés (talus-murs) surmontés ou non de haies de chênes, châtaigniers, hêtres et noisetiers (cf. dossier Les talus-murs). A certains endroits, de grandes ouvertures sont pratiquées dans le maillage bocager pour les cultures. Des campagnes de reconstitution du bocage sont menées par le Syndicat mixte du bassin versant sur la base du volontariat depuis 2006. La préservation de ce paysage modelé par l'homme depuis le Moyen-Age a permis à Hengoat d'obtenir en 2003 le label des "Communes du Patrimoine Rural de Bretagne".

Un paysage rural façonné par diverses composantes

Hengoat signifie le "Vieux bois" en breton (de hen, vieux et coat ou goat, bois), toponyme plutôt rare dans le Trégor, la campagne étant déjà peu boisée au 15e siècle, surtout composée de landes et de terres cultivées. Hengoat constitue un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Pleudaniel. Sa première mention connue comme paroisse date de 1330, lors du procès de canonisation de saint Yves. Elle fait partie des 101 paroisses de l'évêché de Tréguier et englobe la trève de Pouldouran jusqu'à la fin du 16e siècle, avant que celle-ci devienne à son tour une paroisse. Au nord, la frontière entre les deux territoires est marquée par les croix de Kerlo (15e siècle) et de Villeneuve (1684) en Pouldouran et de Kercacadec (disparue mais signalée sur le cadastre ancien de Hengoat). A l'est, le calvaire de Mestrenic (disparu) jouait également un rôle de bornage entre Hengoat et Pleudaniel. Ailleurs, la vallée du Bizien sert de frontière naturelle avec les autres paroisses. En 1790, Hengoat devient une municipalité ainsi que Pouldouran.

les seigneuries

A la "montre" de Tréguier en 1481 (réunion de tous les hommes d'armes), six nobles sont comptabilisés contre cinq en 1426. Parmi ces seigneuries :

La seigneurie de Hengoat semble se confondre avec celle de Pouldouran : le manoir se trouvait dans l'actuel bourg éponyme, propriété de François de Pouldouran en 1535 puis des Loz après le mariage de sa fille Catherine avec François Loz en 1556.

La seigneurie de Trolong-Kermouster (ramage de la seigneurie de Launay-Botloy) est la plus puissante. Elle avait un droit de haute justice et s'étendait à Hengoat, Trédarzec, Troguéry, Pommerit et Pleudaniel. Une partie du manoir du 15e siècle est encore visible sur la commune, au lieu-dit Trolong Braz (cf. dossier).

La seigneurie de Trolong du Rumain (branche de celle de Trolong-Kermouster) conserve des vestiges du manoir de la fin du 15e siècle et un pigeonnier (cf. dossier).

Il ne reste plus traces de la seigneurie de Keringant-Trohadiou propriété de Raoul Hingant au 15e siècle. Celle de Quillien aux Le Merdy, signalée en 1437 et 1481, n'a pas non plus conservé son manoir mais les toponymes Quillien Braz et Quillien Bihan témoignent de son existence passée. Située à proximité, la grande ferme de Keréven pourrait être une ancienne métairie de la seigneurie de Quillien.

En effet, ces seigneuries possèdent des métairies exemptes d'impôts, implantées à proximité des manoirs pour exploiter leurs terres nobles (grande métairie de Trolong, grande métairie du Rumain, métairie de Hengoat, métairie de Poullévénez...). A ces métairies s'ajoutent les convenants, terme qui désigne un fermage particulier au Trégor caractérisé par une double propriété pour une même terre : le foncier appartient au propriétaire (un seigneur en général) et "les édifices et superfices" au paysan appelé convenancier. Les toponymes conservaient jusqu'à récemment la trace de ces convenants (convenant Rolland, convenant Kergoat, convenant Kerdossen, convenant le Cerf, Convenant Boulinat...) qui s'effacent souvent au profit du seul nom propre auquel il est associé. Sur les quatre moulins à eau implantés dans la vallée du Bizien (moulin Rolland, moulin de Losten-Stang dit moulin Daniou, moulin de Bizien, moulin de Vigodès), seuls les moulins Daniou et Rolland sont encore en place (cf. dossiers). Ils participent à la mise en valeur des terres seigneuriales et rappellent, comme les colombiers et les chapelles, l'existence de ces terres nobles disparues.

Au sud de la commune, au bord du ruisseau du Bizien, la métairie et la chapelle Saint-Maudez, aujourd'hui disparues, dépendaient de "la fondation de Nicolazic" (fabrique paroissiale ?). Sur la carte de Cassini, la chapelle figure encore, citée également dans un procès verbal établi en 1790 par les officiers municipaux. Sur le cadastre ancien et les états de section de 1836, la chapelle n'est plus mentionnée mais la métairie existe toujours avec son avenue de chênes qui la reliait au bourg de Hengoat (cf. annexe).

L'activité linière

L'activité linière constitue une part importante de l'économie rurale dans le Haut Trégor, du 15e siècle jusqu'au milieu du 20e siècle. Elle a façonné le paysage rural de Hengoat comme celui de beaucoup d'autres communes du territoire. Celui-ci se spécialise progressivement dans la culture, le rouissage, le teillage et le filage du lin, délaissant le tissage dès les années 1660 au profit d'autres zones. Alors que les témoins directs et matériels de cette activité linière sont ténus ailleurs, la commune de Hengoat en conserve un nombre significatif. Les bassins à rouir le lin (routoirs) établis près des cours d'eau, sont utilisés jusqu'à la fin du 19e siècle puis abandonnés au profit du rouissage sur prés. A Hengoat, sur les vingt-quatre routoirs figurés sur le cadastre ancien, dix au moins sont encore en place au Rumain, au Launay, à Convenant Dieuzet et à Kerurvoy (cf. dossiers). Très nombreux le long du Jaudy et de ses affluents, les teillages ont presque tous disparus. Le site de Moulin Rolland à Hengoat montre l'évolution du teillage du lin dans le Haut Trégor (broyage des tiges de lin pour séparer les parties ligneuses de la fibre) : d'abord pratiqué dans un moulin à eau pour utiliser son énergie hydraulique, il est ensuite réalisé à sec sur des machines fonctionnant à l'électricité, abritées sous un hangar (cf. dossier). Le filage ne nécessite, quant à lui, pas d'infrastructures particulières, il est massivement pratiqué à domicile par les femmes. Le tissage ne disparaît pas complètement mais la production est limitée et de qualité inférieure, elle vient éventuellement compléter les achats des exportateurs.

La richesse agricole

Hengoat et les autres communes du Haut Trégor possède un sol riche en limon propice à la culture du lin et des céréales (froment, seigle, orge, avoine, méteil). Au 15e siècle, époque où le bocage commence à se former, le froment ne tient encore qu'une place faible, la base de l'alimentation humaine étant le seigle. Au 19e siècle, le rapport s'inverse et le froment domine. Sur les 619 hectares que compte la commune, Ogée note dans son dictionnaire géographique et historique de Bretagne (1843) : 506 hectares de terres labourables, 20 de prés et de pâturage, 49 de landes et d'incultes, 4 de vergers, 6 de jardins, 3 étangs.

Réservée aux seigneurs et à leurs métayers sous l'Ancien Régime, cette richesse agricole devient la propriété d'une nouvelle catégorie de paysans après la Révolution : les cultivateurs. Anciens métayers ou convenanciers, ils rachètent les terres nobles à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle constituant ainsi une nouvelle élite paysanne animée d'une fièvre constructrice. Les nombreuses fermes du 19e siècle qui émaillent la commune de Hengoat illustrent ce phénomène social et économique caractéristique du Haut Trégor (cf. dossier "Les maisons et les fermes de la commune de Hengoat"). Construits par l'importante domesticité engagée dans ces fermes, les talus-murs du bocage témoignent également de cet enrichissement d'une partie de la population.

Le recensement de la population de Hengoat en 1836 totalise 810 personnes. Il rend compte de cette réalité agricole avec 52 familles de cultivateurs sur une population adulte de 207 personnes. Certaines familles rémunèrent une importante domesticité allant de cinq à huit domestiques (pour neuf d'entre elles) et jusqu'à quinze pour la famille Le Duc dont un enfant est officier du génie et deux autres étudiants. Une vingtaine de familles de cultivateurs, moins riches, emploie de un à quatre domestiques quand dix huit autres ne disposent d'aucune domesticité. Deux rentiers, des cultivateurs enrichis (Mathieu Lucas et Maudez Cozannet), vivent des rentes des terres qu'ils louent et sont suffisamment riches pour disposer de cinq et sept domestiques. On dénombre ainsi 133 domestiques à Hengoat en 1836. La même année, 61 journaliers louent leur force dans les fermes. Parmi ces ouvriers agricoles, 54 sont mariés à des filandières. Ces dernières sont au nombre de 121, elles filent le lin à domicile vendu ensuite aux filotiers établis dans les places de marché intermédiaires comme La Roche-Derrien. On notera le faible nombre de tisserands (7) confirmant la non-spécialisation de ce secteur dans le domaine du tissage. A ces professions majoritaires s'ajoutent sept maçons, deux couples de fourniers (boulangers), quinze menuisiers, trois couple de meuniers, cinq couturiers, trois charrons, six marchands, quatre cordonniers, deux maréchal ferrant, un instituteur, cinq militaires, un aubergiste, un scieur de long, un couvreur, un tanneur, trois lingères, une repasseuse, un jardinier et un seul mendiant.

Sur les 124 édifices et édicules recensés sur la commune, 26 font l'objet d'un dossier individuel auxquels s'ajoutent trois dossiers collectifs sur des familles d'édifices et un dossier ensemble sur le bourg. La commune conserve des éléments patrimoniaux identifiés et dignes d'intérêt parmi lesquels se distinguent : des sites de manoirs qui conservent des vestiges anciens du 15e siècle (Trolong Bras, Le Rumain, Keréven) ; deux anciens moulins à eau liés aux manoirs (moulin Rolland, moulin Daniou) ; dix routoirs dont certains ont été restaurés par l'association "l'école des talus" ; des fermes de grande taille du 19e siècle parfois reconstruites à l'emplacement d'anciens convenants ou de métairies (Trolong Bian, Baloré, Le launay, Kergroas, Quillien Braz...) ; des talus-murs qui contribuent à structurer le paysage rural, construits par l'importante main d'oeuvre employée dans les grandes fermes ; une église paroissiale au riche mobilier, reflet de l'histoire locale.

Aires d'études Schéma de cohérence territoriale du Trégor, Roche-Derrien (La)
Adresse Commune : Hengoat

Références documentaires

Documents d'archives
  • Etats de section de Hengoat, 1836. Série 3P 83/2

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P 83/2
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor
  • Seigneurie de Trolong. série E 1 art. 2863

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : série E 1 art. 2864, 2865
  • 1 Q 2/72. Biens de seconde origine

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 1 Q 2/72
  • Série 84 S art.82. Ruisseau de Bizien et affluents. Règlement d'eau du Moulin Daniou. Rapport de l'ingénieur ordinaire

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 84 S art.82
Documents figurés
  • Série 3 P 078. Fonds du cadastre ancien. Tableau d'assemblage et plans parcellaires de la commune de Hengoat, 1835.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3 P 078
Bibliographie
  • COUFFON, René. Répertoire des Eglises et Chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939-1947, 779 p.

  • OGEE Jean. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Nantes, tome 1, 1778, 252 p.

  • Le patrimoine des Communes des Côtes d'Armor. Paris : Flohic éditions, 1998.

  • MARTIN, Jean, PELLERIN Yvon (Dir.). Du lin à la toile : la proto-industrie textile en Bretagne : actes des Rencontres autour de l´Histoire du lin et de la toile. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008. 336 p.

  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, nouvelle édition augmentée par Marteville et Varin. Rennes, 1843.

  • POL POTIER DE COURCY. Nobiliaire et armorial de Bretagne. Joseph Floch Editeur, Mayenne, 1970.

Périodiques
  • LE LANNOU, Maurice. "Le Trégorrois". Annales de Géographie. 1931, t. 40, n°223. pp. 24-38.

  • Le Trégor - 15 et 22 janvier 1983. Louis Geffroy raconte le lin du Trégor. Louis Geffroy

Multimedia
  • Hengoat : Histoire, patrimoine, noblesse http://www.infobretagne.com/hengoat.htm

  • http://genearmor.cotesdarmor.fr/moteur/

  • Association Skol ar C'hleuzioù (ou l'Ecole des Talus). talus-bretagne.org

(c) Inventaire général (c) Inventaire général - Tanguy-Schröer Judith
Judith Tanguy-Schröer , né(e) Tanguy
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