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Tour d'observation, fanal puis phare du Stiff, Établissement de signalisation maritime n°621/000 (Ouessant)

Dossier IA29001799 inclus dans Ensemble fortifié réalisé en 2001

"Le deuxième étage servira de corps de garde, lequel percé de deux créneaux, défendra la batterie qui protège le mouillage vers l'Ouest". Garengeau, Projet de tour pour l'île de Batz, 1705.

Les tours fanaux du Cap Fréhel et du Stiff à Ouessant appartiennent à la famille des tours côtières de Tatihou, La Hougue et les Hébihens. En fonction des besoins, la tour d'observation à plate-forme d'artillerie s'adapte pour devenir fanal. Avec moins de 6 mètres soit 4 toises de diamètre extérieur à la base et 15 mètres de hauteur, la tour fanal du Cap Fréhel est la plus petite de la série et la tour du Stiff : 23 mètres (12 toises), la plus haute. Située à cinq lieues de Saint-Malo, la tour du Cap Fréhel se trouve dans l'alignement exact du donjon du Fort La Latte et de la tour des Hébihens. Si l'on s'en tient au plan de Garengeau, la tour n'était pas encore réalisée en octobre 1700. On y trouve outre un magasin en rez-de-chaussée et un corps de garde au premier étage, "le logement de celui qui aura le soin du fanal" au second étage, et la torchère en terrasse. Situé à 15 mètres de hauteur, l'éclairage à l'air libre sur réchaud puis sous lanterne était obtenu avec du bois ou du "charbon de terre".

A Ouessant, le fanal de la tour du Stiff allumé dès 1700 s´élève à 89 mètres au dessus du niveau de la mer. L'édifice servait aussi à la surveillance des deux grands mouillages : Lampaul et le Stiff, situés de part et d'autre de l'île. Vauban prévoyait la construction d'une autre tour d'observation et de signalisation, un port (août 1685) ainsi qu'un fort sur le rocher du Corce à l'entrée de la baie de Lampaul (Projet de Denis de Lavoye fait à Brest le 14 décembre 1685). Enfin, une autre tour fanal était programmée par Garengeau à l'île de Batz en baie de Morlaix. En 1712, l'intendant de la Marine écrivait à son ministre : "Nous n'avons sur la côte que la tour d'Ouessant et le fanal de Saint-Mathieu où il est observé de faire du feu de temps en temps, mais il y a déjà très longtemps qu'on n'y en fait que très rarement, faute de matière pour entretenir le feu".

(Guillaume Lécuillier, 2006).

Appellations Tour fanal (fin 17e siècle), phare du Stiff
Parties constituantes non étudiées jardin, logement, abri
Dénominations phare, poste d'observation, ensemble du génie civil, édifice logistique
Aire d'étude et canton Subdivision de Brest - Saint-Renan
Hydrographies Baie du Stiff
Adresse Commune : Ouessant
Lieu-dit : le Stiff
Cadastre : H 598

Dès le 13e siècle, des postes de guet avaient été placés dans l'île d'Ouessant pour prévenir les attaques des Anglais. Il faudra pourtant attendre la fin du 17e pour qu'un plan spécifique de protection du port militaire de Brest soit entrevu. Une mission d'étude présidée par le chevalier de Tourville et assistée d'un cartographe est envoyée à Ouessant dès 1681 pour étudier l'installation d'un port et de différentes batteries. Vauban en reprend les conclusions et décide d'entreprendre la construction "d'un fanal avec une batterie fermée au pieds de la pointe de Porclas (à l'ouest de l'île) à cause des deux échouages qui sont de part et d'autre... une petite tour à Saint -Michel et un corps de garde au tombeau de Béhault". Ces tours avaient alors plus une fonction de surveillance (militaire ou de la navigation) liée à la protection de navires de la Marine abrités en baie du Stiff. En fait, le projet de Vauban d'un port embusqué ne verra pas le jour, mais dès 1700, le premier phare de l'île s'allumera au lieu dit "tombeau de Béhault".

En 1669, Seignelay, le fils de Colbert qui a repris la charge après le mort du "grand ministre", charge l'intendant de la Marine de Brest d'envoyer sur les lieux "le sieur Herpin, capitaine du port, et le sieur Delavoye pour voir l'endroit où des tours pourraient être le mieux placées et préparer ce qu'il faut pour les faire construire incessamment". Il s'agit de réaliser deux fanaux aux extrémités de l'île pour assurer la sécurité des navires de commerce qui cherchent à entrer dans la Manche. Toutefois, seul le Stiff verra le jour. La tour, dont on ne sait que peu de chose de sa construction, est allumée en 1700. Une mention inscrite dans la Gazette de France de l'abbé Renaudot montre l'importance stratégique de cet allumage puisque le roy Louis XVI lui-même voulait signifier au monde entier sa participation à cette entreprise charitable. Le feu fut semble-t-il allumé épisodiquement puisqu'il ne fonctionnait que les mois d'hiver : du 1er octobre à la fin mars. Le gardien, qui s'appelait Jean Lards, devait alimenter le feu tout en surveillant étroitement le passage des navires. Il en rendait compte par des signaux vers le continent. Pour alimenter le foyer du phare, on utilise principalement du bois ou du "charbon de terre" que l'on fait venir spécialement, par un accord secret, des grandes mines d'Angleterre. La consommation, par mois, était de 40 à 45 barriques de charbons (une barrique pour environ 225kg), d'une corde et demi de bois, de trois cents fagots et trois livres de chandelle. Les gardiens devaient transporter chaque soir l'équivalent d'une quinzaine de paniers de charbon soit près de 100 à 150 kilos/jour. La consommation de charbon atteignait le chiffre impressionnant de 16 tonnes pour six mois. En 1740, une lanterne est installée pour protéger le feu et améliorer son entretien. Toutefois, les plaintes contre un allumage aléatoire restent nombreuses. Pire, en 1717, le feu ne sert plus car il doit être restauré.

En 1780, on envisage sa modification par l'installation d'un appareil à réflecteur du fabricant d'éclairage Tourtille-Sangrain. Le système simplifie l'entretien et assure une consommation régulière et prévisible. Le réverbère de Sangrain est constitué de plusieurs lampions à réflecteurs sphériques montés sur des armatures. Les lampes possèdent des mèches plates qui brûlent de l'huile végétale ou de poisson. Un appareil de 60 réflecteurs est installé en 1782. En 1821, le réverbère est modifié par 12 lampes paraboliques. Enfin, le 16 août 1831, le Stiff est équipé d'une grosse optique de Fresnel à 16 panneaux et miroirs de renvoi.

Période(s) Principale : 4e quart 17e siècle
Secondaire : 18e siècle
Dates 1699, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Molard, ingénieur, attribution par travaux historiques
Personnalité : Vauban, personnage célèbre, attribution par source
Auteur : Garengeau Siméon

- Description architecturale : Hauteur au dessus de la mer : 89 m. Taille générale : 32,40 m. Hauteur de la focale : 28,20 m. Description : Deux tours tronconiques en maçonnerie lisse accolées et orientées Nord-Est-Sud-Ouest, celle du S-O ayant le plus grand diamètre et portant la lanterne avec murette en maçonnerie de pierres apparentes, l' autre au Nord-Est étant surmontée d' une coupole demi-sphérique. Consoles assemblées par des plates-bandes à la terminaison du fût principal et du fût secondaire soutenant la lanterne. Rambarde en pierre et balustrade métallique. Les deux tours forment groupe avec plusieurs bâtiments symétriques comportant des logements. Mur d'enceinte. Terrain 4000 m2. - Description technique : 1er feu : Charbon 1780 : réverbères Tourtile-Sangrain. 1821 : réverbères Bordier-Marcet. 1ère optique : 16 août 1831 : feu à éclat long blanc toutes les 30 secondes de premier ordre de 0,92 m de focale. Autres optiques : 20 janvier 1889 : feu mixte, un éclat rouge alterné avec deux éclats blancs toutes les 20 secondes de focale 0,92 m. - 15 octobre 1926 : feu 2 éclats rouges toutes les 10 secondes, focale 0,70 m. de 4 panneaux au 1/4. Cuve à mercure : 1926. Combustibles : Huile végétale : 1831. Vapeur pétrole : 1905. Électrification : 1957. Automatisation : 1993. - État actuel : Anciennes salles et logements à l' intérieur. Bâtiments, salle des machines et jardins. Lanterne diam. 4 m cylindrique à 3 niveaux - de vitrage sur abri cylindrique en pierres apparentes et encorbellement. Coupole en pierre sur la plus petite tour. Feu rouge à 2 éclats 20 sec. Optique tournante à 2 éclats groupés focale 0,70 m à 4 panneaux au 1/4. Lampe halo 1000W. Portée 24 miles.

Murs granite
ciment
enduit
pierre de taille
moyen appareil
maçonnerie
moellon
Toit granite en couverture
Plans plan radioconcentrique
Étages rez-de-chaussée, 5 étages carrés
Couvrements voûte en berceau
Couvertures terrasse
Énergies énergie électrique
énergie éolienne
produite à distance
produite sur place
États conservations bon état

IA29000450. (c) Ministère de l'équipement, Bureau des phares et balises, 2001 ; (c) Ministère de la culture, Inventaire général, 2001 crédits photo Dreyer, Francis (photographe) - (c) Francis Dreyer ; (c) Ministère de l'équipement, Bureau des phares et balises, 2004 ; (c) Ministère de la culture, 2004.

Statut de la propriété propriété de l'Etat
Protections inscrit MH, 2006/06/01
classé MH, 2011/07/12
Précisions sur la protection

Le phare, à savoir la tour en totalité, les façades et les toitures des bâtiments techniques et de logements ainsi que les murs de clôture de la parcelle d' assise (cad. H 598) : inscription par arrêté du 1er juin 2006.

Annexes

  • Combes (de) (alias Descombes) d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

    "Famille d'officiers de marine dont on ignore l'origine provinciale. Anoblie par lettres royales de mars 1685. D'après l'ingénieur Claude Masse, serait de l'île d'Yeu.

    16..., Michel de Combes.

    1671, Benjamin de Combes, écuyer (à partir de 1685).

    Né vers 1649.

    Famille : - Michel, ingénieur qui précède.

    Marié avec Marie-Françoise Moreau (alias Mahault) de Tierceville, fille de Quentin ; d'une famille de parlementaires normands.

    Plusieurs enfants parmi lesquels Pierre-Benjamin, gouverneur de Gisors, mort en 1746.

    Mort à Caen le 13 juillet 1710, âgé de 61 ans.

    Prit la mer dès sa dixième année.

    Confié par son père [patron de barque de l'île d'Yeu : ? ] au grand amiral hollandais Ruyter qui lui inculqua des notions d'art maritime et de fortifications.

    Enseigne puis lieutenant de galère à Marseille en 1663.

    Lieutenant de vaisseau à Brest en 1667.

    Remarqué par le Duc de Beaufort qui l'emmena dans la campagne de Méditerranée de 1669. De Candie, alla à Constantinople, Tripoli, Tunis, Alger. Rentré en France après la mort de son protecteur.

    Employé par Louvois aux fortifications de Dunkerque en 1671. Le roi, venu visiter les travaux du port en 1674, le nomme capitaine au régiment de Navarre infanterie. Chargé des fortifications du port en 1675-1676 ; campagne de Flandre dans la région de l'Escaut.

    Envoyé en 1677 au Canada, ensuite aux Antilles, pour contribuer à la conquête de Tobago dont il donna les plans de fortification ; de là à Gorée. Rentré en France, reprit les travaux de Dunkerque sous les ordres de Vauban ; s'occupait également de ceux d'Ambleteuse.

    Campagne d'Alger en 1683 ; otage en tant que capitaine de vaisseau pendant les négociations.

    Campagne de Gênes au printemps de 1684. L'année suivante croisière sur les côte d'Italie, les Dardanelles, Constantinople.

    Capitaine au régiment royal des vaisseaux en 1686.

    Fortifia Abbeville vers 1688-1692.

    Chevalier de Saint-Louis en 1694.

    Directeur des fortifications de Normandie en 1693 ; chargé de Rouen, Fécamp, Saint-Valéry, Fécamp, Honfleur, le Tréport, Dieppe, Caen.

    En 1700, il fut chargé de reconnaître les côtes orientales de l'Angleterre.

    Mort en activité.

    Sièges :

    1669, Candie.

    1676, Condé (commandait les batteries flottantes sur l'Escaut).

    1677, Tobago, Gorée.

    1683, bombardement d'Alger.

    1684, bombardement de Gênes (fit des reconnaissances incognito ; fut l'un des guides de la descente du faubourg de Saint-Pierre d'Aréno)".

  • Le Poictevin d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

    "Très probablement cette famille de bourgeoisie tourangelle qui donna Nicolas Poictevin, ingénieur des Levées et turcies de la Loire.

    1682, Arnould Le Poictevin, sieur de la Renaudière.

    Né à Brest.

    Pas de détails biographiques.

    Probablement mort entre 1720 et 1723.

    Ingénieur ordinaire, département de la marine en 1682. On ignore sa première affectation.

    A Ouessant en 1691. Chargé des travaux de cette île en 1698.

    A Longwy en 1703.

    A Barraux en 1714.

    A Château-Queyras en 1716.

    Retiré du service le 1er janvier 1720 avec une pension de 800 livres.

    Assimilation militaire et services de guerre inconnus".

  • Garangeau (alias Garengeau) d'après BLANCHARD (A.), Dictionnaire des ingénieurs militaires 1691-1791, Montpellier, 1981, 2 tomes.

    "Famille de bourgeoisie parisienne.

    1678, Siméon Garangeau

    Né à Paris vers 1647.

    Père : Sieur François Garangeau, bourgeois de Paris, maître menuisier.

    Mère : Demoiselle Marie Dubois.

    Soeurs :

    - Françoise, aînée, épouse de Jacques gousse.

    - Marie, épouse de Jean Rémy et belle-mère d´un apothicaire.

    - Françoise, cadette, épouse de Charles Courtois, maréchal des logis de la dauphine (toutes trois habitant Paris ; mortes avant leur frère).

    Célibataire.

    Mort à Saint-Malo le 25 août 1741, âgé de 94 ans.

    Ingénieur ordinaire, département de la Marine, à 31 ans en 1678 ; affecté à Brest.

    Ingénieur en chef à Saint-Malo en 1691 ; ayant le soin de Saint-Malo, du fort en dépendant et du château du Taureau.

    Directeur des fortifications de Haute-Bretagne au début du 18e siècle.

    Capitaine réformé au régiment de Champagne à une date inconnue, chevalier de Saint-Louis en 1712. Mort en activité.

    Services de guerre inconnus.

    Très remarquable architecte auquel on doit de très nombreux travaux, en particulier les suivants :

    - Les forts de l'île d'Harbour, de la Latte en Plévenon, du Petit Bé, de la Conchée, de l'Ile aux Moines.

    - Les travaux au château du Taureau et à la tour de Solidor,

    - La canalisation du Couësnon, celle des marais de Dol,

    - Plusieurs batteries et tours à feux,

    - Les hôpitaux de Morlaix et de Cézembre,

    - Les églises de Saint-Louis de Brest, de Saint-Servan, de Cancale, la chapelle Saint-Sauveur de Saint-Malo,

    - Les répartitions des remparts de Brest et de Dinan,

    - Les accroissements de Saint-Malo,

    - Les projets de Saint-Servan,

    - Plusieurs malouinières (maisons de campagne de Saint-Malo)".

  • Iconographie

    20082908829NUCA : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes. Fonds de l'armée de Terre, 1VH2236n°5_1736.

    20062904277NUCA : Archives Départementales, Finistère

    20062904274NUCA : Archives Départementales, Finistère

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives du Génie, Article 8, section 1, Brest carton 1. 1VH2236n°5_1736.Plan, support papier, 2e quart 18e siècle, 1736.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1VH2236n°5_1736
Bibliographie
  • LÉCUILLIER, Guillaume. La route des fortifications en Bretagne et Normandie. Paris, éd. du Huitième Jour, coll. Les étoiles de Vauban (dir. N. Faucherre), 2006, 168 p.

Périodiques
  • LÉCUILLIER, Guillaume. "Quand l'ennemi venait de la mer. Les fortifications littorales en Bretagne de 1683 à 1783". Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, 114-4, 2007.

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