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Les maisons de villégiature sur la commune de Clohars-Carnoët

Dossier IA29000588 réalisé en 2001

Parmi vingt huit édifices recensés, six ont été sélectionnés pour étude et font l'objet d´un dossier individuel. Le recensement, systématique mais non exhaustif - tous les extérieurs n´étaient pas accessibles lors de l´enquête - a néanmoins permis de dégager des échantillons représentatifs et quelques traits caractéristiques de ces demeures. A quelques exceptions près, les intérieurs n´ont pas été vus. La consultation plus systématique d´archives, publiques ou privées, permettrait sans doute de mieux cerner les dates de constructions et de savoir davantage sur les commanditaires, les architectes et les entrepreneurs, investigations qui n´ont pu être menées dans le cadre de cette enquête.

Les édifices recensés, pour l´essentiel situés dans le quartier du Pouldu, ont été construits entre le dernier quart du 19e siècle et le milieu des années 1930, période qui correspond aux deux vagues successives que connaît l´architecture balnéaire dans ce secteur. Le territoire qui s´ouvre sur le littoral atlantique est caractérisé par l´alternance de rochers et de plages dont la qualité était à l´origine de l´essor touristique. Le quartier s´est progressivement constitué en englobant les hameaux ruraux de Keranquernat, Kersellec et Kerou où plusieurs maisons de villégiature ont été localisées. Un vaste espace de dunes, nivelé et divisé en lots à partir de 1920, devient progressivement, malgré l´absence d´un véritable centre, le quartier de villégiature des « Grands Sables ». La plupart des maisons repérées se situent dans ce secteur où les noms de rues évoquent des personnages qui ont séjourné au Pouldu (les peintres Filiger et Le Grévellec, le philosophe Alain). Quant aux maisons, elles affichent des appellations très diverses, aussi bien liées à la topographie locale (Port Castel, Ker An Dour, Kermen), à la végétation (Les Blés d´Or, Les Ajoncs), à l´univers marin et à la nature (Stella Marys, Avel Moor, Ty An Eol, Belle Vue, Ker Abri), aux noms de personnes (Ty Jeannic, Ty Monik, Villa Janilo, Kerjo) ou encore à une particularité architecturale (Ty Coz Ru, vieille maison rouge, à cause de l´emploi de tuiles en couverture).

Les commanditaires de ces maisons sont essentiellement des notables de la région de Quimperlé, de Lorient et de Paris. L´architecte André-Walter Destailleur intervient vers 1895 au manoir de Kerdro. L´architecte Louis-Marie Dutartre, dont l´agence est installée à Lorient, construit, dans les années 1930, la villa « Avel Moor » ; on peut sans doute lui attribuer également la maison dite « Ty Jeannic » (14, rue du philosophe Alain) construite par l´entrepreneur A. Le Bris de Bannalec dont le nom figure dans un monogramme en ciment moulé sur la façade (fig. 33-36). L´architecte Jean Hellé (ou Hellet) est l´auteur du plan d´une maison construite en 1929 au 66, boulevard de la Laïta (fig. 13-14). Des entrepreneurs locaux en maçonnerie - Le Courant, Goésin, Bonnaire - sont actifs au Pouldu, tout comme des cimentiers Bertagnolio, Stefano ou Rucio, d´origine italienne, installés à Lorient et dans les environs. Dans les années 1930, en s´adressant à un public plus populaire, ces entreprises ont certainement recours aux modèles de maisons proposés par catalogues, à l´instar de celui, largement diffusé, de la société Netter intitulé « Je fais bâtir ». La maison située au 35, rue des Grands Sables semble correspondre à un modèle issu de ce type de publication et se compare aussi à l´architecture pavillonnaire et urbaine de Lorient et des communes avoisinantes.

Les demeures correspondent, comme dans d´autres sites balnéaires, à trois groupes : l´hôtel particulier transposé en zone littorale, le petit immeuble à appartements destinés aux locations saisonnières et la maison familiale de taille moyenne ou modeste. L´implantation face à la mer, bien que sensiblement en retrait par rapport à la côte dont la beauté sauvage, donc non aménagée, était une qualité recherchée, caractérise les premières constructions qui, isolées, jouissaient d´une vue imprenable sur l´Atlantique et l´île de Groix : Villa Kersellec, Villa Port Castel (fig. 7), annexe de l´Hôtel des Dunes (fig. 6). Mais la situation en front de mer est minoritaire, largement éclipsée par l´implantation au sein d´un îlot, sur des terrains de dimensions modestes, profitant parfois d´une vue sur mer et d´un petit jardin. En ce qui concerne la silhouette des maisons, on observe plusieurs cas de rez-de-chaussée surélevés, alors que les constructions dépassent rarement un étage habitable ; parfois, balcons ou combles aménagés permettent de profiter de la vue vers le sud et l´ouest.

Deux types de matériaux pour le gros-oeuvre prédominent : le moellon, souvent couvert d´un enduit ou rarement apparent (Villa Kersellec, 66, boulevard de La Laïta), et le ciment pour les constructions des années 1930. L´emploi du bois n´a été observé qu´une seule fois (Ty An Eol) ; ressemblant à un petit chalet, peu résistant aux intempéries, ce type de maison était sans doute marginal. Dans la plupart des cas, les baies sont soit en granite, soit en brique et pierre. Les couvertures sont majoritairement en ardoise, mais l´emploi de la tuile mécanique est récurrent pour les édifices construits à partir de 1920. L´entreprise Goésin utilise des matériaux provenant des tuileries Perrusson Desfontaines à Ecuisses, Saône-et-Loire (Bourgogne). Plusieurs maisons conservent leurs toitures d´origine (Ty Coz Ru au 27, rue des Grands Sables). Une seule maison est couverte de tuiles plates qui seraient d´origine bourguignonne (66, boulevard de la Laïta).

A côté de maisons simples à trois travées et d´allure traditionnelle (Port Castel), certaines réalisations se distinguent par l´adaptation de partis architecturaux plus élaborés : Villa Kersellec, Ermitage de Kerdro, Villa La Louisiane, Ker An Dour (fig. 12), avec des plans dissymétriques, des logis à plan double en profondeur, des toits à croupe ou à croupe brisée, des avant-corps à pignon ou des loggias. La sévérité des façades est la règle et les rares ornementations ne concernent que quelques éléments sculptés comme au 7-9, rue des Grands Sables (fig. 16-18) ou des discrets décors en ciment moulé (maison dite Ty Jeannic).

Loin des « folies » ou des châteaux en bord de mer réalisés en Bretagne nord (notamment sur la Côte d´Emeraude), les maisons de villégiature du Pouldu représentent cependant la plus forte concentration de ce type d´architecture dans le sud du département du Finistère et reflètent le caractère familial d´une station dont l´évolution urbanistique se poursuit.

Aires d'étudesQuimperlé
Dénominationsvilla, immeuble
AdresseCommune : Clohars-Carnoët

Edifices construits entre 1870 et 1935.

Période(s)Principale : 2e moitié 19e siècle
Principale : 1ère moitié 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 1749
repérées 28
étudiées 6

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. P. Le Thoër, Clohars-Carnoët.

Bibliographie
  • LE BERRE, Rémi. Lorient méconnu. Les maisons de l'entre-deux-guerres., dans : ArMen, n° 20, Douarnenez, 1989, p. 57-61.

  • La Côte d'Emeraude. La villégiature balnéaire autour de Dinard et Saint-Malo. Collection Cahiers du Patrimoine n° 60, Paris, Monum/Editions du Patrimoine, 2001.

  • INVENTAIRE GENERAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE. Région Bretagne. Quimperlé et son canton. Images du Patrimoine , n° 217, Rennes, 2002.

    p. 10, 33-35