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Manoirs et châteaux (ville de Vannes)

Dossier IA56002965 réalisé en 1999

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Manoirs et châteaux de la commune de Vannes

L´étude du territoire de Vannes a permis de repérer 20 manoirs et 5 châteaux, ces derniers étant primitivement d'anciens manoirs. Pour chacun a été établi une fiche de repérage, tous étant considéré comme «sélectionnés pour étude» en raison de leur importance dans l'histoire et la constitution du territoire, même si nombre de ces dossiers d'étude n'ont pas encore aboutis. Les observations sur l'architecture de ces manoirs sont donc fragmentaires, d'autant qu'en raison de leur proximité de la ville, la plupart d'entre eux a subi des modifications au cours de leur existence.

Ce nombre très important de manoirs pour un territoire communal d'étendue modeste nous rappelle un phénomène général en Bretagne, la densité plus importante des lieux nobles à proximité des centres de décision politiques et administratifs : ainsi, il subsiste encore 57 manoirs dans les communes de la périphérie vannetaise et 60 sont attestés pour le seul canton de Vannes ouest, dont 20 à Arradon. Les actes de réformation du domaine ducal du 15e siècle, période d'apogée du pouvoir ducal, restent relativement imprécis quant à la localisation des manoirs sur Vannes : en 1448, Limoges, Conleau, Bernus, Camsquel, Coetec, Coetlagat, Kerbiquet et Bilaire (les quatre derniers disparus) sont nommément désignés, certains comme hôtels (Coetec, Coetlagat, Kerbiguet, tous disparus), d'autres comme manoir (Bernus). En 1461, s'y ajoute Kerpayen (disparu).

A la réformation de 1516, on assiste à une véritable inflation de terres annoblies « depuis 60 ans » c'est-à-dire depuis la dernière réformation : Liziec, le Grador, deux manoirs à Tohannic, Arcal (disparu), Coetec (disparu), Rosvellec (disparu), Kerbourbon, le Petit Conleau, le Grand-Conleau, Coetlagat (disparu), Kerizac (disparu), Botcouarh, la Ferronnière au Bondon, Kerquer (disparu), le Boizy, Larmor, le Cozquer (disparu, lieu de l'hôpital général). Ceci se vérifie également dans les communes voisines, comme Arradon.

Dans la réformation de 1536, ce ne sont pas moins de 25 manoirs qui sont signalés à Vannes. Leur nombre augmentera cependant encore à la fin du 16e siècle et au 17e siècle, avec la création du Creisker à Trussac, de Kercado, démembré de Bernus en 1535. Le Méné mentionne 46 manoirs pour les deux paroisses de Saint-Patern et Saint-Pierre, y compris les manoirs en ville tels Coëssial (la Retraite du Méné) ; certains d'entre eux apparaissent au cours du 17e siècle, comme Kerino, Kergrain, la Santière (mentionnée en 1700).

Les familles qui font construire ces manoirs font partie de la noblesse locale, certaines évoluant dans l´entourage ducal, tels les Kerboutier (Botcouarh, le Boizy), les Malestroit (seigneur de Kaer, à Bernus, Kerpayen), les Gibon du Grisso (le Pargo, Coëssial) les Kerguizec (Tohannic), d´autres plus modestes comme la famille de Camsquel au manoir du même nom. Les premiers n´habitent pas toujours les lieux, certains ayant des hôtels en ville (les Malestroit à Château-Gaillard) : le manoir est entre autres une exploitation agricole et certaines terres étaient peut-être seulement source de revenus. Certaines terres nobles sont sous la propriété de l´évêque ou de communautés religieuses (abbaye de Prières, à Plaisance, le prieuré Saint-Guen).

Au 17e siècle, marchands et parlementaires acquièrent ou rentrent en possession par mariage de terres nobles ou en font démembrer de sieuries anciennes (Le Ménimur, Kercado) et font reconstruire les demeures : le Boizy par les Aubin, la Santière par Jean Le Sant.

Les manoirs précités ont connu au cours des siècles des destinées diverses, plusieurs d'entre eux ayant évolué en châteaux : Limoges, le Pargo, Bernus, Liziec et Meudon (détaché de Saint-Nolff), les deux premiers dès la fin du 17e siècle, les derniers à la fin du 19e siècle, Bernus ayant subi des transformations au cours de ces deux périodes.

Les deux manoirs encore existants les plus anciennement mentionnés dans la documentation sont Bernus et Camsquel, mais seul ce dernier conserve sa structure d'origine, malgré la disparition de la partie sud.

D'autres manoirs créés entre la fin du 15e siècle et le début du 16e siècle arborent des vestiges de cette période : Botcouarh, le Grand Tohannic. Les manoirs créés au cours du 16e siècle sont moins avares de vestiges, le plus soigné étant Kerino, daté 1566. Au Creisker à Trussac, un corps de logis remonte à cette période, tandis que Le Boizy est un peu plus tardif, sans doute du début du 17e siècle, tout comme Kercado, daté 1633. De la fin du 17e siècle datent probablement les transformations de Bernus, Larmor et Menimur (ce dernier, vers 1700), tandis que le Petit Conleau est reconstruit à la fin du 18e siècle : peut-on encore parler de manoir ?

Situation et composition d´ensemble

Les manoirs sont généralement isolés. Cependant, certains sont dans la ville, proches les murs (Coessial) ou proche du faubourg Saint-Patern, Bois-Moreau (disparu) et Champ Gauchard, dit aujourd'hui Boismoreau. D'autres sont sans doute à l'origine de nouveaux hameaux, comme Le Creisker à Trussac, Meudon, ou ont été rattrapés par l'urbanisation (La Chevinière, contigü du lotissement de Keravelo, dans les années 1930, ou Tohannic, intégré à l'urbanisation du sud de la ville à la fin du 20e siècle).

Leur environnement et les bâtiments qui les composent contribuent à leur identification. Ils varient selon la taille du manoir. Si le colombier (Bernus, attesté à Rosvellec et disparu) et la chapelle (le Pargo, Ménimur, le Grador, Larmor et sans doute la Santière, au toit galbé, intégrée au mur d´enclos comme à Larmor) ou encore le moulin (à Kermesquel, détruit, le Buzo reconstruit pour le Grador, Bilaire pour le manoir éponyme disparu) sont aujourd´hui exceptionnels, l'enclos, pour le manoir comme le château constitue un élément récurrent, les hauts murs parfois réduits à l'état de murets (Tohannic, le Boizy) ; dans les murs d'enclos sont parfois intégrés des pavillons de surveillance ou de défense, peut-être liés aux troubles des guerres de la Ligue (tours de Tohannic et la Santière, pavillons symétriques du Grador, dont l'un subsiste, et de Kercado qui évoquent en réduction la composition du château. L'accès au manoir par une rabine n'est plus sensible qu'à Botcouarh, au Boizy, à Kercado, et Tohannic : dans ces deux derniers cas, elle est conservée au milieu d'un environnement entièrement urbanisé à la fin du 20e siècle, Quant à celle de Ménimur, bien visible sur le plan cadastral de 1844, elle a été coupée par la voie ferrée.

Les bâtiments se développent autour d'une cour enclose, parfois avec un puits pour l'usage de la maison et de l´exploitation immédiatement proche (Kergrain, Botcouarh, Bernus, Kercado, Kerbourbon, Tohannic). Kergrain possède même deux puits, l´un situé dans la cour pour le service de la maison, le second dans le jardin en contrehaut postérieur.

Le logis privilégie l'orientation sud, sauf dans quelques cas : La Chevinière, orientée est, regarde vers le port, Botcouarh et Tohannic sont orientés le premier vers l'est, le second vers l'ouest ; les deux manoirs sur l'Etang au duc ont leur façade tournée vers l'étang, et dans le cas de Boismoreau, une façade double. Kercado établi sur un bras du golfe montre également cette double façade, la principale vers la ville et la cour, la seconde vers le sud-ouest et l'eau, tandis que Kerbourbon regarde vers le nord, l´eau et la ville. De toutes ces implantations, on peut déduire que l'accès est commandé par la direction vers la ville et que pour l'orientation principale, l'agrément est privilégié.

Matériau

Les manoirs les plus anciens étaient construits en moellon de granite (Camsquel, Tohannic) : on ne dénombre pas un cas de pierre de taille aujourd´hui, tout au plus du moellon régulier (Larmor, Trussac). Cependant, beaucoup d´entre eux ont vu leur mise en oeuvre d´origine masquée par un enduit postérieur à la construction : au 19e siècle à Bernus, Botcouarh et au Boizy. Quant à Kercado, il a perdu son enduit d´origine. Qu´ils datent du 17 siècle ou du 19e siècle, tous les châteaux étaient recouverts d'enduits, mais Limoges a vu le sien ôté, supprimant ainsi l´effet contrasté provoqué par le compartimentage des façades.

Structure, plans et distribution

L´imaginaire associe traditionnellement le manoir à une haute silhouette à étage. Pourtant, cette constante souffre des exceptions : Botcouarh était constitué de deux corps sans étage carré, mais avec un étage en surcroît habitable et chauffé selon la description faite dans l´acte de 1684. Kerino, Tohannic et la Santière (détruit) n´ont pas d´étage et en l´absence de visite à Kerino, on ne sait si le niveau de comble est habitable. La grande lucarne de Kerino incite à le croire.

Dans les manoirs jusqu´au 16e siècle, la structure la plus simple associe une salle éventuellement associée à une cuisine, et une chambre à l´étage : Kermesquel est construit selon cette formule, de même que Kerbourbon et probablement le Boizy avant son extension au 19e siècle (une console de cheminée semble pouvoir être attribuée à la cuisine disparue) ; Les Salines, disparu, paraît n´avoir comporté que deux pièces superposées.

Trussac du fait d´augmentations successives adopte un plan plus complexe.

Pour ces manoirs, la distribution des étages se fait à partir de la salle par un escalier situé dans une tour demi ou hors-œuvre (les Salines et Kermesquel disparus) : Botcouarc´h en pierre, le Boizy en bois, Trussac refait en bois ; à Kerbourbon, le système de distribution n´a pas été vu, mais il n´est pas dans une tour hors-œuvre.

A partir de la 2e moitié du 17e siècle, la distribution se modifie radicalement. Les pièces se multiplient et la régularité domine dans les façades à travées, avec une cage d´escalier dans-œuvre axiale (Champ Gauchard, Kercado), décalée (Ménimur, Limoges) ou latérale (Kergrain). Seul le manoir de Bernus, très remanié en façade au 19e siècle, a conservé une tour postérieure hors-œuvre de plan carré.

Les cheminées conservées sont conformes aux périodes de construction et sont donc un élément précieux de datation des édifices tout en participant au décor de la maison : cheminées de la fin du 15e à Botcouarh, Tohannic, Kermesquel, datée 1566 à décor de la seconde Renaissance à Kerino, cheminées intégrées au décor de boiseries à Ménimur et Boismoreau pour le 18e siècle, sans oublier le décor du 19e siècle à Botcouarc´h, Keravelo, Liziec.

Pour le reste, le décor se concentre sur les ouvertures, à Tohannic, une fenêtre à décor de choux frisés de la fin du gothique, à Kermesquel, une porte en arc brisé à archivolte moulurée, à Kerino, deux lucarnes à décor Renaissance. Les photos du manoir disparu de Coëssial (Thomas-Lacroix) montrent une porte de la même époque.

Aires d'étudesVannes
Dénominationsmanoir, château
AdresseCommune : Vannes
Période(s)Principale : 14e siècle
Principale : 15e siècle
Principale : Temps modernes
Principale : 19e siècle

25 manoirs et châteaux ont été repérés sur le territoire de Vannes, parmi lesquels 23 ont fait l'objet d'une étude plus approfondie.

Toitsardoise
Mursgranite
moellon
Décompte des œuvres repérés 24
étudiés 23

Annexes

  • Sources iconographiques

    19975601156X : Archives municipales de Vannes, 21 Fi.

    19975601158X : Archives municipales de Vannes

    19985600413XB : Archives départementales du Morbihan, 18 Fi 7.

Références documentaires

Documents figurés
  • A. M. Vannes. 21 Fi. Plan cadastral 1807-1809. Tableau d'assemblage de la commune et plan par sections. Delavau (ingénieur) ; Dreuslin (géomètre). Plan aquarellé, 99,5 x 67,41 cm.

    Archives municipales de Vannes : 21 FI
Bibliographie
  • LAIGUE, Cte R. de. La noblesse bretonne aux XIVe et XVe siècles. Evêché de Vannes. Rennes, 1902. Rééd. 2001., p. 558-562.

    p. 834-847
  • LE MENE, Joseph-Marie. Histoire archéologique, féodale et religieuse des paroisses du diocèse de Vannes. Genève-Spézet, Slatkine-Coop Breizh, 1994, réédition de Vannes : imprimerie Galles, 1891-1894. Vol. 1 : 552p ; vol. 2 : 538p. In 8°.

    p. 434
  • Le manoir en Bretagne, 1380-1600. Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France. Paris : Imprimerie Nationale, 1993. (Cahiers de l'Inventaire ; 28).