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Présentation de l'île de Ouessant

Dossier IA29131296 réalisé en 2014

Condition d'enquête :

L'enquête d'Inventaire des patrimoines culturels de l'île de Ouessant s'est déroulée en mai et juin 2014. Les 619 données issues de la première phase de recensement sont consultables à l'adresse suivante : http://kartenn.region-bretagne.fr/mviewer/?x=-568356&y=6183246&z=13&l=Pays%252CRecensement%2520local&lb=osm1

Ce travail vient compléter les précédents travaux d'Inventaire réalisés sur les thématiques des Phares (Jean-Christophe Fichou et Francis Dreyer) et sur les fortifications du littoral (Guillaume Lécuillier) ; travaux accessibles sur ce même site.

Situation : L'île est orientée nord-est, sud-ouest et mesure 7,5 km d'est en ouest et 3 km de sud au nord. Sa situation géographique à la pointe de l'Europe et la force des courants, dont le From veur, définissent son identité, son occupation humaine et ses paysages.

Ouessant est un passage obligé entre Europe du Nord et Europe du Sud dès le début de la protohistoire. Sa situation géographique la rend incontournable des axes d'échanges internationaux à l'entrée de ce qui est actuellement nommé le rail de Ouessant. Les liens cultuels, culturels, économiques avec le continent et les voyageurs, passant au large ou s'y arrêtant, font de Ouessant une île dont le degrés d'"insularité" varie selon les époques.

Paysages de Ouessant :

Landes et friches, vallons, terres de pâtures, anciennes carrières, murets, retenues d'eau : le paysage de Ouessant porte la trace de l'activité humaine, des économies passées et des aménagements actuels. La nécessité de signaler les dangers en mer, à l'approche de l'île, a constitué des éléments marqueurs du paysage.

Composition géologique de l'île :

Leucogranite, granite porphyroïde rose, michaschiste de la zone centrale, granite de Porsgwen et micaschiste, gneiss, quelques zones d'argile, graphites à Pen ar Roc'h et kaolins du Stiff.

Etymologie :

L'île de Ouessant est connue depuis l'antiquité sous deux noms différents Uxisama, nommée ainsi par Strabon, et Axantos, nom utilisé par Pline l'Ancien. De ces noms procèdent les noms de Eussa en breton et de Exsent (13e siècle), Ayssant, Aissent (16e siècle) pour la forme française. La variante Ouessant s'explique, selon Bernard Tanguy, par la graphie Uxantis au 4e siècle. Uxisama est un superlatif de uxo "haut" en gaulois ou "au-dessus de" : ce qui est topographiquement et géographiquement parlant ; Ouessant étant l'île la plus haute de l'archipel.

Archéologie :

Le site archéologique de Mez Notariou est découvert en 1988 lors de l'aménagement d'un lotissement. Depuis lors, fouilles et analyses ont apporté de nombreuses indications sur le passé de Ouessant dont l'occupation humaine aurait été plus ou moins continue pendant 4 000 ans.

Le site de Mez Notariou : les fouilles ont permis d'identifier un village du 1er âge du Fer couvrant 600 m² et accueillant une quarantaine de maisons hébergeant de 200 à 400 habitants. Des dalles de granite ou de micaschiste ont été mises à jour parmi les fondations du village. Leur mise en oeuvre daterait du l'âge du bronze.

Les conclusions actuelles sont présentées au musée des Phares et Balises au Creac'h.

Sur la pointe de Pen ar land sont visibles les vestiges d'un cromlech identifié comme "un temple astronomique" en 1989 par les archéologues J. Briard et M. Le Goffic. A Pen ar Land se trouvent les vestiges d'un établissement portuaire romain.

Quelques repères historiques : En raison du grand nombre d'ouvrages traitant de l'histoire de Ouessant nous avons choisi de ne présenter ici que quelques repères. L'objectif de l'enquête d'Inventaire étant l'analyse des patrimoines observés sur la base d'une bibliographie consultée et non la rédaction d'une monographie historique.

6e siècle : Premiers chrétiens à Ouessant, Saint-Pol-Aurélien, Saint Gildas et Saint Guénolé ont marqué la toponymie de Ouessant : Locqueltas, Lampaul.

13e siècle : Propriété de l'évêché du Léon, l'île de Ouessant est fréquemment la proie des invasions anglaises et d'extorsions de pirates. La position géo-stratégique de Ouessant est mise en avant lorsqu'en 1242 Louis IX ordonne au duc de Bretagne, et aux gardes de Ouessant, de donner la chasse aux Anglais.

Début 14e siècle : Les Bayonnais exploitaient une sécherie sur l'île de Ouessant. Dans un contexte de guerre de 100 ans et de succession du duché de Bretagne, Ouessant est ravagée en 1388. Ouessant dépend alors de la famille du Chastel, dépendant de l'évêque du Léon. Le seigneur du Chastel reconstruit église, chapelle et château.

15e siècle : 1454, le château est de nouveau pillé. Le château, dont il ne reste que quelques traces, a été reconstruit au 15e siècle avant de tombé progressivement en ruine au cours du 18e.

Fin 16e : La branche du Chastel rejoint celle des de Rieux, seigneur de Sourdéac. Soutien d'Henri IV, celui-ci facilite l'acquisition de Ouessant par René Rieux de Sourdéac, gouverneur de Brest. Ouessant est érigé en marquisat. Canons et troupes sont envoyés à Ouessant pour sa défense. La garnison fut supprimée en 1589 en échange d'une surveillance faite par les habitants. Le premier grand moulin est érigé à cette même époque.

17e siècle : Missions évangélistes de Michel Le Nobletz (1610) et de l'abbé Maunoir qui décrit "l'île [qui] abonde en moutons, vaches, chevaux et céréales de toutes sortes. Les hommes se livrent à la pêche, les femmes au travail de la terre. Pour aviver le feu, on emploie cette herbe marine [...], de la bouse de vache séchée au soleil et des mottes d'une certaine sorte de terre." 1681 : Vauban fait établir un projet de mise en défense de l'île. Construction du phare du Stiff.

18e siècle : Contexte de la guerre de succession d'Espagne (1702-1713). 1764 : Louis XV achète l'île au Marquis de Rieux. La création de la ville-arsenal de Brest fait de Ouessant un élément clé de la surveillance et de la défense de la Rade de Brest. Les gouverneurs et juges de Ouessant sont nommés par le roi de France en raison de cette importance géo-stratégique.

19e siècle :

L'île sous le second Empire :

"M. Le sous-préfet fait connaître au conseil qu'il est venu apporter la bonne nouvelle des libéralités que leurs altesses Impériales viennent de faire spontanément à l'île, concernant l'hôpital et la maison de charité [...]le sous-préfet est venu lui-même sur les lieux étudier l'ensemble des améliorations à entreprendre dans l'île et concerter avec les habitants sur le programme des projets qu'il convient de tracer et d'exécuter pour le perfectionnement moral et le bien-être des habitants." (1861)

Ce siècle voit la construction des phares, des corps de garde, de ports, de chapelles, de l'église, des écoles. Constructions et évolutions qui perdurent au début du 20e siècle.

Début 20e siècle :

La présence sur l'île de l'administration de la Marine, de la Guerre et des Ponts et Chaussées est importante.

Les travaux du fort Saint-Michel débutent en 1902 réalisés par l'entreprise brestoise Gardet. Les matériaux sont acheminés par un petit train mis en place depuis le port de Lampaul. De nombreux problèmes d'expropriation sont signalés. L'aménagement du champ de tir en 1901 sur la pointe de Cadoran engendre des conflits avec les habitants. Ces nouvelles constructions ont pour conséquence de modifier les axes de circulations et leurs abords proches.

Les conséquences sont aussi environnementales : Les galets de la plage du Corz y sont extraits pour construire les casernes et le fort.

La forte présence des troupes entraînent une modification du tissu économique, social et culturel par, entre autres, l'augmentation du nombre des débits de boisson : 17 dont 10 au bourg et 2 à côté de la caserne en 1914.

Farine et grains sont stockés dans le prétoire de la justice de paix et la salle de mairie. Les troupes sont logées chez l'habitant ou dans les anciennes chapelles désaffectées avant la construction des casernes de Kernigou.

Les données issues des recensement de la population :

1800 (1510) ; 1821 (1851) ; 1831 (2032) ; 1841 (2194) ; 1851 (2271) ; 1861 (2391) ; 1872 (2377) ; 1881 (2364) ; 1891 (2490) ; 1901 (2717) ; 1911 (2953) ; 1921 (2586) ; 1931 (2439) ; 1946 (223) ; 1962 (1940 ) ; 1975 (1450) ; 1999 (926) ; 2010 (871)

L'étude des recensements de la population au 19e siècle met en évidence que la fonction agricole est féminine. Peu d'exception en 1856, un peu plus en 1911 où on dénombre ménagères, repasseuses et commerçantes souvent en lien avec la présence du régiment colonial. Les hommes sont essentiellement marins (320 en 1911) mais aussi agriculteurs (91) et quelques uns sont commerçants, employés ou artisans. D'autre part, l'activité de pêche semble être un complément aux revenus familiaux. Quelques métiers sont exercés par les continentaux : les Ouessantins absents, puisque pour l'essentiel en mer, les activités annexes sont prises par d'autres.

Françoise Péron précise que si le bourg se développe au début du 20e siècle c'est en raison de l'arrivée et de l'implantation d'une population venant du continent entre 1850 et 1914. Il semblerait qu'il y ait eu une différence socio-professionnelle entre le bourg et le reste de l'île.

Production et pratiques alimentaires :

Contrairement aux îles voisines, Sein et Molène, Ouessant est une île essentiellement agricole. Piganiol de la Force en fait cette description en 1753 :

"Le terrain en est assez fertile et fournit abondamment en nourriture aux besoins des habitants, qui peuvent se compter au nombre de six ou sept cents. Ils ne tirent presque rien de la terre ferme, se contentent de ce que la nature leur offre chez eux sans beaucoup de peine ni de contrainte."

Aussi, alors que la démographie augmente, l'île exporte au 19e siècle céréales et bétail. Joseph Victor Edouard Tritschler, maître d'oeuvre de la construction de l'église paroissiale, dans un article publié en 1863, estime que l'exportation de la production représente le tiers de ses récoltes en plus des ventes d'agneaux, de brebis et de poulains. Jean-Baptiste Ogée, dans son dictionnaire indique que "ce territoire est fertile en grains, on y voit des pâturages excellents, beaucoup de bétail, surtout des moutons, des vaches et des petits chevaux vigoureux. A l'exception du vin dont ils manquent, ces habitants heureux pourraient se passer du reste de l'univers."

En 1851 on dénombre 6 000 moutons, 674 vaches, 427 chevaux, 700 cochons environ pour une population de 1981 habitants soit 513 ménages. Petits pois, carottes, seigle, orge, pommes-de-terre, blé et avoine sont cultivés sur les 750 hectares. 800 hectares sont dédiés aux pâtures. Le sillon, qui marque encore le paysage ouessantin, en est la mesure : 1 sillon = 1.33 ares qui se divise en pas : 1 pas = 1/100 de sillon.

En 1880 plus de la moitié de la surface cultivable est consacrée à l'orge soit 440 ha qui produisent en moyenne 15 400 hectolitres. 125 hectares sont consacrés à la pomme de terre pour 29 000 hectolitres produits.

Le poisson entre aussi dans l'alimentation traditionnelle des Ouessantins. Séché et salé pour les provisions d'hiver, les congres et lieus et autres poissons accompagnés de pommes de terre et de laitage composent les 5/6e de l'alimentation.

Les moyens de transports/liaisons avec l'île/continent :

La mise en place d'une desserte régulière par bateau se fait en 1882. En 1948, il faut 4 heures pour rejoindre le continent. C'est à cette période que la réflexion d'une liaison aérienne se met en place pour aboutir en 1955.

Vers 1870 : 10 à 12heures de traversée.

La Louise : 1881 à 1915, vapeur de 24 tonneaux (3 heures de traversée.)

L'île de Ouessant : 1917-1924 ; la liaison devient un service départemental.

Enez-Eussa : vapeur construit en 1905, acheté par le Conseil Général en 1925, navigue jusqu'en 1960.

Enez-Eussa II de 1961 à 1991.

From Veur : 1977-2011.

Enez Eussa III : depuis 1991.

Tourisme à Ouessant :

Beaucoup de voyageurs artistes peintres, écrivains passent par Ouessant à la fin du 19e et au début du 20e. En 1904, L. Coudurier publie un guide touristique de Brest et ses environs. L'été, la compagnie des Vapeurs brestois organise des traversées vers l'île. Dès 1931, le conseil municipal demande à être "station touristique" et en 1932 la pointe de Pern est inscrite à l'inventaire des sites. L'image touristique, pour ne pas dire stéréotypée, de Ouessant, s'est donc construite il y a maintenant plus de 100 ans.

Ouessant : plusieurs protections réglementaires

ZPPAUP

Réserve mondiale de Biosphère

Natura 2000

ZNIEFF

Site classé

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Adresse Commune : Ouessant

Références documentaires

Documents d'archives
  • Le recensement de la population de la commune de Ouessant de 1836 à 1946.

    Archives départementales du Finistère : 6 M 488-490
Bibliographie
  • Françoise, PERON, (ss dir.). Le patrimoine maritime, construire, transmettre, utiliser, symboliser les héritages maritimes européens. Ed. PUR, 2002.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Françoise , PERON. Ouessant, L'île sentinelle, vie et traditions d'une île bretonne. Le Chasse-Marée, Armen, 1997.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Dictionnaire du patrimoine breton. Dir. Alain Croix et Jean-Yves Eveillard. PUR, 2013.

  • CASTEL, Yves-Pascal. Atlas des croix et calvaires du Finistère. Société archéologique du Finistère, 1980.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Archéologie d'une île à la pointe de l'Europe : Ouessant. Tome 1 : le site archéologique de Mez-Notariou et le village du premier âge du Fer. Ss dir. Le Bihan, Jean-Paul. Centre de Recherche Archéologique du Finistère. Revue Archéologique de l'Ouest. 2001.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Louis, BRIGAND. Les îles du Ponant, histoires et géographie des îles et archipels de la Manche et de l'Atlantique. Ed. Palantines, 2002.

    Université de Bretagne Occidentale
  • Piganiol de la Force. Nouvelle description de la France. Tome 8. Paris, 1754.

    p. 388
  • Françoise, Péron. Des îles et des Hommes, l'insularité aujourd'hui. Editions de la Cité, éditions Ouest-France, 1993.

  • Daniel, COLLET. Phares du Ponant, l'éclairage des Cötes du Finistère de la fin du 17e siècle à 1920. Ed. Skol vreizh, 1992.

  • Françoise, PERON. Ouessant, Chronique de l'île haute. Ed. Palantines, 2012.

  • Vincent, GUIGUENO. Au service des phares, la signalisation maritime en France XIXe-XXe siècle. PUR, 2001.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Odette, du PUIGAUDEAU. Grandeur des îles. Ed. Juillard, 1989.

  • Odette, du PUIGAUDEAU. Grandeur des îles. Ed. Juillard, 1989.

Périodiques
  • Merlat, Pierre. Les noms d'Ouessant. In Annales de Bretagne. Tome 62, numéro 2, 1955.

  • GAUTIER, Marcel. Un type d'habitation rurale à fonction « industrielle ». Les moulins de Bretagne et de Vendée . In: Norois. N°63,1969.

    pp. 387-414
  • PERON, Françoise. Ouessant : deux siècles et demi de démographie insulaire (1734-1985) in Norois. N°131, 1986.

    pp. 313-333.
  • BRIGAND, Louis, LE BERRE, Iwan. L'usage de l'espace à Ouessant au milieu du XIXe siècle in Norois. N°164, 1994.

    pp. 535-545
  • CHAURIS, Louis. Problèmes d'insularité : origine des pierres de construction à Ouessant In Norois. N°153, 1992.

    pp. 45-55
  • LE BIHAN, Jean-Paul, GUERMEUR, Yvon, Aux origines d'Ouessant, le village de Mez Notariou, in Ar Men n°70, septembre 1995

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • CHARTIER-LE FLOCH, Erwan, Ouessant au coeur de l'Europe de l'âge du Bronze in Ar Men n° 176, mai, juin 2010.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Thomas CHIRON. Les îles de Bretagne et leurs ressources en eau : trois siècles de gestion communale (XVIIIe-XIXe siècle) in Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 116-2, 2009.

  • GOURMELON, Françoise, BIORET, Frédéric, BRIGAND, Louis. SIG et usages des sols : l'île d'Ouessant de 1952 à 1992 in Mappemonde n°4, 1995.

Liens web