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Les maisons et fermes sélectionnées sur la commune de Mellac

Dossier IA29000379 réalisé en 2000

Observations générales

Les caractéristiques de l´espace rural de Mellac entre le 16e et le 19e siècle sont bien connues grâce aux travaux historiques et agronomiques récents. Ainsi, au milieu du 16e siècle, vingt cinq villages, souvent à plusieurs feux, soit plus que la moitié du territoire paroissial, dépendent de la seigneurie de Kernault. En 1625, le chiffre a légèrement diminué et en 1890, la famille Duvergier de Kerhorlay, propriétaire de Kernault, possède toujours treize villages dont la plupart entourent le manoir (Penallée, Lesforn, Guilligourgant, kernestour, Buzuec, Le Bourgneuf). Depuis la réformation du domaine royal en 1678, la plupart des fermes sont régies en domaine congéable. Sous ce régime, la construction ou la rénovation des bâtiments sont interdites aux fermiers, ce qui entraîne un déclin du bâti et un renouveau spectaculaire sous le régime du fermage qui se renforce à la fin du 18e siècle et entraîne l´émergence d´une élite paysanne. La frange aisée de la paysannerie de Mellac, surtout à partir de 1850, est en plein essor ; ces « notables paysans » possèdent parfois plusieurs fermes et domaines congéables après l´achat de terres seigneuriales et sont à l´origine de la reconstruction des exploitations (Toupin à Purit, Lanninou, Kergall et Guidic, Jaouen à Feunteuniou, Villeneuve, Kerpunz, Quilvidic et Rouas, Sinquin à Bodel, Le Tallec à Kernaour, Henry et Le Boédec à l´Isle et Kerandru).

Sur un total de quarante quatre maisons ou fermes repérées, sept ont été sélectionnées pour étude. Elles datent, dans la grande majorité, de la seconde moitié du 19e siècle ; cette vague de reconstruction s´explique par le renouveau de l´agriculture dans le secteur de Quimperlé sous l´influence et notamment par l´enseignement agricole, assuré par l´école du Lézardeau, alors que les anciens logis sont soit détruits, soit déclassés en dépendances. Réhabilitations ou les changements de fonction successifs n´ont pourtant pas entièrement bouleversé les structures et les fonctions initiales qui restent encore partiellement lisibles.

Les bâtiments antérieurs à cette période sont rarement conservés, à l´exception de quelques uns qui datent des 17e et 18e siècles (le Bourgneuf, le Buzit, Kerancalloc´h, Kergariou, Lanninou et Kergall).

Les fermes les plus anciennes sont regroupées en villages (Rouas, le Buzit, Cleuz Beuz, Kerviguennou) dont les dimensions dépassaient jusqu´à la fin du 19e siècle largement celles du bourg. Au nord de la commune, sur des terrains escarpés et boisés, les implantations sont plus clairsemées, réalité attestée dès le 16e siècle ; Kerambozec, Kercargour et Kergoat, ce dernier au toponyme évoquant la forêt, semblent correspondre à un habitat plus tardif lié au défrichement.

La datation des constructions est obtenue par travaux historiques, analyses morphologiques et stylistiques, ou l´analyse critique d´une date portée. Les chronogrammes relevés montrent que deux-tiers des constructions sont postérieures à 1850. Certaines dépendances ont été rebâties après la Première Guerre mondiale : (Kerbras 1923, Feunteuniou 1920-1925).

Composition d´ensemble

Logis, étables, écuries et remises sont généralement disposés en alignements. La cour est parfois limitée au sud par d´autres communs sans être fermée latéralement, facilitant l´accès aux champs. Même lorsque le logis ancien est déclassé en étable ou écurie, suite à la construction d´une nouvelle habitation, la structure de l´alignement n´est pas mise en cause et peut atteindre, comme à Lesforn, des dimensions considérables. Une autre configuration existe au Bourgneuf, à Kerjaëc et à Bodel : la reconstruction n´est pas un élément greffé sur un alignement existant mais s´élève à l´écart ; à Bodel (1908) et à Kerjaëc, l´isolement des parties agricoles est ainsi fortement marqué. Le logis à étage flanqué de corps de bâtiments latéraux en rez-de-chaussée abritant écurie et étable (le Bourgneuf, Buzuec, Kerbras) constitue une autre disposition récurrente mais minoritaire.

La majorité des maisons rurales antérieures à la Révolution comptait deux pièces surmontées d´un ou de plusieurs greniers. Les logis à étage et plus de deux pièces par niveau sont minoritaires ; un exemple conservé existe à Kergall ou la « chambre en haut » est accessible par un escalier extérieur en maçonnerie. La présence de deux foyers semble être une constante ; en 1788, chez Yves Barguil et Marie-Jeanne Nicolas à Buzuec, un des foyers sert à la préparation des crêpes.

L´alignement composé de plusieurs petites exploitations existe dès le 17e siècle comme l´attestent les archives qui font état d´une distinction entre « ty coz » (vieille maison) et « ty bihan » (petite maison).

En 1767, la ferme de Guilligourgant est composée « d´une rangée de maisons n´ayant que le rez-de-chaussée, deux crèches pour les bêtes à cornes, une écurie pour les chevaux, une soue à cochon, un four à la mode de la campagne, une cour avec fumier, (...), un hangar sur piliers de bois ».

Les inventaires ne mentionnent pas les puits, contrairement aux auges en pierre qui servaient d´abreuvoirs ou de récipients à broyer la lande pour la litière du bétail. L´existence de crèches, écuries et étables est fréquemment signalée jusqu´à la Révolution, la soue à cochon pouvant être placée au pignon de la maison. Une soue à cochons circulaire est attestée en 1842 à Buzuec. Sept pressoirs à cidre désignés comme « ty ar pressouer » sont mentionnés en 1721. La culture du chanvre et du lin est largement répandue.

Une douzaine de fours à pain a été recensée (Kerancalloc´h, Kertanguy, la Villeneuve, l´Isle, bourg de Mellac, Kernévénas, Kernestour, Kerfélès, Kergariou, Kergoz, Cleuz Beuz). Construits à l´écart des bâtiments d´exploitation à cause des risques d´incendies, ils étaient parfois d´un usage villageois et commun comme à Kernévénas, mais en général, chaque exploitation disposait d´un four individuel. Il s´agit de solides constructions semi-circulaires non associées à une grange ou remise comme c´est souvent le cas dans des communes voisines. Le four de la ferme du bourg de Mellac est le seul à porter une date (1848).

Toutes les fermes possédaient des puits individuels dont une vingtaine a été localisés (Buzuec, Kergall, le Bourgneuf, Kerflech, Kerbiquet, Kerdouric, Kertanguy, Prat Guen, Kerancornec, Kerviguennou, Kercargour, Kerfélès, Kergoz, Kerleign Vras, Kerloch, Kernestour, Kerouarc´h, Rouas, la Croix). Les plus anciens sont de structure circulaire couverte d´une margelle monolithe en schiste ou en granite. La superstructure est composée de montants moulurés coiffés de linteaux pouvant porter une date gravée (Kergall 1889).

Matériaux

Les inventaires après décès font état de couvertures qui sont, sans exception, en chaume et plus précisément en paille de seigle. En 1753, la ferme de Kernestour est « couverte en paille et motte ». A partir de 1830, le chaume est progressivement remplacé par l´ardoise et tardivement, par la tôle ondulée ; à cette occasion, le logis est parfois rehaussé d´un niveau, transformation dont les pignons portent encore les traces comme, par exemple à Kerancalloc´h ou Kergaëric.

Les bâtiments sont majoritairement construits en moellons de schiste et de granite, sans enduit jusqu´au milieu du 19e siècle ; ensuite, la maçonnerie reçoit un enduit à la chaux (Kerandon 1868, Kernaour 1870), parfois de teinte rouge comme à Kervaziou. L´enduit coloré correspond à une mode introduite dans les années 1930 sous l´influence de maçons italiens installés à Lorient.

Les logis de Pennallé, Guilligourgant, Kernestour et Lesforn sont reconstruits au début du 20e siècle à l´initiative de Jules-Gabriel Duvergier de Kerhorlay, propriétaire du manoir de Kernault, d´après un modèle simple et courant, à un étage et trois travées. Alphonse Gourier, entrepreneur à Quimperlé, signe en 1903 le devis pour Guilligourgant et Lesforn. Les pierres de taille destinées aux baies et chaînages d´angle proviennent des carrières de Scaër et l´ardoise d´Angers sert de matériau de couverture. L´empoutrement est en pitchpin. Le coût des travaux du nouveau logis de Kernestour, achevés en 1909 et confiés à l´entrepreneur Kerhervé de Quimperlé, s´élève à 5 388 F.

D´autres noms de maîtres d´oeuvre ou d´entrepreneurs sont connus : l´entrepreneur Conan appose sa signature, associée à un coeur, aux logis de Feunteuniou (1884) et de Kervaziou (1881), édifices quasiment identiques (un étage carré, trois travées, bandeau horizontal séparant les niveaux, corniche en pierre de taille). Une des fermes du village de Kerviguennou construite pour Marianne Peron et Jean Gilles en 1882 porte, sur le pignon, le nom gravé de Collober, désignant probablement l´entrepreneur ou le maître maçon. Les devis proposés par l´entreprise Gourier pour les fermes de Guilligourgant et de Lesforn (1903) mentionnent non seulement les matériaux de gros oeuvre mais également ceux de second oeuvre : moellons et « sable de mine » sont extraits sur la propriété par l´entrepreneur, le transfert étant assuré par le fermier. Les pierres de taille en provenance de Scaër sont réservées aux chaînes d´angle, corniches, linteaux, appuis, seuils, marches, pierres de foyer, linteaux et corbelets de cheminée. La charpente et les cloisons sont en sapin du nord, les portes et leurs encadrements, les planchers, l´escalier et les étagères à vaisselle, fixées sur la hotte de la cheminée, en châtaignier.

Structure, élévations et couvertures

Les logis ont généralement des plans rectangulaires simples, à l´exception de Bodel, Kernaour, Kerjaëc et Kerandon qui, tous doubles en profondeur à quatre pièces par niveau, correspondent à un habitat influencé par des modèles urbains ; l´aménagement de vestibules et de couloirs de distribution ou encore la mise en place de cheminées en marbre et de sols en parquet en témoignent. Les escaliers dans oeuvre sont délimités par les cloisons en bois qui divisent l´espace en deux pièces au rez-de-chaussée, distribution identique à l´étage où, parfois, une petite pièce sans feu est aménagée en face de l´escalier, entre les deux chambres.

Les sous-sols ou caves sont rares ou liés à des fermes tardives ou exceptionnelles telles que Kerandru, Bodel ou Kerjaëc. Le sous-sol de Kerandru (1868) abrite, outre une remise à voitures et une cave, le pressoir à cidre.

La majorité des logis compte un étage carré surmonté d´un comble parfois éclairé, comme à l´Isle, par une fenêtre centrale en forme de pignon, élément également observé sur des logis en rez-de-chaussée (Kerflech) et reflet des modèles réalisés dans les secteurs urbains proches. Les éléments décoratifs sont rares, à l´exception d´encadrements soignés des baies, de linteaux à clé saillante ou de corniches moulurées.

Les toits à longs pans sont majoritaires. Des pierres d´attente encastrées dans les souches de cheminées témoignent de l´existence d´anciennes couvertures en chaume. Les toits à croupes sont rares et réservés au logis tardifs et doubles en profondeur comme Bodel, Kerjaëc, Kerandon, Ty Bonal ou Kerflech.

Distribution intérieure et mobilier

Pour les logis à étage les plus anciens, l´escalier extérieur donnant accès à une pièce à feu était sans doute une réalité assez répandue ; un seul exemple est conservé à Kergall. L´escalier en vis hors oeuvre ou demi hors oeuvre n'était pas réservé aux seuls manoirs : en témoignent les escaliers à Kergaëric, en état de vestiges, Kerandon (détruit), Kerandru (détruit) et probablement Kermabon. Le logis à deux pièces par niveau séparées par des cloisons en bois, se caractérise, pour les témoins les plus anciens, par l´absence de cheminées à l´étage (ancien logis de Bodel, 1801), et même plus tard, pour les habitations à étage où le second niveau continue à servir prioritairement de grenier.

Lorsqu´il y a deux pièces à feu au rez-de-chaussée, un des foyers peut, comme à Buzuec en 1788, servir à préparer des crêpes. Il est difficile de savoir s´il s´agit de poêles à crêpes, dispositifs en maçonnerie répandus dans le Finistère central et certaines communes voisines (Quimperlé, Querrien), ou de simples trépieds et plaques en fonte installés dans le foyer.

La cheminée de la salle pouvait comme à Kerbiquet et Kerfélès être fermée par des vantaux en cas de non utilisation. Les inventaires du 18e siècle font entrevoir l´ameublement des logis qui représente globalement 20 % de la valeur totale des biens. On note la présence d´un grand nombre de tables rondes ou ovales en chêne et d´un ou de plusieurs coffres utilisés à conserver les grains. Servant au blutage et au pétrissage, la maie existe dans la majorité des maisons. Les « charniers à lard » sont en bois, fermés d´un couvercle en bois ou en paille. On constate une forte augmentation d´armoires entre la fin du 17e et la fin du 18e siècle, surtout dans la paysannerie aisée ; il s´agit soit d´armoires attachées en prolongement du lit, soit d´armoires à deux ou quatre battants. Les buffets-vaisseliers (« vaisselier et armoire en bas ») apparaissent dès le premier quart du 18e siècle. Les lits clos à portes coulissantes sont mentionnés dès 1690, un exemplaire « façonné » est décrit à Kerouarc´h ; son emplacement près du foyer est la règle, ou, en cas de plusieurs exemplaires, à proximité de la porte d´entrée. La fabrication et l´usage des lits clos et de l´alignement d´armoires perdure jusqu´à la veille de la Première Guerre mondiale.

Essai de typologie

Le classement en deux grandes catégories, l´«habitat mixte » caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit, et le «logis indépendant » défini par l´absence de la cohabitation entre hommes et animaux, a été appliqué au territoire de Mellac.

Habitat mixte, formule basse, logis-étable à deux portes : un cas observés (Kergoat).

Habitat mixte, formule haute, fonctions croisées : quatre cas observés (le Bourgneuf, Buzit, Lesforn, Kergariou).

Logis bas et logis haut associés : un cas observé (Kergall).

Logis indépendant, formule haute, deux pièces ou plus par niveau : soixante trois cas observés.

Il apparaît que l´habitat mixte, vu le caractère tardif du corpus et le nombre élevé des reconstructions, ne subsiste que rarement ou en état de vestiges, alors que le logis indépendant est largement majoritaire. A l´intérieur de cette dernière catégorie, le logis à étage et trois travées.

Aires d'étudesQuimperlé
Dénominationsmaison, ferme
AdresseCommune : Mellac

181 immeubles sont antérieurs à 1949 (chiffres INSEE). Dates portées : 1762 ; 1770 ; 1789 ; 1790 ; 1799 ; 1801 ; 1806 ; 1828 ; 1845 ; 1848 ; 1854 ; 1863 ; 1870 ; 1875 ; 1881 ; 1882 ; 1884 ; 1886 ; 1889 ; 1897 ; 1898 ; 1899 ; 1903 ; 1904 ; 1908 ; 1909 ; 1910 ; 1911 ; 1912 ; 1914 ; 1916 ; 1922 ; 1923 ; 1925 ; 1927.

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 957
repérées 45
étudiées 7

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.P. Kernault. Fonds Poulpiquet.

Bibliographie
  • LE CALVE Jacqueline. Kernault, la mémoire d'un lieu. L'évolution du rôle du manoir dans le milieu rural 15e-20e siècles. 1995 [inédit ; CRBC, Brest, bibliothèque de Kernault ; dactylographié].

  • JADE Marianne. Vie quotidienne dans la paroisse de Mellac d'après les inventaires après décès, 1670-1790. Mémoire de maîtrise, histoire, université de Bretagne occidentale, Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques, Brest, 1992 [inédit ; dactylographié].

  • Quimperlé et son canton. Images du Patrimoine. Inventaire Général des Monuments et des richesses artistiques de la France. Christel Douard et all. Photographies Bernard Bègne, Xavier Scheinkmann. Rennes 2002.