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Les manoirs, châteaux et demeures sur la commune de Saint-Coulomb

Dossier IA35004199 réalisé en 1999

Fiche

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« Dès la fin du XVIe siècle, les bourgeois de Saint-Malo, enrichis dans le grand commerce maritime, se font construire de petites maisons de plaisance qui lui permettent d'échapper à l'étouffement d'un tissu urbain saturé, en même temps que d'imiter l'art de vivre noblement. Dubuisson-Aubenay dit ainsi à propos des Malouins, en 1636 : « Ceux-ci sont tous marchands, peu par terre, presque tous par mer (..). Leur trafic est principalement en Espagne et aussy en Hollande, d'où, pour de l'argent, ils rapportent les denrées des Indes où ils vont aussy de leur chef, et principalement aux occidentales (..). Ils habitent en leur ville assez splendidement et vivent délicieusement ».

Ce phénomène de villégiature s'étend de façon générale à toute la bourgeoisie malouine de la fin du XVIe à celle du XVIIe siècle. L'ingénieur Picot en fait en 1703 la description suivante : « Les environs de Saint-Malo du côté de l'Est sont assez beaux, le pays est montagneux et rempli de quantité de vallons comme il est marqué dans la carte (..). Plusieurs petites malouinières appartenant aux habitants de la ville occupent ce terrain et quelques villages ; aussi bien que de belles maisons de plaisance, comme le Lupin, la Motte aux Chauff, la Ville Bague, le Parc, la Bardoulais, la Chipaudière, les Landes-Serez, la Motte-Rousselle, Château-Malo, Launay-Quinart, la Ville-ès-Oiseaux, Beauvais, la Giclais et quelques autres qui sont assez belles quoique anciennes..».

I-ÉVOLUTION DU MODELE

1-Les premières malouinières (de la fin du XVIe à 1640-50)

- Au sens de l'ingénieur Picot, ces « petites malouinières » prolongent au XVIIe siècle le modèle du petit manoir avec souvent plan ramassé, concept vertical et hypertrophie en hauteur de la tour d'escalier hors-oeuvre, comme en témoigne la description de la malouinière construite par Josselin Gilbert, négociant de Saint-Malo, sur la terre noble du Bosc : « un grand corps de logis couvert d'ardoise (..) composé pour le bas d'une seule salle et cuisine au côté, chambre au-dessus avec grenier, une petite tour carrée surmontant la maison et en haut de laquelle il y a une fuie à pigeons ».

- La première moitié du XVIIe est marquée par l'influence des constructions de Saint-Malo intra-muros. La Verderie à Saint-Servan (1637) est un édifice de transition, avec une façade sur jardin moderne, symétrique et un toit à croupes, en même temps qu'un plan en équerre avec tour d'escalier hors-oeuvre qui le rattache au modèle traditionnel.

2-L'adoption des modèles parisiens (1675-1700)

Comme l'avait pressenti Françoise Hamon et l'a montré ensuite Philippe Petout dans sa thèse publiée en 1986, ce sont les premières reconstructions de la cité malouine qui, à partir de 1650, vont transmettre aux malouinières les nouveaux modèles parisiens.

Ces nouvelles maisons de plaisance sont caractérisées par :

- une composition de façade symétrique ou s'efforçant de l'être

- des élévations à travées scandées par des lucarnes de pierre à frontons cintrés moulurés (seul élément de décor extérieur)

- de grands toits à croupes, simples ou à pavillons avec noues

- un plan ramassé, parfois double en profondeur

- l'intégration dans l'oeuvre de l'escalier, associé à un vestibule en position médiane (prenant presque un tiers du logis), escalier qui devient l'élément unique de la distribution du logis

- une entrée dans l'axe donnant accès côté cour et jardin (modèle parisien de l'hôtel entre cour et jardin).

En 1692, le Lupin à Saint-Colomb représente un exemple novateur, marqué par le style des ingénieurs, avec :

- une élévation tramée de pilastres et de bandeaux

- une insistance sur la travée axiale (ce qui aboutira au XVIIIe siècle aux compositions avec avant-corps et fronton)

- une composition avec ailes basses latérales (pour loger les services), formule reprise largement au XVIIIe siècle.

3-La malouinière au XVIIIe siècle : affirmation d'une identité collective et d'un mode de vie

Les quatre accroissements de Saint-Malo de 1708 à 1735 dus à l'ingénieur Garangeau définissent un style nouveau, héritier des modèles de l'architecture de Vauban, style dépouillé qui marque les malouinières tout au long du XVIIIe siècle, caractérisé par :

- des élévations de 2 à 7 travées (avec une préférence pour l'impair, qui permet de mettre en valeur la travée axiale)

- l'emploi du moellon enduit de chaux, le granite taillé étant réservé aux encadrements de baies (en bandeau)

- un très haut toit à croupe sommé d'épis de faîtage en terre cuite ou en plomb, en forme de pot à feu (on constate une résistance massive au toit brisé)

- des souches de cheminées hautes et minces, systématiquement épaulées de contreforts à glacis

- l'absence enfin de tout décor sculpté ou de ferronnerie (à la différence d'autres ateliers régionaux, comme par exemple Rennes et Nantes).

Cette architecture porte bien sûr la marque générale du XVIIIe siècle :

- une nouvelle forme de baies en arcs segmentaires

- une architecture rythmée par des bandeaux et pilastres (peints en trompe-l'oeil dans plusieurs exemples)

- des lucarnes presque toujours en pierre, sans fronton, plus largement ouvertes (elles correspondent à un étage de comble à surcroît avec une charpente particulière)

- une plus grande souplesse dans la distribution qui entraîne une répartition différente des cheminées et change l'aspect du toit.

II-UN NOUVEAU MODELE DE MAISON DES CHAMPS ADAPTE A DIFFERENTS NIVEAUX DE FORTUNE

1-Principe de composition générale

De la villégiature éphémère, de dimensions réduites, type vide-bouteilles, à la grande demeure aristocratique proche du château, les maisons de plaisance des malouins du XVIIIe siècle ont entre elles des principes de composition générale constants, dans un même souci d'organiser et de rationaliser l'espace autour du logis :

- dans un parcellaire en quadrilatère hermétiquement clos de murs

- la masse du logis, que prolongent des murs latéraux avec petits pavillons détachés ou des ailes basses collées contre ses pignons, sépare complètement l'espace de la cour de celui du jardin (il n'y a pratiquement qu'une seule exception : le château du Bosc à Saint-Servan) : on retrouve ici le modèle dominant de l'hôtel parisien du XVIIe siècle, entre cour et jardin).

Même dans les édifices les plus importants, malgré l'existence d'une perspective dans l'axe du logis (rabine), l'accès reste assez souvent latéral, comme à la Mettrie aux Louëts ou à la Chipaudière.

2-La distribution du logis, ou comment concilier commodité et apparat

Dès 1710 est adopté dans les malouinières le principe du plan double en profondeur. Ce principe présente l'avantage de permettre une meilleure répartition des espaces et des fonctions, avec un vestibule axial réduit, associé à l'escalier, en vis avec jour ou bien rampe sur rampe, rejeté sur le côté avec dégagement vers la cuisine.

Cette nouvelle distribution compacte « parisienne » se traduit là encore, dans les malouinières, par quelques originalités :

- l'existence fréquente d'une salle-à-manger (pièce alors tout à fait nouvelle), attestée par certaines dispositions (notamment des niches pour fontaines, le traitement du sol en dallage) et par des inventaires anciens. Cette salle-à-manger est parfois en position centrale, dans l'axe du jardin, comme au Mur Blanc, à Launay-Ravilly, la Chipaudière, le Vaulérault

- la cuisine, dans le corps de logis principal ou rejetée dans une des ailes basses latérales, dispose très souvent d'une petite pièce en demi-étage pour la cuisinière, avec vue sur la cheminée, appelée localement tréhory. Le tréhory est une pièce déjà citée dans un inventaire malouin de 1716. Selon Philippe Petout, le mot, qui désigne aussi dans le parler malouin les volets des lits-clos, apparaît dans les actes notariés du XVIIIe siècle pour désigner de petites pièces en entresol où logent les domestiques. Un appartement construit dans les accroissements de Saint-Malo n'en comportait pas moins de trois, tous desservis par de petits escaliers secondaires, dont un au-dessus de la cuisine.

- dans les grandes malouinières, il existe un couloir à l'étage, éclairé par des fenêtres percées dans l'axe des pignons, comme au Boscq, à la Ville Bague, au Vaulérault.

- dans les petites malouinières, on a recours au système du lambris-cloison (tradition des XVIe et XVIIe siècles pour recouper un volume simple de quatre murs) : c'est le cas par exemple au Puits-Sauvage et à la Ville Azé.

3-Le décor intérieur

A l'image de leur aspect extérieur, l'intérieur des malouinières conserve tout au long du XVIIIe siècle la marque d'un style austère, d'ailleurs général à l'ensemble de la province, Nantes excepté :

- les lambris très sobres, sans sculpture ou très peu ornés, reprennent vers 1720-30 des formes déjà vieilles de plus de trente ans. On trouve quelques rares exemples de beaux décors de style Bérain (au Bosc et à la Chipaudière). Dans les salons de compagnie de la Chipaudière, du Mur Blanc, de la Ville Bague, de Launay-Ravilly et de bien d'autres malouinières, de larges parties de murs laissées sans lambris devaient servir de cadre pour des tapisseries (par exemple au Mur Blanc ; une suite de six pièces des Gobelins est mentionnée au Bosc en 1760). Sans doute trouvait-on aussi des papiers peints importés de Chine par la Compagnie des Indes.

- les sols : les inventaires anciens, comme celui du Mur Blanc, font bien la différence entre les planchers, à larges lames clouées, utilisés dans la plupart des cas, et les parquets à compartiments, parcimonieusement employés dans les plus belles pièces de quelques rares édifices (la Chipaudière, le Bosc, le Mur Blanc).

- les cheminées : elles sont souvent en bois, mais on en trouve aussi de nombreux exemples en marbre (ce phénomène est lié au rôle de Saint-Malo dans l'importation des marbres d'Italie de même pour les bustes, statues et fontaines des jardins).

- les plafonds : ils sont toujours enduits de plâtre dans les belles pièces, selon la mode nouvelle du XVIIIe siècle des « salons plafonnés », contrairement aux autres pièces, à « soliveaux passants » (à poutres et solives apparentes). Dans les exemples les plus soignés (à la Chipaudière, le Mur Blanc, le Bosc), les plafonds sont en forme de fausse voûte plate.

Cette apparente austérité ne doit toutefois pas tromper : il faut imaginer, en plus des décors déjà évoqués, les panneaux en carreaux de Delft, dont subsistent des vestiges remontés, mais aussi le mobilier en bois des Iles, les laques de Chine et du Japon, les porcelaines de la Compagnie des Indes, les faïences de Rouen, dont le rôle était dès l'époque tout autant décoratif qu'utilitaire, comme l'attestent certains buffets de présentation des salles-à-manger malouines bref tout un apport chatoyant et coloré mis en valeur par la neutralité du fond.

Jean-Jacques Rioult, à l'occasion de l'enquête thématique "malouinières" publiée sous forme d'Images du Patrimoine en 1984.

Aires d'études Ille-et-Vilaine
Dénominations manoir, château, demeure
Adresse Commune : Saint-Coulomb
Période(s) Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Décompte des œuvres repérées 31
étudiées 0

Références documentaires

Bibliographie
  • LESPAGNOL, André. Messieurs de Saint-Malo ; une élite négociante au temps de Louis XIV. Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 1997.

    t. 2, p. 733-756
  • Les malouinières, Ille-et-Vilaine. Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Région Bretagne ; par Roger BARRIE et Jean-Jacques RIOULT. Rennes : APIB, 1984, rééd. 1997. (Images du patrimoine) .

  • [Exposition. 1975]. Les malouinières : exposition itinérante, organisée avec le concours de la Société d'histoire et d'archéologie de Saint-Malo et de la ville de Saint-Malo, 1975. Réd. Françoise Hamon. Rennes : Commission régionale d'inventaire de Bretagne, 1975.