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Maisons et fermes de Saint-Dégan et de Saint-Guérin (Brec'h)

Dossier IA56005908 réalisé en 2008

Fiche

Dossier collectif Maisons-fermes

Dénombrement, conditions de l´enquête.

L´enquête sur les deux lieux-dits Saint-Dégan et Saint-Guérin sur la commune de Brec'h qui s´est déroulée en 2008 a permis de recenser 1 maison (à Saint-Guérin) et 21 fermes, parmi lesquelles, 15 fermes et la maison ont fait l´objet d´une fiche, 6 d´entre elles étant sélectionnées pour étude (fig. 1 et 2).

Le recensement a été systématique, les critères de repérage ont été la lisibilité de la structure du logis, ainsi que le maintien des dépendances souvent aujourd´hui obsolètes. C´est-à-dire que les remaniements tels agrandissement d´ouvertures ou changements de couverture n´ont pas été suffisants pour empêcher le repérage.

La carte géologique montre la prédominance du granite qui constitue la pierre à bâtir du secteur.

Caractères historiques et datation

Parmi les 15 fermes et maison repérées sur les deux lieux-dits, seules trois fermes sont postérieures à la Révolution, à Saint-Dégan, la ferme 2 et à Saint-Guérin les fermes 7 de la 2e moitié du 19e siècle et 3, datant de 1935. La plupart des autres remontent au 17e siècle, même si toutes ont subi des remaniements, au moins des ouvertures aux siècles suivants. Seule la ferme 8 de Saint-Degan (fig. 3) semble homogène, des années 1600. On modulera cette observation dans la mesure où il est parfois très difficile de dater précisément un édifice : s´agit-il d´une reconstruction remployant une partie des murs et les ouvertures anciennes où au contraire une construction ancienne rénovée ? L´habileté des tailleurs de pierre brouille souvent les pistes.

Le nombre important des édifices antérieurs à la Révolution est à mettre en lien avec la prospérité du territoire sous l´Ancien Régime, mais aussi avec le régime de propriété qui empêchait la modification des constructions par les édificiers sans l´accord du propriétaire foncier.

Les dates portées sur les bâtiments sont peu nombreuses : seules la ferme 4 à Saint-Dégan montre la date de 1856, date restauration de la maison, ainsi que la ferme 3 de Saint-Guérin datée 1935 ; trois dépendance à Saint-Dégan portent des dates : 1643 (ferme 3) et 1838 (ferme 2), ainsi que 1793 sur une grange non repérée. Par contre, les puits arborent fréquemment un chronogramme : 1792 pour les deux puits datés de Saint-Guérin, 1805, 1813, 1839 à Saint-Dégan.

Composition d'ensemble et dépendances

La règle de l´orientation au sud, majoritaire en milieu rural souffre quelques adaptations en raison du relief à Saint-Degan et va du sud-est (ferme 1) au sud-ouest (ferme 8) en passant par l´ouest (ferme 2) ; à Saint Guérin les deux fermes sélectionnées ont leur façade principale orientée à l´est (initialement à l´ouest pour la ferme 1). Si l´alignement des fonctions sous un même toit prédomine, ce n´est pas la règle générale, car une partie des dépendances sont isolées, en particulier les granges (dites caves) et celliers. On constate par rapport au plan cadastral ancien la disparition de quelques petites dépendances. L´alignement qui ne comporte aujourd'hui qu´une exploitation, (mais ce ne fut sans doute pas toujours le cas : ainsi la ferme 5 à Saint-Degan) n'est pas toujours homogène : les ajouts se faisant au fur et à mesure des besoins, il peut atteindre des dimensions importantes (ferme 1, Saint-Guerin).

Les dépendances sont rarement contemporaines du logis. Peu nombreuses, il s'agit essentiellement de granges, plus tard dénommées "caves" car elles abritent le pressoir, caractérisées par leur large ouverture en plein cintre en pignon (Saint-Dégan, ferme 3, fig. 4 et Saint-Guérin ferme 5, fig. 5). Leur fonction est multiple car elles servent aussi de remises à charrettes ou ‘buron a charrette´ dans les textes anciens. Dépendances emblématiques du Morbihan, elles sont le reflet de l´importante production céréalière. Des celliers ont été observés également ouverts en pignon dans les fermes 2, daté 1838, 5 et 8 de Saint-Dégan, ainsi qu'à Saint-Guérin (fermes non repérées au nord de la ferme 1 et au nord de la chapelle).

Une seule étable isolée possède des caractères architecturaux remarquables : il s'agit de la la dépendance au sud de la ferme 3 (fig. 6), sans doute un ancien logis ou qui reprend les matériaux d'un logis remontant à la fin du 16e ou au début du 17e siècle. Mais la plupart du temps, le logis abrite tout le cheptel : vaches, cheval dans un angle aménagé avec râtelier et mangeoire (ferme 5, fig. 7, et ferme 1), ainsi que des niches à poules ménagées dans le mur de l'étable. La dépendance au sud de la ferme 7 était sans doute aussi destinée à des animaux plus petits, cochons ou veaux ?

A Saint-Dégan et Saint-Guérin pourtant, l'élément extérieur au logis le plus emblématique reste le puits, dit morbihannais, c'est-à-dire à montants et traverse à boules monolithes en granite. Outre les puits traditionnels, comme le puits de la ferme 1, dont la base à large margelle débordante remonte sans doute au 17e siècle comme la ferme et qui fut dotée au 19e siècle d'une superstructure à boules décor religieux (ostensoir, fig. 8), on notera un modèle plus original, trouvé une fois à Saint-Dégan et deux fois à Saint-Guérin, daté 1792 (ferme 1, fig. 9), oeuvre d'un même tailleur de pierre : il est probable qu'une prospection plus complète du territoire communal amènera de nouvelles découvertes identiques. Les auges placées à côté des puits sont encore en place à la ferme 1 de Saint-Dégan, et à Saint-Guérin, à la ferme 2 et dans le puits de la ferme non repérée au nord de la ferme 1.

Les fours à pain qui figurent systématiquement sur le cadastre ancien, sont peu nombreux, surtout à Saint-Dégan où un seul figure au nord de la ferme 1 ; à saint Guérin sont figurés trois fournils et un four à pain, ce dernier est en ruines et un seul des fournils subsiste.

Matériaux et mise en œuvre

Élément constitutif du sous-sol, le granite est employé majoritairement en moellon dans la construction rurale, la présence d'un enduit sur le gros-oeuvre ne se manifestant qu'au 20e siècle dans la ferme de Saint-Guérin datée 1935. Une distinction s'opère cependant dans la taille du moellon selon la période de construction ; en général, plus la taille est ancienne, plus l'appareillage est soigné (ferme 2 de Saint-Dégan, remploi d'un mur ancien sur la façade nord, fig. 10 ; ferme 3, dépendance au sud). Il est parfois difficile de dater un appareillage. Les ouvertures sont toujours cernées de granite

Le chaume, autrefois largement majoritaire en milieu rural a totalement disparu, sauf dans les deux fermes de l'Ecomusée (1 et 2, fig. 11). Les pignons découverts témoignent encore de l'ancien matériau, quoiqu'ils aient eux-mêmes parfois été repris (Saint-Dégan, fermes 3 et 5, Saint-Guérin, ferme1). Matériau initialement provisoire, la tôle offre l'intérêt ne pas modifier la charpente et la pente de toiture contrairement à l'ardoise. Enfin, la tuile est un matériau de substitution utilisé à Saint-Dégan dans le cellier de la ferme 2, ainsi que sur une remise de la ferme 5.

Structure et typologie

On constate pour l'ensemble des fermes étudiées une écrasante majorité de logis-étable, habitat mixte caractérisé par la cohabitation des fonctions d´habitat et de travail sous le même toit d´exploitation (logis, étable, stockage). Cette pratique répandue dans toute l´Europe de l´ouest, là où domine la polyculture-élevage, permet une surveillance rapprochée des bêtes, la richesse de la ferme, et un surcroît de chaleur. Majoritaire aux 17e et 18e siècles, elle perdure jusqu´au 19e siècle.

Le type dit logis-étable est même l'unique modèle, avec variantes, sauf pour les fermes 2 de Saint- Dégan et 3 de Saint-Guérin, construite en 1935, où les notions d'hygiène ont définitivement intégrées la séparation des bêtes et humains.

Le logis-étable simple est le schéma des fermes 1 (fig. 12), 4 et 8 de Saint-Dégan et 4 de Saint-Guérin (et aussi la ferme 5 de Saint-Dégan dont le second logis semble à l'origine indépendant du premier) : il consiste en un volume unique avec la salle avec cheminée en pignon séparée ou non de l'étable par une simple cloison ou une mangeoire, datant pour ces trois exemples de la fin du 16e siècle à la fin du 17e siècle. Une porte unique sur la façade antérieure sert également aux hommes et aux animaux. En façade, la différenciation entre les espaces se voit à la taille de la fenêtre, souvent un jour pour aérer plutôt qu´éclairer l´étable. Le grenier, situé dans le comble à surcroît, est accessible le plus souvent par une gerbière en façade à laquelle une échelle donne accès, exceptionnellement soit par une porte haute avec escalier extérieur (ferme 8, fig. 1), soit par un escalier en hors-oeuvre (ferme 1).

L'exemple de base peut se compliquer d'un double accès, en général à partir du 18e siècle lorsque les notions hygiénistes sont prises en compte (fermes 2, fig. 13, fermes 6, 7 à Saint-Dégan) : seule la ferme 6 paraît plus ancienne, mais les modifications intervenues postérieurement peuvent intégrer l'ajout d'une porte pour le bétail.

On constate également sur les exemples plus récents l'ajout, postérieur (Saint-Dégan, ferme 7, Saint-Guérin, ferme 2) ou simultané (Saint-Dégan, ferme 2, Saint-Guérin, ferme 1) d'une chambre au bout de l'alignement, qui peut être à côté de la salle (ferme 2) ou de l'étable (ferme 4, 7, et Saint-Guérin, ferme 1 et 2).

Nommée la sieurie, la ferme 6 présente à la place de la chambre, un logis plus tardif de plan massé à rez-de-chaussée surélevé et étage carré et peut-être comble habitable desservis par un escalier à retours en pierre. Si les textes ne le confirmaient, la structure de cette ferme affirme (hautement) un statut différent de celui des simples domaniers. La partie basse étant un logis-étable plus ancien, on assiste ici à un changement de statut ou de fortune au 17e siècle.

Enfin, la ferme 6 à Saint-Guérin (fig. 14) est un unicum sur ces deux hameaux, mais pas sur le Morbihan où cette structure bien connue est fréquente dans le nord et l´est, surtout au 19e siècle : elle associe deux volumes aux hautes façades identiques, dont l´un étant occupé par le logis, le second par l´étable surmontés d´un haut surcroît formant double grenier côté logis.

CONCLUSION

A l´image de nombreuses communes morbihannaises, l´habitat "en dur" ne démarre à Saint-Dégan qu´à la fin du 16e siècle ou au début du 17e siècle : trois exemples bien conservés (ferme 1 et 8 à Saint-Dégan, ferme 1 à Saint-Guérin) sont à la fois le reflet de l´économie prospère et du système de fermage. Contrairement à l´habitude, ces deux hameaux ne comptent que deux habitats tardifs, la ferme de 1935 et celle non repérée au sud de Saint-Guérin. Malgré quelques constructions modernes implantées en périphérie des deux villages, ces derniers offrent donc un intérêt sinon majeur, mais du moins certain pour la conservation des formes architecturales anciennes.

Aires d'étudesPluvigner
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Brec'h
Cadastre : 2000 ZL, ZN
Période(s)Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Toitsardoise
Mursgranite
moellon
Décompte des œuvres repérées 16
étudiées 6