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Les salines du Frémur, le Mondy de la Saline (Lancieux)

Dossier IA22010292 réalisé en 2008
Dénominationssaline
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Ploubalay
AdresseCommune : Lancieux
Lieu-dit : le Mondy de la Saline
Cadastre : 1827 G 896

La découverte d'un four à sel sur l'île des Ebihens par les archéologues du Centre Archéologique Régional d'Aleth, prouve que l'exploitation du sel sur la côte de Poudouvre remonte à l'Antiquité. Les documents d'archives et la toponymie locale fournissent des traces de cette activité. L'exploitation des salines sur les bords du Frémur et du Drouët s'est poursuivie jusqu'à la fin du 18ème siècle. Seules deux salines restaient en activité en 1732 dans la vallée littorale du Frémur. Le rapport du chevalier de Mazin en 1756 relève en bordure des marais de Drouëts 13 salines, tant sur Ploubalay que sur Lancieux, dont les salines de la Roche. Cinq salines sont encore en activité en juin 1772 sur cet estuaire, d'après un document d'archives (AN Q 306). Celui-ci relate la demande de concession de François Joseph Recoursé pour un terrain situé entre la digue du marais de Pontbriand jusqu'à la mer (entre Lancieux et St-Briac). On y trouve mention d'un projet d'assèchement des terres et de la construction d'une nouvelle digue à hauteur de Roche Goude (réalisée vers 1791). Une autre pièce d'archives, datée de 1766, fait état des salines en bordure du Frémur : la '"Saline du Douëtel". Un aveu de 1703 cite une saline située entre les villages du Douëtel et de l'Anerie, dite "saline Trouillon". En 1732, cette saline est déclarée 'tombée en ruines'. La construction de la digue de Rochegoude par le sieur Recoursé et de la digue des marais du Drouet devait mettre fin progressivement à l'activité salicole sur les bords du Frémur à partir de 1772, date à laquelle on ne dénombrait plus que 5 salines en activité. Sur les bords de la rivière du Drouet et de la Roche, il existait une trentaines de salines au 18ème siècle, qui concernaient les paroisses de Trégon, Ploubalay et Lancieux. Les salines situées au Nord de la Saline de la Roche étaient exploitées par les métairies nobles de la Briantais et de Buglais, lesquelles versaient une rente annuelle de sel à l'Abbaye de St-Jacut. Les extraits du cadastre napoléonien de Lancieux permettent de situer ces parcelles et leur classement en catégorie : A : lieu d'extraction du sel ; B : lieu de rejet du sable lavé (Mondy, Mondet, Mondinet) ; C : zone d'exploitation du sel. Sur le cadastre napoléonien, on peut encore remarquer, sur les parcelles situées dans les marais du Drouet (près de la Roche), les parcelles numérotées B 251, B 260 à B 263, appelées 'les Marais de la Roche' ; B 258, 'la saline' ; B 259, 'la Plate Grève'. Sur le Frémur : entre les villages de la Chambre et de la Ville Gatorge, on peut relever les parcelles G 891, G 893, G 894, appelées 'les Sablonnettes' (A) et la parcelle G 896, nommée 'le Mondy de la Saline' (B). Près du Doietelle, les parcelles G 935 à G 943, G 950 à G 954 représentent le 'Marais de Roche Goude' (A), les parcelles G 835, G 836, G 848, 'le Mondet' (B), la parcelle G 956, 'Sous le Mondinet', la parcelle G 957, 'le Mondet des Rivières' (B). Il faudrait encore citer pour compléter cet inventaire non exhaustif 'la Lande Saulnier' à Lancieux (fig. 1-2-3-4).

Période(s)Principale : 1er quart 17e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 3e quart 18e siècle
Principale : 18e siècle

Le Mondy de la Saline A proximité de la saline, le saunier rejetait la sable lavé, qui d'accumulait, en créant des monticules au fil des années, c'est ce qu'on appelait le 'mondy'. Le 'Mondy de la Saline' est donc à interpréter comme une parcelle de terre autrefois réservée au rejet du sable lavé, à côté d'une zone d'exploitation (cadastre 1827, parcelle G 896). Le 'mondain' ou 'mondy', appelé 'mondrain' en Normandie, est selon le Littré de 1876 un monticule de sable ou tertres élevés en forme de tombeaux. D'après les recherches de l'abbé Auguste Lemasson, la saline de Lancieux, sur les rives du Frémur, dépendait au 1er quart du 18ème siècle, de la juridiction de Saint-Jacut. Elle comprenait : l'atelier du saunier, de 26 pieds de long, équipé de quatre poêles de plomb pour chauffer la saumure et fabriquer du sel, une grève et marais où l'on pouvait prendre le sable pour faire le sel et un 'transport' pour le stockage du sable et la préparation de la saumure. Cette saline occupait une surface d'environ 75 ares. Elle était partagée entre deux héritiers, pour en jouyr par moytié en communauté, comme le confirme le testament daté du 24 octobre 1627, de l'héritage de Ollivier Maraboeuf, au baillage de la Prévotais. La production du sel, estimée à 16 kg par an par habitant, était consommée sur place. Au 18ème siècle, La Prévostais en Lancieux en produisait annuellement 1, 5 tonnes, selon les recherches de Catherine Dressayre.

États conservationsdésaffecté, vestiges
Intérêt de l'œuvresite archéologique, à étudier

Annexes

  • La méthode d'extraction du sel à la fin du 19ème siècle (texte proposé par Guy Prigent)

    Catherine Dressayre, "Sel et Salinette à Saint-Briac", Edition Association Namasté, Saint-Briac-sur-Mer, 1995.

    Les salines de sel ignigène sur les côtes de la Manche, proviennent de la forte concentration de sel et du lessivage de sables salés (les sablons) recueillis sur le bord de la mer. La cristallisation est réalisée par évaporation de l'eau sur des fours à bois. L'ustensile dont se sert le saunier pour gratter le sable s'appelle le 'havet', utilisé avec un attelage. Un amas de sable appelé la 'moie' est élevé au-dessus d'un trou circulaire de 2, 50 mètres de profondeur et de 8 mètres de diamètre. La "moie" est ensuite recouverte avec de l'argile délayée, foulée avec un pilon, en prenant soin de former une pente vers le milieu pour laisser couler par un petit canal les eaux pluviales. Le sablon peut dans ces conditions se conserver plusieurs années. Cette récolte occupe pendant la saison estivale la population locale pauvre du littoral. La moie est utilisée pour en extraire la saumure par filtration. L'eau filtrée s'appelle la 'brune'. L'extraction du sel s'obtient par évaporation de la "brune" dans des fours ou fourneaux, creusés dans le sol et alimentés par le feu de charbon ou de bois de chaudières en plomb. Cette opération se nomme le 'bouillon'.

  • Extrait de l'ouvrage du chanoine Lemasson : 'Le Pays de Dinan, 1925' : descriptif d'une saline (texte proposé par Guy Prigent)

    Le chanoine Lemasson, historien local, décrit comme suit une saline mentionnée dans un titre de partage du 14 février 1632 :

    d'une salyne bastie et construite de pierres et maçonnal, couverte de glé et scittuée au marais du Frommutz, contenant ladite salyne 31 pieds de long et 19 ieds de large, avec ses grefves, marests, mondins, issues et dépots mesurant 76 cordes et 4 poëles de plomb y estant, servant à faire le sel menu et autres ustensiles servant à serrer le sablon.

  • 20082205778NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/4, 11.

    20082205777NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/4, 11.

    20082205775NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/4, 11.

    20082205781NUCB : Mairie de Lancieux

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/4, 11, plans cadastraux parcellaires de 1819.

Bibliographie
  • DAGORNE, Marie.La presqu'île de Lancieux autrefois et jusqu'au 20ème siècle. Recueil d'articles et autres chroniques publiés dans le bulletin municipal de Lancieux entre 1983 et 2000.

    p. 23-27
  • DRESSAYRE, Catherine. Sel et Salinette à Saint-Briac. Saint-Briac : Edition Association Namasté, 1995.

  • LEMASSON, A. Histoire du Pays de Dinan, Dinan, 1925.

    p.
Périodiques
  • MAZIN, Charles, Guillaume (de). La Côte de Bretagne depuis Lancieux jusqu'à Pordic. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord, 1971, 99.

    p. 62-88