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Les châteaux, manoirs et maisons de maître de l'ancienne communauté de communes du Pays d’Évran

Dossier IA22017211 réalisé en 2010

Fiche

Les premières constructions seigneuriales sur cette partie du Val de Rance relèvent de l´archéologie. L´étude du relief, la proximité de la Rance, les tracés du cadastre ancien attestent néanmoins de ces premières fortifications. Des éperons barrés sont perceptibles sur les sites de hauteur de Beaumont en Guitté ou de Rophemel en Guenroc, mais aussi plusieurs mottes castrales signalées par la toponymie, comme la Motte en Saint-Maden qui subsiste au milieu de la rivière, ou encore le Mottay en Evran dont le parcellaire ovale peut conserver la trace d´une ancienne basse-cour. La Rivière-Bintinaye dans le bourg de Tréfumel, dont le nom garde probablement le souvenir d´un anciens bras abandonné de la Rance, le Rouget et Carmeroc, au nord de la même commune ainsi que le Besso à Saint-André des Eaux, témoignent de l´importance anciennement jouée par la Rance épine dorsale de leur implantation.

Des raisons historiques probablement liées à l´étendue du fief de Plouasne peuvent expliquer la position plus éloignée de la Rance, à l´est, de l´ancienne motte castrale du bourg de Plouasne. Ce fief parmi les plus anciens mentionnés sur le territoire semble être attaché à l´énorme paroisse primitive qui englobait, Saint-Pern, Longaulnay, Bécherel, Saint-Thual, une partie de Trévérien, Saint-Judoce, une partie d´Evran et de Saint-André-des-Eaux, Le Quiou et Tréfumel. Il appartient vers 1050 à un chevalier nommé Quirmarhoc, vassal de la maison de Dinan qui concède l´église de Plouasne aux moines de Saint-Nicolas d'Angers. Jusqu´en 1964 au nord ouest de l´église subsistait encore l´importante masse de terre, haute de 8 mètres, longue de 38 mètres et large de 30, cette motte se trouvait à cheval sur une enceinte de forme ovale dont le cadastre de 1833 conservait encore parfaitement le tracé ainsi que des vestiges de douves.

Manoirs du Moyen Age à salle basse sous charpente

Le manoir de Launay Bertrand à Plouasne fait partie des plus vieux logis nobles conservés du Pays des Faluns. Il appartient au 14e siècle à Bertrand de Saint-Pern, premier du nom, chevalier, seigneur de Ligouyer, parrain de Bertrand du Guesclin, vers 1320. La terre passe au 15e siècle à une branche cadette de la puissante famille Bertran, des barons de Briquebecq en Normandie qui possède également le lieu proche de Haut Aulnay, qui donne son nom à la terre de Launay. Le logis transformé à plusieurs reprises dans ses ouvertures conserve l´essentiel de son volume d´origine. La grande salle, au centre, a conservé au dessus de son plafond plus récent, sa charpente de la fin du 14e ou du début du 15e siècle à l´origine visible depuis la salle, dans laquelle les liens courbes qui joignent les arbalétriers au faux entrait déterminent une forme en arc brisé caractéristique de la période gothique. Malgré une importante restructuration en 1726, le manoir de Launay-Bertrand se rattache à la famille des logis seigneuriaux les plus anciens conservés en Bretagne, appelés « logis à salle basse sous charpente ». On peut le comparer à celui de la Grande Touche à Pacé dont la charpente a été datée par dendrochronologie des années 1390.

Le manoir du Plessis au Gast, sur la même commune, bien que moins ancien conserve du 15e siècle l´essentiel de sa structure initiale, à trois pièces au sol et salle basse centrale primitivement sous charpente. L´observation des maçonneries révèle que le logis devait présenter une façade à élévation décalée en hauteur, au nord un bloc de deux chambres superposées sur cave, à la suite, en contrebas, la salle initialement sous charpente chauffée par une cheminée monumentale puis une autre chambre basse. Ce parti architectural fréquent dans les manoirs du 15e siècle a été entièrement gommé au 17e siècle par une importante reprise qui a aligné sous un toit unique l´ensemble du logis.

Les châteaux de hauts dignitaires, au 15e siècle

Le château du Hac : un modèle ducal

Le château du Hac au Quiou presque entièrement bâti en calcaire des Faluns, à l´exception des baies et de l´encorbellement des tours, taillés dans le granite de Languédias, est édifié dans les années 1440-1448 pour Jean Hingant, chambellan du duc de Bretagne. Il a peut-être remployé dans sa partie orientale les bases d´une ancienne « maison-tour » du 14e siècle. Cette silhouette prestigieuse élancée de tourelles d´escalier témoigne du haut rang et de la puissance du commanditaire, familier du duc Jean V.

Ce logis somptueux présente un agencement à trois pièces dont le plan est repris de manière quasi identique sur ses trois niveaux. Il est distribué par un large escalier en vis situé dans la principale de ses cinq tours, au milieu de la façade sud. Malgré l´articulation du logis en deux parties, la façade, homogène, présente à chacun des niveaux d´habitation l´association d´une grande salle, suivie d´une suite de deux chambres, une chambre de parement faisant fonction de salle privée, suivie d´une chambre de retrait, accompagnée de garde-robes et de latrines situées dans la tour sud-est. L´édifice dans son état actuel ne comporte pas de cuisine mais il est très probable que cette dernière aujourd´hui disparue se trouvait dans un corps en appentis situé derrière la grande salle. Sur les cinq tours, celles du nord-ouest et celle du sud-est abritent des latrines affectées respectivement aux salles du premier et du second étage ainsi qu´au blocs de chambres.

La tour, située au milieu de la façade postérieure, abrite au troisième et dernier niveau une chapelle domestique qui ouvre sur la salle supérieure. Une petite fenêtre intérieure appelée hagioscope permettait de suivre l´office depuis la chambre seigneuriale voisine. L´emplacement de la chapelle domestique diffère des dispositions du grand logis ducal de Suscinio, du château de la Roche-Jagu ou encore de Tonquédec où dans les deux cas, la chapelle ouvre sur la grande salle du premier étage. Au Hac, la situation de cette chapelle au dernier étage de la demeure est révélatrice du prestige attaché à l´étage de comble, auquel la charpente lambrissée en fausse voûte, récemment restaurée conférait une solennité toute seigneuriale.

L´agrandissement des fenêtres de l´étage au 17e siècle n´a guère altéré la pureté de l´architecture du 15e siècle. Les lucarnes à hauts pignons flanqués de pinacles forment un décor sobre avec les fortes moulurations de l´unique porte d´accès. La distribution du logis de Hac reprend celles des résidences seigneuriales de haut rang qui adoptent en Bretagne au cours du 15e siècle le modèle royal français transmis par les ducs. Toutes les pièces comportent des cheminées qui témoignent d´une grande qualité d´exécution. Les éléments de modénature correspondent parfaitement avec la date livrée par la dendrochronologie qui situe la construction de l´édifice vers le milieu du 15e siècle. Sur la porte principale, les bases « en flacons », les colonnes et les chapiteaux des cheminées, les portes en accolades de l´escalier font probablement partie des premiers emplois d´une forme qui connaîtra un large succès en Bretagne pour durer jusque vers le milieu du siècle suivant.

Les vestiges du château du Besso

Le château du Besso à Saint-André des Eaux directement implanté sur la rive droite de la Rance est réduit aujourd´hui à l´état de vestiges. Le cadastre ancien montre l´importance que présentait encore l´ensemble avec ses différentes cours, ses douves alimentées par la Rance et son moulin au début du 19e siècle. De l´ancien grand logis seigneurial dont les murs plongeaient directement dans les eaux de la Rance, ne subsiste que la grande tour d´escalier et quelques pans de murs. La seigneurie du Besso est passée en 1390 dans la maison de Beaumanoir par le mariage de Tiennette du Besso avec Robert de Beaumanoir, chambellan du duc de Bretagne. La tour d´escalier présente à sa base en direction de l´entrée de la cour une canonnière pourvue d´un large ébrasement extérieur, dite à la française caractéristique de la fin du 15e siècle. On peut attribuer cette construction à Briand de Beaumanoir, vicomte du Besso, chambellan du roi Louis XI et capitaine de Melun.

Le château de Beaumont : des attaches normandes

La seigneurie de Guitté et le fief de Beaumont appartiennent au début du 14e siècle à la famille Piedevache, ancien lignage noble du pays de Rennes dont un ramage aurait pris le nom de Beaumont. Bertrand de Beaumont est ainsi signalé en 1325 comme fils de Mathieu Piedevache de Beaumont. Alain de Beaumont, chevalier breton, vivant vers 1370, mentionné dans plusieurs comptes ducaux, est peut-être celui qui comparait en 1371 à Pontorson lors de la montre de son cousin Bertrand Du Guesclin. Les comptes de la ville de Bergerac mentionnent ce personnage qui accompagna le connétable dans ses campagnes. Selon une généalogie des comtes de Meulan ce même Alain de Beaumont dit « Pied de Boeuf », seigneur de Beaumont-Guitté, aurait épousé autour de 1400, Jeanne de Meulan, dame du Molay-Bacon, près de Bayeux. Cette alliance avec une héritière d´un grand lignage de la noblesse normande est peut-être à l´origine de certains aspects particuliers du château.

Le châtelet d´entrée autrefois rattaché à une enceinte qui devait barrer l´éperon présente une grande qualité de construction et une conception particulièrement élaborée pour sa petite taille dans laquelle l´aspect fortifié insistant correspond plus vraisemblablement à une dimension symbolique et une recherche de prestige qu´à un réel souci de fortification, qui était soumis au contrôle ducal et réservé à des terres de rang élevé.

Le même haut niveau de qualité architecturale se retrouve sur le logis dont les fenêtres malgré la restauration du 19e siècle ont conservé leur modénature authentique. Les lucarnes du comble, les souches des cheminées polygonales et le réseau flamboyant de la baie située en haut de la tour d´escalier ainsi que le châtelet d´entrée permettent de situer l´ensemble aux alentours des années 1460-1480.

La tour d´escalier à pans coupés du logis seigneurial surmonté d´un volume carré ponctué par un pignon, forme rare et atypique en Bretagne au 15e siècle est en revanche fréquente dans le Bessin et la campagne de Caen. Les attaches normandes de Jeanne de Meulan, dame de Beaumont, au 15e siècle peuvent expliquer ce parti architectural remarquable.

Manoirs des 16e et de la première moitié du 17e siècle

Le Mottay

Le château du Mottay en Evran situé dans un environnement boisé qui lui sert d´écrin est un édifice hétérogène qui présente deux façades différentes. Celle de l´est, la façade principale maintient de beaux éléments sculptés en gothique flamboyant, fenêtres, rampants des pignons à feuilles retournées et crossettes en forme de lions qui peuvent remonter au début du 16e siècle. La propriété est vendue en 1516 par une famille l´Hôpital aux Chauchart qui l´ont toujours conservée depuis et qui sont vraisemblablement les commanditaires. Le logis est prolongé vers le sud au 17e ou 18e siècle, puis à la suite d´un incendie en 1868, il est entièrement restructuré. La façade arrière ouest rend mieux compte des nouveaux aménagements. Un avant-corps de deux travées en pierre de taille des faluns et baies en granite du Hinglé, couvert d´un haut toit en pavillon est plaqué au milieu de l´élévation, il est encadré au nord par l´ancienne tourelle d´escalier postérieure du manoir du 16e siècle et au sud par une nouvelle tourelle formant pendant, les deux tourelles sont alors couronnées par un crénelage de fantaisie lui donnant, malgré ses hautes toitures à croupe, une allure de château troubadour.

Champsavoy

Le manoir de Champsavoy sur la paroisse de Saint-Judoce est la résidence dans la 2ème moitié du 16e siècle de François Grignard (1551-1607), écuyer seigneur de Champsavoy. Son journal, conservé jusqu´à nos jours, fait partie des rares documents historiques de source directe qui témoignent des affres et des violences des guerres de la ligue (1562-1598) sur le territoire d´Evran. Tenant du choix fait par Henri III et donc partisan de Henri IV, François Grignart voit en mai 1589, sa maison de Champsavoy entièrement ravagée par les troupes du duc de Mercoeur et ses soeurs, ultra catholique, se saisissent de ses biens. Réfugié à Saint-Malo, il est contraint de fuir. Pris par traîtrise son logis est brûlé, son cheptel et ses métairies sont pillées. Les Cahideuc s´y logent par la suite et s´en rendent maître avant d´être chassés par le prince de Dombes. La paix civile retablie après la signature de l´édit de Nantes, le 13 avril 1598 qui reconnaît la liberté de culte aux protestants, François Grignard rentre chez lui. Le 29 mai de la même année, il raconte « (...) mme de Champsavoy rentre au logis, trouve tout mal et nos maisons ruinées. Je commence à me raccomoder à Champsavoy, faisant premièrement dresser ma basse cour et y bâtir un petit logis de terre pour y retirer le bétail et volaille ». Le manoir dévasté est reconstruit entre la fin du 16e siècle et le début du 17e siècle. Une pierre en forme d´arc surbaissé portant avec les armes Grignard, la date de 1605, les monogrammes de François Grignard associé à ceux de Françoise Levesque sa première épouse et de Rollande de la Bouexière sa deuxième épouse, a été retrouvée près du pignon est. Elle est à rapprocher de la mention du journal selon laquelle François Grignard fait refaire en 1605 le grand portail de la cour.

Le logis maintes fois remanié conserve des éléments pouvant remonter à la première moitié du 16e siècle. Une partie de la façade arrière actuelle, construite en pierre de taille des faluns avec deux fenêtres superposées chanfreinées et pourvues d´appuis moulurés, correspond peut-être à la façade principale du logis primitif. A cette période se rattachent aussi deux autres fenêtres dans la partie ouest de la façade nord, la lucarne qui les surmonte ainsi que les deux cheminées monumentales du rez-de-chaussée. L´une à l´est est sculptée des armes d´alliance de Jean Grignart avec Guillemette de la Provosté qui se marient en 1484. Les travaux effectués au cours du 17e siècle se perçoivent notamment dans la distribution du logis et par l´ajout d´un grand fronton armorié au centre de la façade. Le logis n´est plus régulièrement habité au début du 18e siècle et sert de retenue. Après la vente de la terre à la Révolution il est réduit à ses dimensions actuelles et plusieurs bâtiments sont détruits.

La Garde

lors de la Réformation de 1513, le manoir de la Garde à Evran appartient à Bonabes de Lescu, sieur de la Sansonnaye en Lanvallay. Son origine n´est pas connue avec certitude, toutefois une partie des maçonneries révèle son ancienneté ainsi que les cheminées de la salle et de la chambre de l'étage qui remontent au 16e siècle. La porte d´entrée est surmontée d´un blason d´alliance des familles de la Motte et de l´Escu qui situe la construction dans la première moitié du 16e siècle. Le manoir tel qu´il se présente aujourd´hui a été amputé d´un tiers de sa façade, vraisemblablement suite aux destructions des guerres de religion. Il est fort possible que la Garde ait subi le même sort que Champsavoy qui aurait entrainé la consolidation d´une partie du logis, l´agrandissement de l´aile arrière et sa transformation en pavillon au cours du 17e siècle. Le colombier circulaire qui a conservé son échelle tournante intérieure a probablement été reconstruit à cette période.

La Ville Ferrier

Le logis de la Ville Ferrier bâti en 1607, en temps de paix, est parvenu jusqu´à nous dans un bon état d´authenticité. Ses lucarnes en calcaire des faluns, assez remarquables, sont parmi les plus anciennes datées sur la partie sud du territoire d´Evran et constituent une référence pour l´histoire locale. Leur style vigoureux combine librement mais avec bonheur, le vocabulaire de la première et de la seconde renaissance avec pilastres en tables, cannelures, bossages piquetés et godrons. Bien que le lieu ne soit pas mentionné parmi les anciens manoirs de la paroisse, l´édifice a toutes les caractéristiques d´un petit manoir du début du 17e siècle qui le distinguent des beaux logis ruraux contemporains : son isolement, son unique porte d'entrée, son étage habitable et l'aile en retour d'équerre contenant la cage d'escalier ainsi que la présence de l'ancienne métairie

Demeures de parlementaires aux 17e et 18e siècles

Le château de Beaumanoir : les vicissitudes d´un grand projet

La seigneurie de Beaumanoir en Evran fut rachetée le 28 février 1619 par François Peschart, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, conseiller au Parlement de Bretagne, seigneur de Bossac (en Pipriac) et de Bienassis (en Erquy). Il entreprend la construction du château sur un nouveau site vers 1628-1630. Ses descendants poursuivront le chantier comme en témoignent des différences stylistiques et des détails constructifs qui indiquent une rupture puis une reprise des travaux (qualité différente de la sculpture du grand portail, absence d´homogénéisation des chaînages harpés, consoles et corniches différentes, ailes du logis plus basses que celles prévues à l´origine). Ces différences donnent l´impression que le parti originel, savant et ambitieux a été simplifié. Le logis dont les travées sont dépourvues d´ornements se conforme davantage à la mode du milieu du 17e siècle. Il est sans doute construit pour Jean-Baptiste Peschart, baron de Beaumanoir qui se marie avec Pétronille Brunet en 1640 ou leur fils Joseph Peschart qui épouse en 1671 Suzanne Marie Riaud de Galisson. Le domaine est apporté par la suite en dot à Joseph Le Meneust de Bréquigny par son mariage avec Marie-Françoise Peschart, le 8 avril 1686. Ces derniers cédent le château à Jeanne Leray dont la fille héritière se mariera à François de Langle de Kermorvan, comte de Beaumanoir, conseiller puis président à mortier au Parlement de Bretagne. Leurs descendants ont possédé le domaine de Beaumanoir jusqu'en 1963.

Comme pour l´emplacement du premier château, l´attribution du nouveau château à un architecte de renom n´est pas certifiée par des sources écrites. Plusieurs architectes parmi les plus talentueux ont été cités : Salomon de Brosse, Jacques Corbineau, Etienne Corbineau, Thomas Poussin. Tous ont travaillés au chantier du Parlement de Bretagne à Rennes et c´est vraisemblablement dans cet entourage qu´il faut rechercher le ou les maîtres d´oeuvres. Il y a pu en effet y avoir un architecte de conception et un architecte d´exécution. L´attribution de la conception architecturale à Salomon de Brosse est douteuse principalement en raison du décès de ce dernier en 1626. Celle à Jacques ou Etienne Corbineau en tant que concepteur d´une intention architecturale, plans et élévations n´est pas a écarter mais le traitement de la sculpture qui généralement fait honneur à ces architectes, n´est pas ici d´assez bonne facture pour leur en attribuer la paternité. Quant à Thomas Poussin, qualifié d´architecte du roi, il reconstruit en 1611 le château de Châteauneuf d´Ille-et-Vilaine et en 1617 celui du Rocher-Portail à Saint-Brice en Coglés. La référence à cet architecte est possible à Beaumanoir et induite par le traitement savant des trompes en encorbellement, le jeu des bossages désormais à la mode et l´emploi sur les piliers du portail de bossages aplatis.

La silhouette de Beaumanoir modifiée dès le chantier de sa construction puis transformée par les restaurations du 19e siècle a perdu beaucoup de son apparat. Le logis a été découronné de ses lucarnes et les pavillons ont perdu leur haute toiture en carène. Il s´inscrivait dans la grande tradition des châteaux de la seconde Renaissance. Son organisation à cour fermée rappelle toutefois les châteaux mis à la mode par Androuet du Cerceau, cour carrée, aile d´entrée plus basse, grand portail orné de colonnes baguées et d´ornements sophistiqués à l´antique, masques, cariatides. Les pavillons qui encadrent le portail témoignent quant à eux de l´adoption des nouvelles formes de toit et de décors. Tout ici contribuait à montrer le prestige de cette noblesse de robe dont l´architecte est très probablement issu des chantiers du Parlement de Bretagne.

Le château de Couellan : deux époques, un style

Construit vers 1620 pour Simon Hay des Nétumières et Madeleine du Boisjean, dame héritière de Couellan, le château a été considérablement agrandi au 18e siècle dans un style assorti au parti d´origine. La première campagne concerne le pavillon sud ouest du logis, la chapelle, un pavillon construit au nord-est dans l´alignement de celle-ci pour loger le chapelain, un mur d´enceinte au sud (aujourd´hui disparu) comprenant un portail à pont-levis ainsi que d´importants communs appelés « la métairie de la Porte », édifiés en contrebas sur le bord ouest de l´enceinte. Une terrasse accessible par un escalier de granite en fer à cheval est ajoutée devant le logis probablement à la fin du 17e siècle et des parterres clos de murs sont aménagés à cette époque à l´est. Le pavillon du chapelain est doublé en 1748. Une orangerie, à l´est de ce pavillon est édifiée en 1753 afin de protéger des rigueurs du froid les plantes rares et les arbustes fruitiers. Le corps principal de la demeure resté longtemps inachevé, est terminé au sud et prolongé vers le nord par une grande aile en retour d´équerre entre 1775 et 1777 pour la famille de Saint-Pern. Le prolongement du 18e siècle reprend le parti initial afin de rendre homogène la perception d´ensemble, avec la même répartition des matériaux, la corniche à modillons cubiques et les lucarnes à frontons curvilignes. Les façades du 18e siècle se distinguent toutefois par le rapprochement des travées, un avant-corps plus étroit mais plus ouvert et l´adoption de fenêtres en arc segmentaire avec appui surbaissé, ensemble d´ajustements au nouveau gout du jour et au souci de faire entrer plus largement la lumière dans les pièces, et par des lucarnes à linteau en arc segmentaire. Le soulignement des angles par des chaînes de refends porte la marque du style des ingénieurs du roi.

Le logis renferme deux escaliers remarquables qui correspondent aux deux principales campagnes de construction du château. Celui du 17e siècle, rampe sur rampe, de part et d´autre d´un mur d´échiffre plein, est constitué de volées droites portées par des berceaux voûtés. Celui du 18e siècle, suspendu dans une large cage éclairée sur trois de ses côtés, occupe les deux dernières travées et toute la profondeur de l´aile en retour d´équerre. Curieusement construit en bois, il conserve sa belle rampe d´origine en fer forgé avec ornements de tôle repoussée, caractéristique du début du règne de Louis XVI.

A la fin du 19e siècle, les abords immédiats du château sont réaménagés et l´ancienne cour principale est transformée en parc paysager : le mur d´enceinte au sud est détruit et le portail déplacé est remonté le long de la route menant à Caulnes. Une ancienne grille provenant du château du Lattay à Guenroc, autre propriété de la famille de Saint-Pern, est installée à l´entrée du bois de Couellan en 1929.

Le château de Caradeuc, parc et jardins

La première pierre du château de Caradeuc est posée en 1722 par Anne-Raoul Caradeuc de la Chalotais (1667-1785), procureur au Parlement de Bretagne. Son fils Louis-René (1701-1785), également procureur général au Parlement, défenseur des libertés bretonnes et protagoniste de l´Affaire de Bretagne, en fait sa résidence de campagne et un domaine d'expérimentation agricole. La terre de Caradeuc est érigée en 1786 en marquisat par lettres patentes de Louis XVI, mais le château commencé au début du 18e siècle est resté inachevé à la veille de la Révolution. Vendu comme bien national, il est restitué à la famille de Caradeuc au début du 19e siècle. Il est en partie remanié vers 1820, notamment par la création d´un fronton triangulaire, sur la façade sud du pavillon central qui porte les armes des Caradeuc et des Martel avec la devise « Arreste ton coeur ». Au milieu du 19e siècle, le château est séparé des communs puis s´enchaînent une série de transformations. Raoul de Caradeuc, petit-fils de Louis René entreprend en 1847 la création d´un premier parc à l´anglaise confié à l´architecte paysagiste Lhérault. En 1881, le comte Alfred de Falloux hérite du château après le décès de sa femme Marie de Caradeuc et de sa fille Loyde et fait une donation à Paul Le Cardinal de Kernier et Gabrielle Hay des Nétumières son épouse. Leur fils René marquis de Kernier, transforme le château entre 1890 et 1900 sur les plans de l´architecte Henry Mellet qui rehausse les toitures et les pavillons, et fait concevoir par le célèbre architecte paysagiste Edouard André, un nouveau jardin à la française. Ce jardin remploie des éléments de provenance diverse : bornes et chaînes des places de Rennes, vases et statues, dont une de Louis XVI prévue sous la Restauration pour la niche centrale de l´hôtel de ville de Rennes due au sculpteur Dominique Molknecht. Plusieurs éléments dont d´élégantes lucarnes en calcaire des Faluns, ainsi qu´une porte à colonnes doriques, ont été remontés dans le parc où ils ont trouvé une seconde vie. Ces vestiges proviennent essentiellement du château de la Costardais à Médréac, détruit dans les années 1930, remarquable construction Renaissance de 1564 dont les pilastres d´ordre colossal, les portes jumelées d´ordre dorique, les lucarnes à volutes et les cheminées en forme de sarcophage portaient la marque du grand Philibert Delorme (1510-1570), « architecte du roi » Henri II. Malgré ses multiples transformations le château de Caradeuc parfois appelé « le Versailles breton » demeure dans l´esprit du 18e siècle. Cette esthétique privilégie la redécouverte de la nature en exploitant les irrégularités du site et en y ajoutant des stations ou fabriques de jardins, fondements du jardin pittoresque.

La Rivière Bintinaye : un beau projet inachevé

Le château de la Rivière-Bintinaye est implanté dans le centre du village de Tréfumel, en bordure d´un parc paysager dont l´extrémité nord communiquait antérieurement par une grille avec l´église paroissiale Sainte-Agnès. Commandé par Gilles-François de la Bintinaye, vicomte de Rougé, greffier en chef aux Etats de Bretagne et Marie Angélique Champion de Cicé, son épouse, il a été construit à partir d´une esquisse conçue en 1773 par le commandeur Louis de Brilhac. Ce gentilhomme issu d´une famille de parlementaires, propose ses talents d´architecte à ses proches et conçoit les plans de plusieurs hôtels particuliers à Rennes et de quelques châteaux bretons. De la comparaison de ses différents projets conservés aux archives départementales d´Ille-et-Vilaine, ressort une grande homogénéité. Louis de Brilhac adopte un parti architectural d´une harmonieuse simplicité où l´on reconnaît son goût pour les avant-corps centraux couronnés d´un fronton triangulaire avec oculi. La distribution dénote un nouveau mode de vie correspondant davantage à une maison de villégiature tournée vers la nature et le paysage. Ce projet ne fut que partiellement réalisé et pendant plus d´un siècle, le nouveau château de la Rivière-Bintinaye, seulement construit aux deux-tiers cohabita pendant près de deux siècles avec les restes de l´ancien manoir des 15 e et 16 e siècles que caractérisait la silhouette d´un massif pavillon carré surmonté d´une haute toiture.

La Touche : l´esprit gentilhommière

Le manoir de la Touche en Evran serait la résidence d´une famille Chartier à la fin du 16e siècle avant de passer entre les mains de la famille Léau. Un certain François Léau, né en 1620 qualifié d´écuyer et sieur de la Roche, meurt à Evran en 1657. Un autre François Léau (son fils ?) sieur de la Roche et de la Touche-Chartier est néanmoins débouté de la noblesse lors de la réformation de 1666, faute d´avoir pu produire les titres et papiers suffisants. Cette famille de la petite noblesse occupe au 18e siècle plusieurs charges au Parlement de Bretagne : en 1774, Jean-Joseph Léau de la Touche est avocat au Parlement comme son père Jean-Julien, et le 9 février 1779, Louise-Jeanne-Maclovie Léau de la Touche est nommée comme étant la fille « de feu noble maître Jean-Julien Léau, sieur de la Touche », avocat au Parlement et sénéchal de Beaumanoir. Le domaine passe au 19e siècle à une famille Leroy. Le logis construit à plusieurs périodes remonte pour ses parties les plus anciennes à la fin du 16e siècle, telle la cheminée remployée au rez-de-chaussée et la tour d´escalier. Il est transformé et agrandi d´un pavillon d´angle dans la première moitié du 17e siècle puis de nouveau modifié au 19e siècle : alignement des baies en travées, portes fenêtres, lucarnes du corps principal. Le pavillon détaché à l´arrière du logis, du côté est, de la fin du 17e siècle ou au début du 18e siècle, pourrait avoir servi de logement au chapelain attaché à la chapelle Saint Joseph. Des travaux importants effectués à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle témoignent de l´art de vivre et du goût du milieu des notables autour de 1900 : construction de nouveaux communs de style néo-normand, pavillon de chasse, traité comme une fantaisie, particulièrement original par sa structure en ciment sculpté qui imite rondins et branchages bruts, serre de jardin chauffée qui représente alors à l´échelle du canton un luxe appréciable produite par l´entreprise Michelin de Paris, spécialisée dans les charpentes métalliques.

Le pavillon d´angle, la tour d´escalier arrière ainsi que la présence de la chapelle apparentent ce logis aux gentilhommières de l´Ancien Régime. Sa référence locale tient à l´emploi de la pierre de taille des faluns pour les souches de cheminées et pour les lucarnes qui sont de la première moitié du 17e siècle.

Maisons nobles du 18e siècle : le style épuré des ingénieurs de Vauban

La Perchais

Le petit château de la Perchais à Guitté est reconstruit en 1726 pour Henri Hingant de Saint-Maur et Françoise de Botherel, dont les armes d´alliance accompagnent la date de construction sur la porte de la façade nord. Il adopte la forme nouvelle de la maison des champs et transcrit dans une version simplifiée le style développé par les ingénieurs de Vauban à Saint-Malo à la fin du 17e siècle. Le principe d´un enduit à la chaux, et d´un bandeau en trompe l´oeil séparant le rez-de-chaussée de l´étage, de même que les épis de faîtage des toits à croupes en forme de pots à feu révèlent cette influence qui rappelle l´architecture des malouinières.

Le Fournet

Le manoir du Fournet en Evran réhabilité pour le mariage de Hyacinthe du Fournet et de Marie-Melaine de Farcy, le 11 février 1734, réunit tous les éléments de la demeure noble : avenue, avant-cour comprenant un colombier (détruit) ainsi qu´une grange, cour fermée défendue par des douves, chapelle et communs. L´implantation du logis principal en fond de cour, encadré par deux ailes latérales demeure dans l´esprit du 18e siècle. Le portail d´entrée d´une grande élégance, constitue un ouvrage d´art remarquable, travail probable des ateliers des forges de Paimpont tenues depuis 1653 par une des branches de la famille de Farcy. Les modifications de la première moitié du 19e siècle, en 1800 et 1838 ont peu transformé l´organisation de la cour ; il s´agit davantage de travaux de remise en état et de décoration. La chapelle reprise à plusieurs périodes, présente deux façades radicalement différentes. L´une, enduite, au nord a conservé sont aspect du 18e siècle, tandis que l´autre, au sud, a été largement ouverte par trois baies en tiers point de style néogothique lors de la transformation de l´édifice en orangerie au début du 19e siècle, le tout en conservant les signes extérieurs de l´ancienne affectation, campanile, croix et niches pour statues. La remise sur piliers cylindriques est à mettre en relation avec d´autres du même type, à la Garde à Evran, à Champsavoy en Saint-Judoce, et à la Sècherie en Saint-Maden.

Carragat

Aux confins septentrionaux de Saint-Juvat, dans des prairies inondables, en bordure du ruisseau du Guinefort, le manoir de Carragat est établi probablement au nord d´un ancien site de motte, encore représenté sur le cadastre napoléonien. La chapelle de Carragat, dite aussi de la Courlaie, dont le nom (cour- laie ou laïque) évoque celui d´un tribunal séculier opposé à la justice ecclésiastique, est bâtie en 1634 par Guillemette Ferron de la Roche. Le fief passe au 18e siècle de la famille de Fontlebon dans la famille Ozou des Verries d´origine normande. Le logis reconstruit en 1763 pour Toussaint-Charles Ozou des Verries, mentionné en 1777 comme tenant la ferme de la dîme de Carragat, relevant de l´abbaye de Léhon, adopte la forme à la mode, avec travées de grandes fenêtres alignées, qui évoquent les beaux logis de la Mettrie ou de la Maladrie sur la même commune. Les ailes basses ont été construites au cours de la première moitié du 19e siècle, date à laquelle les intérieurs ont été entièrement refaits.

La Mettrie

Le château de la Mettrie en Saint-Juvat fut reconstruit en 1787 sur le site d´un ancien manoir du 15e siècle dont subsistent quelques vestiges, en particulier l´arcade d´un ancien crps d´entrée intégrée dans les communs. L´actuel logis présente une longue façade sans ressaut de neuf travées réparties par deux. Les lucarnes identiques sont établies au droit de chaque travée et seul un oeil de boeuf inscrit dans un fronton curviligne marque la travée axiale. Ce fronton est surmonté d´un toit aigu à l´impériale que l´on retrouve, plus étiré, à l´aplomb de la travée axiale de la façade postérieure. L´ensemble des faîtages est traité en lignolet. Les toits à l´impériale sont surmontés d´épis de faîtage en plomb représentant des colombes en vol. Le colombier, l´important développement du logis ainsi que le traitement particulier de la travée axiale, la hauteur sous étage correspondent au statut du lieu, siège de la principale seigneurie de la paroisse à la veille de la Révolution. Malgré tout, la façade postérieure, quasiment aveugle reprend un principe commun à l´ensemble des autres belles maisons du 18e siècle des environs.

La Haute Rivière

Du manoir de la Haute Rivière en Evran nous ne savons que peu de choses sinon qu´il semble habité à la fin du 18e siècle par « Louis Prévost de la Haute Rivière » qui fait appel à la justice en 1793 pour un recel d´effets lui appartenant. Il devient la résidence de la famille Marteville dans la première moitié du 19e siècle. Nicolas Marteville, maire d´Evran en 1837, s´est distingué pour ses différents prix aux comices agricoles et son ouvrage sur la tenue des comptes d´une exploitation rurale. Le manoir reconstruit et agrandi dans la deuxième moitié du 18e siècle, englobe des vestiges du 17e siècle dont un large pavillon postérieur contenant un escalier flanqué de cabinets de latrines. Le cadastre de 1845 présente une organisation typique de manoir avec deux entrées, l´une pour le logis du maître des lieux, l´autre pour le métayer. Chacun dispose d´une vaste cour avec jardins attenants. L´hétérogénéité du gros oeuvre constitué de moellons de schiste et de calcaire était vraisemblablement masquée à l´origine par un enduit à la chaux. L´organisation en travées régulières, hormis pour la travée de l´est rajoutée, est ponctuée par des lucarnes qui ont été reconstituées ou rajoutées lors d´une récente rénovation.

Véronique Orain, Jean-Jacques Rioult

REGION BRETAGNE, service de l´Inventaire du patrimoine culturel.

Aires d'études Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Dénominations château, manoir
Période(s) Principale : Moyen Age
Principale : Temps modernes
Principale : Epoque contemporaine
Décompte des œuvres repérés 55
étudiés 19