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Manoir de la Motte au Chancelier, rue de Lorient ; Quai Robinot de Saint-Cyr (Rennes)

Dossier IA35024407 inclus dans Secteur rural Nord-Ouest (Rennes) réalisé en 2000

Fiche

La première mention de la Motte-au-Chancelier est celle d´une vente en 1549 par Julien Botherel d´Apigné à Gilles Becdelièvre (Pocquet-du-Haut-Jussé, 1974). Le cadastre de 1844 représente, à l´est du manoir sur une section voisine une parcelle irrégulière, couverte par un bois, qui est probablement celle de la motte à l´origine du nom. La référence à un chancelier de l´époque ducale, de même que les toponymes proches du Moulin du Comte et du Garde-Robe (terre dont les revenus étaient alloués au chambellan) rappellent que cette fraction du territoire de la ville était anciennement aux comtes de Rennes puis aux ducs leurs successeurs à l´époque médiévale. La plus ancienne famille connue en possession de la Motte au Chancelier, celle des Botherel, seigneurs d´Apigné depuis le 13e siècle, famille passant pour être issue d´un ramage des anciens comtes de Rennes, est un indice supplémentaire de l´ancienneté du lieu.

La représentation de l´arrière du manoir sur une carte de la Vilaine de Redon à Rennes, établie en 1543 constitue une précieuse référence, rare par son ancienneté et son degré de finesse. Des cartes postales anciennes ainsi qu´une photographie du fonds Lecouturier, prise pendant la guerre de 1914, représentent le logis cette fois du côté de la cour, dans un état sans doute inchangé depuis le XVIIe siècle. Enfin, des plans du rez-de-chaussée et de l´étage, relevés par le service de l´Inventaire avant démolition, en 1971 ainsi qu´une couverture photographique.

Sur le cadastre de 1842 le manoir est encore intégré dans un système de douves et de levées de terre : dans l´angle sud-ouest d´ un grand quadrilatère irrégulier, en bordure de la rive droite de la Vilaine, cerné de douves sur trois de ses côtés. le logis, occupant le côté ouest de la cour, des communs son côté nord. Le puits, éloigné du cours de la rivière pour des raisons sanitaires, est figuré au nord du grand jardin. L´ensemble des douves et d´une levée de terre, appelée « levée du jardin », est figuré avec précision, à l´image du dispositif qui subsiste aujourd´hui sur le site de l´ancien château de la Prévalaye de l´autre côté de la Vilaine.

Les photographies de 1971 révèlent derrière l´apparence relativement sobre des fenêtres du logis, une mise en ouvre soignée, avec arc de décharge, caractéristique des logis seigneuriaux luxueux de la deuxième moitié du XVe siècle. Les baies y sont dépourvues de linteaux en accolade et de larmiers mais possèdent déjà des appuis saillants simplement épannelés, sans doute parmi les premiers du genre. D´autre part l´absence de toute trace de croisée de pierre aussi bien dans les linteaux que dans les piédroits, indique que les fenêtres fermaient dès l´origine par des croisées de bois, modèle à la dernière mode à la fin de l´époque gothique. Cet usage, réservé aux demeures riches, supposant la maîtrises de menuiseries sophistiquée employant des châssis dormants se retrouvait ainsi sur le grand manoir de Boisorcant à Noyal-sur-Vilaine (le manoir en Bretagne) de même que sur celui de la Touche-Brondineuf à Plouguenast (Côtes d´Armor). Les pans obliques en retrait du manteau des cheminées, leurs jambages en colonnettes à chapiteau évasés et bases polygonales en flacons situent l´édifice dans le dernier quart du 15e siècle, probablement vers les années 1480-1490.

La confrontation du dessin de 1543 et des différentes vues de l´arrière du logis prises avant sa démolition fait clairement apparaître son originalité. Les traces d´une coursière accrochée au premier étage, sur laquelle ouvraient deux portes béant dans le vide. Cette coursière de bois, selon un principe de distribution fréquemment employé dans les manoirs bretons du 15e siècle menait à des garde-robes et des latrines situées dans des tours contre les angles nord-ouest et sud-ouest du logis. Au milieu de cette même façade postérieure, un troisième corps de logis, en retour d´équerre disparu bien avant le 19e siècle devait abriter la cuisine. C´est en fait à peu près sous cet aspect qu´est représenté l´arrière du logis sur le dessin manuscrit de 1543. En fait un édifice de transition associant le système des coursières hérité des distributions du début du 15e siècle et celui des tours d´angle, abritant garde-robes et latrines revêtement symbolique de fonctions avant tout sanitaires (n).

Sur la façade antérieure, du côté de la cour, la tour d´escalier, habituellement plus ou moins dans oeuvre et surtout presque toujours située à la rencontre de deux corps de logis est ici curieusement plaquée, complètement en hors oeuvre, aux deux tiers du corps principal. La forme particulière de la porte percée au pied de la tour est à noter : son arc segmentaire dédoublé détermine un tympan en retrait qui évoque en réduction une poterne fortifiée.

Le relevé du plan au sol met bien en évidence le rôle de passage du bas de l´escalier ouvrant sur une grande salle basse par une baie libre et non une porte. Le relevé de l´étage présente la même disposition, que confirme une photographie. L´absence à ces deux niveaux de tout tableau de porte, permettant le rebattement d´un vantail est probablement associée à l´existence de tambours en bois formant sas. A l´étage, ce tambour prolongé par une cloison, en colombages et torchis, ou en panneaux de menuiserie, devait ouvrir sur deux pièces : une chambre haute à droite et une salle à gauche, chacune chauffée par une grande cheminée. Le corps de logis sud, en léger retrait d´alignement vers la Vilaine, abrite une suite de chambres. L´accès à celle du rez-de-chaussée depuis la grande salle est marqué par une porte décalée vers le milieu du mur de refends et surmontée d´un larmier en accolade, mouluré et surmonté d´un fleuron, à l´image d´une porte extérieure. Cette disposition qui se retrouve quelques années plus tard, vers 1490, au grand et très riche manoir de Boisorcant à Noyal-sur-Vilaine, reconstruit les Thierry, également possesseurs de la Prévalaye, en face, sur la rive gauche de la Vilaine, situe, en cette fin du 15e siècle, l´importance du manoir de la Motte au Chancelier dans la création architecturale rennaise.

Parties constituantes non étudiéeschapelle
Dénominationsmanoir
Aire d'étude et cantonRennes ville - Rennes ville
AdresseCommune : Rennes
Lieu-dit : la Motte au Chancelier
Adresse : Rue de, Lorient, Quai
Robinot de Saint-Cyr
Cadastre : 1842 E 321 à 329
Période(s)Principale : 2e moitié 15e siècle
États conservationsdétruit
Statut de la propriétépropriété privée

Références documentaires

Documents figurés
  • [1842]. Plan cadastral parcellaire de la commune de Rennes. Section G, dite de Quincé, 2e feuille, dessin, Jouchel du Ranquin, Roger, Viel, Ferré et Simon géomètres, 1842 (A. D. Ille-et-Vilaine).

  • [1812]. Plan cadastral parcellaire de la commune de Rennes. Section G, dite de Champeau, dessin, 1812 (A. D. Ille-et-Vilaine).

Bibliographie
  • BANEAT, Paul. Le département d'Ille-et-Vilaine, histoire, archéologie, monuments. Rennes : Librairie Moderne J. Larcher, 1927-1929.

    p. 248-249
  • POCQUET DU HAUT-JUSSE, Barthélémy-Antoine. Visites et excursions à Rennes et aux alentours. Mayenne : Joseph Floc éditeur, 1974.

    p.