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Les fortifications de la commune de Roscanvel

Dossier IA29004786 réalisé en 2011

Fiche

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Dénominations ensemble fortifié
Adresse Commune : Roscanvel

Le patrimoine militaire a fait l´objet de plusieurs études. L'une ayant pour thématique le patrimoine culturel maritime réalisée, entre 2005 et 2008, par le laboratoire Geomer (UMR-LETG-6554-CNRS) de l'Université de Bretagne Occidentale, l'autre, réalisée entre 2002 et 2009 par Guillaume Lécuillier du service de l'Inventaire de la Région Bretagne, ayant pour thématique le patrimoine militaire de Bretagne nord. Le présent dossier comprend donc une synthèse rédigée par Guillaume Lécuillier et des liens vers des notices rédigées lors des études précédentes.

Période(s) Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres repéré 60
étudié 0

Annexes

  • Un patrimoine militaire exceptionnel à valoriser : pour une route des fortifications à l´échelle de la rade de Brest

    L´étude du patrimoine militaire de la ville arsenal de Brest a contribué à enrichir la définition de l´identité patrimoniale des territoires et notamment de la partie occidentale du parc naturel régional d'Armorique. En effet, l'inventaire des patrimoines est le préalable indispensable à toute valorisation. Pour la région Bretagne porteuse de ce projet à travers l'action du Service de l'Inventaire du patrimoine culturel, il s'agit d'assurer une mission de réflexion, de veille et de prospective sur le thème du patrimoine militaire en Bretagne. La mise en valeur de ce patrimoine doit obligatoirement se faire en lien étroit avec le milieu scientifique de la recherche, au plan national comme international, en profitant de l'inscription de la Tour Vauban à Camaret sur la liste des sites inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco3. Cette inscription est une reconnaissance mondiale, mais aussi un signal fort en direction du politique qui doit établir un plan de gestion de ce patrimoine.

    L'enjeu est de gérer, dans une logique de développement durable et de préservation des espaces naturels et patrimoniaux, les anciennes friches industrialo-militaires. Il faut donc, pour les collectivités comme pour les gestionnaires, réfléchir à la conservation et la valorisation de ce patrimoine. L'acquisition foncière d'anciennes friches militaires par le biais du Conservatoire du littoral et du département du Finistère permet de préserver le patrimoine naturel et culturel littoral tout en l'ouvrant au public « afin de donner à voir ». Son appropriation passe par l'accessibilité nouvelle de ces sites, autrefois fermés. L'information et la sensibilisation des publics au patrimoine militaire, composante forte du patrimoine culturel maritime, plaident pour un tourisme culturel de qualité. La valorisation passe nécessairement par la connaissance. Le projet « Route des fortifications » porté par la Communauté de communes de la presqu'île de Crozon depuis 2007 montre l'intérêt croissant du public pour ce patrimoine. La création d'un véritable « conservatoire militaire » pourrait également engendrer à moyen terme des retombées économiques sur le territoire concerné.

    La question de l'échelle de la valorisation doit aussi être posée : ce projet doit se concevoir à l'échelle de la rade de Brest tout entière : l'arsenal de Brest en étant le coeur. A l'instar du triptyque « Blaye, fort Pâté et Cussac-Fort-Médoc » conçu par Vauban pour verrouiller la Gironde, la candidature de la tour Vauban aurait peut-être pu être associée aux batteries du Mengant et de Cornouaille dans la logique de la défense du goulet de Brest. En effet, tout en appuyant sur les défenses vaubaniennes, le projet culturel doit arriver à faire la synthèse de l'évolution des fortifications côtières en puisant ses exemples dans les fortifications de la rade de Brest. Le « triptyque brestois » n'était-il pas la solution idéale pour penser un projet de valorisation à l'échelle historique ? Un rapprochement avec le musée de la Marine à Brest semble nécessaire à moyen terme.

    La mise en valeur touristique est une étape importante. Elle ne peut cependant pas tout : de nouvelles solutions doivent être trouvées pour gérer et valoriser efficacement ces espaces. La question de l'usage est au coeur de cette réflexion : le devenir des fortifications doit être mis en parallèle avec celui des phares à l'heure de l'automatisation et de la navigation par satellite. L'urgence est un facteur à prendre en compte : si d'un côté la mer est l'ennemie des phares, la végétalisation semble être l'ennemie des fortifications terrestres. Le manque d'entretien joue sur la conservation des biens culturels et le coût futur des restaurations. La conservation préventive du patrimoine (protégé et non protégé), reposant sur la connaissance et l'expertise mais aussi sur la prévention et la sensibilisation des publics est une piste à privilégier.

    Guillaume Lécuillier, mars 2010.

  • Fortifications littorales et établissements de l´arsenal de Brest en presqu´île de Crozon

    La presqu´île de Crozon possède plus d´une soixantaine d´éléments constitutifs du patrimoine militaire : des fortifications (regroupant essentiellement des batteries, abris et casernements qui constituent le patrimoine fortifié proprement dit), un patrimoine industrialo-militaire (ensemble de 3 poudrières de l´île des Morts, activité chaufournière de Roscanvel à la Fraternité et à Postermen) et un patrimoine maritime constitué d´éléments participant de la surveillance du trafic maritime (sémaphores du Toulinguet et du cap de la Chèvre) ou d´infrastructures particulières liées à l´histoire maritime de la rade de Brest (lazaret de l´île Trébéron, édifices logistiques, quais et cales à vocation militaire à Pont Scorff ou sur l´île des Morts ou encore pont d´accès à l´îlot des Capucins). C´est l´une des plus fortes densités de patrimoine fortifié de France mais il convient de rappeler que ce patrimoine militaire est avant tout lié au développement de Brest comme « ville-arsenal » depuis la fin du 17e siècle.

    Très souvent en presqu´île de Crozon, un même site : ensemble fortifié ou ouvrage a pu être réutilisé ou rasé, plusieurs fois au cours de l´histoire ; on parle alors d´étagement des fortifications. C´est le cas par exemple des ouvrages de la pointe de Cornouaille (de Vauban aux blockhaus allemands de l´organisation Todt en passant par une tour napoléonienne) ou des retranchements vaubaniens (4e quart 17e siècle) puis fortifications extra-urbaines (4e quart 18e siècle) puis ensembles fortifiés allemands (Cr 36-39) de Quélern.

    La triple évolution : vaisseau, canon, fort

    Au XVIIe siècle, le vaisseau, « forteresse de bois, de toiles et de canons », concentre dans ses flancs une importante artillerie à laquelle la fortification répond dans un premier temps par des batteries rasantes puis par l'utilisation de tours pour la défense des côtes. Cette disposition se poursuit jusqu'en 1861 avec la construction des derniers exemplaires de réduits de batterie de côte modèle 1846. Au concept de la cuirasse, les ingénieurs répondirent par des projectiles capables de la traverser. A la fin du XIXe siècle, face aux navires de guerre cuirassés et à vapeur équipés de canons modernes, la fortification s'enterre laissant sa place à la batterie de gros calibre. La baisse du nombre de canons sur la période est importante : si Vauban prévoit 213 canons (105 / 108) pour la seule défense du goulet de Brest en 1696, en 1858 on en compte encore 173 (103 / 70), en 1870 on en prévoit 112, en 1900 on en compte 110 (58 / 52) et en 1914, 90. Il faut attendre la seconde guerre mondiale pour voir le nombre de canons baisser d'une manière significative. Au cours de la période qui nous intéresse, la portée de l'artillerie a également considérablement augmenté : de 2 500 mètres à la fin du XVIIe siècle à plus de 28 000 mètres dans les années 1940, mais c'est surtout la précision due aux nombreuses évolutions techniques dans la composition des projectiles (matériaux et chimie des explosifs) qui est la plus saisissante.

    Vauban, un projet directeur (1683-1700)

    A compter de 1683 et de la première inspection de Vauban, le littoral breton se couvre de chantiers de construction. La chose est plus nette encore en 1694 lorsque, pour contrer les descentes ennemies, Louis XIV nomme Vauban, « commandant de la place de Brest », un commandement interarmes concernant les troupes de terre et de mer. A chaque solution architecturale correspond un cas de figure différent, résultat d'une « savante équation » entre la balistique (portée de l'artillerie, distance par rapport à un but marin en mouvement ou au mouillage), la cartographie (compréhension et représentation de l´espace littoral) et la topographie (mesure et représentation du relief). Dans ces conditions, les solutions architecturales s´offrant aux autorités pour la défense des côtes bretonnes sont de cinq types principaux : l´enceinte urbaine, la batterie de côte et les retranchements, la tour de défense, le fort à la mer et le fort à la mer "hybride" de la batterie de côte et l'île-fort. La presqu´île de Crozon compte deux de ses cinq grandes familles : la tour de défense côtière avec batterie basse à Camaret (1689, 1693-1696) pour la défense de l´anse de Camaret (pendant sud du vestibule du goulet) et des batteries de côtes pour la défense du goulet de Brest dont les plus fameuses sont les batteries de Cornouaille (1684/1696) et de la pointe des Espagnols (1695-1700).

    Une rupture technique : les fortifications de la fin du XVIIIe siècle

    (1763-1783)

    Tirant les leçons des descentes de la guerre de Sept Ans, les autorités militaires cherchent à profiter de la période de paix qui suit le Traité de Paris pour poursuivre l´oeuvre de fortification des côtes bretonnes. C´est à ce moment qu´est lancé la rectification des lignes de Quélern qui de retranchements vaubaniens passe au statut de fortifications extra-urbaines de l´enceinte brestoise. Tandis que le programme de construction des fortifications est en voie d´achèvement, une nouvelle paix vient l´interrompre : dès mai 1783, Louis XVI ordonne en effet le désarmement des côtes. La révolution Française cependant laissera deux éléments intéressants en presqu´île : le fort de la Fraternité et le four à boulets rouges de la tour Vauban en remplacement du corps de garde primitif.

    L'après-Vauban, entre héritage et innovation : la standardisation de la fortification (1811-1861)

    La France est de nouveau en guerre contre l´Angleterre en 1803. La défense des côtes est réorganisée en « compagnies de canonniers gardes-côtes » chapeautées par la direction d'Artillerie de Brest. En 1810, Napoléon souhaite réorganiser la défense des batteries de côtes de l´Empire, c'est-à-dire de la mer des Wadden (îles de Frise orientale), à la Dalmatie (région littorale de la Croatie en mer Adriatique). Le système de corps de garde et signaux de côte est modernisé par le sémaphore, instauré en 1806, le télégraphe et la vigie.

    À partir du constat que les batteries de côte, c'est-à-dire en réalité les canons (très coûteux) sont vulnérables, l'idée générale est de rassembler les éléments nécessaires au bon fonctionnement d'une batterie de côte en un seul ouvrage « faisant bloc » en cas d'attaque afin de mieux les protéger. La « tour modèle » regroupe dans un même édifice tous les éléments nécessaires à une batterie de côte - pièces d´artillerie, magasin d'artillerie, magasin à poudre permettant l'approvisionnement à 150 coups de chaque canon, magasin à vivres pour la garnison - tout en permettant d'établir un réduit défensif. La particularité de ce nouveau système de fortification est la standardisation des ouvrages basés sur des « plans types » établis par le comité central des Fortifications et visés par l´Empereur lui-même. Ce programme de défense des côtes est connu sous le nom de « tours et redoutes modèles type 1811 ».

    Le programme de construction des tours modèles est lancé en 1812 : il était prévu pour durer 10 ans. Sur les 160 ouvrages-modèles prévus, 106 le sont sur la seule côte Atlantique, mais seules une petite dizaine de tours seront achevées en 1814 dont 6 en rade de Brest, et 3 en presqu´île de Crozon : pointes du Toulinguet (tour modèle n° 3), de Cornouaille et des Espagnols (tour modèle n° 1).

    Si les organes défensifs : dispositifs d'entrée, créneaux de fusillade (rappelant les archères), bretèches (dotées de créneaux de pied ou mâchicoulis) et même le principe de la tour (rappelant le donjon) semblent d´inspiration médiévale, en réalité il s'agit d'une réédition de motifs fonctionnels adaptée à l'arme portative : le fusil. Un fossé sec et un glacis concourent à la défense rapprochée de la tour. L'inspiration de la tour modèle est à chercher dans la solution vaubanienne réutilisant la tour dans la défense côtière.

    En 1840, sous le règne de Louis-Philippe, la question de la défense des côtes ainsi que celle de la défense de Paris par une enceinte urbaine et des forts détachés revient à l'ordre du jour suite au regain de tension entre l´Angleterre et la France. Sur le littoral, il s'agit d'inspecter les batteries de côte et de compléter le programme des tours modèles dites « tours de l'Empire » brutalement interrompu en 1814. Sont adoptés trois types d'ouvrages permanents pour le logement des soldats : corps de garde crénelé, tour et redoute. Cette série dite des réduits de batterie de côte modèle 1846 compte en presqu´île de Crozon 6 exemplaires :

    - en défense de l´anse de Camaret : le Petit Gouin (1859) et de la baie de Roscanvel (1859) ;

    - en défense de la baie de Morgat : île de l´Aber (1862), Postolonnec (1860), Rulianec (1861) et pointe du Kador (1861).

    Deux sites ont également bénéficié d´adaptations : il s'agit de plans types « contrariés » du fait des circonstances locales pour le logement des servants (nombreux) des nouvelles batteries du goulet de Brest sur l´îlot des Capucins (1847- 1849) et à la pointe Robert (1857).

    Programmé en 1847, le réduit de Quélern - d'une capacité de 621 soldats - est construit de 1852 à 1856 sur des plans s'approchant de ceux des redoutes-modèles de l´époque.

    En raison de l'importance stratégique de l'anse de Morgat, les batteries du Kador et de l'île de l'Aber capables de croiser leurs feux sont maintenues en 1870 comme « défenses extérieures » et leurs armements modernisés.

    Des inventions nouvelles : torpille, sous marin et avion (l´ère industrielle)

    L´édification des phares et la signalisation maritime permettant la navigation nocturne font prendre conscience de la nécessité de l´éclairage de la rade de Brest à des fins défensives dans la deuxième moitié du XIXe siècle. L'éclairage électrique de la rade et des passes est une des manifestations les plus évidentes de la deuxième révolution industrielle dans « l´art militaire » (par exemple le poste de projecteur des Capucins ou plus tardif de Kerviniou ou de l´îlot du Diable).

    Des inventions nouvelles viennent troubler cet équilibre précaire, ainsi la « torpille vigilante » ou automobile » qui peut couler un croiseur cuirassé. Près de 70 ans après les premières expérimentations au Mengant de torpilles automobiles pour la défense du goulet de Brest (1874), deux postes de lancement de torpilles ont été conçus et construits par les allemands vers 1943-1944 au pied de la falaise sur la côte sud du goulet de Brest entre les pointes de Cornouaille et de Robert. Ces ouvrages originaux, peu répandus sur les côtes françaises mais fréquents en Norvège, pour la défense des Fjords, sont connus sous le nom de Torpedosperrbatterie.

    Le sous-marin fait son apparition dans le domaine militaire en 1864 pendant la Guerre de Sécession. Dès 1801, Fulton testait son sous-marin, baptisé Nautilus, à Camaret.

    En 1868, Jean-Marie le Bris expérimente sa barque ailée baptisée Albatros II, un prototype de planeur avec le soutien de l'École navale de Brest. Son premier vol eut lieu en 1856 sur la plage de Tréfeuntec (Plonévez-Porzay), il fut le premier au monde « à voler sur un appareil qui décolla du sol pour s'élever, planer et enfin se poser ».

    Pour éviter une prise de contrôle de la rade de Brest par des troupes débarquées en presqu'île de Crozon au sud, dans la baie de Morgat, ou sur les plages de la baie de Douarnenez, un fort est construit près de Crozon, de 1883 à 1886 et un réduit à Landaoudec, de 1885 à 1887. Il s'agit de soutenir les « troupes mobiles » équipées de mitrailleuses et de canons de campagne. Conformes aux dispositions types de 1874, ces fortifications du système Séré de Rivières sont les deux seules de ce type en rade de Brest. Ces ouvrages terrestres formant une ligne barrant la presqu'île (et auxquels on peut ajouter au nord le fort de Lanvéoc) sont complétés par les positions d'artillerie côtière de la pointe du Kador et de l'île de l'Aber défendant l'anse de Morgat. Alors que la poudre noire est remplacée par des explosifs chimiques beaucoup plus puissants : les forts de Séré de Rivières de Crozon sont rendus obsolètes : c'est la crise dite de l'obus-torpille. Afin d'éviter d'être embossé depuis le large, le fort de Crozon voit ses batteries externalisées (batteries pouvant tirer respectivement vers l'anse de Dinan, Morgat et le carrefour de Tal-ar-Groaz).

    La défense de la ville-arsenal de Brest contre une attaque maritime repose avant tout sur l´artillerie de côte. L´effort principal a lieu entre le milieu des années 1870 et la fin des années 1890 : on trouve des batteries « de rupture » et batteries « de bombardement ». Afin de rendre le goulet de Brest définitivement infranchissable à une flotte ennemie, l'implantation de batteries dites « de rupture » armées de canons de gros calibre est étudiée dès 1876. Onze batteries de rupture casematées ont été construites en rade de Brest entre 1883 et 1888 au prix, pour certaines, de travaux gigantesques de déroctage. La presqu´île de Crozon compte 5 batteries de rupture casematées disposées sur l'îlot des Capucins (dans le rocher), sur les pointes de Cornouaille3 (sous la batterie vaubanienne), à la pointe Robert (dans la falaise sous la batterie réorganisée en 1862), à Pourjoint (dans la falaise) et à la pointe des Espagnols (sous la batterie vaubanienne). En 1914, le goulet de Brest compte encore 90 canons dont 38 d'un calibre de 32 cm répartis sur dix positions et 27 « nouvelles » batteries !

    La fin de la période se manifeste par l'arrivée d'une quatrième dimension du champ de bataille avec l'aviation et les bombardements aériens. Lors de la première guerre mondiale, la réponse à l'utilisation du sous-marin par les allemands passera par l'utilisation d'une autre invention à des fins d'observation, d'exploration, de surveillance voire de bombardement : l'hydravion avec le développement des centres d'aviation maritime dans les années 1917-1918. Une petite base d'hydravions avait été installée à Camaret au pied de la Tour Vauban et utilisait la cale du canot de sauvetage avant d'être transférée en 1919 à Brest aux Quatre Pompes. De ces installations, il subsiste encore un château d'eau et un sleep way à Camaret.

    Dès 1924, l'arsenal de Brest peut compter sur ses défenses centre avion (DCA) composées à chaque fois de quatre canons de 75 mm et réparties au fort Montbarrey, au fort de Penfeld et à la pointe des Espagnols et projetées sur quatre autres sites.

    Un centre d'aviation maritime est créé à Lanvéoc-Poulmic en 1936 : c'est à la fois un centre d'hydraviation (en partie basse) et un aérodrome (en partie haute). De cette époque, il reste les « sleep way», le support de la grue (aujourd'hui devenu chapelle), le hangar à hydravions Sainte-Sophie et l'étoile du Béarn, piste qui permettait aux avions du premier porte-avions français nommé Le Béarn (armé comme porte-avions en 1928) de s'entraîner à la « prise de brin ». La marine met également en place dans les années 1930 de nouvelles batteries côtières capables de contrôler les chenaux d'accès vers les ports de guerre. Deux nouvelles batteries à longue portée sont installées sur la pointe de Kerbonn et au cap de la Chèvre. Sur ce dernier site, les cuves et le poste de direction de tir seront réutilisés par les allemands pour y installer des pièces Krupp de 15 cm de calibre plus modernes.

    Si en 1939, d'autres batteries françaises de défense contre avions sont implantées à Quélern, au fort de Lanvéoc, à Keradiguen et à la Maison Blanche, en juin 1944, on pouvait compter près de trente batteries lourdes antiaériennes et installations de projecteurs autour de Brest.

    Le 14 décembre 1941, suite à l'entrée en guerre des États-Unis, Adolf Hitler évoque la construction d'un nouveau Mur de l'Ouest (Neue Westwall) sur les côtes de l'Europe aux endroits les plus stratégiques : les Festungen doivent protéger les bases de sous-marins et les grands ports. Cette directive de 1942 marque le lancement officiel de l'Atlantikwall, le Mur de l'Atlantique, à établir le long des côtes européennes, de la Norvège aux Pyrénées. Ces fortifications sont destinées à empêcher « une invasion du continent » par les Alliés depuis la Grande-Bretagne. Fin 1942 se dessine aussi autour du port de Brest une nouvelle région défensive dont les points forts se dégagent en presqu'île de Crozon : sur 136 ouvrages programmés 38 déjà sont terminés. Le Festungsbereich Brest, littéralement le « domaine de la forteresse de Brest », englobe les communes de la presqu´île de Crozon (groupe défensif côtier codé C ou Cr) et la presqu´île de Plougastel. La zone de protection du U-Bunker comprend l'ancien fort du Portzic (Portzic), le parc à carburant (Ölberg), l'École navale (Marineschule) et le port (U-Boot Hafen) ainsi que la pointe des Espagnols. Les cartes allemandes renseignent a minima 111 ensembles fortifiés pour la presqu´île. Seuls les forts du Minou et du Portzic et les anciennes batteries de rupture de Pourjoint et de la pointe des Espagnols sont dotés de canons sous casemate bétonnée pour la défense du goulet, l'occupant allemand ayant privilégié la défense des abords du vestibule grâce aux nouvelles batteries lourdes d'une portée effective comprise entre 21 et 28 kilomètres de Keringar (4 canons de 28 cm) et de la pointe du Grand Gouin (4 canons de 22 cm). De nombreuses batteries de moyen calibre renforcent ce dispositif dans le vestibule, du nord au sud : les Rospects, Ploumoguer, Toulbroc'h, pointe du Portzic, Kerbonn, cap de la Chèvre...

    Depuis 1967 et le début de l'aménagement de l'île Longue (en réalité, il s'agit d'une presqu'île) pour les sous-marins nucléaires lanceur d'engins français, les îles des Morts et de Trébéron sont englobées dans un périmètre protégé : « le polygone d´isolement » de la base. Tout débarquement y est strictement interdit et seules de rares observations ornithologiques en partenariat avec le Conservatoire du littoral viennent troubler le calme des lieux. Le réduit de Quélern abrite aujourd´hui le Centre parachutiste entraînement opérations maritimes (CPEOM). Ce dernier étant, le service Action de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE). Remarquablement préservées sous un épais couvert végétal, les lignes de Quélern avec le réduit constituent pourtant un ensemble architectural quasiment unique dans l'histoire de la fortification. Situées sur un terrain militaire, elles sont interdites d´accès.

    Guillaume Lécuillier.

  • Voir aussi enquête thématique régionale (fortifications littorales) - 2002 - Guillaume Lecuillier : Batteries hautes et basse puis fort et ensemble fortifié (Stützpunkt "Espagnols" Cr 45 ; 48 ; 49) : .

    Voir aussi enquête thématique régionale (fortifications littorales) - 2002 - Guillaume Lecuillier : Capitainerie de Crozon : ensemble fortifié (18e siècle) : .

    Voir aussi enquête thématique régionale (fortifications littorales) - 2002 - Guillaume Lecuillier : Batterie basse, Pointe de Cornouaille : .

    Voir aussi enquête thématique régionale (fortifications littorales) - 2002 - Guillaume Lecuillier : Tour-modèle n° 1, Tour des Espagnols : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Ensemble fortifié de l'îlot des Capucins : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Ensemble fortifié de la pointe de Cornouaille : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Ensemble fortifié de la pointe des Espagnols : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Ensemble fortifié de la pointe Robert : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Ensemble fortifié de la pointe de Tremet : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Batterie de Kerviniou : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Batterie de côte, corps de garde et magasin à poudre, Postermen : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Batterie de Beaufort, Pointe de Cornouaille : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Fort, Pointe de la Fraternité : .

    Voir aussi enquête thématique régionale sur le patrimoine maritime culturel - Batteries hautes et basse puis fort et ensemble fortifié (Stützpunkt "Espagnols" Cr 45 ; 48 ; 49) : .

Références documentaires

Bibliographie
  • LECUILLIER, Guillaume Les fortifications de la rade de Brest. Défense d'une ville-arsenal. PUR, 2011.