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Photographie aérienne de la baie d'Yffiniac

Dossier IM22003190 réalisé en 2003

L'estran : une richesse pour l'agriculture :

Dès la fin du 15e siècle, les « Grèvassins », habitants des grèves, prélèvent les richesses de l´estran pour subvenir à leurs besoins.

Ils s´organisent, inventent outils et savoir-faire : leurs activités se partagent entre terre et mer.

La baie d'Yffiniac : un site privilégié pour les hommes

Les baies qui s´incrustent profondément dans les terres sont des lieux propices au peuplement.

Dans le fond de baie de Saint-Brieuc, les vestiges archéologiques d´époque gallo-romaine indiquent l´existence de ports d´échouage aux embouchures des trois rivières, un peuplement et des activités commerciales assez denses. Quelques récits historiques et légendaires relatent l´arrivée et l´installation d´aventuriers sur le rivage tout au long de l´histoire.

Très tôt, dès le 15e siècle, les Grèvassins s´organisent pour développer des activités liées à l´estran : les sauniers font du sel à partir du sable et se spécialisent dans le commerce, d´autres pratiquent la pêche à pied, l´élevage sur les prés-salés ou l´agriculture. Ces pratiques de « cueillette » sur l´estran semblent bien cohabiter sur un territoire assez restreint.

Les premiers polders et l'appropriation du Domaine Public Maritime (DPM)

Dès la fin du 18e siècle, les Grèvassins voient l´intérêt de cultiver de riches terres alluviales en gagnant des parcelles sur le domaine maritime : les polders.

A Pissoison (Hillion), un riche fermier élève une digue de 2,5 km de long à l´aide de mottes prélevées sur l´estran, pour assécher des parcelles cultivables.

Comme la qualité de la terre de l´estran favorise la culture légumière, les fermiers développent et parcellisent les polders. Ils installent leurs maisons au contact du marais et deviennent rapidement propriétaires des polders qu´ils entretiennent.

Dénominations photographie
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Langueux
Adresse Commune : Langueux
Lieu-dit : Boutedville
Adresse : rue de la Briqueterie

La baie de Saint-Brieuc Cette photographie du fond de baie, côté Langueux, permet de distinguer la topographie de la baie d'Yffiniac : la circulation des eaux (hydrographie marine de la baie), les terres gagnées sur la mer, les polders, les formes d'habitat groupé, les voies de circulation, la digue. Conséquence de l'activité des salines et de l'essor du maraîchage, la moitié de la population langueusienne est concentrée sur la frange littorale dés la fin du 18e siècle. Les maisons sont perpendiculaires au rivage pour se protéger de la mer et des vents. Aujourd'hui, l'organisation de l'habitat aux Grèves montre toujours l'étroite relation des hommes avec l'estran. La baie de St Brieuc est une vaste étendue sablo-vaseuse entre terre et mer. Le fond de la baie est cerné par la pointe du Roselier à l´Ouest, Morieux à l´est, Yffiniac au Sud. Cinquième baie au monde et deuxième en France pour l´importance des marées, la mer découvre lors des grandes marées 2000 ha de sable. Cette portion du littoral comprise entre les plus hautes et les plus basses mers s´appelle l´estran. Cet estran est parcouru de « filières « (chenaux d´écoulement des rivières et des marées) qui se déplacent en fonction de la sédimentation. Milieu riche et fertile, les vasières du fond de baie sont le point de départ de nombreuses chaînes alimentaires. La richesse écologique et la biodiversité de toute la baie dépendent de l´estran. Les espaces littoraux remarquables Les sites littoraux remarquables de la commune de Langueux représentent une surface totale de 465 ha 17, dont 351 ha 77 entièrement sur le DPM (marais maritime de l'anse d'Yffiniac), 2 ha 38 de polders (végétation des digues), 73 ha 13 de coteaux et vallons de Boutdeville, La Cage (falaises et abords, zones boisées proches du rivage) et 37 ha 89 de zones boisées sur le Vau Hervé et les vallées de Douvenant. Cette anse naturelle fait partie de l'ensemble paysager, écologique et biologique du fond de la baie de Saint-Brieuc (unité paysagère, intérêt botanique, géologique). Elle fait partie de la Réserve Naturelle, avec un niveau de valeur européen pour l'avifaune hivernante (ZNIEFF type I et II, ZICO). Les usages traditionnels de pêche à pied, de pacage sur les herbus et d'agriculture littorale maintiennent des relations ethno-écologiques avec cet espace côtier. Cependant, le phénomène d'eutrophisation des eaux de la baie, liées aux marées vertes posent le problème de l'industrialisation de certaines activités agricoles et de la rurbanisation du littoral (proximité de la Grève des Courses). La réponse passe certainement par la maîtrise de la qualité de l'eau des bassins versants, et le maintien de zones-tampons entre la Réserve Naturelle et les zones urbanisées (polders, activité agricole extensive). Les projets d'aménagement Depuis 1760 et pendant plus de deux siècles, le fond de la baie a été menacé par divers projets d´assèchement ! Les premiers visaient à y développer l´agriculture. Cette vaste étendue dégagée à marée basse suscite des convoitises. Cependant, la construction d´une digue viendrait en opposition avec les intérêts des sauniers et des seigneurs locaux. En 1762, Lefebvre de la Brulaire, un riche propriétaire, commence la construction d´une digue de 3.5 km de long et 230 m de large entre la Pointe d´Hillion et celle du Roselier . Les terres cultivables gagnées par la digue lui reviennent en échange d´une redevance au roi. Le projet est abandonné cinq ans plus tard sous des protestations des sauniers qui avaient besoin du sable de l´estran pour fabriquer le sel. Usagers de l´estran : vers la défense d´un intérêt commun En 1833, le nouveau projet d´endiguement de la baie a suscité l´opposition, à la fois des sauniers, et des autre usagers de l´estran. Les maraîchers y prélèvent la marne, les habitants de Cesson y nourrissent leurs cochons et les éleveurs y trouvent d´excellents prés-salés. Par ailleurs, les salines, plaque tournante de l´économie locale, procurent des revenus à une grande partie de la population des communes environnantes. Ainsi, exploitants de marne, commerçants du bois, maraîchers, éleveurs, négociants furent tous solidaires des sauniers contre le projet d´assèchement. Les maraîchers avaient l'habitude de prélever de la marne tant pour amender leurs terres que pour consolider la digue, combler et assécher leurs parcelles, souvent inondées par les grandes marées, enfin pour faire barrage à la mer. Pour exemple : la demande de concession de Jean Allouis en 1888, sur les bords de la rivière de l'Urne, en Langueux, pour y prendre des mottes destinées à soutenir ses terres. En 1904, François Le Corguillé demande aussi une concession sur le DPM afin de réparer les dégâts causés aux digues par la mer. Cette forme d'appropriation pratique et symbolique des marais littoraux va permettre de mettre en parcelle ces terres marines et de cadastrer une partie de l'estran poldérisé.

Période(s) Principale : 4e quart 20e siècle
Dates 2000
Auteur(s) Auteur : Rossini, photographe

Photographie : tirage papier en couleur.

Catégories topographie
Matériaux papier
Précision dimensions

l = 18 ; la = 24

Statut de la propriété propriété d'un établissement public

Annexes

  • La poldérisation :

    La poldérisation a été le thème important de la politique agricole au début du 19e siècle.

    1. Origine de la transformation des marais en terres cultivables :

    Les hommes ont transformé les terres marécageuses (marais), non recouvertes par la mer aux grandes marées, en terres cultivables : les « morées » dès la fin du 18e siècle.

    En 1823, un fermier propriétaire d´une portion de marais à Hillion décide de l´assécher en élevant une chaussée de 400 mètres de long, 2, 50 mètres de large et 1 mètre de haut dans la partie du marais en contact avec la mer. Les travaux furent encouragés par la société d´agriculture de Saint Brieuc. Les récoltes de froment et d´orge effectuées l´année suivant les travaux, furent relativement abondantes.

    Suite à cette initiative, des polders furent réalisés à Yffiniac, Hillion et Langueux. Outre le développement des cultures, la poldérisation a permis l´accès des fermiers à la propriété des terres asséchées à leur charge. Le polder des Grèves a été entièrement parcellisé et les maisons se sont installées au contact du marais et du versant littoral. Les parcelles, exiguës, faisaient en moyenne 3,10 ha par propriétaire.

    Les cultures pratiquées sur les marais au 19e siècle, ont contribué à enrichir les agriculteurs, spécialisés dans les cultures maraîchères.

    2. Réalisation des polders :

    La zone cultivée (polder) est séparée du schorre par des « levées », sortes de digues empêchant l´érosion. Ces levées étaient construites au moyen de mottes prélevées dans la partie du rivage recouverte par la mer aux grandes marées. Ces mottes étaient empilées les unes sur les autres et formaient un barrage résistant qui durait d´assez nombreuses années (du fait des centaines de radicelles qui constituaient une sorte d´armature aux mottes de marne et empêchaient l´érosion). Des bassins de retenue étaient construits devant la levée, remplis par l´eau des ruisseaux à marée haute. Les ruisseaux qui débouchent près des marais ont été déviés, canalisés et équipés d´une « port à la mer ».

    L´entretien de ces nouvelles terres à Langueux était assez aisé en raison de l´exposition favorable des grèves par rapport à la mer. Il en est tout autre à Hillion où les risques d´inondation des marais lors de fortes marées ou d´orages, ont suscité la création d´une association syndicale en 1935 de « Défense contre la mer des terrains situés derrière la digue de Pissoisson à Hillion ». Les travaux d´entretien : curage, redressement des canaux d´assèchement et d´irrigation, réparation de la digue, étaient réalisés par les propriétaires.

    La poldérisation s´est réalisée petit à petit à mesure de la sédimentation marine, ainsi, les sauniers furent obligés d´abandonner le fond de l´anse aux terres cultivables. Aussi, la digue construite à la fin du 18e siècle avait-elle limité l´extension des Salines drainées sur moins de 20 hectares.

  • 20032201093NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2 O 106/1.

    20032201090NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2 O 106/1.

    20032201092NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2 O 106/1.

    20032201091NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2 O 106/1.