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Les maisons et fermes de Plouër-sur-Rance

Dossier IA22133077 réalisé en 2015

Fiche

La dispersion de l'habitat rural : des maisons regroupées en alignements

Avec plus de 70 écarts, l'habitat est très dispersé à Plouër-sur-Rance ce qui témoigne de terres agricoles riches. Un lieu-dit ou hameau se compose le plus souvent de plusieurs exploitations agricoles disposant chacune de dépendances et donnant sur des espaces ouverts ou des voies de passage : chemins ou routes. Certains écarts sont très habités notamment par l'utilisation de la construction en rangées (La Touesse, Le Bouillon, Le Repos...)

L’implantation des bâtiments

Plusieurs facteurs conditionnent l’implantation du bâti :

- La présence d'une famille (endogamie géographique).

- La proximité immédiate de l’eau : points d'eau, sources, fontaines et puits. En Bretagne, sa présence partout en abondance a entraîné une grande dispersion de l’habitat rural.

- La présence de terres arables.

- La présence de matériaux de construction (bois et pierres).

- La protection contre les vents dominants d’ouest (pluvieux) et du nord (froids) grâce au relief. Souvent implantés à mi-pente, les bâtiments d’habitation tournent ainsi le dos au vent ; les fenêtres sont uniquement percées dans la façade sud. Autour des hameaux, le bocage permet d’atténuer l’effet du vent. Dans le territoire de la Rance, soumis à des vents de nord-est, les logis de ferme sont tournés légèrement vers le sud-sud-ouest.

- Le réseau des chemins et des routes qui conditionne également l’implantation du bâti rural ancien.

- Le régime de propriété et le mode de jouissance du sol ont eu un fort impact sur l’organisation et l’implantation du bâti. Les différents modes d’exploitation : propriétaire ou "locataire".

Maisons et fermes : l'importance du bâti ancien

L'ancienneté de l'architecture rurale se manifeste sur l'ensemble du territoire de diverses manières : la présence de nombreux alignements de logis, d'édifices ou de parties d'édifices remontant au 16e siècle ou 17e siècle, la reconstruction fréquente des logis sur des bases plus anciennes, en remployant de nombreux éléments d'un édifice antérieur comme linteaux de fenêtre ou portes portant dates et inscriptions.

Ainsi, de nombreux édifices comportent des éléments architectoniques remontant au 16e siècle et au 17e siècle comme on peut en voir à La Minotais, à la Mettrie Paumerais et à Plumazon, par exemple, avec des portes en arc brisé ou en plein cintre et des fenêtres avec appuis saillants. La porte en arc plein cintre et les ouvertures permettent souvent de dater le bâti. De nombreux autres éléments : pignons à forte pente, entourages d'ouvertures et cheminées, attestent d'une occupation ancienne des lieux. Ces logis de ferme ont le plus souvent été remaniés au fil du temps, voire en partie reconstruits au 19e siècle.

L'organisation traditionnelle de l'habitat en rangées constituées de plusieurs logis, dominante sur le territoire de la commune, prend une dimensions particulièrement forte sur les bords de Rance. L'absence de toute séparation entre les sols de cours devant les maisons, pourtant individualisés sur le cadastre ancien, reflète un usage ancien de l'espace reposant sur de multiples droits de passage. Ce principe se retrouve aussi bien dans le bourg que dans la majorité des écarts. Dans de très nombreux cas, la multiplication des alignements, disposés aussi bien parallèlement que perpendiculairement au chemin principal compose un écart (Port Saint-Hubert). Ces rangées décalées les unes des autres ne bouleversent pas le paysage mais s'y intègrent parfaitement. La permanence de ces alignements de logis se maintient sur le territoire du 17e siècle au 19e siècle. Au noyau initial, parfois réduit à une ou deux habitations, se greffent de part et d'autre des constructions nouvelles comme le confirment les différentes campagnes du bâti et les nombreux chronogrammes répertoriés.

La vitalité de ses structures semble répondre à un mode de vie particulier probablement organisé en fratries. Elles seraient également liées à la mixité des activités des habitants ainsi qu'à des exigences climatiques. Les logis à une seule pièce sont fréquemment inclus dans un alignement. Il s'agit du module de base de l'habitat. La façade est ouverte d'une porte et d'une fenêtre, éventuellement d'une gerbière donnant accès au comble. Plusieurs exemples ont été rencontrés entre le 17e siècle et le 19e siècle. La modestie de ces maisons n'empêche pas une mise en oeuvre de qualité. La grande variété de l'habitat, image d'une histoire socio-économique riche oblige à établir quelques regroupements nécessaires. La maison mixte telle que nous la définissons est un logis qui regroupe sous un même toit une ou plusieurs pièces d'habitation avec des parties agricoles, un lieu de stockage ou encore un atelier. La double porte en arc plein cintre d'un logis révèle un habitat mixte associant originellement hommes et animaux sous le même toit. Ce type de maison correspond au type le plus ancien, le plus souvent antérieure au milieu du 19e siècle et met en évidence la pluralité des activités des familles rurales des bords de Rance, où la majeure partie des marins employés pour la grande pêche retourne aux champs entre deux campagnes. Ils y cultivent des céréales, du lin, du chanvre et possèdent quelques animaux. L'évolution des pratiques agricoles a également entraîné au 19e siècle la superposition de deux niveaux de greniers, soit par la surélévation d'anciennes maisons, soit par la construction de nouvelles intégrant d'emblée dans leur programme le double grenier.

Le développement d'une architecture "bourgeoise"

La marque du style des ingénieurs, transmises par les chantiers de Saint-Malo et de Dinan, s'impose progressivement à la fin du 18e siècle pour caractériser la plupart des maisons rurales édifiées au 19e siècle. L'organisation des façades en composition symétriques, le traitement urbain des gerbières en granite, leur linteau en arc rehaussé d'une corniche moulurée définissent une mode locale qui perdure jusqu'à l'aube du 20e siècle.

Les fermes du 19e siècle : augmentation du volume des dépendances et standardisation

A partir de la fin du 18e siècle (années 1780-1790) et surtout au 19e siècle (1810-1860), sont élevés de grands logis de ferme à élévation ordonnancée de type ternaire sous l’effet des modes urbaines. Ils peuvent comporter des jours latéraux supplémentaires destinés à donner de la lumière et à ventiler l'arrière des lit-clos soumis à la condensation. Ces logis neufs sont le plus souvent structurés autour d'une cour close par un mur et cernés par d'importantes dépendances agricoles : étable (souvent dans l'alignement du logis), écurie, grange, fournil, soues à cochon et remises.

Un certain nombre de fenêtres à carrée de bois dans des murs de moellons a été repéré, essentiellement dans le cas d'une modification ou surélévation de la première moitié du 19e siècle, le tout étant souvent finement caché sous un enduit de chaux. Cette particularité architecturale n'est pas la seule pour la commune, un nombre important de maisons de cette époque comporte également un bandeau enduit de chaux au sommet des murs et des trous à pigeons. Cette caractéristique très importante sur la commune est développée dans un dossier dédié à ce thème.

Le fort pourcentage d’œuvres du 19e siècle apparaît de prime abord, cependant la somme des œuvres anciennes du 16e siècle au 18e siècle est égale à celle du patrimoine du 19e siècle. Les nombreuses dates portées qui concernent environ ¼ du bâti corroborent cette observation. Ces « chronogrammes » souvent associés à des inscriptions, aident à apprécier l’évolution stylistique, et portent témoignage de l’identité des constructeurs, permettant une approche sociologique de l’habitat. Le pourcentage peu important de patrimoine du 20e siècle s’explique par les limites même de l'Inventaire puisque le bâti de la seconde moitié du 20e siècle est peu étudié.

Des aménagements intérieurs caractéristiques de la Rance

Des structures associant dans un mur de refend escalier, armoire murale, niches et accès au cellier, repérées dans la vallée de la Rance laissent entrevoir la richesse de l'architecture rurale ancienne du territoire. Les dispositions intérieures sont toujours les mêmes et se maintiendront très longtemps puisqu'on en rencontre encore au 19e siècle. En entrant, se trouve, soit à gauche soit à droite, le mur séparant la pièce à vivre de l'étable située à côté. Dans ce mur sont disposés : la porte de l'escalier montant au grenier, la porte de l'étable, le vaisselier étagère et évier, un petit placard. Ces murs de refend aménagés se rencontrent sous les appellations anciennes de "travers de pierre" ou "travers de maçonnail". En face sur l'autre mur, se trouve généralement la cheminée.

Aires d'études Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Dénominations maison, ferme, manoir
Adresse Commune : Plouër-sur-Rance
Période(s) Principale : 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle

Références documentaires

Bibliographie
  • Le patrimoine des communes des Côtes-d'Armor. Collection : Le patrimoine des communes de France. Paris : Flohic éditions 1998, 2 tomes.

Périodiques
  • Le Carrouge, n°1 à 92, revue de l'association Le Carrouge, Plouër-sur-Rance.

    Bibliothèque municipale de Dinan