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Manoir, Champsavoy (Saint-Judoce)

Dossier IA22017275 réalisé en 2004

Fiche

Á rapprocher de

Dossiers de synthèse

L’ensemble de Champsavoy, bien qu’amputé d’une bonne partie des différents bâtiments qui le constituaient est représentatif par sa situation et son logis conservé des manoirs édifiés par la moyenne noblesse au 16e et 17e siècle. L’évocation du lieu dans les mémoires de François Grignard ainsi que des différents travaux d’embellissement et de défense effectués par ce dernier dans le dernier quart du 16e siècle et la première décennie du 17e siècle lui confèrent un surcroît d’intérêt. Toutefois, malgré ces éléments historiques précieux et ceux livrés par un état des lieux en 1729, il est assez difficile de restituer avec certitude la disposition originelle des différents bâtiments et leur répartition entre les deux cours. Il est toutefois certain que l’ensemble était entouré de douves et que l’une d’elle séparait encore dans les années cinquante la cour du logis de la basse cour au nord.Néanmoins, l’observation de la différence de matériau et de qualité entre les deux façades du logis, confrontée à une notation du journal de François Grignard comme quoi ce dernier remplace la vieille arrivée du côté sud par une nouvelle, à l’est du côté de la chapelle. Peut faire penser que l’on a « réorienté » le logis en transformant en façade principale une ancienne façade postérieure. La moitié ouest de la façade sud actuelle avec ses fenêtres pourvues d’appuis saillants moulurés ainsi que la cheminée de la salle ouest deux fenêtres de la façade sud ainsi que la lucarne à pinacles de l’ouest peuvent être attribués aux travaux effectués par le père de François Grignard, Jean Grignard en 1553. Le montage de l’escalier intérieur à balustres de bois est également problématique. Si son principe « rampe sur rampe », est conforme aux modèles de la fin du 16e et du début du 17e siècle, le profil de ses balustres semble plutôt se rattacher à la seconde moitié du 17e siècle. D’autre part le décalage systématique entre l’angle de coupe des pieds de balustres et la pente actuelle de l’escalier permet de penser qu’il a fait l’objet d’un remontage.

Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Parc Régional Rance Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Saint-Judoce
Lieu-dit : Champsavoy
Cadastre : 1983 C2 317

Le fief de Champsavoy est mentionné dès 1346 à la famille Grignard, comme une partie détachée de l´ancienne seigneurie de Thélosouc, au profit d´un cadet. Il demeure dans cette famille jusqu´à la Révolution et passe par alliance aux Bouan du Chef du Bos au début de la Révolution. Le manoir dévasté durant les guerres de la Ligue fut reconstruit entre la fin du 16e siècle et le début du 17e siècle. Le journal de François Grignard (1551-1607) publié à la fin du 19e siècle fait état des agrandissements et transformations du manoir et de l´aménagement des abords (vois annexe 1). Une pierre en forme d´arc surbaissé portant avec les armes Grignard, la date de 1605, les monogrammes de François Grignard associé à ceux de Françoise Levesque sa première épouse et de Rollande de la Bouexière sa deuxième épouse a été retrouvée près du pignon est. Elle est à rapprocher de la mention du journal selon laquelle François Grignard fait refaire en 1605 le grand portail de la cour. Le logis actuel peut remonter à la première moitié du 16e siècle. Une partie de la façade arrière actuelle construite en pierre de taille des faluns avec deux fenêtres superposées chanfreinées et pourvues d´appuis moulurés correspond peut-être à la façade principale du logis primitif. A cette période se rattachent deux fenêtres dans la partie ouest de la façade nord, la lucarne qui les surmonte ainsi que les deux cheminées monumentales conservées au rez-de-chaussée du logis. L´une à l´est est sculptée des armes d´alliance de Jean Grignart avec Guillemette de la Provosté qui se marient en 1484. Des travaux ponctuels sont effectués au cours de la seconde moitié du 17e siècle : un grand fronton armorié est ajouté au centre de la façade. On peut l´associer soit au mariage de Guy-Henri Grignart avec Marie-Sébastienne de Begasson le 31 Octobre 1686 ou à celui de René Henri Grignart avec Marie Judith de Bruslon le 24 février 1716. Le logis n´est plus régulièrement habité au début du 18e siècle et sert de retenue : un partage successoral de 1729 décrit l´ensemble des bâtiments (annexe 2). Après la vente de la terre à la Révolution le logis est réduit à ses dimensions actuelles et plusieurs bâtiments sont détruits. Le colombier, encore représenté sur le cadastre de 1844, disparaît au cours de la seconde moitié du 19e siècle. L´appentis monté du côté ouest remploie des colonnes provenant du manoir de la Garde en Evran.

Période(s) Principale : 15e siècle
Principale : limite 16e siècle 17e siècle
Principale : 1ère moitié 17e siècle

Le logis actuel orienté nord-est présente une façade ordonnancée à trois travées. La travée centrale est ornée d´un fronton triangulaire tandis que les travées latérales sont ponctuées de lucarnes de style différent qui témoignent d´aménagements successifs, celle de droite plus ancienne est décoré au fronton d´une coquille entourée de la cordelière, symbole de l´ordre fondée par Anne de Bretagne à la mort de Charles VIII. Le corps principal de logis principal est accolé à l´ouest d´une aile basse en rez-de-chaussée à laquelle est ajointe une remise sur piliers. Les maçonneries majoritairement en moellons de granite et de schiste au nord, présentent au sud une mise en oeuvre en pierre de taille de calcaire coquillier. Les dépendances au nord de la cour sont construites également de maçonneries mixtes de schiste et de calcaire coquillier. La grange conserve une charpente homogène dont l´assemblage témoigne d´un savoir faire spécifique. Par delà les remaniements de son élévation, elle a conservé sa charpente d´origine dont presque tous les entraits ont été sciés. Les fermes sont constituées d´arbalétriers coudés à leur base selon une forme de type « upper-cruck » qui détermine un comble à surcroît permettant un stockage plus important. La finesse de ces arbalétriers est compensée par leur multiplication. Leur disposition, la tête légèrement inclinée vers l´ouest correspond à une recherche de contreventement par rapport aux vents dominants.

Murs schiste
falun
granite
appareil mixte
moellon
Toit ardoise
Étages 1 étage carré
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans
pignon couvert
Techniques sculpture
Représentations armoiries
Précision représentations

Au dessus de la porte principale : armes Grignart qui sont : de sable à la croix d´argent, cantonnée de 4 croissants de même. Supports : 2 lions. Sur le fronton dans l´axe de la porte : armes en alliance Grignard, autres armes disparues. Fenêtre du rez-de-chaussée à l´ouest : écu mi-parti, Grignard, de Cramoux (de gueules au cygne d´argent) et du Boisjean (d´azur à une croix ancrée d´argent). Sur cheminée, salle ouest du rez-de-chaussée : écu mi-parti, Grignard et de la Provosté (mariage en 1484 de Jean Grignard et de Guillemette de la Provosté). Armes Grignard avec écu en abîme de Cramoux sur pierre déposée avec date de 1605.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • CLEUZIOU (A. RAISON du), Histoire de Bretagne. Journal de François Grignard de Champsavoy.

    1553

    « En ceste année fut aussi rehaussé partie du logeix de Champsavoy, scavoir la salle et le bout vers la dépance. » (par le père de François Grignart, Jean Grignart)

    1582

    Mort de Jean Grignart de Champsavoy. François fit parachever un logeix commencé par son père et faire une cheminée à la métairie.

    1586

    « En la mesme année ledit sieur de Champsavoy commencza à douver et fermer de murailles la cour de Champsavoy et changea les arrivées d´icelle et fermer ses jardins et pourpris et faire le chemin neuf traversant la couaille de son estang pour oster celluy qui estoit près de la maison. »

    1587

    Métairie de la Vallée

    « En cette dicte année ledit sr de Champsavoy fist faire la métairie de la Vallée près la chapelle et acommoder son logeix de Champsavoy d´une montée et cabinets et autres augmentations bien nécessaires ».

    1589

    « Le (...) may la maison de Champsavoy fut entier ravagée par les chevaulx légers de Vignancourt et soldats de la Ville basse. Ses soeurs, enfin, firent saisir son bien ».

    1590

    François logeant à Saint-Malo, doit fuir. Puis, par traitrise, est pris à La Fosse-aux-Loups. Champsavoy pris par les ligueurs qui le fortifient, « brûlant un corps de logeix qui était devant la porte ». Ses frères et soeurs pillent son cheptel, ses métairies. Les Cahideuc s´y logent par suite, mais s´en rendent maitre. Ils sont chassés par le prince de Dombes. Y entre alors son frère la Jéhardière.

    1595

    « Fait faire les douves et plan de ma basse cour, les fossés de mon déport, devant la dite basse cour et ceux de ma jeune Chesnaye, plantée un an avant entre les pommiers de mon pourpris vers la vieille métairie et fit clore le petit jardin de la fontaine. »

    1596

    « Vivant sur place fait parachever le plan de ma basse cour, planter l´un des côtés de ma rabine qui traverse les Champs de la Chapelle depuis le Chemin neuf, jusqu´à la vieille porte. Fait faire le petit fossé qui sépare mon bois et fait dresser l´arrivée de la prée et chemin pour y aller. Fait faire aussi le fossé qui clos ma prée, vers la Ville, le fossé du jardin de la métairie de la Vallée et fait anter le verger de don geoffroy. »

    1598

    « 29 may mme de Champsavoy rentre au logis, trouve tout mal et nos maisons ruinées. Je commence à me raccomoder à Champsavoy, faisant premièrement dresser ma basse cour et y batir un petit logis de terre pour y retirer le bétail et volaille.

    1599

    En début d´année je continue à planter ma rabine qui traverse les champs de la Chapelle et celui des barrières jusqu´à la vieille porte (commencée un an avant). Je fait faire la contre douve d´entre mon bois et les terres du Tertre et venir l´eau par icelle jusqu´à la Haiche (?) ma prée, curer et réparer les douves et fossés de mon jardin et fait venir toute l´eau de ma prée et de tout le ruisseau par les dites douves ».

    « Au mois de juillet je fais abattre le moulin de Champsavoy et rebatir tout à neuf - achevé en fin d´année ».

    1600

    « Je continue la cloture de ma basse cour, faire un poulailler au bout du logis que j´y avais fait, commencer un petit pavillon en l´encognure de la dite cour vers la chapelle. »

    1601

    « Continue à faire planter. Je parachève un petit pavillon et fuye de ma basse cour et fait faire ma petite arrière chambre et lardies dessous, derrière mon logis de Champsavoy- et fait aussi refaire partie de la cloture de ma cour qui avait été abattue ».

    1603

    En ceste année dicte année 1603, je feis accomodé mes cuisines là ou estoit anciennement les dépances et is feis faire les cheminées portes montées et descentes en la façon quelles sont.

    1605

    En la mesme année je feix refaire la grande porte de la court de Champsavoy et parfaire la closture de devant. Je feis aussi raccomoder l´apantis du bout et coing de mon logis vers la basse court et vers la fontaine ou je feis racommoder et changer de lieu l´une des cheminées et recouvrir le logeix tout de neuf en croupe de pavillon comme il est.

    CF pierre déposée datée 1605, provenant de l´ancien pavillon de la porte

    1606

    Au commencement de l´année (...) je fais refaire la chaussée de mon moulin tout neuf et curer partie de l´étang. Faire une roue et rouet neuf, recharger l´une des meules.

    En la même année, je fais refaire mon fournil au coin de ma cour et parfaire la tourelle qui y était commencée et partie de la clôture de ma cour vers le jardin.

    (François Grignart meurt en 1608).

  • 1729

    Extrait de Prisage et mesurage des terres et seigneuries de Champsavoy, (...) dressé le 29 juillet 1729.

    «Champsavoy »

    Préciput

    La maison noble (1) et seigneurie de Champsavoy, paroisse d´Evran, évêché de Saint-Malo dont les partyes nous ont fait faire la montrée, est bastie de pierres, couverte d´ardoise, exposée au nord, contient trois en bas servant de salle, chambre et cuisine, chambres et greniers au-dessus. Pour y entrer est un petit vestibule au fond duquel est un escalier de bois à volée pour le service des enhauts, contenant, les trois, quatre vingts pieds de long (24 m40) sur dix sept et demi (5m77) de laize franche.

    Au bout orient un petit pavillon (2) même structure avec une porte de communication à la cuisine pour y entrer, contenant de large 26 pieds (8m58) et de laize trente (9m90),

    Autre pavillon (3), au derrière, même structure et couverture et joint au précédent logement, contenant deux embas servant d´office et de décharge, deux petites chambres avec un siège de latrines et grenier au-dessus, contenant de long vingt deux pieds et demi (7m 42) sur 12 (3m 96) de laize franche.

    Cour au devant et, au coin occident et nord d´icelle, autre logement (4) aussi de pierres, couvert d´ardoise, servant de fournil et de boulangerye, au dessus chambre et cabinet avec un siège de latrine, grenier au dessus du tout. Pour le service des en hauts, un escalier de bois en avice, contiennent de long trente pieds et demi (10m) sur dix sept de laize franche (9m60).

    Au nord d´icelle (cour), autre logement (5), pareille structure et couverture que les précédents contenant deux embas servants d´escurries, doublé de planchers greniers au dessus, contenant de long cinquante cinq pieds (18m15) sur dix huit (5m44) de laize franche.

    Au coin orient, un pavillon carré (6), même structure et couverture de plus haulte élévation. au-dedans duquel jusqu´au premier étage est un escallier de bois à volée (droite) pour le service des précédents logements, un petit retranchement en bas à la droite de l´escallier.

    Au dessus des escalliers et retranchements, deux greniers les uns sur les autres et pour leur service un escallier de bois en avice dans un petit tourillon pratiqué en cul de lampe, au coin occident et nord du dit pavillon, contenant, par réduction vingt pieds (6m60) de tout (...). Par dehors.

    Au bout occident des précédents, deux remises de caveau (7) bastyes de terrasse (torchis), couvertes d´ardoises contenant de long 20 pieds (6m60) sur quinze (4m95) de laize franche.

    A l´occident de la cour, autre logement (8), partye de pierre, partye de terre couvert d´ardoise, de moindre élévation, consistant en un embas servant d´estable, doublé d´une mauvaise terrasse, contient de long trente quatre pieds (11m22) de laize quinze et demi (5m15).

    Au bout nord du précédent, autre logement (9), bati de terre aussi couvert d´ardoise, de moindre élévation, consistant en deux embas doublés d´une mauvaise terrasse, contient de long vingt cinq pieds (8m25) sur huit et demi de laize franche (2m80). Entre ce dernier logement et les remises, une fuye (10) bastye de terre et couverte d´ardoises, contenant de circonférence soixante et onze pieds (23m45).

    A l´orient de la cour et au bout midy du pavillon autre logement (11) partie de pierre et partie de terre couvert d´ardoises consistant en deux en bas, le premier servant de selier et doublé de planches avec deux greniers, l´un sur l´autre au dessus ; l´autre est une grange (12) doublée de branchages, au dedans de laquelle est un pressoir, contiennent de long cinquante huit pieds et demi (19m30) sur vingt deux et demi (7m42) de laize par réduction.

    Deport (13) a vis la cour, et au bout orient des susdits logements ainssy qu´il se contient et les deux coins au niveau du verger à chanvre cy après, aux conditions des servitudes ordinaires pour la prée de retenue, jardin (14) à l´occident des susdits cour et logements, compris une petite oseraie au coin orient, un journal quarante deux cordes, fond pour le tout compris les douves, deux journaux cinquante huit cordes.

    Le bois de décoration (15) entre la prée de retenue et le clos des Barrières, logements non compris, une quantité en labour et pasture y enclavée, quatre journaux dix neuf cordes.

    Tout ce qui dessus est resté sans pris, l´ayant laissé pour préciput au paternel sur le réquisitoire dudit sieur de Saint-Gilles.

  • 20102211898NUC : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    20102211889NUC : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203216ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203678ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203680ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203682ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203681ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

Références documentaires

Bibliographie
  • BOUAN Louis. Champsavoy, sept siècles d´une maison familiale. Mémoires de la Société d´Histoire et d´Archéologie de Bretagne. T. LXXVI, 1998.

  • FROTIER DE LA MESSELIERE. Le Poudouvre et le canton de Dinan-Est.

    p. 22
  • RAISON DU CLEUZIOU. Journal de François Grignart 1551-1607. Bulletin et Mémoires de la Société Emulation des Côtes du Nord, 1899.

    p. 38-110
  • MONIER, M.E. Châteaux, manoirs et paysages ou quinze promenades autour de Dinan. Mayenne : Joseph Floch, 1975 (nouvelle édition revue et augmentée).

    p. 280