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Moulin à marée de Landounic, Feunteun Vor (Saint-Pol-de-Léon)

Dossier IA29131768 réalisé en 2017

Fiche

Dossiers de synthèse

C'est une première intervention archéologique en 2003 qui donne l'occasion de relever sur l’estran la présence d'une structure rectangulaire de 10 x 4 m, délimitée par de grosses pierres et fermée en partie haute par des planches de chêne plantées verticalement. Un rapide sondage dégage, entre autres, un madrier avec un bloc de quartz enchâssé dans une mortaise centrale, maintenu par une planchette chevillée. Un parallèle est d'abord établi entre ce morceau de quartz et les offrandes similaires rencontrées dans des fontaines votives au Pays de Galles et en Irlande au Moyen-Age. Par ailleurs cet emplacement est appelé « Feunteun Vor », soit Fontaine de mer, cette fouille se conclut donc avec l'idée qu'il s'agit de la vocation de cette structure.

La campagne de fouille de 2013 offre une nouvelle hypothèse. La découverte d’une crapaudine de quartz fracturée oriente les recherches vers l'existence d'un moulin. L'analyse du premier élément de quartz confirme cette idée car lui aussi présente les mêmes signes d'usure que les pierres qui servent d'appui aux axes des lanternes dans les moulins, il s'agit donc de deux crapaudines. Parallèlement, cette fouille s'accompagne d'une prospection du réseau hydrographique qui permet de retrouver et cartographier l’ensemble des petits affluents et des conduites aménagées anciennement, effacés par les opérations de remembrement. Cet analyse donne des éléments supplémentaires pour comprendre le fonctionnement du moulin.

D'autres éléments viennent ensuite confirmer la fonction de moulin de cette structure, identifiée comme un moulin à eau à roue horizontale. C'est l'analyse de la montée du niveau de l'eau qui permettra de confirmer son rôle de moulin à marée. En effet, aujourd'hui, la base du moulin est recouverte de 2 m d'eau à la pleine mer. Or des études ont montré que le niveau de l'eau avait seulement augmenté de 50 à 70 cm sur 1 500 ans. La base du moulin aurait donc été régulièrement recouverte entre 1,10 à 1,30 m et cette configuration, très préjudiciable aux mécanismes, n'aurait eu aucun intérêt si le moulin ne fonctionnait qu'avec les ruisseaux en amont et non pas grâce aux marées.

La découverte de ce moulin à roue horizontale, parmi les plus anciens d'Europe, atteste des échanges avec l'Irlande où l'on trouve des spécimens de ce type présents dès le VIIe siècle, mais aussi des échanges avec l'Angleterre et l’Écosse où il en existe aussi quelques exemples. L'existence de ce moulin laisse aussi à penser que l'estran breton pourrait abriter d'autres ruines de ce type.

Précision dénomination moulin à marée
Dénominations moulin
Aire d'étude et canton Bretagne - Saint-Pol-de-Léon
Adresse Commune : Saint-Pol-de-Léon
Lieu-dit : Feuteun Vor

C'est le madrier contenant la pièce de quartz qui a permis de dater le moulin. Son aubier presque complet a permis de déterminer une mise en service du moulin entre 585 et 588. La planchette chevillée suggère une réparation et donne un terminus post quem en 680. Si l'on considère que l'aubier disparu peut compter de 25 à 40 cernes, cette restauration daterait donc du début du VIIIe siècle, ce qui signifie que le moulin aurait fonctionné au moins pendant un siècle.

L'étude du cadastre de 1808 a révélé une parcelle définie comme un « marais » qui aurait très bien pu correspondre à l'emplacement d'un bassin de rétention du moulin. La superposition du cadastre de 1808 et des images satellites de 2010 indiquent un recul du trait de côte. Des éléments de tourbe ont été retrouvés sur l'estran et vont dans le sens de cette hypothèse car ils pourraient correspondre à une accumulation de matière organique retenue par le barrage.

Période(s) Principale : 4e quart 6e siècle, 7e siècle, 1er quart 8e siècle , (?) , (détruit)

A 25 m au nord-ouest du moulin a été découvert un empierrement qui pourrait correspondre à un morceau de digue. En effet de gros blocs de pierre ont été trouvés au sein de cet empierrement et l'analyse des sédiments présents laisse à penser que l'ensemble aurait pu faire office de barrage. Cependant, il pourrait aussi correspondre à la fontaine de mer évoquée précédemment et cette hypothèse est d'autant plus plausible qu'une source d'eau douce a été découverte pendant les fouilles.

Le décapage du sol a mis à jour le creusement dû à l'implantation de la structure dans l'argile grise à ocre jaune et l'emprise totale du moulin a été estimée à 30 x 5 m. Seule une structure de 15 x 2 m environ, orientée nord-est/sud-ouest, est encore facilement identifiable. Au moment des fouilles plusieurs éléments en bois ont aussi été découverts notamment un madrier en chêne comportant une mortaise d'une section d'environ 35 cm ainsi que les planches de chênes évoquées plus haut. D'après l'étude des moulins à roues horizontales connus en Irlande datant des VIIe et VIIIe siècles, les planches de bois verticales auraient dû être à la fois des éléments des vannes et des éléments participant à la construction de la digue.

Dans la partie amont du moulin, une fosse de 4 m par 2 et de 60 cm de profondeur a pu être identifiée. Elle est délimitée par 4 trous de poteaux à ses angles et se divise en deux parties. La première est délimitée par les planches verticales et la seconde présente un empierrement. Il pourrait correspondre au barrage qui « fermait la retenue d'eau en son point le plus bas » et protégeait une conduite qui permettait de canaliser l'eau pour produire un jet puissant et actionner la turbine. Cette turbine, aussi appelée pirouette, aurait mesuré environ 1 m de diamètre.

Les poteaux délimitant la fosse avaient pour fonction de maintenir la structure du réservoir. Une construction qui protégeant les meules et la farine était construite dans le prolongement. Un exemple récent de fouilles à Kilbegly en Irlande (Russel 2010) a montré que ce genre d’installation sur sablières ne laissait pas de traces pour peu que le bois ait disparu. La première partie de cette fosse qui était remplie de matière organique aurait pu servir de piège à sédiments placé au devant du barrage afin de protéger le mécanisme.

Énergies énergie hydraulique
Typologies moulin à marée
États conservations vestiges

Le moulin de Landounic est à ce jour le plus vieux moulin à marée scientifiquement avéré son intérêt historique est donc majeur.

Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre site archéologique

Références documentaires

Bibliographie
  • BERNARD Vincent (dir.), CNRS – UMR 6566 CreAAH, Rapport de fouille programmée 18-22 septembre 2013

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) GRIEF EA7465 - ENSAB - Nadolski Claire
Claire Nadolski

Chargée d'étude (GRIEF EA7465 - ENSAB)


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