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Presbytère (Javené)

Dossier IA35132122 inclus dans Le village de Javené réalisé en 2014

Fiche

Á rapprocher de

Dénominations presbytère
Aire d'étude et canton Fougères sud - Fougères Sud
Adresse Commune : Javené
Adresse : 6 rue du Couesnon
Cadastre :

Ce texte a été rédigé à partir des travaux de recherches menés par Marcel Hodebert

L'ancien presbytère, construit en 1720, nécessitait des réparations au début du 20e siècle. A cette époque, le recteur Joseph Bizeul légua un capital de 22.000 francs à la paroisse destiné à la création d'une école de jeunes filles. Finalement, ce capital fut utilisé pour la construction d'un nouveau presbytère. En effet, devant le mauvais état du presbytère et la nécessité d’y effectuer de nouvelles réparations, face aussi à son éloignement de l’église, il fut décidé qu’un terrain serait acheté près de celle-ci et qu’on y élèverait une nouvelle construction.

Dès l’année suivante, le bâtiment était achevé et, à la Toussaint 1902, la cure déménagea de l’ancien presbytère pour le nouveau qui, dès lors, restera propriété privée, indépendante de la commune. Considérant que la commune n’avait pas participé à la construction de ce nouveau presbytère et que celui-ci avait été édifié aux seuls frais de la paroisse, évoquant aussi le devoir légal qu’avait la commune de pourvoir au logement gratuit des prêtres de la paroisse, le recteur Magloire Denoual, en accord avec l’archevêque de Rennes, demanda la jouissance de l’ancien presbytère en dédommagement. Cette demande n’eut pas de suite, car la municipalité considéra que cette nouvelle construction n’était pas obligatoire et que l’ancien presbytère, même vétuste, existait en tant que tel. La commune garda l’ancien presbytère et le loua dès 1903, en se réservant toutefois la possibilité d’y reloger le clergé si nécessaire.

Avec la Loi de séparation des Églises de l’État de 1905, la polémique entre les deux autorités, religieuse et municipale, ne s’estompa pas. La commune mit finalement en vente l’ancien presbytère en 1920.

C'est l'abbé Magloire Denoual, nommé recteur de Javené en1901, qui fut le «constructeur» du nouveau presbytère et le rédacteur de cet «historique» du bâtiment :

(Extrait du livre de paroisse)

« CONSTRUCTION ET HISTORIQUE DU NOUVEAU PRESBYTÈRE »

"Le 18 avril 1901, M. l’abbé Biseul, recteur de Javené, frappé de paralysie se retirait à Montreuil des Landes pour y terminer sa vie. Ce bon prêtre avait fait des économies pendant son rectorat de 26 ans et les avait placées à la banque Briand de Fougères. Avec les rentes annuelles et le fond de la caisse de la fabrique, il avait un total de 22.000 francs. Dès la première entrevue de son successeur avec M. le chanoine Lebret, vicaire général de Son Éminence le cardinal Labouré, il fut question de l’emploi de ces économies. Continuer le placement est impossible, dit M. le vicaire général, car je sais de M. l’abbé Sauvage, curé doyen de Saint-Léonard de Fougères, que ladite somme tient lieu de fonds secrets. Par malheur, par suite de l’indiscrétion d’un employé de la banque, il y a eu divulgation du placement. Donc, il faut avec habileté et sans bruit retirer cette importante réserve et la mettre en lieu plus sûr, sans compromettre M. l’abbé Biseul et le Conseil de fabrique. Mais comme la population est informée de la somme qu’elle croit même supérieure, il nous faut une dépense extérieure, autrement on pourrait demander compte de l’emploi de cet argent. Que faire ? Les écoles ne manquaient ni pour les garçons ni pour les filles, mais elles étaient devenues communales et alors l’enseignement devait être neutre. Une école religieuse n’était-elle pas nécessaire ? Assurément le projet eut été magnifique, mais déjà il y avait eu tentative d’une école de garçons et cinq ou six frères de Ploërmel avaient échoués par défaut d’une vie sérieusement religieuse. Les derniers ayant même quitté la congrégation du Bienheureux Jean Marie de Lamennais pour contracter mariage au su des paroissiens, il ne fallait pas songer à recommencer après un pareil échec. Ne fallait-il pas se tourner vers une école de jeunes filles ? Là, le succès eut été plus facile, mais la population ayant une bonne institutrice laïque qui élevait religieusement les enfants malgré la teneur de la loi, et qui donnait une bonne instruction, en sentait d’autant moins le besoin qu’elle n’avait jamais ressenti les bienfaits de la présence des religieuses. On avait eu seulement dans le passé quelques sœurs du Sacré-Cœur, bonnes et saintes filles de la paroisse portant le costume laïque, mais de vraies sœurs enseignantes étaient inconnues. De plus, à cette époque, par suite de l’établissement par M. le comte de La Riboisière, principal propriétaire de Javené, de grandes fermes, il y avait peu de foyers et dès lors, peu d’enfants. Aussi, en plus de l’école maternelle, c’est à peine s’il y avait 25 ou 30 petites filles à l’école principale. Enfin, il n’y avait pas seulement à songer à la construction de l’école, mais aussi à son entretien. Et qui fournirait les fonds ? Par suite de la présence d’une bonne institutrice laïque, les habitants ne seraient-ils pas mécontents d’être obligé de verser une certaine cotisation chaque année pour si peu d’enfants ? Enfin, en ce moment où on discutait fort la loi des congrégations qui devait aboutir à en laïciser la plupart par un refus sectaire d’approbation, n’était-ce pas s’exposer à faire une construction inutile ?Telles furent les raisons principales qui décidèrent M. le vicaire général à détourner le nouveau recteur de la construction d’une école religieuse. Mais que faire de la somme en réserve ? Voyant le mauvais état de l’ancien presbytère et de la nécessité d’une importante réparation, il fut décidé qu’un terrain serait acheté et qu’une nouvelle construction serait faite. Aussi, dès l’année suivante une nouvelle maison était bâtie et, à la Toussaint de l’an 1902, l’ancien presbytère était quitté pour la nouvelle habitation. Mais puisque la commune n’eut pas un sou à débourser dans la nouvelle construction, pourquoi la municipalité réputée catholique de Javené, n’a-t-elle pas tenu à fournir à la fabrique une certaine réparation (A cette époque en effet, les communes devaient encore loger gratuitement les prêtres de la paroisse). Là serait un mystère s’il n’était connu que les municipalités sont égoïstes comme les hommes qui les composent et que même les meilleures sont loin d’être parfaites. Ce fait se produisit donc à Javené comme il s’est produit si souvent ailleurs. Le nouveau recteur, d’accord avec Son Éminence le Cardinal Labouré, avait fait la demande de l’ancien presbytère comme dédommagement de la nouvelle construction faite aux frais de la paroisse sans le moindre déboursé de la commune. Le tout fut promis mais la parole ne fut pas tenue. M. le Maire, d’accord, paraît-il avec M. le Conseiller général, préféra garder l’ancienne maison et laisser la nouvelle à la fabrique, sachant fort bien qu’en cela la commune aurait tout le bénéfice. Ce manque de parole et de loyauté fut regrettable. Comptant en effet sur cet échange, le nouveau recteur s’était déjà entendu avec la communauté des Filles de la Charité et avait pu obtenir, dans des conditions très avantageuses pour Javené, le placement de trois religieuses. Là, aurait eu sa place une sœur garde-malade avec une petite pharmacie et une autre qui aurait appris le travail manuel à nos jeunes filles, avec des leçons d’une école ménagère dont il était déjà question. Et puis, le cas échéant, d’un départ d’une bonne institutrice laïque, ou encore un mécontentement général des habitants contre l’enseignement neutre si souvent à tendance mauvaise, et à l’instant aurait été établie une école libre et chrétienne. Mais à l’impossible nul n’est tenu, ces beaux desseins sont restés à l’état de rêves agréables et ce beau projet s’est évanoui. Que le Bon Dieu dans sa miséricorde pardonne cependant à ceux-là qui en furent responsables. Le nouveau presbytère, situé près du cimetière et de l’église, au bourg de Javené, a d’abord été donné par testament à un prêtre parent d’un recteur qui le fit bâtir en son nom, mais bientôt le testament fut détruit par crainte des frais de mutation. Lors, sur l’avis de Mgr Labouré et de son successeur, il a été vendu également à M. Joseph Morel, de la Nogrix, mais à condition que l’usufruit en restât pendant la vie du recteur constructeur. Tel est le résumé de cette modification apportée aux affaires financières de la paroisse de Javené. Le 9 août 1909 – signé : M. Denoual. Nota Bene – Il est bon qu’on sache aussi qu’une somme de 9.500 francs avait été versée par l’héritier de M. Bordais pour constituer une rente de 105 F dans le but d’acquitter deux services annuels à l’intention du donateur et de ses parents défunts. D’après l’autorisation de Son Éminence le Cardinal Labouré et du Conseil de fabrique, cette somme, placée sur l’État, a été retirée pour la restauration des deux vitraux du Nord de l’église et pour l’achat de l’horloge située dans le clocher. "

On ne trouve pas par la suite beaucoup d’informations sur les travaux réalisés au presbytère, sauf en 1933, où le recteur François David, laisse cette note dans le Livre de Paroisse : « Au mois de mai, commencèrent de grands travaux à l’intérieur du presbytère qui a si grand besoin de réparations. « Monsieur Boitel, plâtrier, et M. Fromentin, peintre, tous les deux de Fougères, font les travaux qui durent un certain nombre de semaines vu leur importance.« L’archevêché a autorisé un emprunt de 8.000 francs à 5% pour aider. Cela suffira-t-il ? Il y a 3.980 F de souscription.« A la date du 31 juillet, les travaux finis, les ouvriers sont payés : Plâtrier : 6.277 F ; peintre : 5.633 F ; menuisier : 202 F ; couvreur : 392 F = 12.651 F ».

Le presbytère resta habité jusqu’au départ du Père Joseph Boulanger pour la maison de retraite de la Chesnardière en août 2008. Lorsque le Père Boulanger mourut le 22 mars 2009, ce furent ses neveux qui en héritèrent. Le presbytère a été vendu par l’archevêché à la commune de Javené en 2012.

Le bâtiment présente les caractéristiques de l'architecture des premières années du 20e siècle : régularité des percements, organisation des façades en travées...

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle
Dates 1902, daté par travaux historiques

Le bâtiment est élevé en moellon équarri en façade antérieure (sud) alors que la façade postérieure (nord) est traitée en simple moellon. Les encadrements de baies et les chainages d'angles sont traités en pierre de taille de granite. Le toiture à longs pans est couverte d'ardoise.

Le bâtiment est composé d'un corps central s'élevant sur trois niveaux : rez-de-chaussée, premier étage et comble. Les baies quadrangulaires forment trois travées ; le comble est éclairé d'une lucarne surmontée d'une croix en granite. Les deux ailes latérales ne possèdent qu'un rez-de-chaussée surmontées d'un comble éclairé par un oculus en zinc.

Murs grès moellon
granite pierre de taille
schiste moellon
Toit ardoise
Étages 1 étage carré
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans
États conservations état moyen
Statut de la propriété propriété publique

Références documentaires

Bibliographie
  • Le patrimoine des communes d'Ille-et-Vilaine. Paris : Flohic éditions 2000, 2 tomes, (Le patrimoine des communes de France).

Périodiques
  • Bulletin et Mémoires du Club Javenéen d'Histoire Locale