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Présentation de la commune de Ercé-près-Liffré

Dossier IA35010504 réalisé en 1999

Fiche

Œuvres contenues

L'Ecclesia de Heriaca est mentionnée dès 1030, à l'occasion d'une donation du tiers de l'église effectuée par le duc de Bretagne Alain III à l'abbaye de Marmoutiers dans le contexte de la restauration de Saint-Exupère de Gahard, ancienne abbaye ruinée par les Normands. Mais les moines de la grande abbaye ligérienne ne fondèrent pas de prieuré à Ercé puisque du temps du duc Conan II, quatre chevaliers nommés Fulbert, Normant, Hervé et Lisvret, tous fils d'un certain Liswaret, vendirent à l'abbé de Saint-Florent de Saumur la moitié de l'église d'Ercé leur appartenant.

Au temporel, la paroisse relevait de la juridiction du Bordage, châtellenie dans la mouvance de Vitré, constituée par un cadet de la famille de Montbourcher dont la seigneurie éponyme était située à Vignoc. Guillaume, premier seigneur connu, succédait peut être à une lignée plus ancienne en ce lieu, à moins que l'on ne considère ce personnage comme le bâtisseur d'un premier château sur motte dans la première moitié du 13e siècle. L'importance des Montbourcher se mesure aux fonctions qu'elle occupe dans l'entourage ducal : Bertrand de Montbourcher est chambellan de Jean V en 1426, tandis que René IV, son petit-fils, est gouverneur de Rennes et lieutenant-général du duché pour le roi dans la première moitié du 16e siècle. Après l'adhésion de ces puissants feudataires à la Religion prétendue réformée, le Bordage devient un important centre calviniste et un refuge pour les huguenots du pays rennais. Le château-fort édifié au 15e siècle fut néanmoins pris en 1589, par les Ligueurs alors que son seigneur était parti assiéger le château de Vitré. Tenant pour le roi en ces temps troublés, les Montbourcher conservent leur forteresse intacte jusqu'à la Révolution. En récompense de leur fidélité, Louis XIV érige même la seigneurie en marquisat, avec supériorité sur de nombreux fiefs sis dans les paroisses de Chasné, La Mézières, Vignoc, Saint-Aubin d'Aubigné, Gahard, Saint-Médard, Liffré, La Bouexière, Dourdain et Gosné.

Aires d'études Ille-et-Vilaine
Adresse Commune : Ercé-près-Liffré

Annexes

  • I. Evolution de l'habitat sur la commune d'Ercé-près-Liffré aux 19e et 20e siècles

    Sur le cadastre napoléonien (1826), le bourg d'Ercé-près-Liffré apparaît réduit. Les maisons se répartissaient de part et d'autre d'une rue est-ouest. Le presbytère et quelques maisons se situaient à l'écart, à l'est. Il n'y avait alors que 14 propriétaires différents dans le bourg, dont René de Montbourcher, qui possédait l'auberge, près du relais de poste. L'ensemble du bâti était peu dense, sauf en face de l'église, c'est-à-dire au centre.

    L'habitat ne s'est développé dans l'avenue de l'Illet qu'à partir du 19e siècle, de manière encore plus lâche que le bâti préexistant : les maisons, isolées les unes des autres, ne forment pas d'alignements. Quant aux maisons les plus anciennes, elles ont été remaniées mais les volumes ont été conservés. La rectification de la rue de Fougères et l'installation de la ligne de tram au début du 20e siècle n'ont pas eu d'incidence sur l'habitat car elles se sont effectuées dans des espaces non bâtis. Il n'y a pas eu de densification du bâti ni de véritable maillage des rues, si ce n'est au sud, rue des Douves. Généralement, chaque maison donne aujourd'hui sur une rue qui existait déjà en 1826 et conserve son jardin à l'arrière. Le développement récent s'est fait sous la forme de petits lotissements au sud-est et au sud-ouest. Mais il reste peu important : à la différence d'autres communes du canton de Liffré, comme Saint-Sulpice-la-Forêt, Ercé-près-Liffré se situe trop loin de Rennes pour que les effets de la rurbanisation s'y fasse sentir.

    La population est répartie de façon régulière sur tout le territoire de la commune, qui est assez vaste. La campagne suit le schéma, classique en Bretagne, de l'habitat dispersé. Les gros écarts mentionnés par Marteville et Varin en 1845 sont situés sur toute la commune : l'Aubriais, l'Epine, le Bois Edelin, la Sudairie, la Giraudais, le Haut Chemin, Papillon, Brazé et le Plessix.

    En 1826, les fermes importantes, comme celles qui dépendaient antérieurement du Bordage, étaient isolées : le logis et les bâtiments étaient bâtis autour d'une cour, à l'écart de la route (la Champagnais, l'Oriolais, le Plessix). En revanche, les alignements se situaient plutôt en bordure de chemin ou parallèlement à ce chemin, un peu en retrait (la Chopinaie, le Férouès). Parfois, le jardin se situait du côté du chemin et la cour à l'arrière, pour respecter l'exposition au soleil (le Rocher aux Courts) ; mais le plus souvent, le chemin servait lui-même de cour (comme au Férouès) et les limites de propriété n'étaient pas matérialisées. Il arrive que les alignements soient perpendiculaires au chemin, comme à la Richardais ou à la Tuberie : dans ce cas la cour ne se confond pas avec le chemin.

    Depuis cette époque, le parcellaire a été remembré sous la forme de divisions (pour des parcelles à bâtir) ou de regroupements, même quand les parcelles étaient déjà grandes : c'est très sensible au nord du Bordage. Les chemins communaux ont été rectifiés au niveau des carrefours, ce qui a conduit à la disparition de certains communs désormais construits, comme aux Landelles. Beaucoup de routes de villages sont désormais des culs-de-sac : la Rivière Bodin, les Moulins Neufs, etc.

    La proximité de la RN 12 (A 84) a conduit à une densification du bâti dans le sud de la commune : le Haut Chemin, le Placis des Retais et les Bairues ne forment plus qu'un seul ensemble. Dans ce secteur, des alignements anciens ont disparu (au Haut Tronc, à la Tuberie). D'autres ont été remaniés ou agrandis par l'adjonction d'ailes (à la Richardais, par exemple).

    Ailleurs, l'habitat s'est développé le long de quelques voies communales (la Couloncerie, Chantepie) ou à proximité de la RD 92, notamment à l'Epine et aux Cochelinaies, près du bourg. Très souvent, les fermes se sont entourées de hangars et autres dépendances nécessaires à l'agriculture actuelle. Mais la majeure partie des villages conserve un bâti ancien, peu dense et dispersé. Ceci ne signifie pas pour autant que l'aspect architectural soit le même qu'au début du 19e siècle : le bâti n'a pas échappé aux remaniements ; il a été adapté à des besoins différents ou nouveaux.

    II. Essai de typologies à partir de documents d'archives révolutionnaires

    Les procès-verbaux d'estimations et de ventes de biens nationaux de la Révolution Française permettent de définir des types architecturaux communs à tout le canton de Liffré, à une époque donnée. Certes les matériaux employés varient, de la terre au grès en passant par la "terrasse" (terme local pour torchis et pan de bois) ; mais les fermes, les maisons, les moulins connaissent une organisation plus ou moins semblables.

    Sur Ercé-près-Liffré, cette typologie concerne pas moins de sept fermes et un moulin dont on possède les procès-verbaux d'estimation. On se reportera donc aux dossiers respectifs des anciennes dépendances du château du Bordage que sont les Moulins Neufs, la Champagnais, l'Estourbillonnais, Launay Bordage, le Mesnil, l'Oriolais, le Plessix et la Rivière Bodin.

    La cellule de base d'une ferme est composée d'une demeure avec cheminée et d'une étable de taille équivalente. La superficie totale est réduite. A cette cellule basique s'ajoutent d'autres dépendances, en longère ou autour d'une cour : grange, deuxième étable, refuge (s) à porcs, hangar (avec pressoir), fournil, plus rarement une écurie (3 cas sur 23), etc. Quand on trouve un cellier ou une pièce de décharge (ce qui est assez fréquent), il/elle se situe sous le même toit que le logis, près de la pièce de demeure.

    On ne trouve jamais de sous-sol. Le logis est souvent surmonté d'un grenier et l'étable d'un fenil, et non l'inverse, puisque le foin a tendance à fermenter, ce qui n'est pas très sain au-dessus d'une demeure. Il est fréquent que les dépendances aient également un grenier.

    Certaines dépendances sont partagées entre deux fermes : le pressoir, le four, le puits. On peut y voir une conséquence du morcellement des unités opéré par la législation de l'an II (1794) sur les Biens Nationaux. L'exception vient des grosses fermes situées à proximité d'une maison noble ou provenant du déclassement d'un manoir. Auquel cas les bâtiments d'exploitation forment un tout avec les terres autour, et l'exploitation à elle seule forme le hameau.

    Les ouvertures sont peu nombreuses, au mieux une porte et une fenêtre à chacune des pièces principales (demeure et étable), une gerbière pour le grenier et des petits jours dans les bâtiments de moindre importance. Ces ouvertures sont en façade, or la grande majorité des fermes est orientée à l'est ou au sud, rarement à l'ouest et très exceptionnellement au nord. Les granges, elles, ont souvent une porte charretière.

    Le logis principal compte une cheminée au rez-de-chaussée, jamais à l'étage (une exception : la Hamonais, en Saint-Sulpice-la-Forêt). On peut trouver parfois une cheminée sur un autre bâtiment du même alignement ou de la cour. Quant aux escaliers, il est rare d'en trouver et, lorsqu'il y en a, ils sont en bois, comme les cheminées.

    Le matériau de prédilection est la pierre ou la terre, plus rarement la "terrasse" (torchis et pans de bois) ou les colombages au nord du canton, avec souvent des ouvertures en pierre de taille ("en taille"). La couverture du bâtiment principal (demeure et étable) est en ardoise (seule la ferme de l'Oriolais, en Ercé-près-Liffré, a encore une partie couverte en paille en dépit de son statut d'ancien manoir). Les refuges à porcs sont généralement en terre sur solin de pierre et sont presque toujours couverts en paille/chaume, ce qui témoigne du moindre soin que l'on porte au "confort" de leurs hôtes. Les hangars sur poteaux de bois et couverts en paille sont nombreux ; ils renferment souvent le pressoir. Le sol des greniers est le plus souvent en terre, parfois doublé de branchages, plus rarement d'un plancher ; il est fréquemment de mauvaise qualité, voire peu fiable.

    En définitive, on fait face à une grande variété dans les dimensions, dans la qualité des matériaux, dans le confort, ce qui semble témoigner de qualités de vie très variables au sein du monde paysan de cette époque.

    Les demeures d'artisans ou de rentiers (dans les bourgs) et les maisons nobles connaissent la même organisation des bâtiments. Plus vastes et plus complexes que les fermes, on y trouve une pièce par fonction dans le bâtiment principal : cuisine, salon, cellier, vestibule, cave au-dessous, chambres et cabinets au-dessus, greniers. Quatre niveaux peuvent être superposés, du sous-sol aux combles, reliés par un ou plusieurs escaliers en bois voire en pierre, menant jusqu'aux greniers. Les divisions intérieures sont des murs de refend ou des cloisons de bois, et les portes de communication intérieures sont nombreuses, tout comme les fenêtres et lucarnes, tant en façade qu'en pignon. Les étages sont souvent planchéiés ou carrelés. Les matériaux de construction et de couverture sont toujours les mêmes (les meilleurs, ? ...) : pierre et ardoise. Il est fréquent de rencontrer plusieurs cheminées au rez-de-chaussée et au moins une à l'étage, partageant ou pas la même souche de cheminée.

    Les maisons connaissent des pièces ou des dépendances consacrées à des fonctions "originales" : buanderie, charbonnier, etc. Les dépendances peuvent aussi être des latrines voire un refuge à porcs.

    Presbytères et chapellenies possèdent, eux, des bâtiments agricoles supplémentaires : étable, pressoir, écurie, etc. Hormis la présence éventuelle d'une chapelle, ce sont ces éléments-là qui distinguent la maison de prêtre ou de chapelain d'une maison classique.

    Les moulins sont généralement constitués de deux pièces principales : salle du moulin (parfois haute) et pièce de demeure, avec un grenier au-dessus, au moins sur la demeure. Dans seulement deux cas sur les sept répertoriés sur le canton, la demeure se situe dans un autre bâtiment, associée à des bâtiments agricoles formant une petite exploitation. Dans l'un de ces deux cas (le moulin de Liffré), une pièce à côté de la salle du moulin est consacrée au dépôt des sacs. Les moulins comportent souvent des ouvertures plus nombreuses que les fermes, notamment des fenêtres vitrées, afin de faciliter le travail qui s'effectue ici en intérieur, à la différence des fermes. Ces bâtiments principaux sont exclusivement en pierre et couverts en ardoise.

    Des bâtiments d'élevage sont très souvent associés au moulin : refuge à porcs, étable. Dans cinq voire six cas sur sept, on trouve une écurie, ce qui témoigne de l'importance du cheval, animal de trait pour le transport des grains et marchandises, au contraire des fermes où le bovin est l'animal roi pour l'élevage et les cultures.

    Il faut ajouter qu'il n'est fait mention que de moulins à eau, bien entendu.

    Fours et puits ne sont pas des bâtiments caractéristiques de l'un ou de l'autre de ces types, puisqu'on les trouve dans chacun à proportion égale. Les puits se rencontrent dans tous les lieux, sauf près des moulins. Les fours sont fréquents dans les fermes, mais pas uniquement là.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Ille-et-Vilaine : 1 Q 365. Procès-verbaux d'expertises et des ventes, Ercé-près-Liffré.

Documents figurés
  • Plan cadastral napoléonien. Section A dite du Bordage, 1ère feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral napoléonien. Section A dite du Bordage, 2e feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral napoléonien. Section B dite du Haut Chemin, 1ère feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral napoléonien. Section B dite du Haut Chemin, 2e feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral napoléonien. Section C dite du Plessix, 1ère feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral napoléonien. Section C dite du Plessix, 2e feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

  • Plan cadastral napoléonien. Section C dite du Plessix, 3e feuille. Levée par M. Cheval, géomètre, 1826, échelle 1/2500e. (A.D. Ille-et-Vilaine).

Bibliographie
  • SEBILLOT, Paul. Ercé-près-Liffré et le Château du Bordage. Imprimerie Lafolye, Vannes, 1895.

  • GUILLOTIN DE CORSON. Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne. reprise de l'édition de 1898, Le Livre d'histoire, Paris, 1999.

    p. 59-68
  • BANÉAT, Paul. Le Département d'Ille-et-Vilaine Histoire Archéologie Monuments Rennes : Librairie Moderne J. Larcher, 1927-1929.

    t. 1
  • TULOT, Jean-Luc Une église réformée du pays rennais au XVIIe siècle : le Bordage à Ercé-près-Liffré, Société archéologique d'Ille-et-Vilaine, Bannalec : imprimerie régionale, 1992.

    t. 94, p. 107-121