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Manoir de la Grand-Cour (Taden)

Dossier IA22132832 réalisé en 2017

Fiche

« Le site où se dresse le manoir de la Grand’Cour, l’emplacement qu’il occupe, sa forme, son plan et la qualité éminente de sa construction font de ce manoir l’un des plus remarquables de Bretagne septentrionale ». Marc Décenneux et Gwyn Meirion-Jones qui ont tous deux étudié ce logis s’accordent sur le grand intérêt architectural de l’édifice seigneurial mais diffèrent quant à sa datation. Meirion-Jones le situe vers 1300, tandis que Marc Décenneux suggère une construction aux alentours de 1380 par l’architecte Étienne Le Tur qui construit à la même époque le donjon ducal de Dinan. S’y retrouvent les mêmes marques de tailleurs de pierre, des cheminées sans hotte saillante et autres détails architecturaux.

Ce logis-porche, à la composition originale avec un passage voûté, unique dans les manoirs bretons, réunit sous une même toiture une partie seigneuriale et une partie secondaire pour un hôte de marque ou régisseur du domaine. Situé à l’ouest de la cour, il faisait partie d’un ensemble, comme l’indique une description de 1552 qui confirme un corps de logis perpendiculaire disparu avec une salle seigneuriale.

La restauration partielle du manoir menée suite à son classement le 30 mai 1991 a été dirigée par Alain-Charles Perrot, architecte en chef des Monuments Historiques.

Parties constituantes non étudiées enclos, communs
Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Projet de Parc Vallée de la Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Taden
Lieu-dit : Grand'Cour (la)

Geoffroy de Quédillac (vers 1390-1445), fils de Perrot de Quédillac (1365-1427) et de Jeanne Grignart est appelé en 1440 sire de Taden. Cette famille possède toujours la Grand’ Cour en 1513. Catherine de Quédillac la transmet à son mari Bertran Ferré, seigneur de la Garaye avant qu’elle soit vendue à la famille Marot des Alleux qui la détient jusqu’au milieu du 18e siècle. La seigneurie de Taden est élevée en châtellenie en 1633, puis en vicomté en 1644 et en comté en 1683. Cependant, depuis la vente de la seigneurie en 1618, le manoir ne sert plus de résidence à ses propriétaires, les seigneurs de la Garaye utilisaient les communs, selon la transmission orale, pour le parcage des carrosses et chevaux lorsqu’ils se rendaient à l’église du bourg

Un logis-porte du 14e siècle

Le logis de la Grand’Cour a conservé l’ensemble de ses façades de la fin du 14e siècle. Ce logis seigneurial est reconnaissable par sa haute tour d’escalier, située dans l’angle, dont la plate forme de guet est accessible par une vis relais. Le changement d'appareil de la tour, des moellons plus petits sur la face arrière, indique que cette partie n'était pas visible de la cour antérieure. Au-dessus du passage voûté, à l’arrière, une imposante console indique l’emplacement d’une coursière en bois pour se rendre à un bloc de latrines disparu dont les arrachements sont toujours bien visibles. De même, la porte haute du pignon nord atteste de la présence d’un hourd disparu qui menait également à des latrines.

L’emplacement, l'orientation inhabituelle du logis, le fait également qu’il fasse corps de passage présage de l’existence de bâtiments disparus dans la basse-cour et la cour. Un document d’archives de 1552 donne une description sommaire du logis, quoique très significative des aménagements à cette période. Il est composé d'une chambre basse, d’une passe pour se rendre dans la basse-cour au fournil et à la boulangerie et au-dessus de trois hautes chambres et des greniers.

Dans la cour, un logis seigneurial disparu à salle basse sous charpente

La découverte d'un minu, acte notarié de 1552, signé par Marie Le Voyer, dame de Taden qui présente les détails de l'ensemble du patrimoine de son mari à son décès a permis de confirmer les hypothèses de l' existence d'un logis seigneurial au nord de la cour, dont la transcription partielle est disponible en annexe 3. Ce document décrit : une salle basse attenante d'une cuisine, vers l'occident une chambre basse avec latrines et vers l'orient une cave et despance. L'emplacement de la cuisine pourrait être située dans une aile arrière attenante à la salle, comme semble l'indiquer son fantôme sur les cadastres anciens. La date de construction de ce logis seigneurial pose toujours question. Geoffroy de Quédillac (vers 1390-1445) est récompensé pour ses loyaux services dans le testament de 1380 de Bertrand Duguesclin. Geoffroy de Quédillac est-il également le commanditaire du logis seigneurial disparu dans la cour ? ou ce dernier est -il plus ancien ?

Des aménagements secondaires

En dehors des manques comme le corps de latrines, quelques modifications ont été réalisées à des périodes différentes. Les deux portes situées sous le passage voûté ont été creusées au 16e siècle pour celle qui donne dans la salle basse du logis seigneurial. Il en est de même probablement pour la grande arcade du logis secondaire, avec sa double rangée de claveaux formant un arc légèrement surbaissé. De même le pavillon (ancien fournil), dessiné par Yvonne Jean-Haffen, à côté du portail peut remonter à cette période.

Le manoir est progressivement réaménagé en ferme. Une aile basse mentionnée sur le cadastre de 1843 était accolée contre le pignon nord. Elle existait encore avant la restauration des années 1990, comme les soues à cochons qui venaient s’appuyer contre l’escalier droit qui menait à la petite salle haute du logis de service.

Au « Petit Bon Espoir », le portail du 14e siècle proviendrait du manoir de la Grand’Cour. Il est probable qu’il ait été transféré au couvent des sœurs du St Esprit lors de sa création par Claude Marot de la Garaye, en 1729. Les armoiries bûchées ne sont pas lisibles.

La restauration des années 1990

Le parti choisi, par Alain Charles Perrot, pour la restauration du manoir a été de restituer l’état présumé du manoir gothique. Cet état ne prend pas en compte les hypothèses de Gwyn Meirion Jones qui opte pour une pièce haute sous charpente à galerie de bois, fixée au mur sud de ce volume central. Une partie du décor de cette grande pièce haute avec une moucheture d’hermines peinte à l’ocre rouge sur fond blanc, de la fin du 14e siècle, a pu être sauvée. La restauration a principalement porté sur la remise en état de la partie seigneuriale et la consolidation des communs. La partie secondaire du logis, logis d'hôte ou de régisseur reste dans l'attente d'une réhabilitation de ses intérieurs comme le pavillon d’entrée qui a perdu sa toiture à quatre pans. L’escalier droit extérieur qui permettait d’accéder à la pièce haute a été restitué par Alain Charles Perrot.

Période(s) Principale : 4e quart 14e siècle
Secondaire : 16e siècle

Selon les récentes prospections archéologiques, le manoir de la Grand'Cour est édifié à un carrefour de voies gallo-romaines.

Il est ceinturé par un enclos dont la partie nord a été reconstruite. L’entrée, située au sud, donne sur la rue principale qui mène à l’église paroissiale, lui fait face probablement son ancien portail transféré au « Petit Bon Espoir ».

Les communs s’appuient au sud-est de l’enclos. A l’est plusieurs bâtiments moins anciens ferment la cour. Emplacement de l'ancien logis du métayer et de trois étables mentionnées dans le minu de 1552.

Le manoir est orienté à l’est. Il est traversant, d’où son appellation de logis-porche. Il est percé en son centre d’un large passage voûté, unique dans les manoirs bretons, qui sépare une partie seigneuriale d'une partie secondaire pour un hôte ou régisseur du domaine. Ce passage témoigne d’une implantation entre deux cours et joue un rôle déterminant dans la répartition des fonctions.

Le logis seigneurial se distingue par le positionnement peu habituel de sa tour d’escalier sur l'angle nord-est et par des fenêtres de plus grandes hauteurs qui rendent compte de niveaux plus élevés que ceux du logis secondaire.

En rez-de-chaussée se situe une vaste pièce à feu transformée sans doute plus tard en cuisine qui est accessible par la tour d’escalier et par une porte creusée plus tardivement sous le porche. Une autre porte à l’arrière, aujourd’hui murée, devait donner sur une fosse de latrines.

A l’étage se trouvait une grande pièce haute (salle ou grande chambre) et une autre chambre plus étroite au-dessus du passage voûté. La grande pièce était peut-être à l’origine sous charpente avec galerie de bois, comme cela se faisait, à la période gothique, dans beaucoup de manoirs bretons, mais rien ne l’atteste aujourd'hui réellement, d’où le choix par Alain Charles Perrot d’un plafond à poutres et solives. Il opte pour un comble habitable comme pour le logis de la Bellière à la Vicomté-sur-Rance, contemporain de la Grand'Cour.

L’escalier dessert aujourd’hui au deuxième étage une chambre chauffée. Alain Charles Perrot pense qu'une autre cheminée sur gouttereau a pu exister également à ce niveau, d'où la restitution d'une double cheminée octogonale ostensible de l'extérieur. Une porte sur le pignon nord indique, là aussi un bloc disparu de latrines. Enfin l’escalier est relayé par une vis secondaire en surplomb qui mène à une plate forme de guet.

Le logis secondaire d' hôte ou du régisseur est quant à lui composé de trois pièces superposées. Celle du deuxième niveau, la salle, est accessible par un perron extérieur. La Grande porte charretière n'est pas d'origine, elle a été percée lors de la transformation de cette pièce.

Murs granulite moellon
granite pierre de taille
Toit ardoise
Étages 2 étages carrés
Escaliers escalier hors-oeuvre : escalier en vis sans jour, en maçonnerie
Typologies logis-porte
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1993/06/04

Annexes

  • Marc Déceneux. Manoirs gothiques bretons de 1364 à 1420. Essai sur quelques structures particulières d’habitat. Thèse de doctorat de 3e cycle. Université de Rennes 2, 1982, p. 189-196.

    Extraits.

    Ce monument, édifié par les Beaumanoir qui après avoir été du parti de Charles de Blois se rallièrent tardivement à la cause de Jean de Montfort, est aussi attribuable à un maître d’œuvre de l’entourage ducal, en l’occurrence Étienne Le Tur, architecte du donjon de Dinan 1382 à 1387.

    L’hôtel de Grandcour est une œuvre d’un seul corps, très allongée et de forme rectangulaire ( à l’exception du pignon sud, parallèle à la route de Dinan, dont l’orientation est O.N.O – E.S.E ; il renferme deux niveaux surmontés d’un étage sous comble.

    Une tour cylindrique élancée est engagée à l’angle nord-est ; elle est couronnée d’une guette non couverte dont la rambarde, d’un diamètre légèrement supérieur, repose sur un encorbellement marqué d’une moulure torique ; derrière cette guette, et à cheval sur le gnon nord, est une petite tourelle annexe encorbellée en cul-de-lampe presqu’au niveau du faîte et coiffée d’une poivrière en pierre que surmontait un fleuron aujourd’hui disparu.

    L’œuvre est traversée en son milieu par un porche dont l’ouverture, de chaque côté est en plein-cintre. Ce porche a un triple rôle : rôle de passage, d’abord, entre la cour et le jardin mais aussi rôle distributionnel car il sépare deux logis distincts : au nord le logis seigneurial proprement dit et au sud une partie du service incluse dans le même bâtiment, selon le système que nous avons déjà vu à Kerdéozer(Pleudaniel), au Carpont (Trédarzec)...Enfin rôle plastique car la construction géométrique qui permet de le dessiner donne la clé de l’organisation des proportions de l’œuvre. (..)

    La façade arrière, à l’origine, se présentait comme une surface animée de diverses saillies. Il existait en particulier deux petits pavillons carrés qui ont disparu mais qui sont portés sur l’ancien plan cadastral du bourg et dont les traces d’accrochage se voient encore dans la maçonnerie.Le premier, à l’extrémité nord n’était qu’en rez-de-chaussée,le second contre le flanc sud du porche avait deux niveaux, le premier complètement clos (sans doute une fosse de latrines) et le second articulé par une porte et un passage de bois en encorbellement au-dessus du porche (…). D’autre part un conduit de cheminée est ménagé dans un massif de maçonnerie saillant, porté en encorbellement

    sur trois corbeaux en quart de rond à la hauteur du premier étage de la partie résidentielle ; fort bien appareillé, il contient un arc-de -décharge qui en reporte le poids sur les corbeaux latéraux ; le couronnement a été arasé au niveau de la couverture. (…) il faut ajouter les lucarnes aujourd’hui disparues.

    La conception esthétique est assez voisine de celle du Hac. Cependant, il s’agit d’un type fonctionnel tout à fait différent.

    Le logis de service qui occupe la partie sud du bâtiment renferme au rez-de-chaussée un cellier qui communiquait avec le porche et s’ouvrait sur la cour grâce à une très large baie en arc surbaissé à double clavetage ; au-dessus une chambre à feu était accessible directement de la cour grâce à un escalier en pierre et une porte cintrée (visible sur les dessins de Frottier de la Messelière). Cette chambre, dont les fenêtres regardaient l’est et l’ouest, était surmontée d’un grenier sous combles. Les niveaux intérieurs étaient ici plus bas que dans la partie seigneuriale et ont été bouleversés lors de transformations.

    Le logis seigneurial est pratiquement intact si l’on fait abstraction des éléments annexes disparus à l’arrière. Il occupe la partie située au nord du porche , et au-dessus de celui-ci ; un escalier à vis logé dans la tour d’angle le dessert de haut en bas. L’accès à l’intérieur se fait par cette tour grâce à une porte dont le plein-cintre encadre un linteau qui était sas doute en forme d’accolade.

    Le rez-de- chaussée est occupé par une salle basse, qu’une porte fait aussi communiquer avec le porche ; une cheminée est percée dans le mur sud, sans hotte ni pied droit mais formée seulement d’un évidement dans l’épaisseur de la maçonnerie avec un linteau en arc surbaissé. Cette salle avait des fenêtres vers la cour et vers le jardin.

    Au-dessus règne une salle que trois grandes fenêtres, deux vers la cour et une vers le jardin, signalent à l’extérieur. La cheminée dans le mur ouest, est ménagée dans le massif de maçonnerie porté en encorbellement sur la façade arrière. Comme en rez-de-chaussée, elle n’a pas de hotte en surplomb mais se constitue d’un renfoncement rectangulaire ; elle est surmontée d’un arc de décharge remarquablement appareillé. Les arêtes de la cheminée sont abattues en un large cavet, sur les deux côtés et le linteau souligné par une large moulure torique ininterrompue qui s’amortit à ses deux extrémités, sur l’appui, en bases circulaires à l’astragale saillante. Le tout est monté avec un soin parfait et donne l’impression d’une très élégante simplicité. On notera dans la même pièce, au milieu du mur sud, un fort bel arc de décharge qui soulage le linteau de la cheminée de l’étage inférieur.

    La salle commande une chambre rectangulaire, étroite, établie au-dessus du porche. Cette chambre possède deux fenêtres à coussièges, vers la cour et le jardin, une porte aujourd’hui murée qui donnait accès au passage suspendu vers les latrines du pavillon de l’ouest près du porche, et une cheminée. Celle-ci comme les précédentes est percée dans l’épaisseur du mur (au sud) sans en déborder ; les arêtes des côtés sont abattues en chanfrein et le linteau, appareillé avec beaucoup d’art, forme un arc surbaissé ; il s’amortit sur les chanfreins latéraux en petits culots sculptés, celui-de droite représentant une tête d’animal et celui de gauche une tête humaine couronnée portant une épaisse moustache tombante, à l mode anglaise ( semblable à celle que portait le duc Jean IV sur le gisant de son tombeau de Nantes, d’après les représentations données par Gaignières et par Dom Morice.

    Même distribution au second étage. Au-dessus de la salle du premier est une chambre à feu, sous la charpente, dont le plancher a disparu. Cette chambre était éclairée vers l’ouest par une lucarne qui n’existe plus mais dont le cadre intérieur de la charpente a subsisté. La cheminée au sud est petite et son foyer sans renfoncement est au droit du mur ; la hotte est peu saillante et repose sur un linteau échancré en arc surbaissé, lui même porté par deux supports cubiques sortant de la maçonnerie. En face de la cheminée et près de la porte de l’escalier, quelques marches de pierres qui reposent en encorbellement sur une console à trois ressauts conduisent à une porte percée dans le pignon nord. Elle s’ouvrait sur un organe de charpente, couvert, qui était accroché sur la partie supérieure du pignon et dont on voit encore les corbeaux de pierre qui soutenaient la couverture. Il s’agissait sans doute d’une latrine suspendue, dans le genre de celle qui figure au flanc de la tour-porte dans le tableau de Brueghel « les proverbes flamands ».(…).

    L’escalier s’interrompt tandis qu’une autre vis, plus étroite, prend naissance dans le tourillon pour conduire à la guette qui couronne la tour.Cette dernière est faite de grosses dalles disposées en rayons et supportées au milieu par une colonne de pierre qui prolonge le noyau de l’escalier principal...En haut, une succession de moulures de plus en plus larges, alternant petits tores et cavets, forme chapiteau.

    Au fond, l’hôtel de la Grancour n’est qu’une maison de modestes dimensions, mais de quelle qualité ! Son charme vient de la conjonction d’une mise en proportion raffinée avec un parti d’archaïsme provincial (structure de logis-porche) et un effet bien compris du pittoresque. La réussite de l’ensemble tient aussi à la qualité de l’exécution. On y sent la griffe d’un grand maître d’œuvre, Etienne le Tur. En effet, si les cheminées sans hotte se rattachent aux résidences ducales, celle du premier étage tout particulièrement est d’un modèle que l’on retrouve presqu’identique au donjon de Dinan. De même, la colonne qui prolonge le noyau de l’escalier à vis est un dispositif rare dans les manoirs bretons, et qu’Étienne Le Fur a utilisé dans la vis principale au dernier étage du donjon : là la colonne est décorée d’un nœud central sans moulure mais chanfreiné qui rappelle la sécheresse géométrique des biseaux de la Grancour. Les colonnes du donjon de la Grand cour ont d’ailleurs probablement servi de modèle à celle de la Bellière, dans la même région.

    (Marc Déceneux).

  • Gwyn Meirion-Jones et Michael Jones. Le manoir de la Grand’Cour en Taden. Le Pays de Dinan, 1991, p.61-76.

    Extraits

    Le site où se dresse le manoir de la Grand’Cour, l’emplacement qu’il occupe, sa forme, son plan et la qualité éminente de sa construction font de ce manoir l’un des plus remarquables de Bretagne septentrionale (…).

    La question des origines de la Grand’Cour est loin d’être claire (…) probablement de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle. Frottier de la Messelière déclare catégoriquement que la grand ‘Cour appartenait à la famille Beaumanoir. Nos recherches n’ont pas permis de confirmer cette assertion.

    C’est seulement au cours du XVe siècle que se dissipent les ténèbres entourant la grand’Cour. On s’aperçoit ainsi que les propriétaires de la Grand’Cour ne sont pas les familles Beaufort ou Beaumanoir, mais les Quédillac. (…). Un bon nombre d’hommes portant ce nom servirent l’administration ducale et les carrières ecclésiastiques. Geoffroy de Quédillac qui, en 1440, est appelé sire de Taden est le premier du nom qui soit véritablement associé à la Grand’Cour.

    En 1474, Bertram de Quédillac, sans doute son petit fils, servait Jean, sire de Rieux. Bertram possédait encore la Grand’Cour en 1513. Il laissa une héritière Catherine qui transmit la propriété de Taden à son mari, Bertran Ferré, sire de la Garaye. A la fin du XVIe siècle, la Grand’Cour passa aux mains de la famille Marot, sires des Alleux – une famille alors en pleine ascension sociale- qui en eut la propriété jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.

    Le prestige fut encore accru lorsque Louis XIII éleva Taden et La Garaye au rang de châtellenie en 1633 ; Taden fut par la suite élevé au rang de vicomté en 1644 et de comté en 1683. Selon Frottier de la Messelière, Hay de Nétumières en devint par la suite propriétaire par acquêt, puis au XIXe siècle les Deroyer de Saucé avant de revenir par alliance aux Chassin du Guerny à la fin du XIXe siècle.

    Le courtil s’étend à l’ouest et au nord ; c’est aujourd’hui un espace découvert, dont le mur d’enclos a été modifié du côté nord à la suite de l’élargissement de la route,ainsi que le côté sud , là ou une brèche dans le mur laisse voir le pignon méridional du manoir. La seule autre brèche dans le mur d’enceinte est celle formée par l’actuelle entrée permettant d’accéder à la cour (...).

    Pose la question de l’existence d’autres bâtiments en bois.

    La salle haute est à charpente apparente, comme cela est normal dans les salles communes avant la Renaissance. La charpente en place est hybride et une future restauration devra certainement inclure une reconstruction complète de la toiture originelle. La charpente d’origine était du type « à chevrons portant fermes » - celles-ci étaient certainement lambrissées, comme le montrent les rainures des arbalétriers-(…).

    La chambre seigneuriale possède, par contre, un fort beau plafond de bois à poutres moulurées qui s’harmonisent avec les sablières qui ornent le sommet des murs de la salle haute (…).

    Le manoir de la Grand’Cour est un superbe édifice, construit d’un seul tenant, d’une maçonnerie de très haute qualité et datant des environs de 1300. Il contient tous les éléments d’une résidence seigneuriale de la fin du Moyen Age, à l’exception d’une salle basse. On peut supposer qu’une telle structure indépendante, bâtie en bois, se dressait autrefois dans le courtil. Pour qu’elle autre raison l’architecte eut-il construit un passage voûté d’aussi belle qualité architecturale ? Nous avons la une entrée impressionnante, destinée à conduire le visiteur vers un bâtiment de rang seigneurial qui ne pouvait guère être autre chose qu’une salle basse.

    (Gwyn Meirion-Jones).

  • Thoreux Evelyne, Meazey Peter. Le manoir de la Grand'Cour à Taden. Notes pour accompagner la visite du manoir. JOurnées du Patrimoine, septembre 2000. [Document dactylographié].

    Extraits et transcription du minu de 1552, signé par Marie Le Voyer, dame de Taden (A.D. des Côtes d'Armor : A 71)

    Adveu du lieu, Maison et Manoir de Tadain, de la maison et grand maistairie de Tadain, leurs appartenances et dépendances et de plus fiefs et baillaiges, présenté par Damoiselle Marie Le Voyez, dame de Tadain et Nicolas Le Voyez, curateur et tuteur respectivement des enffans de George de Vaucouleur et de la dicte dame. Au 6ème jour de février 1551. [1552].

    Le lieu, maison et manoir de Tadain au quel y a quatre corps de bâtiments s’entretenans et habitans (…)

    Item une maison située à vis la porte de Tadain, en laquelle y a ung pressouez et une chambre au bout qu’est de la chapelenie de saincte Anne contenant cinquante trois piedz de longc et ung celier dessoulz ladite chambre et ung collombier situéz en un jardin contenant (un) demy journal de terre et joignant d’une part au chemin qui vient de Dinan à l’église de Tadain et d’aultre costé au chemin allant de la maison de Tadain à la fontaine Guillaume, d’aultre costé à terre de Guillaume le Moulgnier. (…)

    Au premier, y a une salle, une chambre basse au bout et une garde-robe, et à l’aultre bout y a une cave et une despance et au costé de la dicte salle la cuysyne et sur le tout des greniers contenant quatre vingt piedz de longc et de leize vingt quatre piedz...

    En l’autre corps, y a une belle et ancienne tour avecque une basse chambre, une passe à aller en la basse court et le fournil et boullangerie et dessus troys haultes chambres et des greniers contenant de longc cinquante cinq piedz et de leize vingt et un pied

    En l’autre corps est la porte par où l’on rentre au lieu sur lequel y a une chambre et au bas y a troys estables à loger chevaux et dessus sont les fanneryes contenant cent piedz de longc et saize pieds et demy de leize (.. .)

    En l’aultre corps y a la mestaerie ou demeurent les mestayers, y a trois estables, sur le tout des greniers et fanneryes contenant de longc cent dix piedz et de leize vingt.

  • Seigneurs de Taden

    Notes extraites de Evelyne Thoreux

    Geoffroy de Quédillac

    Dans une montre de 1370 apparait le nomde Geoffroy de Quédillac. Ecuyer de du Guesclin, il le sert lors de ses campagnes, en compagnie de Berthelot d’Angloulvent et son nom figure curieusement sur le testament du connétable : Item nous voulons et ordonnons que Geoffroy de Quédillac soit récompensé sur notre terre s’il advenoit qu’il perdit la sienne pour être venu à notre service, de tout comme il perdroit. ». Le 25 avril 1381, il est parmi les seigneurs du pays de Dinan qui ratifient le second traité de Guérande mettant fin à la douloureuse guerre de succession. En 1387, il est officier et ambassadeur d’Olivier de Clisson et chargé du paiement en Angleterre de la rançon de Jean de Bretagne, comte de Penthièvre, le fils de la duchesse Jeanne. Il devient son maître d’hôtel de 1387 à 1391 avant d’être nommé alloué de Lamballe en 1393.

    Robert de Quédillac

    En 1442, il est écuyer d’Arthur de Bretagne, comte de Richemont, connétable de France en 1424 et duc de Bretagne de 1457 à 1458. Robert de Quédillac se voit invité à ses noces en 1442 à Mont Marsan. En 1450, suite au décès de son père, il établit le premier aveu que l’on ait sur la seigneurie de Taden et y fait état de « lostel et manoir de Taden avecques les jardins ».

    Bertrand de Quédillac ( ? , 1517)

    Prend la succession de son père Robert. Il est chevalier sous les ordres de Jean de Rieux, maréchal de Bretagne. En 1512, il établit un contrat de mariage. Sa fille unique Catherine va s’unir avec le fils ainé de Gilles Ferré, seigneur de la Garaye. Armoiries des Quédillac : de gueule à trois faces d’argent pour les Quédillac, et d’argent à une face d’azur et trois molettes d’éperon pour les Ferré.

    Les Vaucouleurs

    1552. Aveu de Marie Le Voyer, veuve de Georges de Vaucouleurs. (A.D. des Côtes d'Armor : A 71)

    Mention du manoir de la Grand Cour : « Au premier, y a une salle, une chambre basse au bout et une garde-robe, et à l’autre bout y a une cave et une despance et au costé de la ladite salle la cuysine et sur le tout des greniers contenant quatre-vingt pieds de longc et de leize vingt-quatre pieds. »

    Les Marot

    Raoul Marot achète la seigneurie de la Garaye en 1617 et celle de Taden un an plus tard. A partir de 1618, la famille Marot va être ainsi seule détentrice des deux seigneuries qui ont marqué l’histoire de l’église saint Pierre. Leurs descendants seront conseillers au parlement de Bretagne et résideront à rennes, Dinan, Taden au château de la Garaye. Le manoir de la Grand’Cour , siège de la seigneurie ne sera plus habité que par des métayers.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D des Côtes-d'Armor : A 71. Domaine de Dinan : paroisse et baillage de Taden (1502-1763)

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : A 71
Bibliographie
  • DECENNEUX Marc. Manoirs gothiques bretons de 1364 à 1420. Essai sur quelques structures particulières d'habitat. Thèse imprimée de doctorat de 3e cycle, 1982.

  • Gwyn Meirion-Jones et Michael Jones. Le manoir de la Grand’Cour en Taden. Le Pays de Dinan, 1991, p.61-76.

  • Thoreux Evelyne, Meazey Peter. Le manoir de la Grand'Cour à Taden. Notes pour accompagner la visite du manoir. JOurnées du Patrimoine, septembre 2000. [Document dactylographié].

Liens web