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Manoir de Guernaham (Le Vieux-Marché)

Dossier IA22016998 réalisé en 2010

Fiche

La seigneurie de Guernaham disposait d’un droit de basse et moyenne justice, exercé, le mercredi, à l'issue de celle du Vieux-Marché1, dans l'auditoire de cette seigneurie. Elle disposait également de prééminences dans l’église paroissiale de Plouaret : en 1734, "Ledit seigneur de Chapiseaux possède un banc clos et accoudouër [sic] avec les deux pierres tombales sur lesquelles il est posé au midy [sic] de l'enfeu élevé dans la seconde arcade du côté de l'épître de la nef de l'église paroissiale de Plouaret, lequel enfeu eslevé [sic] porte en bosse les armes de la seigneurie de Guernancham qui sont trois bandes d'azur avec le franc-canton de même à fond d'argent ; lequel enfeu est mitoyen entre le seigneur avouant et celui de La Haye avec le droit respectif d'y faire inhumer". Le seigneur de Guernancham possède une "chefrente [c’est-à-dire, une rente perpétuelle] de deux deniers dessus ladite église paroissiale de Plouaret qui lui sont payables par les fabriques d'icelle et rendibles [sic] dans ledit banc par le célébrant de la grande messe de minuit à chaque veille de Noël après avoir chanté la première évangile, accompagné du diacre et sous-diacre chacun portant en main un flambeau de cire blanche, à peine de trois livres d'amende par chaque défaut...".

Les seigneurs de Guernaham sont également "patron" de la chapelle de La Trinité (aujourd’hui située sur le territoire de la commune de Le Vieux-Marché), avec "droit de coutume [c’est à dire, une règle issue de la pratique] sur les marchandises étalées dans ce lieu, le jour du pardon".

La seigneurie de Guernaham a appartenu à Jean de La Haye (cité en 1481 et 1503), Yvon de La Haye, Pierre de La Haye (cité en 1556 ?). Cette famille (ramage de Plumaugat) est citée dans les montres de Tréguier de 1426 à 1535 (rassemblement des nobles en armes) pour la paroisse de Plouaret. Les seigneurs de La Haye blasonnent : "D’argent à trois bandes d’azur, qui est Plumaugat, au franc-canton aussi d’azur". Cette famille était également propriétaire de la seigneurie homonyme et de son manoir à Plouaret.

Jean de La Haye est cité à la montre de Tréguier en 1481 avec "deux chevaux et page" et représente également son père Morice de La Haye absent. Il est marié à Jeanne de Keramborgne, dame de Keramborgne. A la montre de l'évêché de Tréguier en 1503, on note la présence de Jean de la Haye, qui est représenté par Yvon de la Haye, son fils avec "trois chevaux et lance en état et habillement d’homme d’armes et outre a présenté un archer monté et armé de brigandine [armure légère servant de cuirasse], salade, gorgeline, épée et javeline, fauldes [sic] manches pour Jeanne Barach femme dudit fils". Yvon de La Haye est en effet marié à Jeanne de Barac’h.

Pierre de La Haye a épousé Margueritte Boscher.

Son fils Jean de La Haye a eu pour fille Mauricette de La Haye.

La seigneurie de Guernaham a ensuite appartenu aux familles suivantes :

- du Liscoët (mariage de Jacques du Liscoët avec Mauricette de La Haye, fille de Jean de La Haye en 1606),

- Toutrenoutre (mariage de Julienne de La Haye avec Jean Toutenoutre, "sénéchal de Daoulas" en 1618 puis : Charles de Toutenoutre, mort en 1659 ; Olivier de Toutenoutre (vers 1655 ; 1684) et d'Anne Charlotte Toutenoutre, vers 1682-1753),

- Gouin (mariage d'Anne Charlotte Toutrenoutre et de François René Gouin, seigneur de Chapiseaux). François René Gouin dit "chevalier de Chapiseaux", "capitaine des vaisseaux du roi, major de la marine" réside au manoir de Penanrun à Dirinon. En 1710, la seigneurie dite de "Quernachant" (en réalité Guernaham) appartient à la dame de Penanrun à Dirinon et Toutenoutre (décédée en 1753).

A suivre, leur fils, François Claude Marie Gouin de Chapiseaux "lieutenant des Vaisseaux du Roy" qui a épousé en 1741 Marie Jeanne de Rémy. Décédé sans postérité, son frère François-Louis Gouin hérite de la seigneurie. Ce dernier, marié en 1746 avec Marie-Véronique de Penfentenyo, est "conseiller du Roi" et "commissaire de Marine".

Marguerite Jeanne Marie Gouin de de Chapiseaux, veuve de Joseph Olimant de Kernéguez est dite "dame propriétaire de la seigneurie de Guernaham" en 1753. Le couple s’était marié dans la chapelle de Penanrun en 1733.

La seigneurie a ensuite échoué à Gilles René Conen de Saint-Luc (1721-1794) qui a épousé Françoise Marie du Bot (née au château du Bot en Quimerch en 1743. Ce dernier qualifié de "juriste" fut notamment "conseiller", puis "président à mortier du Parlement de Bretagne". Gilles René Conen de Saint-Luc, sa femme et sa fille Victoire Conen de Saint-Luc, religieuse à Quimper furent arrêtés, détenus à Carhaix puis guillotinés à Paris le 19 juillet 1794 pour avoir caché cache des prêtres réfractaires.

1Vieux Marché, "ville marchande ancienne et bien fondée" (1433) disposait de la haute justice exercée au lieu-dit « Justisso ».
Destinations maison
Parties constituantes non étudiées dépendance, puits
Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Plouaret
Adresse Commune : Vieux-Marché (Le)
Lieu-dit : Guernaham

Cet ensemble bâti ancien, à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole est situé à 2,1 kilomètres au sud-sud-ouest du bourg de Le Vieux Marché. Il était autrefois situé dans la paroisse de Plouaret auquel le territoire de Le Vieux-Marché était rattaché.

Le toponyme "Guernanham bras", est mentionné sur le cadastre de 1835. Dans les archives, on retrouve "Guernancham", "Guernarc’han" (Nobiliaire et armorial de Bretagne de Pol Potier de Courcy), "Guernancam", "Kernancam", "Quernachant", "Guernanham" ou encore "Guernaham". L’institut géographique national (IGN) a retenu "Guernaham".

Logis manorial vraisemblablement datable de la fin du 15e siècle ou du début du 16e siècle et agrandi dans la seconde moitié du 16e siècle ou au début du 17e siècle.

Les manoirs de Guernaham (Le Vieux-Marché) et de Guernanchanay (Plouaret) reviennent souvent dans les récits de François-Marie Luzel (1821-1895) : "la vengeance du lutin de Guernaham", "Les lutins de Guernaham", "Le pataugeur de Guernaham"...

Anatole Le Braz (1859-1926) a également écrit sur le manoir de Guernaham en 1901 dans "Les noces Noires de Guernaham".

Le manoir a été dessiné en 1929 par Henri Frotier de La Messelière.

En 2010, le manoir de Guernaham a fait l’objet d’une étude dans le cadre de l’Inventaire du patrimoine de la commune de Le Vieux-Marché.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle, 1er quart 16e siècle
Secondaire : 2e moitié 16e siècle, 1er quart 17e siècle, 2e moitié 20e siècle

Le site manorial de Guernaham comprend, outre le logis seigneurial, une chapelle (dédiée à Saint-Pierre) et une croix (visibles de la route), une cour, une métairie-étable qui se prolonge par une grange ayant conservée ses deux piliers (bâtiment probablement reconstruit puisque apparaissant ruiné sur le cadastre de 1835), un puits (à margelle circulaire) et des parcelles closes de murs à vocation de jardin, verger, "liors" ou courtil. La cour était autrefois fermée par un portail.

Le manoir adopte un plan général en équerre orienté vers la cour au nord. Il est constitué de deux ailes construites à deux périodes différentes. Si les façades principales (élévations nord et est) ont été construites en pierre de taille de granite, les façades postérieures sont simplement traitées en moellons. Les ouvertures étaient de type "fenêtre à meneau et traverse"(l’une des fenêtres est encore complète en élévation ouest ; une autre a également conservé sa traverse dans le pignon sud). Certains linteaux de fenêtres portent en décor une accolade typique de l’époque (comme la fenêtre étroite à appui saillant et accolade de l’élévation sud). Plusieurs fenêtres conservent des traces de fixation pour des grilles défensives. A signaler, un oculus de forme ovoïde aménagé au rez-de-chaussée de l’élévation nord du logis.

Le manoir se distingue pas sa haute tour d’escalier. De plan polygonal, cette dernière est dotée d’une pièce haute accessible depuis la vis principale par un petit escalier en vis secondaire.

Côté cour, deux portes permettent d’accéder au logis :

- la porte principale en arc brisé à chanfrein mouluré, surmontée d’une archivolte de style gothique ornée de choux frisés et d’un fleuron, donnait vraisemblablement accès à la salle basse ;

- la porte secondaire en arc brisé à chanfrein mouluré mais au traitement plus sobre donnait probablement accès à la cuisine.

A signaler, deux ouvertures de tir avec fente de visée permettant l’observation et la défense rapprochée des portes du manoir du côté de la cour.

Au sud, la porte du logis est surmontée d’un linteau en accolade.

Le logis semble avoir été agrandi vers le nord comme le montre la maçonnerie et la corniche/sablière.

La couverture est en ardoise ; les pignons découverts ont conservé leurs rampants et crossettes/chevronnières moulurées en granite. On note aussi la présence d’une corniche moulurée en granite sur la partie la plus ancienne du logis se prolongeant au niveau du plancher de la pièce haute de la tour. Coiffée en poivrière, la tour dispose également d’une corniche dédiée en granite.

Un arc de décharge est présent dans le bas du pignon sud (masqué par une remise en appentis).

Le logis a conservé ses dispositions anciennes : escalier en vis en granite, cheminée monumentale, fenêtre à coussiège ainsi que plusieurs portes en arc brisé.

Murs granite pierre de taille
moellon
Toit ardoise
Étages 1 étage carré, étage de comble
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
Escaliers escalier demi-hors-oeuvre : escalier en vis avec jour, en maçonnerie
États conservations bon état, inégal suivant les parties
Techniques sculpture

Visite du site manorial réalisée par Gwenaël Fauchille le 13 octobre 2010.

Dossier d'Inventaire monté en 2011 par Guillaume Lécuillier.

Recherches, textes historiques et descriptifs écrits en mars 2019 par Guillaume Lécuillier.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables manoir
Protections
Précisions sur la protection

Aucune protection.

Annexes

  • Iconographie

    20112205431NUCA : Archives départementales des Côtes-d'Armor, F3.

    19802201269ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Seigneurie de Guernancham

    E 1818 - (Liasse) - 6 pièces, parchemin ; 76 pièces, papier.

    1546-1759 - Titres généraux : aveux et hommages fournis à la seigneurie de Grandbois par Pierre de La Haye et par Amaury de La Haye, pour le lieu noble de Guernancham et ses dépendances ; procédures relatives au rachat dû à la seigneurie de Grandbois par le décès d'Amaury et de Jean de La Haye ; - aveux et minus fournis à la seigneurie du Vieux-Marché par Jean Toutenoutre et Julienne de La Haye, sa femme ; par Félix-François-Louis-Marie Gouin, héritier de son frère François-Claude-Marie et fils de François-René Gouin et d'Anne-Charlotte Toutenoutre, ledit aveu mentionnant le droit de basse et moyenne justice, exercé, le mercredi, à l'issue de celle du Vieux-Marché, dans l'auditoire de cette seigneurie ; une chefrente [rente perpétuelle] de deux deniers tournois, due par la fabrique de l'église de Plouaret et payable au seigneur parle célébrant de la grand-messe de minuit, la veille de Noël ; le patronage de la chapelle de La Trinité, en Plouaret, avec le droit de coutume sur les marchandises étalées dans ce lieu, le jour du pardon.

    (La seigneurie de Guernancham, en Plouaret, relevait des seigneuries de Grandbois et du Vieux-Marché. - Seigneur de Guernancham : au 16e siècle, Pierre, Yves, Amaury et Jean de La Haye ; au 17e siècle, Mauricette de La Haye et Jacques Du Liscoët, son mari ; Julienne de La Haye et Jean Toutenoutre ; Charles et Olivier Toutenoutre ; Anne-Charlotte Toutenoutre et François-René Gouin, son mari ; au 18e siècle, les précédents ; François-Claude-Marie Gouin, Félix-François-Louis-Marie Gouin, son frère, Marguerite-Anne-Marie Gouin, Gilles-René Connen de Saint-Luc et Françoise-Marie Du Bol).

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : E 1818
  • Seigneurie de Guernancham

    E 1819. (Liasse) - 7 pièces, parchemin ; 71 pièces, papier.

    1504-1786. - Domaine de Guernancham. - Paroisse de Plouaret : baux à ferme, baux à domaine congéable, déclarations, prisages, contrats de vente et procédures concernant la dîme de Kerouez, le manoir et la métairie de Guernancham , les convenants Guezennec, Runfaoues et Slang-Menou. - Fief de Guernancham. Paroisse de Plouaret : aveux, contrats de vente et procédures concernant les convenant Coëtivy, Kersalé, Le Goff, Le Guennec, Olivier, Rivoal ; une maison dépendante de la chapelle de Saint-Maudez ; les pièces de terre dites Le Luorzou, Parc-Nevez, etc.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : E 1819
  • E 3109 (liasse). - 1cahier in-folio, 16 feuillets, parchemin, 2 pièces, parchemin ; 105 pièces, papier.

    1546-1759. - Fief, du Vieux-Marché.

    - Aveux et minus concernant la seigneurie de Guernancham pour ce qui est situé dans la paroisse de Plouaret aux frairies de Kerrouez, de Coatmorvan, de Kersalé et dé Kerandouff.

    - Articles 2 et 3 de l'aveu de 1734 : "Ledit seigneur de Chapiseaux possède un banc clos et accoudouër avec les deux pierres tombales sur lesquelles il est posé au midy de l'enfeu élevé dans la seconde arcade du côté de l'épître de la nef de l'église paroissiale de Plouaret, lequel enfeu eslevé porte en bosse les armes de la seigneurie de Guernancham qui sont trois bandes d'azur avec le francanton de même à fond d'argent ; lequel enfeu est mitoyen entre le seigneur avouant et celui de La Haye avec le droit respectif d'y faire inhumer. Le seigneur de Guernancham possède une chefrente [rente perpétuelle] de deux deniers dessus ladite église paroissiale de Plouaret qui lui sont payables par les fabriques d'icelle et rendibles dans ledit banc par le célébrant de la grande messe de minuit à chaque vueille [veille] de Noël après avoir chanté la première évangile, accompagné du diacre et sous-diacre chacun portant en main un flambeau de cire blanche, à peine de trois livres d'amende par chaque défaut...

    - Baux et procédures concernant la dîme de Kerrouez, etc. (art. 705-736 de l'aveu de 1757). (Voir : E 1918-1919, seigneurie de Guernancham).

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : E 3109
  • Fonds Guernaham - Le Guillou-Penanros.

    Ce fonds renferme les titres de propriété de la seigneurie de Guernaham en Plouaret (Côtes-d'Armor) du 15e au 18e siècles, seigneurie ayant appartenu aux familles Toutanoutre et Conen de Saint-Luc, et un aveu de la seigneurie du Rusquec de 1653. Il concerne également la gestion des biens de la famille Léon de Tréverret et autres, par Le Guillou-Penanros, avocat à Quimper au début du 20e siècle, et abrite la correspondance commerciale de Le Guillou-Penanros, sardinier à Concarneau sous la Révolution et l'Empire.

    Cote 8 J 8-10

    "Rentier de la terre et seigneurie de Guernaham, tant des simples fermes, domaine congéable que cheffrantes", 1691-1721.

    Cote 8 J 8

    Comptes, procédures, correspondances concernant la seigneurie de Guernaham, 1683-1793.

    Cote 8 J 9-10

    Années 1683-1757.

    Cote 8 J 9

    Années 1770-1793.

    Archives départementales du Finistère : 8 J
  • Titres. Acte de foi et hommage au roi (1753).

    Procédure Jacques-Marie Paranthoën, sénéchal de Pleubihan, contre messire Jean-Baptiste, comte de Perrien, et l'abbé de Perrien, co-propriétaires de la seigneurie de la Haye-Kerborgne, et dame Marguerite Gouin de Kernéguès, dame propriétaire de la seigneurie de Guernaham.

    Copie d'anciens aveux de la terre du Tymeur.

    Lettres de Monsieur du Bot au seigneur du Tymeur et à ses officiers.

    Archives départementales du Finistère : 57 J 2
Bibliographie
  • LE BRAZ, Anatole. Le sang de la sirène ; suivi de : Les noces Noires de Guernaham. Paris, P. Camby, 1982, 93 p.

    Archives départementales du Finistère : Q8L 222
  • LUZEL, François-Marie ; MORVAN Françoise. Fantômes et dames blanches, textes choisis et présentés par Françoise Morvan, Rennes, Ouest France, 2007, 388 p.

  • KULIG, Christian. WORTHINGTON, Patrick. Châteaux et manoirs. Trésors du Trégor. Saint-Thonan, 2013, 256 p.

Liens web

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