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Manoir de Guernanchanay (Plouaret)

Dossier IA22017127 réalisé en 2011

Fiche

Á rapprocher de

Œuvres contenues

Par son souci de composition quadrangulaire et la volonté de conserver ses parties anciennes héritées du Moyen Age, le manoir de Guernanchanay traduit dans la pierre la richesse et le prestige de ses commanditaires. Il est le siège de la seigneurie figurée par la résidence seigneuriale mais aussi le siège d'une vaste exploitation agricole dont la puissance s'exprime dans les dimensions exceptionnelles de la grange. Lors de la construction de l'actuel logis dans le dernier quart du 16e siècle, il préexiste déjà une résidence seigneuriale située dans l'axe du portail. Sur le cadastre de 1835 figure ainsi le manoir primitif - ruiné - fermant la cour face à l´entrée monumentale.

Le manoir de Guernanchanay est typique de l´architecture civile du Trégor de la fin du 16e siècle et du début du 17e siècle qui hésite encore entre modernité, archaïsme et sécurité.

Modernité dans l'ornementation du portail qui utilise le répertoire de la Renaissance classique : fronton triangulaire et colonnes cannelées à chapiteau corinthien mais respect strict du principe de la porte charretière et de la porte piétonne.

Archaïsme, car contrairement à toute attente, le pavillon central d'escalier abrite non pas un escalier rampe sur rampe mais un escalier en vis de formule classique hérité du gothique. Reste la question de la galerie de six arcades qui supportent et mettent en scène la salle de l'étage. Certains indices permettent aujourd'hui de penser que le manoir de Guernanchanay est resté inachevé : était-il prévu une liaison entre le nouveau et l'ancien manoir où est-ce que le nouveau manoir devait remplacer l'ancien ? Et si le logis actuel était en réalité l´aile de communs sur arcades d'un projet resté inachevé ?

Sécurité enfin, exprimée dans la composition du portail qui est doté de deux puissantes guérites. Cette entrée monumentale renvoie au logis-porte du manoir de Barac´h en Louannec. A une époque troublée - la fin du 16e siècle - et dans le contexte des Guerres de la Ligue où coups de main et pillages sont encore nombreux dans les campagnes et sur les côtes, le plan de feu élaboré du manoir de Guernanchanay permet une défense rapprochée et efficace à l'aide d´armes à feu portatives de type arquebuse ou mousquet (d'une portée inférieure ou égale à 50 mètres). Reste la question de la garnison, de son équipement et de son approvisionnement en poudre.

Le manoir de Guernanchanay est malheureusement aujourd'hui désaffecté. Son état sanitaire est alarmant. Un programme de restauration couplé à une mise en valeur archéologique des vestiges de l'ancien logis permettrait de mettre en valeur cet édifice remarquable à l'échelle de la Bretagne.

Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Plouaret
Adresse Commune : Plouaret
Lieu-dit : Guernanchanay (Guernachanay)
Cadastre : C 885, 891, 892, 893, 894, 924

La seigneurie de Guernanchanay a appartenu aux familles nobles suivantes :

- de Guernanchanay qui blasonnaient "de sable au cygne d´argent".

- de Coëtmohan, seigneur dudit lieu, paroisse de Merzer ; seigneur de Guernanchanay (dans la 2e moitié du 14e siècle), paroisse de Plouaret, aux armoiries : "D´argent au chef d´azur chargé de trois fleurs de lys d´argent (sceau 1365) ; aliàs croix cantonnée de quatre hures de sanglier (sceau 1365)". Selon Jean Ogée : "Guillaume de Coëtmohan, seigneur de Guernachané [Guernanchanay], grand-chantre de l´église cathédrale de Tréguier, docteur-régent en de la Faculté de Paris, né au château de Guernachané en cette paroisse, fonda, par testament du 20 avril 1325, le collège de Tréguier, à Paris [aujourd´hui appelé Collège de France] (Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne)".

- de Keranrais (dans la 1ère moitié du 15e siècle). Yves de Keranrais, décédé en 1454, fut seigneur de Guernanchanay. Il était marié avec Aliette le Roux de Coëtando. On trouve ensuite Briend leur fils, époux de Jeanne de Trogoff, puis Marie de Keranrais qui a épousé Jean le Goalès en 1452.

- le Gualès (ou Goalès), seigneur de Kerversault et de la Villeneuve, paroisse de Ploubezre ; seigneur de Guernanchanay (milieu du 15e siècle), paroisse de Plouaret, aux armoiries : "De gueules au croissant d´argent accompagné de six coquilles de même, 3. 3. (sceau 1381)".

Marie de Goalès épouse en 1485 Guillaume de la Lande, seigneur de la Boulaye (mort en 1498) et a deux fils : Ernault de la Lande épouse Marguerite de Quélen et décède avant 1519 ; Vincent de la Lande se marie avec Marie Conen et meurt en 1538.

Guillaume de la Lande (dont les armoiries sont "d´azur au lion d´or"), fils d´Ernault de la Lande est mentionné comme seigneur de Guernanchanay en 1529. Il épouse Anne de Lesmais (décédée en 1554 qui blasonnait "D´argent à trois fasces d´azur, accompagné de dix hermines de sable, 4. 3. 2. 1.").

Constance de la Lande, dame de La Boulaye hérite du château (ses frères Guy et Yves n´ont pas d´héritiers) et épouse Michel du Cosquer, seigneur de Coatdon (frère cadet d´Yves du Cosquer, seigneur de Rosanbo).

- du Cosquer [Coskaer ; Coskaër], seigneur dudit lieu et de Kerleffrec, paroisse de Plounévez-Moëdec ; seigneur de Kernec´hriou, paroisse de Pleudaniel ; seigneur de Cabatoux et de Barac´h, paroisse de Louannec ; seigneur de Rosambo [Rosanbo] et de Goasruz [Goaz Ru], paroisse de Lanvellec ; seigneur de Guernanchanay, paroisse de Plouaret ; seigneur de la Boulaye, paroisse de Plounérin ; seigneur de Keruzec, paroisse de Plomeur-Bodou [Pleumeur-Bodou] ; seigneur de Coëtfrec, paroisse de Ploubezre ; seigneur du Pré, paroisse de Brélévénez ; seigneur de Kerimel, paroisse de Kermaria-Sulard aux armoiries : "Écartelé aux 1 et 4 : d´or au sanglier de sable (sceau 1381), qui est Cosquer ; 2 et 3 contrecartelé d´or et d´azur, qui est Tournemine de Barac´h" dont la devise est : "Mad ha caër", littéralement "bon et beau".

Yves du Cosquer (fils de Michel du Cosquer) et Julienne Loz sont respectivement seigneur et dame de Guernanchanay en 1582. Leur fille, Anne du Cosquer épouse Jean de Baud, seigneur de la Vigne.

Mathurine de Baud, née vers 1633 (décédée en 1673), épouse François Loaisel, seigneur de Brie (mort en 1670).

Christophe-Paul de Robien (1698-1756) achète le château de Guernanchanay ; sa famille le conserve jusqu'à la Révolution. Selon René Couffon, les armoiries de la lucarne axiale du corps principal du manoir de Guernanchanay semblent faire référence au mariage de Guillaume de la Lande et Anne de Lesmais vers 1535-1550.

Des recherches plus récentes datent le chantier, le portail du moins, des années 1560-1570 : certains y voient ainsi l´œuvre de l´architecte Jean Le Taillanter, connu pour pratiquer une maîtrise d´œuvre itinérante. Cet architecte a notamment travaillé sur des églises du Trégor entre 1566 et 1585 au moins (les clochers de Loguivy-Plougras en 1566, Ploubezre en 1577 et de Plougasnou en 1582).

Son style est reconnaissable dans l´ornementation : colonnes cannelées et galbées à chapiteaux corinthiens sur piédestaux, rainures continues et claveaux cannelés en relief soulignant les ouvertures, niche à statue au centre du fronton, et gargouilles en fût de canon qui renvoient au porche ouest de l´église paroissiale Saint-Émilion à Loguivy-Plougras.

Les commanditaires du portail seraient ainsi peut-être : - Constance de la Lande, dame de La Boulaye et de Guernanchanay et Michel de Cosquer, seigneur de Coatdon et procureur du roi à Lannion (c´est le frère cadet d´Yves de Cosquer, seigneur de Rosanbo). - Yves du Cosquer (fils de Michel du Cosquer) et Julienne Loz, seigneur et dame de Guernanchanay en 1582.

Période(s) Principale : 2e moitié 16e siècle
Secondaire : 1ère moitié 17e siècle
Secondaire : 19e siècle

Cet ensemble bâti ancien, à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole, est situé à 2500 mètres au sud du bourg de Plouaret et à 151 mètres d´altitude. Il se situe à 450 mètres à l´ouest du ruisseau de Saint-Ethurien : on trouve à l´est des prairies et vers l´ouest et le nord-ouest des champs labourables. Du manoir dépendait un colombier (situé à 150 mètres à l´ouest) et un moulin à eau.

On accède au manoir de Guernanchanay par une avenue de hêtres filant vers le sud-est. L´édifice est construit en pierre de taille de granite de grand et moyen appareil. Il se compose de deux corps de bâtiments en équerre organisée à l´origine autour d´une cour fermée :

- dans l'axe de l'entrée : les vestiges du manoir médiéval (visible sur le cadastre de 1835).

- le premier corps de bâtiment - le plus imposant - est orienté vers le nord. Il comprend : à gauche, une salle à deux travées (à l´étage), édifiée sur une galerie servant de remise comprenant six arcades en arc plein cintre. Cette grande salle est percée, en élévation nord et sud, de deux grandes fenêtres rectangulaires ; au centre, un pavillon d´escalier percé de trois oculi (deux au nord, un au sud) accueille un escalier en vis. Ce pavillon est doté d´une pièce haute, chauffée, avec latrines ; à droite, la cuisine, le cellier et à l´étage, deux salles. Depuis la galerie servant de remise au rez-de-chaussée, une poterne permet de sortir par le sud-est : cette porte est protégée par deux ouvertures de tir.

Le niveau de combles - quoique non habitable, est éclairé par trois lucarnes en arc plein cintre accostées de pilastres et couronnées de tympans curvilignes ou triangulaire. Le tympan de la lucarne axiale figure un écartelé.

- le second corps de bâtiment, plus modeste est orienté vers l´est. Il s´agit des communs comprenant un logis et une étable avec grenier accessible par deux lucarnes pendantes ou meunières.

L´angle sud-ouest du manoir comprend une tour de plan carrée faisant bastion et assurant le flanquement des fossés ouest (vers l´entrée de la cour) et sud. Ces fossés secs étaient cependant plus profonds à l'origine. Rez-de-chaussée et étage sont dotés d'ouvertures de tir de forme circulaire tandis qu'un colombier a été aménagé à son sommet faisant de cet élément une tour-fuie.

Dans l´alignement des communs se trouve le portail monumental comprenant une porte charretière et une porte piétonne encadrées de deux guérites percées chacune de trois ouvertures de tir.

La grange, orientée vers le sud-sud-est a été construite en pierre de taille de granite de moyen appareil. Les armoiries surmontant la porte ont été martelées.

Typologies tour fuie
États conservations mauvais état, inégal suivant les parties
Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables portail
Protections inscrit MH, 1991/03/18
Précisions sur la protection

Manoir (C 891, 892, 893 et 894), colombier (C 885), vestiges de la chapelle (?), parcelles correspondant à l'étang et au jardin (cad. C 885, 891 à 894, 924) : inscription par arrêté du 18 mars 1991.

Annexes

  • Guernanchanay (et Kerbiguet à Gourin) témoigne de nouvelles modes, caractéristiques de la seconde Renaissance pour pour André Mussat

    "Ils ont en commun l´emploi de grande arcades au premier niveau, ce qui signifie une nouvelle distribution privilégiant les salles du second niveau. A Guernanchanay, le parti est très lisible : à gauche, six arcades au premier niveau et, au-dessus, la salle, puis un haut pavillon d´escalier éclairé par des oculus et, à droite, une travée symétrique, le tout, comme les communs construits à la perpendiculaire, d´un très bel appareil de granite.

    Ce corps central d´escalier se retrouve dans d´autres manoirs trégorois (Kermarguer et Lestrezec en Ploëzal, Kerauzern en Ploubezre). Dans le prolongement des communs, et donc latéralement par rapport au logis principal, un grand portail monumental s´inspire visiblement des porches d´église par ses colonnes, son entablement, son étage à niche, fronton et volute, mais les deux poivrières [sic] qui le flanquent de part et d´autre donnent à l´ensemble un aspect étrange. Cette composition inattendue est bien dans l´esprit d´amalgame des formes qui caractérise l´art rural de cette région. Un pavillon carré ouvre ses embrasures de bouche à feu à l´angle externe de la maison, commandant ainsi ses abords arrière et latéraux. Ce n´est point le seul cas d´un portail vraiment nouveau : citons, près de Châteaubourg, Le Plessis-Pillet en Dourdain datant des années 1570".

  • Le manoir de Guernanchanay par Jean-Jacques RIOULT

    "Le parti décoratif du portail transpose sur le modèle traditionnel de l´entrée manoriale à porte charretière et porte piétonne le répertoire de la Renaissance classique : les échauguettes, percées de bouches à feu, le situent à une date assez tardive, vers 1600, probablement contemporaine des guerres de la Ligue. Ce portail devait ouvrir face à un nouveau logis qui ne fut jamais réalisé. Faute de moyens, c´est dans l´aile de communs sur arcades qu´est aménagé au 17e siècle un logis".

  • Iconographie

    20122205718NUCA : Archives départementales des Côtes-d'Armor, G3.

    20122205719NUCA : Archives départementales des Côtes-d'Armor, G3.

    19802204591ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802201356ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor.

Références documentaires

Bibliographie
  • GALLET, Jean. Seigneurs et paysans bretons : du Moyen Age à la Révolution. Ouest-France, 1992, 339 p.

    p. 60
  • GOURVIL, Francis. En Bretagne : de Saint-Brieuc à Brest et de Quimper à Vannes. Arthaud, 1935, 220 p.

    p. 63-64
  • MUSSAT, André. Arts et cultures de Bretagne. Un millénaire. Paris, Berger-Levrault, 1979, 347 p.

    p. 188
  • RIOULT Jean-Jacques. Article "Manoir de Guernanchanay", p. 357, in Ministère de la Culture et de la communication, Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, Service de l´Inventaire général, Collectif (sous la dir. de Jean-Marie Pérouse de Montclos), Dictionnaire. Guide du patrimoine. Bretagne. Paris, Centre des Monuments nationaux / Monum, éditions du Patrimoines, 2002, 531 p.

Périodiques
  • AMIOT, Christophe. Observation sur le plan quadrangulaire et la galerie dans les châteaux bretons (1575-1640). L'exemple du Rocher-Portail à Saint-Brice-en-Coglès in "Actes du Congrès de Fougères 6-7-8 septembre 1995", Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, vol. 74, 1996.

    p. 531 ; 519-561
  • COUFFON, René. "Le château de Guernanchanay en Plouaret", Mémoire de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, vol. 103, 1975.

    p. 37-39
  • FROTIER DE LA MESSELIERE (Vicomte). "Les manoirs bretons des Côtes-du-Nord", Mémoire de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1940.

    p. 247
  • MILLET, Christian ; CASTEL, Yves-Pascal ; HUON, Michel. "Michel Le Borgne, architecte morlaisien de la Renaissance (1551-1582)", Bulletin de la Société archéologique du Finistère, vol. 123, 1994.

    p. 227-249
  • MILLET, Christian ; CASTEL, Yves-Pascal ; HUON, Michel. "Jean Le Taillanter, architecte de la Renaissance", Bulletin de la Société archéologique du Finistère, vol. 125, 1996.

    p. 199-215

Liens web