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Manoir, Kermassonnet (Kervignac)

Dossier IA56007634 réalisé en 2009

Fiche

  • Elévation sud
    Elévation sud
  • Impression
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  • Parties constituantes

    • ferme
    • pigeonnier

Dossiers de synthèse

En son état actuel, le manoir ne permet d'émette que des hypothèses de restitution pour la partie est, la partie ouest étant plus intelligible.

Historiquement, et au vu du plan masse visible sur le plan cadastral de 1837, nous sommes en présence d'un grand manoir, dont la partie est a disparu : l'absence de mention dans les réformations du 15e siècle, date de construction du logis, tout comme sa disparition dans la réformation de 1666, semble indiquer que le lieu porte un autre nom ; il existe d'autre cas de double appellation de certains lieux, tel à Arradon, le manoir de Kervoyer, plus tard nommé Porcé. Propriété de l'importante famille de Lopriac, on peut avancer l'hypothèse qu'il s'agit de la résidence principale aux 15e-16e siècles de cette grande famille présente à Languidic, Nostang, Hennebont, Caudan ; le lieu-dit de Lopriac, très perturbé, ne conserve pas (ou plus) de vestiges de manoir et pourrait avoir été abandonné au profit de Kermassonnet. Avec la famille de Kermadio, dont le manoir, au sud du bourg, remonte également au 15e siècle, la famille de Lopriac est la plus importante de la paroisse, mais, contrairement aux Kermadio qui disparaissent à la fin du 16e siècle, les Lopriac par le jeu des alliances (dont plusieurs avec les Talhouet de Keravéon, grande famille d'Erdeven) et des acquisitions (à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle) accumulent de très nombreuses terres nobles, prennent le titre de baron de Coetmadeuc en 1637, vicomte de Donges et marquis d'Assérac, titres sous lesquels ils sont mentionnés à la fin du 17e et au 18e siècles. Dans l'énumération de leurs terres figure toujours en bonne place le lieu noble de Kermassonnet. Le mariage de l'héritière Félicité de Lopriac avec Louis-Joseph de Kerhoent en 1752, s'il apporte tous les biens Lopriac, dont Kermassonnet, à cette famille, est une union sans postérité. Après la Révolution, les biens furent partagés entre les héritiers et Kermassonnet échut à la famille de Cintré.

Les matrices cadastrales en 1837 déclarent Gabriel Huchet de Cintré propriétaire de la métairie de Kermassonnet, résidant à Versailles. Les parcelles sont ainsi dénommées et décrites :

550, er verger , pâture

551, Kermassonnet , aire

552, Kermassonnet , pature

553, liorh er ty glas , verger

554, Kermassonnet , courtil

555, Kermassonnet , courtil

557, Kermassonnet , maison sol cour masure et cour

558, Liorh er ty plouse, .

La métairie passa en 1841 au général de Vaudrinaye d'Avout, puis en 1897 à son fils Jean-Louis, résidant au château d'Etouilly dans la Somme : il semble que ces familles aient eu un fermier et non un métayer, puisque l'édificier n'est pas mentionné dans les matrices.

Sans doute le fermier rachète-t-il la ferme car en 1911, la ferme appartient à Jean Boulard, qui le transmet en 1924 à son gendre, Jean-Louis Portanguen. Sans doute Jean Boulard est-il le commanditaire du nouveau logis construit sur les dépendances sud du manoir, celui-ci devenant alors une dépendance de la ferme.

Le plan cadastral de 1837 montre l'ensemble du manoir dont ne subsiste aujourd'hui que le logis. Il occupait le nord d'une cour dont l'entrée close à l'est était signalée par deux tours, déjà en ruines en 1837. Une troisième tour marquait l'angle sud-ouest de la cour. Au sud, un long bâtiment de dépendances fermait la cour : celui-ci a été remplacé par le logis de ferme construit au début du 20e siècle. A l'ouest du logis était un autre bâtiment de dépendance, aujourd'hui en ruines. Au nord du logis un grand jardin enclos (le verger).

Le grand logis se compose de deux parties édifiées à peu d'intervalle, à faux plan double en profondeur. La partie est est fragmentaire, mais la description faite par F. Le Tallec vers 1968, alors que le logis est un bâtiment de ferme, mentionne une cheminée monumentale ornée à chaque extrémité, attestant de l'existence de deux salles au rez-de-chaussée. Le Tallec mentionne également des fenêtres bouchées, peut-être en raison de l'impôt sur les ouvertures : elles sont en tout cas réouvertes sur la photo aérienne prise vers 1980, lors de la restauration du bâtiment. La grande percée sur deux niveaux faite lors de cette restauration, n'apparaît pas sur la photo aérienne, mais on constate cependant à cet endroit les désordres dans la maçonnerie encore apparents aujourd'hui, le mur ayant sans doute été en partie remonté à cet endroit.

La partie est du logis est devait donc comporter une grande salle chauffée par une cheminée monumentale, éclairée d'une seule fenêtre dans le mur sud ; la salle était couverte d'un plafond à poutres sur corbelets et solives, dont trois des poutres sont conservées, bien que le plafond ait partiellement disparu et soit remplacé par une dalle de béton dans la chambre subsistant ; dans le mur nord, deux portes jumelées à linteau sur coussinets desservent les deux pièces de l'appentis au rez-de-chaussée : aucune ne semble avoir abrité l'escalier, cependant, on distingue dans la pièce de droite une pierre inclinée en forte saillie qui pourrait identifier la pièce comme une souillarde, la pierre saillante étant un évier. La place de l'escalier demeure inconnue, la pièce gauche de l'appentis ne conservant aucun élément de sa présence possible, à l'exception d'une pierre épaisse saillante au sommet de la séparation des deux pièces, correspondant peut-être au palier à l'étage. En effet, à ce niveau, on trouve l'une des deux autres portes à linteau sur coussinets, relativement éloignées l'une de l'autre, qui distribuaient les deux chambres. Seule la chambre ouest a conservé son intégrité initiale, avec cheminée à linteau oblique sur consoles en quart de rond et piédroits largement chanfreinées, fenêtre à coussièges, plafond à poutres rapprochées. De la chambre est, peut-être plus grande, ne subsiste qu'une grande fenêtre à coussièges, dont la croisée a disparu. Le refend est (actuel pignon), remonté en parpaings dans les années 1980, la sépare du dernier espace est, diminué d'un étage à la même date et totalement repris. L'ensemble des caractéristiques architecturales de la partie est propose une datation du milieu 15e siècle.

La partie ouest offre la même structure, moins développée et mieux conservée. Au rez-de-chaussée, la salle montre une très belle cheminée au pignon est dont les caractéristiques, hotte en pierre de taille à arc de décharge saillant, à côtés obliques, consoles très moulurées, évoquent la fin du 15e siècle. Sur le linteau, l'écu buché ne permet pas de lire les armes qui y figuraient. Les deux ouvertures au sud étaient à l'origine, non pas une porte et une fenêtre (dues à la restauration de 1980), mais deux fenêtres plus petites, comme en témoigne l'ébrasure en arc surbaissé bordée d'un cavet qui subsiste : cette salle (ou chambre) était donc desservie uniquement par la large porte en anse de panier percée dans le refends entre les deux salles. Le plafond (aujourd'hui une dalle de béton) est supporté par des poutres reposant sur une sablière insérée dans le mur. Deux portes desservent l'appentis. L'une en anse de panier communique avec l'escalier en vis en pierre éclairé en demi niveau d'une fenêtre à base talutée. Le mur latéral oblique dégage l'espace réservé aux latrines. La pièce basse ouest de l'appentis communique avec l'extérieur par une porte à linteau sur corbelets, une solution rare voire jamais rencontrée dans les manoirs à faux plan double : s'agit-il d'un aménagement postérieur ? On ne connaît pas la destination de cette pièce non chauffée. A l'étage, on trouve une seule chambre chauffée par une cheminée adossée à piédroits à colonnettes, couverte d'un plafond porté par des poutres rapprochées supportées par une sablière insérée dans le mur. Une porte rectangulaire à linteau de bois chanfreiné dessert la pièce haute de l'appentis, sans doute une garde-robe dans laquelle se trouve l'accès aux latrines ; a l'extérieur, sa fenêtre à appui chanfreiné, garde les traces d'une grille. La porte de l'escalier possède le même linteau de bois, mais chanfreiné côté escalier, c'est-à-dire, comme habituellement, dans le sens de la circulation. Une porte de communication a été percée entre les deux parties au niveau de l'étage le long du mur nord, lors de la construction de la partie est. Là aussi la mouluration de la porte du côté de l'ancien logis montre le sens de circulation de celui-ci vers la nouvelle partie ; elle suggère également la prééminence à l'époque de l'escalier disparu du premier logis, dont on peut imaginer la position à l'emplacement de la partie basse de l'appentis postérieur (en ruine en 1837), à cheval sur le refends séparant les deux pièces de la première construction.

En conclusion, le manoir de Kermassonnet montre un plan initial récurrent dans les manoirs bretons, le manoir à deux pièces à faux plan double en profondeur, tels que rencontré en particulier dans les Côtes d'Armor à Coat-Couraval en Glomel, Toull an Gollet en Plésidy, Fournebello en Plouagat par exemple, mais aussi à Kerihuel en Ploemeur, plus proche. Ce plan initial composé d'une salle et cuisine au rez-de-chaussée, doublé d'arrière-cuisine ou cellier et escalier surmonté de chambres et pièces de service, est augmenté d'un corps en prolongement vers l'ouest, transformant le manoir à deux pièces de plan presque massé en un plan à trois pièces allongé. Malgré la disparition d'importants éléments structurels de la première construction (cheminée, escalier), la qualité de la cheminée, le plan d'ensemble avec tourelles d'entrée, démontre la puissance de la famille de Lopriac, à n'en pas douter commanditaire de ce manoir au milieu du 15e siècle.

Parties constituantes non étudiées ferme, pigeonnier
Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Ria d'Etel - Port-Louis
Adresse Commune : Kervignac
Lieu-dit : Kermassonnet
Cadastre : 1837 , D2 551 à 557 ; 2010 ZP 220, 106

Pour des raisons non élucidées, car il est plus ancien, le manoir de Kermassonnet n'apparaît pas avant 1536 dans les réformations : le toponyme n'est peut-être fixé qu'à cette date. Il appartient alors à Guillaume de Lopriac, seigneurie située à l'est de Kervignac et aujourd'hui disparue, les Lopriac étant également seigneurs de la baronnie de Coetmadeuc et principaux prééminenciers de l'église paroissiale. Il n'est plus présent dans la réformation de 1666, sinon peut-être dans les "appartenances" de Coetmadeuc et est peut-être déclassé en ferme dès cette époque ce qui a en partie préservé son logis. Il passe ensuite en 1752 à la famille de Kerhoent par mariage de Félicité de Lopriac avec Louis-Joseph de Kerhoent. Le logis qui seul subsiste a les apparences d'un manoir, construit probablement dans la première moitié du 15e siècle et augmenté vers l'ouest à la fin du 15e siècle. Peut-être dès cette époque le système de distribution de la partie est disparait, remplacé par le nouvel escalier de la partie ouest. Au 17e siècle, un oculus est ouvert au rez-de-chaussée côté ouest. Sur le plan de 1837, la dépendance au nord et en retour à l'est du logis est eu ruines, de même que les deux tourelles marquant l'entrée de la cour. Peu après cette époque, la dépendance au nord a été reconstruite. Déclassé en ferme, le logis a subi des remaniements au cours du temps. La construction du nouveau logis au sud du manoir, à la fin du 19e siècle, s'est en partie effectuée sur les dépendances figurées sur le plan de 1837. C'est à cette époque que le logis du manoir devient une dépendance et qu'une étable à chevaux est construite en appentis dans l'alignement du logis, remplaçant un appentis plus petit figurant sur le plan cadastral de 1837. Un incendie intervenu pendant la dernière guerre impose une réfection totale de la toiture : la pente en est abaissée, les pignons découverts et la souche de cheminée médiane disparaissent, tandis que la souche de cheminée ouest est refaite ; la partie est ne fut peut-être pas restituée, si l'on en juge d'après la photo aérienne prise vers 1980. La restauration du grand logis vers 1980, alors en partie ruiné dans sa partie est, a provoqué l'abaissement des murs sur un étage ; les ouvertures sont modifiées : création d'une haute baie sur deux niveaux entre les baies de la partie est, élargissement des baies du rez-de-chaussée de la partie ouest avec transformation de l'une des fenêtres en porte ; création d'un mur de refends en parpaings de ciment remplaçant l'ancien refends portant les cheminées disparues avec rajout d'une nouvelle souche de cheminée fictive.

Période(s) Principale : 1ère moitié 15e siècle
Principale : 4e quart 15e siècle

Le bâtiment est construit en moellon plus ou moins régulier de granite à l'est, en pierre de taille à l'ouest et couvert d'ardoise ; la chaîne d'angle de la première campagne formée de pierres de taille de grand appareil est bien visible dans le mur sud : une pierre sur deux en a été retirée pour ancrer la nouvelle extension vers l'ouest. Près de cette chîne d'angle se troiuvent quelques trous de boulins servant de pigeonnier. En faux plan double en profondeur, le logis du manoir se compose de deux parties. Dans la partie est, la salle est desservie par une porte en arc brisé. La salle se prolongeait par une autre pièce, peut-être par une cuisine, très remaniée. Elle était surmontée de deux chambres. L'appentis comprenait deux pièces par niveau. La partie ouest mieux conservée présente une distribution proche : salle au rez-de-chaussée, une chambre à l'étage distribuée par un escalier postérieur en vis, avec dans l'appentis, une pièce à chaque niveau et latrines avec conduit intérieur dont l'accès de vidange est percé dans le mur gouttereau nord.

Murs granite
moellon
pierre de taille
Toit ardoise
Étages 1 étage carré
Couvertures toit à longs pans
pignon couvert
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en vis sans jour, en maçonnerie
Typologies manoir à faux plan double en profondeur
États conservations vestiges
Techniques sculpture
Représentations armoiries
Précision représentations

Ecu buché illisible sur le linteau de la cheminée du rez-de-chaussée.

Avec Kermadio, Kermassonnet est le plus ancien manoir de Kervignac. Malgré des modifications importantes dans la partie est, le manoir conserve des éléments de grande qualité et une structure intacte de sa partie ouest.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • AD Morbihan. 2J 1-6. Galles, Louis. Dictionnaire des terres nobles.

    KERMASSONET

    1501 : Louis de Lopriac + Catherine Le Mézed

    puis, + Arthure de Montail

    père de Tanguy de Lopriac + Catherine Hélary

    père de

    1529-1541 : Guillaume de Lopriac

    père de

    1552-1589 : Jean de Lopriac + Françoise de Talhoet

    père de Jacques de Lopriac + Jeanne Guyot

    père de 1625-1659 Guy de Lopriac + Julienne Griguen veuve en 1679

    père de 1657-1687 René de Lopriac + Hélène Romieu

    puis, + N de Langourla

    en 1668, René de Lopriac, conseiller au Parlement, fait partie fait partie de la commission nommée Chambre de la Réformation qui fut désignée pour procéder à la réformation de la noblesse.

    père de 1687-1711 : Jacques de Lopriac

    oncle de 1713-1733 : René de Lopriac + Marie Sauvaget

    puis, + Judith Hiéronyme Rogon

    père de 1736-1748 : Guy Marie de Lopriac

    père de1773-1781 Félicité de Lopriac + Louis-Joseph de Kerhoent.

  • 20095606325NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 P 121.

    20095606324NUCB : Archives départementales du Morbihan, 3 P 121.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Morbihan. Série B. B 2875. 1696. Apposition de scellés et vente de meubles après-décès à la métairie noble de Kermassonnet, en la paroisse de Kervignac.

  • A. D. Morbihan. Série B. B 2527. 1729-1731. Bail des biens de Messire Guy-Marie de Lopriac, chevalier, seigneur comte de Donges, marquis d'Assérac et autres lieux, composant, les seigneuries de Rongouët, de Coatrivas, Béringue, Kermassonnet et Coetmadeuc, le Dréors, Crémenec etc... ledit bail adjugé à dame Marie-Agnès Pérard de Kersula, veuve de Charles-Florimond Cardé sieur des carrières, trésorier et receveur de l'émolument du sceau de la chancellerie près le parlement de Paris.

    Archives départementales du Morbihan : B 2527
  • A. D. Morbihan. Série B. B2915. 1721-1726. Inventaire et vente de meubles après-décès : au Moustoir, à Kerdren, à Kersech et à Kervégan en Locoal-Hennebont. À Locmaria, à Kerginio, à Kerpot, à Kericu, à Légevin, et au Magouero en Nostang ; à Kernaven, à Lojean, à Lotuen, au lieu noble de Kermassonnet, à Keremhouarne, au Moustoir, aux maisons nobles du Parco et de Kerballay, à Kercaradec, au Hinguaire, au Manétro et à Kergunay, paroisse de Kervignac. (non dépouillé).

  • A.D. Morbihan, 3P 121. Plan cadastral. 3P 1567 et 1568. Kervignac. Matrices cadastrales, 1836-1914.

  • A. D. Morbihan. Fonds Galles. 2J 1-6 : Dictionnaire des terres nobles du diocèse de Vannes.

Périodiques
  • LE TALLEC, Frédéric.Kervignac. Histoire d'une paroisse. Présentation Pierre Ollier. Mairie de Kervignac, Dominique éditions, © 2005.

    p. 53-54, 61-66, 110