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Les maisons et fermes sélectionnées sur la commune de Baud

Dossier IA56001946 réalisé en 2002

Fiche

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Observations sur les maisons et les fermes

Introduction

Les maisons et les fermes, même dénaturées, sont comptabilisées dans le repérage, à condition de pouvoir identifier leur type et de comprendre leur évolution. En ville, les maisons repérées sont traitées dans des ensembles (ensemble rue, ensemble place).

Les maisons et les fermes représentatives d´un type de structure, sans remaniements intempestifs, sont en revanche sélectionnées et font l'objet d'un dossier individuel. Parmi les 343 bâtiments repérés par l´Inventaire, 69 ont été sélectionnés pour étude. Les sélections sont rattachées au dossier collectif "les maisons et les fermes sélectionnées" et au dossier généralités "présentation de la commune" sous forme de dossiers individuels. Les repérages font l'objet d'une illustration légendée rattachée au dossier collectif "les maisons et les fermes repérées" ou aux dossiers "écart dit village" correspondants.

Les écarts importants et la ville de Baud ont été traités en dossier ensemble " écart dit village" et "la ville de Baud", les édifices et les édicules de ces écarts y sont rattachés.

Le terminus chronologique de l´enquête a été établi au deuxième quart du 20e siècle, période au-delà de laquelle le type traditionnel de construction rurale disparaît. La commune de Baud conserve de beaux exemples d´habitat rural Ancien Régime restés intacts malgré l´érosion qui affecte ce bâti depuis les années 1960. Des spécimens plus tardifs datant du 19e siècle sont également bien conservés.

I. CARACTERES HISTORIQUES

A travers l´analyse stylistique et morphologique des constructions datées et non datées se dessine une famille architecturale qui couvre trois siècles et demi allant de la fin du 16e siècle à 1934.

Sur l´ensemble des repérages, 105 dates ont été relevées qui se répartissent comme suit :

Au 16e siècle, sur les 7 repérages, il n´existe pas de dates

Au 17e siècle, sur les 62 repérages, 21 dates ont été relevées (soit 33, 8 %)

Au 18e siècle, sur les 28 repérages, 26 dates ont été relevées (soit 92, 8 %)

Au 19e siècle (1ère moitié), sur les 39 repérages, 16 dates ont été relevées (soit 41 %)

Au 19e siècle (2e moitié), sur les 101 repérages, 16 dates ont été relevées (soit 15, 8 %)

Au 20e siècle, sur les 135 repérages, 10 dates ont été relevées (soit 7, 4 %)

P.S. : Dans le tableau, la somme des repérages est supérieure à celle annoncée ci-dessus car deux périodes de constructions sont parfois prises en compte dans un même repérage.

La répartition des dates entre le 17e siècle et le 20e siècle ne reflète qu´imparfaitement la réalité du patrimoine architectural : bien que très bien représenté, le 17e siècle est moins « datant » que le 18e siècle dont le nombre de dates relevées n´illustre pas la baisse des constructions enregistrée pour cette période. Puis à partir de 1850, la progression des constructions est sensible, (particulièrement entre 1870 et 1914) directement liée à la modernisation de l´agriculture et à l´essor démographique que l´on constate dans les campagnes bretonnes et plus largement françaises.

Si l'habitat rural apparaît véritablement à la fin du 16e siècle (cf. Kerbraz, Manételan, Rimaison ...), c´est au 17e siècle qu'il prend véritablement son essor : plusieurs exemples sont bien conservés aux villages de Kerallain, Botcario, Boullai, Keraudreno, etc. Le nombre important de maisons et de fermes du 17e siècle conservées résulte de deux facteurs principaux : les conditions économiques florissantes d´une part (cf. chap. II. 2), le régime de la propriété agricole d´autre part.

L'organisation de la propriété paysanne s'est constituée au cours du 16e siècle, à partir du démembrement de la propriété seigneuriale. Il existe deux systèmes d'exploitation qui en résulte :

- la métairie relevant du domaine proche de la seigneurie, louée à un métayer,

- la tenue à domaine congéable, régime prédominant propre à la Basse-Bretagne où le paysan est propriétaire des édifices et superficies (talus, futaie et couche arable), tandis que le seigneur est propriétaire du fonds.

Dans le canton de Baud, le domaine congéable est sous l´usement (la coutume) de Rohan, dont les conditions pourraient avoir eu des conséquences importantes sur l´architecture. En effet, le domanier n´avait pas le droit de vendre ni de modifier ses édifices sans l´autorisation du propriétaire foncier. Or, on constate peu de transformations des habitations avant le 19e siècle. De plus, l'héritier du domanier est le plus jeune enfant à l'exclusion des aînés. Souvent mineur à la mort du père, la tenue est alors baillée à ferme par la veuve ; les termes du bail sont toujours "sans pouvoir changer ni modifier les bâtiments".

Il existe un autre facteur de conservation de l'architecture rurale : à la Révolution, les paysans quoique riches, n´ont pas acquis leurs terres, vendues comme bien national, contrairement à d´autres régions du Finistère voisin où l´on constate une reconstruction presque totale des bâtiments au 19e siècle suite aux acquisitions des fermes par les paysans.

Le 19e siècle reste la période la plus prolifique sur le plan du bâti. Les maisons et les fermes de cette époque sont majoritaires dans la campagne mais également dans les villages et le bourg dont le développement se fait tardivement à partir d´un noyau ancien. L´enrichissement d´une partie de la paysannerie apparaît après la révolution agricole : les constructions se multiplient après 1850. L´architecture rurale porte progressivement l´empreinte de modèles standardisés dont l´influence se fait sentir dans certaines "fermes- modèles». Si le bâti est nettement moins daté dans la première moitié du 20e siècle, il représente, cependant, une part importante du repérage. Il concerne essentiellement des maisons, souvent modestes, la construction des fermes étant déjà ralentie.

II. CARACTERES ARCHITECTURAUX

1. Situation et composition d´ensemble

Les limites de la commune de Baud sont circonscrites par des cours d'eau : au nord, un ruisseau établit la séparation avec Saint-Barthélemy ; à l'est, l'Evel traverse la commune d'est en ouest et marque la limite avec Guénin ; à l'ouest, la profonde saignée du Blavet engendre une frontière naturelle avec Quistinic, relayée par l'Evel et le ruisseau de Pont Pala. Seul le sud de la commune est borné par la forêt de Camors. Les collines peu élevées qui composent le paysage engendrent des vallons arrosés par de nombreux petits cours d'eau et de sources. La plupart des villages sont nichés sur les coteaux, à l'abri des inondations fréquentes lors des hivers pluvieux. La répartition de l´habitat est dense : les écarts sont en moyenne à moins d´un kilomètre les uns des autres.

Le regroupement de plusieurs unités d´exploitation au sein d´un écart appelé "village" caractérise une partie de l´habitat ancien. Nombreux sont les villages composés de deux à trois fermes (fig. 1). D´autres sont plus développés, notamment les groupements autour d´une chapelle dont l´organisation préfigure celle des bourgs avec le sanctuaire au centre (cf. Loposcoal, le Crann, le Bourron, fig. 2). Mais la majorité des villages est implantée de part et d´autre d´une voie de desserte, de manière anarchique sans réelle concertation d´ensemble (fig. 3 et 4).

Parallèlement les configurations isolées ne sont pas marginales. Certaines implantations de fermes correspondent à un habitat de lande qui se distingue par la petitesse et l´absence de parties agricoles, au sud de la commune, en bordure de la forêt de Camors (Guernegarh, Guerné, Corn er Hoët ...). A l´inverse, on trouve de grosses fermes isolées dont les dépendances sont nombreuses et développées (fig. 5).

Généralement, les exploitations sont organisées suivant deux schémas récurrents :

- les fermes adoptent un plan en longueur dans lequel toutes les parties sont intégrées en alignement. La grande majorité des fermes est donc à cour ouverte.

- la cour peut devenir demi-fermée par l´adjonction, en face ou perpendiculaire à l´alignement du logis, de la grange ou de l´étable (cf. Bodévéno, fig. 6).

L´orientation des maisons obéit à un critère dominant : l´ensoleillement. La majorité des habitations est orientée au sud, sud-est ou est afin d´offrir un maximum d´ensoleillement dans un pays humide et venteux. Si dans quelques écarts la chaussée d´une voie ou l´aire commune peut commander l´implantation d´un logis et l´orienter au nord, ce cas de figure est rare. Dans la plupart des situations, les maisons se tournent le dos les unes aux autres pour jouir du meilleur ensoleillement possible. Pour cette raison, l´implantation des habitations, au sein des écarts, semble souvent anarchique.

2. Architecture et économie rurale

Les étables

Nous sommes dans une région bien connue de polyculture-élevage qui fait preuve du 16e au 18e siècle d´une bonne santé économique pour la province (cf. rapport de l´intendant des Gallois de la Tour, 1733). Dans les fermes, la présence quasi systématique d´une étable témoigne d´une tradition ancienne d´élevage essentiellement bovin (avant d´être supplanté par l´élevage du porc dans les années 1960). Cependant, s´il n´est pas toujours fait mention d´étable dans les actes anciens (aveux, baux de ferme, prisages) c´est que le bétail occupe souvent une partie de la maison : animaux et humains peuvent cohabiter dans la même pièce, simplement séparée par une cloison (cf. Boullai, fig. 7). Si l´étable est indépendante, elle demeure contiguë au logis. Les dimensions varient en fonction de l´importance de l´élevage qui reflète la vraie richesse de la ferme.

Les inventaires après décès font apparaître pour les fermes les plus riches un attelage de boeufs et un cheval, et cinq à six vaches. Ces inventaires mentionnent également les mottes de beurre : sachant que 10kgs de beurre valent environ le tiers d´une vache, on peut imaginer la richesse d´une ferme qui possède six vaches. Ce beurre réputé s´exporte vers Bordeaux et La Rochelle.

Les soues

Le porc est omniprésent mais élevé à des fins domestiques. Dans les inventaires, il est fait mention d´un seul cochon logé dans une soue en appentis ou perpendiculaire au mur de façade. Le logement du cochon est toujours séparé des humains même s´il vaque dans la cour pour chercher sa nourriture (cf. Lintivic, Boullai, fig. 8 et 9).

Les granges

L´importante production de céréales signalée par l´intendant des Gallois de la Tour se traduit dans l´architecture. La production de froment destinée à l´exportation, est vendue sur les marchés d´Hennebont et de Pontivy. Les autres cultures consistent en seigle, avoine, blé noir qui se commercialisent localement.

Pour stocker ces récoltes les maisons sont toutes surmontées d´un grenier plus ou moins important. Les fermes disposent également de granges attestées d´une part dans les inventaires après décès, les aveux et les prisages, d´autre part sur le terrain. La porte charretière en plein cintre est une des caractéristiques de ces granges qui servent également de remise à charrettes. La grande qualité de la mise en oeuvre montre que dans ces bâtiments utilitaires, la fonction matérielle est liée à une forte charge symbolique (cf. Kerbédic, Kerloguic, Coët-Pourron, etc, fig. 10, 11, 12). Leur fonction première est bien d´abriter les récoltes mais leur usage peut être multiple : on peut y ranger également les instruments, le pressoir, les barriques et la charrette. Elles témoignent d´une économie florissante et de la nécessité d´engranger de nombreuses récoltes.

Les fours à pain

Dans la production de la ferme, les céréales panifiables sont cuites dans des fours à pain. Ce dernier occupe une place principale dans l´alimentation. Sur le cadastre ancien de 1829, chaque écart possède au moins un four à pain, voir deux. Les fermes isolées, quant à elles, disposent le plus souvent d´un four personnel. Ils sont semi-circulaires, voûtés en grand appareil de granite et couvert d´une simple couche de terre. Les proportions sont variables suivant leur usage : les dimensions d´un four banal sont plus massives que celle d´un four domestique. Un muret est parfois associé au four afin d'empêcher les escarbilles de s'envoler avec le vent quand on vide les cendres (cf. la Villeneuve-Scourzic, fig. 13).

Les puits

Les puits restent nombreux malgré leur démantèlement. Les sources étant omniprésentes, chaque ferme dispose d´un puits situé dans la cour, devant le logis. Le puits à usage commun reste exceptionnel. Ils sont majoritairement de structure circulaire avec une margelle monolithe le plus souvent en granite. La présence d´une superstructure est courante : à linteau sur piédroits, caractéristique de l´ouest du Morbihan. Beaucoup font l´objet d´une ornementation soignée : moulures, décor géométrique, décor à caractère religieux, têtes sculptées en haut-relief, linteaux à boules. Les auges placées à côté du puits sont parfois en place (cf. Boullai, fig.14).

Les celliers

On ne peut passer sous silence la très importante production de cidre. La mention de barriques et de fûts dans les inventaires est courante. Dans les baux de fermage, il est demandé de planter une demi-douzaine de jeunes pommiers tous les ans dans les vergers attenants à la maison. Pourtant les celliers à cidre à usage domestique, autrefois nombreux, sont devenus rares. La précarité de ces constructions explique en partie leur disparition. Dans les inventaires après décès ces dépendances sont nommées «maisons à pressoir», elles pouvaient donc abriter le pressoir en plus des barriques. Celles de Kergascogne et de Kerigo (fig. 15 et 16) sont conformes au type dominant sur le canton de Baud : des murs bas en gros moellons couverts d´un toit très pentu à demi-croupe, à l'origine en chaume, préservent la fraîcheur des lieux. Certains celliers possèdent de grandes dimensions, presques comparables à celles d'une grange (cf. Kermaconan, Kerfloch, fig. 17, 18).

Les remises

Les remises autrefois nommées « auvents », « porches » ou « hangars » dans les aveux du 18e siècle étaient très présentes dans les fermes. Mais ces constructions moins solides que les granges ont rarement été conservées. Elles servaient avant tout à abriter les charrettes et les charrues et éventuellement les récoltes non vannées. La façade ouverte repose sur des piliers en pierre ou en bois de manière à ménager une ventilation qui favorise le bon séchage des véhicules régulièrement soumis à la boue des chemins (cf. Kernentec, fig. 19). D´autres spécimens datent de la seconde moitié du 19e siècle à façade entièrement ouverte reposant sur une série de poteaux de bois avec une partie haute réservée au stockage (cf. Kerallain, fig. 20).

Les ruches

L´apiculture constitue une production locale non négligeable. Le miel de Bretagne est réputé, il est produit à des fins domestiques mais aussi pour l´exportation ainsi que la cire. Toutes les fermes, même les plus modestes, possèdent des ruches, une dizaine voir une vingtaine. Les ruches en paille sont systématiquement mentionnées dans les inventaires. Les quelques cavités ménagées dans le mur de clôture d'une ferme de Manételan ont pu servir à abriter des ruches. De même, à Coëtoquer, dix cavités carrées disposées en deux rangées superposées dans le mur sud d'une petite dépendance étaient probablement à usage de ruches (fig. 21).

Les courtils à chanvre

Le lin et surtout le chanvre étaient cultivés dans des courtils à chanvre dont il est systématiquement fait mention dans les prisages et mesurages. Le travail autour de la toile était une source de revenus complémentaire pour les agriculteurs, c´est pourquoi toute la population rurale participe à un travail textile. Au bourg, à Ténuel et à Botcario, des navettes sont sculptées sur les linteaux de porte de deux maisons et sur la base d'une croix de chemin (fig. 22, 23 et 24).

3. Matériau, mise en oeuvre, décor

Le Blavet forme la transition entre sous-sol de schiste et de granite : sur la rive est de la rivière le sous-sol est constitué d'une belle granulite. Au Crann et à Quinipily, des carrières sont encore en exploitation, vestiges de nombreuses autres dont les escavations se devinent encore dans la lande ou le long du Blavet. Le recours à une mise en oeuvre mixte associant schiste et granite sur un même mur ou encore granite en façade et schiste en pignon est peu fréquent, contrairement à la commune voisine de Saint-Barthélemy. Le granite est taillé en pierre de taille ou en moellon équarri, assisé au moyen de mise en oeuvre remarquable. Cette mise en oeuvre n'est pas réservée aux grands logis : au 19e siècle, des maisons modestes utilisent encore la pierre de taille.

Les tailleurs de pierre qui sont souvent également des paysans ont un sens des proportions, perceptibles dans les volumes et les ouvertures. Leur goût pour le décor se manifeste sur les moulurations des baies, les têtes portées sur les crossettes des pignons, l'important décor sculpté sur les superstructures des puits, les bas-reliefs sur les façades (Guernegarh, fig. 25). Les cheminées témoignent aussi de ce souci du motif hérité du vocabulaire savant avec une série de piédroits sculptés de figures humaines grandeur nature, copie très naïve des cheminées à cariatides du château de Rimaison en Bieuzy (cf. Scaouët, la Roche, Kerbigo, Kerallain, fig. 26). Cette habileté se révèle également dans la taille de nombreux "oculi" monolithes qui aèrent greniers, étables et granges comme à Kerbraz, Kerbédic, Keraudréno ou surmontent la porte du logis comme à Kerallain et Scaouët. Les aménagements intérieurs de quelques logis parmi les plus anciens sont remarquables. Ainsi dans certaines grandes fermes du 17e siècle, la cloison en granite séparant l'étable de la salle se creuse d'une série de niches occupant la totalité du mur (cf. Kerallain, fig. 27).

Les couvertures végétales traditionnelles en chaume, omniprésentes jusque dans les années 1930, ont disparu. Les rares vestiges qui subsistent aujourd´hui sont, le plus souvent, recouverts de tôle ondulée. Les fermes de Botcario, de Kermestre et du Bourron possèdent un toit en chaume moderne. La transformation et le recours à l´ardoise ont donné lieu à de nombreuses modifications de pignons et au rehaussement du volume des combles.

4. Structures et typologies

On peut établir deux catégories d´habitat :

- l'«habitat mixte », caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit ;

- l'«habitat à seul usage d´habitation », défini par l´absence de cohabitation entre hommes et animaux.

Si la première catégorie domine pour les périodes anciennes (17e, 18e et début 19e siècle), la seconde est mieux représentée pour le 19e et le début du 20e siècle. Le chapitre 4 établit les principaux types observés sur la commune avec le nombre des repérages et des sélections correspondants. La somme des repérages est supérieure à celle annoncée dans l'introduction car deux ou trois types de constructions sont parfois pris en compte dans un même repérage. Du fait de leur ancienneté, les bâtiments antérieurs au 19e siècle sont "sur-sélectionnés" par rapport aux autres, ceci explique la "sur-représentation" de certains types que l'on trouve davantage sous l'Ancien Régime.

L´habitat mixte

Cette catégorie d´habitat regroupe les logis dits à fonctions multiples dont la caractéristique est d´intégrer dans un même volume les fonctions d´habitation et d´exploitation (le logis, l´étable et le grenier). Majoritaire aux 17e et 18e siècles, elle perdure jusqu´à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. C´est une cohabitation naturelle à l´époque qui n´est pas la conséquence d´une situation de dénuement mais d´un mode de vie admis par tous, riches ou pauvres. Cette pratique est d´ailleurs répandue dans toute l´Europe là où domine la polyculture-élevage : elle permet une surveillance rapprochée des bêtes et un surcroît de chaleur. Le type le plus simple dit logis-étable connaît des extensions en longueur et en hauteur qui génère des sous-types : le logis à fonctions multiples juxtaposées ; le logis à fonctions multiples superposées.

Type I : Le logis-étable (15 sélections/ 39 repérages)

Type dominant au 17e siècle, le logis-étable perdure cependant jusqu'à la fin du 19e siècle. Il associe salle et étable sous le même toit, surmontées d´un grenier. Seule une cloison, le plus souvent en planches sur solin de pierre, sépare bêtes et gens (cf. Kerallain, fig. 28). L´accès peut se faire par une porte unique en façade, centrée ou légèrement décalée côté étable. Hommes et animaux empruntent alors la même entrée. Cette distribution est majoritaire pour le 17e siècle.

L´apparition d´accès séparés au logement et à l´étable constitue une variante, cette solution différenciant ainsi plus clairement les fonctions agricoles et résidentielles.

Tandis que la taille du logis reste sensiblement la même d´un exemple à l´autre, les dimensions de l´étable varient en fonction de l´importance de l´élevage qui reflète la vraie richesse de la ferme. Ainsi, certains exemples présentent un plan massé ou au contraire un plan très allongé. C´est la présence d´une cheminée qui permet, le plus souvent, de distinguer l´étable du logis, la partie chauffée étant réservée aux hommes. Mais lorsque l'étable possède sa propre cheminée, se sont des détails de construction qui permettent de différencier le logis : cheminée à niches latérales, enduit intérieur à la chaux, pierre d'évier, tandis qu'un simple jour éclaire l'étable.

Type II : Le logis à fonctions multiples juxtaposées (12 sélections/17 repérages)

Il représente une évolution en longueur du logis-étable : le rez-de-chaussée compte, en plus de l´étable et du logis, une seconde pièce d´habitation à usage de chambre. L´ensemble des parties constitutives sont à peu près contemporaines et correspondent à une réalité historique. Sous l'Ancien Régime, les baux de fermes font très souvent mention de "réserve". Il s'agit d'une pièce construite dans le prolongement du logis-étable, réservée, comme son nom l'indique, au propriétaire de passage sur ses terres ou à la veuve du propriétaire qui se gardait une pièce au sein de la ferme en location. L'inventaire de la commune de Baud a permis de mettre en évidence plus d'une quinzaine de dispositions de ce type (cf. Kerallain, Botcario, le Bourron, Kerfloch, fig. 29, 30, 31, 32).

Il convient de ne pas faire l'amalgame avec des logis-étable convertis en dépendance après l'ajout tardif d'un nouveau logis à pièce unique en alignement.

Type III : Le logis à fonctions multiples superposées (5 sélections/ 6 repérages)

Le type dit à fonctions multiples superposées est un développement en hauteur du logis-étable. Il s´accroît d´un second niveau : étage carré à usage mixte de grenier et de chambre. Seuls 6 spécimens ont été repérés sur la commune. La disposition des volumes superpose les fonctions d´habitation et d´exploitation : la chambre haute est superposée à la salle commune, le grenier à l´étable. Cette répartition verticale en deux zones tend à différencier clairement les locaux d´habitation des locaux d´exploitation. Ce type caractérise l´habitat des notables ruraux pour les périodes anciennes. A Kerbraz et à Rimaison, il est possible que la chambre haute ait servi de chambre de réserve au propriétaire de la ferme (fig. 33, 34).

Il existe à Saint-Séverin un spécimen du début du 20e siècle avec une longue étable surmontée d'un double grenier.

Type IV : Le logis sur dépendance (2 sélections/2 repérages)

La ferme ne compte de foyer qu´à l´étage, accessible par un escalier dans oeuvre ou extérieur. L' étable occupe le rez-de-chaussée. Le logis domine ainsi les autres parties agricoles de l´exploitation, souvent rejetées dans des bâtiments en alignement. Ce type caractérise des constructions anciennes, antérieures au 19e siècle (cf. Kéraudréno, fig. 35). Il en reste que très peu d'exemples.

Les logis à seul usage d´habitation

Logis et parties agricoles s´individualisent les uns par rapport aux autres. Cette organisation de l´espace entraîne la séparation des fonctions d´habitation et d´exploitation qui ne sont plus réunies sous le même toit.

Type I : Logis à pièce unique (9 sélections/ 37 repérages)

Le logis est minimal, à pièce unique, surmonté d´un grenier. Le type apparaît dès la fin du 16e siècle et perdure jusqu'au 20e siècle. Il recouvre plusieurs réalités :

- habitat des plus modestes (journaliers, artisans) construit en alignement, le long de routes nouvellement tracées dans les landes (cf. Quénessen, Guernegarh, fig. 36, 37).

- pièce de "réserve" destinée au propriétaire de la ferme, construite dans le prolongement du logis-étable, à peu près à la même époque (cf. paragraphe dans Type I).

- nouveau logis édifié en alignement du logis-étable, alors déclassé en dépendance agricole.

Le plan du logis est le plus souvent massé, éclairé par une fenêtre unique. La hauteur du grenier est variable d'un exemple à l'autre, un escalier en vis dans oeuvre ou en demi-hors-oeuvre dessert le comble dans les logis les plus anciens (cf. le Bourron, fig. 38).

Type II : Logis de plan massé à étage (5 sélections/10 repérages)

Ce type se caractérise par la superposition de deux pièces d´habitation au sein d´un plan massé. La salle du rez-de-chaussée est surmontée d´une chambre à feu. On y accède par un escalier dans-oeuvre. Les parties agricoles sont rejetées dans d´autres bâtiments en alignement du logis. Cette distribution sépare non seulement les fonctions d´habitat et d´exploitation mais aussi les activités diurnes des espaces nocturnes. Les spécimens les plus anciens datent de 1694 et de 1736 (cf. Manételan, Kerhélégant, fig. 39, 40). A Coët-Pourron et la Roche, les rez-de-chaussée du 17e siècle ont été surélevés d'un étage dans une recherche évidente de modernité, à l'imitation de l´habitat urbain.

Type III : Les logis de type ternaire (7 sélections/ 27 repérages)

Le logis de type ternaire désigne un édifice à étage carré, à trois travées et entrée dans l´axe. Cette symétrie de façade se répercute dans le plan et correspond à une nouvelle distribution de l´espace habitable. Deux pièces sont situées de part et d´autre du couloir central. On accède aux chambres de l´étage par un escalier situé dans le fond ou au milieu du couloir d´entrée. Les premiers exemples de type ternaire à Baud (cf. Kerbédic, fig. 40) date du milieu du 19e siècle. Sur quelques exemples, la travée centrale est incomplète ou les travées sont disposées en quinconce.

Type III : Le logis à deux pièces symétriques (9 sélections/ 64 repérages)

Il se caractérise par un rez-de-chaussée de plan plus ou moins allongé avec porte centrale flanquée de deux fenêtres, le plus souvent symétriques. Le spécimen le plus ancien repéré sur la commune ne date que de 1811 (cf. Kerhilio, fig. 41). A l´intérieur, un couloir délimité par deux cloisons de bois, dans l´axe de la porte d´entrée, dessert deux pièces : salle commune et pièce à usage mixte cellier/chambre, qui souvent ne possède pas de cheminée. Une simple cloison de bois peut séparer aussi les deux pièces du rez-de-chaussée. Le grenier, simple comble percé d´une ou deux lucarnes passantes, est dans quelques cas à haut surcroît (cf. le Bourron, fig. 42). Une dépendance est parfois associée au logis.

Cet habitat modeste devient récurrent à la fin du 19e et au début du 20e siècle, notamment dans le bourg et le long des routes nouvellement tracées.

Type VI : Les logis doubles (2 sélections/20 repérages)

Les logis doubles bien que contigus sont autonomes, occupés par des familles distinctes. Ils sont le plus souvent symétriques par rapport à un axe central correspondant à la séparation des deux logis. La symétrie est alors réalisée en plan et en élévation. Un mur de refend ou une simple cloison de bois sépare les deux habitations, divise l'étage s'il y en a un et le comble à surcroît.

Cet habitat apparaît à Baud dans la première moitié du 19e siècle. Il est parfois difficile de savoir s'il s'agit d'un faux logis double à usage de logis-étable ou un véritable logis double occupé par deux familles (cf. Kermarec, fig.43).

Les fermes modèles

Les fermes dites modèles offrent une composition d'ensemble concertée dont les différentes parties sont généralement contemporaines, regroupées sous un même toit. Elles reproduisent les principes architecturaux prônés, dès la fin du 18e siècle, par les ingénieurs agronomes et les sociétés d'agricultures. A ce titre, la ferme de Kercadec, construite entre 1769 et 1786, probablement par le seigneur de Quinipily, ouvre la voie aux nouveaux principes hygiénistes diffusés par les traités d'architecture rurale (fig. 44). Chambre à feu et cuisine sont séparées de la laiterie par une cloison, elle-même séparée d'une dernière unité, probablement à usage d'écurie. Dans les années 1910, les fermes de Kergarec et de Kerfandan adoptent un plan sensiblement similaire (fig. 45, 46). Le principe d'ordonnance qui régit la façade définit des espace individualisés contrairement à la coutume : salle et chambre sont séparées de la grande étable par un mur de refend en maçonnerie, les entrées sont ainsi nettement différenciées.

Les maisons du bourg

Constitué au croisement de deux voies, Baud présente une structure très simple et un bâti encore peu développé sur le cadastre de 1829. Avant la deuxième moitié du 19e siècle, ce n'est encore qu'un bourg à fonction commerciale. C'est seulement à la fin du 19e siècle que Baud prend un caractère semi-urbain avec la mise en oeuvre du plan d'alignement : les rues sont alors élargies, les façades des maisons sont reculées et reconstruites. L'habitat du bourg est entièrement renouvelé révélant une prospérité importante qui se poursuit jusqu'après la 1ère guerre mondiale. Les traces d'architecture antérieures à la Révolution sont donc infimes, il n'en subiste que de rares vestiges (portes des 16e et 17e siècles, place le Sciellour, rue du Malberh, rue Saint-Yves, fig. 47) ou des maisons très remaniées des 17e et 18e siècles (rue Malberh, rue des Fontaines, rue de Pontaugan). Place le Sciellour, certaines maisons ont été reconstruites sur l'emplacement de maisons médiévales, à pignon sur rue, sans doute à l'origine à pan de bois (fig. 48).

Dans le centre ville, la majorité des maisons présente des caractéristiques proprement urbaines : maisons d'angle à pan coupé (fig. 49), petits immeubles de rapport (fig. 50, 51), logis de type ternaire, logis de plan massé à étage (fig. 52). Quelques belles maisons bourgeoises, à plan double en profondeur (cf. 12 rue de Pontivy, fig. 53), à cinq travées (rue Penher, fig. 54), ou à deux étages, côtoient de nombreuses maisons à porte cochère (fig. 55). Le développement tardif du bourg a créé une grande homogénéité dans les façades en privilégiant une architecture normalisée et symétrique. A mesure, que l'on s'éloigne de l'église paroissiale et du centre ville, le tissu urbain se relâche : les maisons, plus modestes, sont dispersées le long des voies. C'est particulièrement lisible au sud de la rue Saint-Yves où logis à deux pièces et logis à pièce unique, disposés en alignement, bordent la rue (fig. 56). Des logis de type ternaire, à façade peu développée et plan simple en profondeur, sont disposés en léger retrait ou perpendiculairement à la voie. Quelques fermes sont également "englobées" dans la périphérie de la ville.

Conclusion

Comme sur les autres communes du canton de Baud, les premiers témoignages de l'habitat rural apparaissent à la fin du 16e siècle et au 17e siècle avec de très beaux exemples d´architecture, reflet d´une économie assez florissante pour la province comme semble le confirmer les rapports des intendants Bechameil de Nointel (milieu 17e siècle) et Des Gallois de la Tour (1733). La contribution paysanne à la construction des édifices religieux témoigne également de la relative bonne santé des campagnes. Cependant, les fermes restent de taille moyenne. La conservation de ces bâtiments anciens semble en partie liée au régime de la propriété agricole qui n´a pas incité les paysans à reconstruire leur habitat avant la révolution agricole du milieu du 19e siècle. A partir de cette période, on assiste au renouveau de l´architecture rurale, au développement des villages à partir d´un noyau ancien préexistant.

Aires d'études Baud
Dénominations maison, ferme
Adresse Commune : Baud
Période(s) Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 2273
repérées 343
étudiées 68

Annexes

  • 20035603116NUCA : Archives départementales du Morbihan