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Les carrières sur la commune de Trégastel

Dossier IA22007362 réalisé en 2006

Fiche

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominations carrière
Adresse Commune : Trégastel

Nous avons repéré plusieurs anciennes carrières en bord de mer et sur l'estran, sur la côte est de Bringuiller (2 carrières dont celle de Meyer, ancien propriétaire, carrière fermée vers 1970) et sur le site de Kerlavos : la carrière de Kerlavos en front de taille abandonnée sur le versant nord ouest de la baie et la petite carrière sur la grève (granite de Saint-Samson). Nous avons repéré un certain nombre de carrières, situées davantage à l'intérieur des terres - la carrière de Crec'h ar Gant est la plus ancienne carrière, mentionnée en 1888 dans une délibération du conseil municipal : - la carrière Etienne, ouverte en 1925 sur le site du Grand Traouïero, en aval de la vallée, reprise par Rivoallan (carrière étudiée) ; - La carrière de la Société de matériaux routiers de Paris ouvrit une concession sur l'Île Tanguy en 1939 (parcelle 632 C), petit et Grand Grannec et sur Bringviller. Les caboteurs venaient prendre les pavés à la pointe. L'entrepreneur Meyer avait acquis en 1939 une portion du rivage pour sa carrière. - la carrière de Tropéric, ouverte en 1946 par Eugène David et fermée en 1952 (site protégé) ; - la carrière du Calvaire, non datée (vestiges ; - la carrière comblée en amont de la vallée (granite de La Clarté) ; - la carrière de Golgon-Toul ar Lan (Emile Le Roux, gabbro) - la carrière Poul Fich-Picherel (gabbro exploité avant la guerre par le marbrier Morice de Lannion) - la carrière de Crec'h ar Gant (carrière d'aplite, partiellement comblée, 1888) ; - la carrière de Woas Wenn : carrière de saccharoïde rose, ouverte en 1954 par François Prat et Jean Bonniec, puis Emile Le Roux, puis Rébillon (carrière en exploitation) ; - Route de Woas Wen (carrière de gabbro, Jean Prévot) ; Toutes ces carrières sont fermées aujourd'hui sauf Rébillon. Le gabbro est un "granit gris foncé" pour les carriers et un gabbro pour les géologues ; on le voit dans de nombreux murs et murets de Trégastel et même au-delà. Les anciens disent qu´on l´extrayait à Poul Fich, à Picherel, à Golgon entre autres. Yves Gad racontait que cette roche était presque impossible à tailler ; néanmoins il a réalisé une partie d´un monument dans cette pierre. Avant la guerre 1939-1945, le marbrier Morice de Lannion faisait exploiter les rochers de Poul Fich. Emile Le Roux a utilisé les « boules » de Toul ar Lann, derrière la propriété n° 61, route du bourg de Trégastel pour réaliser des entourages de tombes.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle

La granulite de l'Île-Grande (à l'ouest de la commune), traversé de longs filons de granulite blanche était débitée en pierres de taille, dit "granite rose de Trégastel pour les géologues.

Décompte des œuvres repérées 9
étudiée 1

Annexes

  • Ar bikerien vein

    Pozioù ha ton gand Eugène Teurnier

    An dir a gan war ar vein galet

    Klemm ar vigin.

    An dir a gan war ar vein galet

    Mouez an anne.

    Bro al lanneier, bro ar vein gaer

    Bro an daol-vaen

    Pikerien vein

    Dindan ar glaw hag an oll amzer

    Labour er maez

    Euz troad ar c'hrec'h

    Ar vein zo gleb, an houarn sklaset

    Rew en aezenn

    Daouarn skalfet

    Kerreg en enk an eil ouz eben

    Juntoù bian

    Sko war ar yenn !

    Red klask an tu, red mad klask ar feilh

    Son ar gisell

    En Breiz-Izel

    Kerreg pounner evid tud dister

    Harpa r varenn

    Tourioù ken kaer !

    Deskiñ began ha deskiñ an tremp

    Sko war an tomm !

    Tap ar gavel

    Linket ar min, troet an traouilh

    Tenn ar gordenn !

    Dond ray war benn !

    Ouz krap ar c'hrec'h, dindan o lojenn

    War benn o glin

    Pikerien vein.

    Traduction et commentaires de Eugène Turnier (juin 2006) : chanson, poésie écrite par Eugène Turnier, pour une veillée au château de Kerduel, avec la troupe de Maria Prat et Yann Derrien vers 1970.

    Les tailleurs de pierre

    L'acier chante sur les pierres dures

    Le soufflet de la forge gémit.

    La voix de l'enclume.

    Pays des landes, pays des belles pierres,

    Pays du dolmen

    Tailleur de pierre

    Sous la pluie et par tous les temps

    Travaille dehors

    Au pied de la colline (du front de taille)

    Les pierres sont humides et l'acier est glacé

    De la gelée dans l'air, les mains entaillées (gercées)

    Les roches sont à l'étroit (serrées) l'une contre l'autre

    Juste des petits joints (fentes) entre eux

    Frappe bien sur le coin !

    Il faut prendre le bon côté, il faut bien chercher la faille (le fil)

    Le chant du ciseau

    En Basse-Bretagne

    Des rochers si lourds pour des gens si pauvres (sans importance, sans moyen)

    La barre à mine sur l'épaule, (ils font) des clochers si beaux !

    Apprendre à faire la pointe des outils (affûter) et à prendre la trempe (à tremper)

    Frappe sur le chaud !

    Attrape la pince

    Fais glisser la pierre (pour la sortir de son trou), tourne le treuil

    Elle est tendue la corde ! (il viendra sur le haut)

    Ca va venir !

    Au flanc du coteau (accroché à la verticale), sous leur abri

    A genoux,

    Tailleurs de pierre.

  • "Gwechall ha hirie, son ar gisell" : "Autrefois et aujourd'hui, le chant du ciseau"

    Chanson en breton écrite par Eugène Teurnier, 1975.

    Bet e oa un amzer gwechall, ar piker-min oa erru fall

    Met breman, bezet war ewez, e n'euz un tam talvoudegezh

    Diskan : Takenn, taken, taken ebet

    'Vel ma lar ar gizell

    Diskan : Takenn, taken, taken ebet

    Lavar ar gizell

    Ze oa amzer ar gwin ardant nerz kalon 'vit an den a boan

    Met drouk meur evit e vemprou, rak krenan re vel ur bar-deliou

    Breman gant e zizkadurezh, n'eus kemeret lod er furnezh

    Kaout mat a ra e vanac'h gwin, met bepred plom evel ur min

    Hag ar groage ebars ar ger, seder o fenn ha flour o ler

    Un tam ruz war o muzellou ken fichet ha gwreg an Aotrou

    Ha c'hoaz a ve an holl souezhet o welout menajerezed

    C'ho'r lagad d'un den a vicher 'vit galloud kempen o bugale

    Ar piker-min ebars ar ger, a'c'hall sevel un familh gaer

    Breman gant ostilhou nevez a erru da c'hounit e zewez

    Darn deve c'hoant d'ober sellou treuz

    A sonjal reont : hennes a n'eus

    'Vit galloud pourmen en auto, en deziou gouel hag ar suliou

    Koulskoude kaer n'evo espern, deus madou na rai' ket un bern

    Met sur-mat biken na lesko un all da vale war e votou

    Met 'vit bevan sioulik ha brao renk diwall d'eus an taoliou pav

    Bevan bihan n'eo ket un drouk na mui c'hoanta't sevel e chouk

    Perak bevan vel un skraper, ret e vo rentan ront emberr

    Para dalveo traou laeret diwallet gant boulou miltret.

    Traduction et commentaires de Eugène Turnier (juin 2006) :

    Autrefois et aujourd'hui, le chant du ciseau

    Autrefois et aujourd'hui, le chant du ciseau

    Refrain : aucune goutte, aucune goutte, aucune goutte

    Comme le dit du ciseau

    C'est le dit du ciseau

    C'était le temps du vin ardent (l'eau de vie), la force du mal mais aussi du courage (la force du coeur) pour les gens de peine

    Mais très nuisible pour ses membres, car il tremblait comme un coup de vent dans les feuilles qui tremblent (les buissons)

    Maintenant avec ce qu'il a appris, il a pris sa part de sagesse

    Il aime bien son coup de vin, mais toujours d'aplomb comme une pierre

    Et les épouses à la maison, joyeuses dans leur tête, tranquilles et douces ; l'air c'est leur peau

    Un peu de rouge sur leurs lèvres, aussi bien apprêtées (habillées, arrangées) que la femme du seigneur

    Et encore, tout le monde est étonné (on peut s'étonner), en voyant des ménagères, faire de l'oeil à un ouvrier pour élever ses enfants

    Quand elles choisissent d'avoir un mari, elles pensent à un matelot

    Mais s'il se trouve (si elle trouvent) un tailleur de pierre, ils (elles) font la moue, elles sourient

    Au jour d'aujourd'hui, toujours la propriété avec l'homme

    Les filles cherchent la tranquillité pour pouvoir s'occuper de leurs enfants

    Le tailleur de pierre chez lui, peut élever une belle famille

    Maintenant avec des outils nouveaux, il arrive à gagner sa journée

    Il y en a qui ont envie de le rgarder (de lui faire des regards de travers)

    Et ils pensent : celui, il en a (de l'argent)

    Pour pouvoir se balader en voiture les jours de fête et le dimanche

    Pourtant, il aura beau épargner ses biens, il n'en fera pas un tas

    Mais sûrement, jamais il ne laissera un autre marcher sur ses chaussures (lui faire du tort)

    Mais pour vivre tranquille

    Il doit se garder des coups de patte (des attaques)

    On lui lance une claque (une beigne) de l'autre côté

    Vivre petit, ce n'est pas vivre chichement, ce n'est pas un mal, pas plus que de vouloir réussir (s'élever, lever la tête)

    Avoir envie de relever la tête (le "chouq")

    Pourquoi vivre comme quelqu'un qui grappille,

    Il faudra bien rendre compte comme ce soir

    Qui voudraient des choses volées qui n'ont pas été détruites, gardées par les autres.

  • Les carrières de granite saccharoïde de Saint Samson au Woas Wen

    - carrière de Saint Samson, exploitée par Christian Teunier

    - carrière de Pen an Lann, exploitée par les Ets BGP Yves Gad

    - carrière de Convenant Claveze, exploitée par l'entreprise Le Dantec

    - ancienne carrière de Malacarne, exploitée par les Ets Rébillon entre Keriannegan et Woas Wenn

    - ancienne carrière Le Roux, exploitée par Isaac et Squeren, puis par Provost, Kerrianegar Bihan.

    - cinq anciennes pérrières aujourd'hui comblées, les unes avec granite type Saint-Samson, les autres avec du granite Type Agathon (granite à biotite), au lieu dit Keriannegan Braz.

    - carrière de Moustero, anciennement exploitée pour le granite à grain fin à biotite.

    Anciennes carrières d'aplites de Trégastel

    - Crec'h ar Gall : ancienne perrière (localisation non précise)

    - Crec'h ar Gann, ancienne perrière communale de Trégastel, fermée en 1970.

    - Toul ar Lann (localisation non précise).

  • Interview de Alain Scornet, frère de Marie-Denise Daniel, " Mein ma Bro" à Trégastel le 1er février 1994. Témoignage recueilli par Y. Jouan.

    Alain Scornet est né d'un père marin en 1924 à Perros Guirec, son frère est marin, sa vocation naturelle est de les suivre mais la guerre en décidera autrement.

    1936 : Alain a 12 ans, les grèves éclatent sur le site ; les ouvriers se regroupent à la carrière Madec. De nombreux italiens animent les débats "bon enfant" en jouant de la mandoline. En compagnie de nombreux enfants, Alain assiste, en plein air aux discussions. De belles voix de "ténor" s'élèvent lorsque le cortège s'ébranle en direction de la Mairie de Perros. Il fait beau. Les gamins précèdent ou suivent le groupe. Heureux de faire "la fête", de participer et d'être utile, Alain fait la quête à l'aide d'une gamelle qui lui a été remise. On descend sur la plage où les touristes font résonner leur participation pécuniaire pour aider ceux qui ne seront pas payés. Sans doute est-ce là que naît sa vocation de Secrétaire du syndicat C.G.T. qu'il exercera durant de nombreuses années afin de résoudre les "différents" et les problèmes des uns et des autres et créer un esprit de solidarité.

    1949 : A la carrière Madec où il débute comme tailleur, 70 personnes environ y travaillent. On y fait surtout du funéraire . de nombreux italiens venus après la 1ère guerre mondiale, vers les années 1930, travaillent sur le site. Ce sont les Bertolo, Otolina... mais très vite la carrière - comme toutes les carrières du site - est réquisitionnée par les allemands et avec le groupe de la T.O.D.T., A Scornet taille des claveaux pour réaliser les bases des pilotis de la base sous-marine de Lorient. Ces claveaux, rassemblés et empilés formeront les colonnes immergées qui soutiendront le béton protecteur anti-bombes. Il faut faire vite ; les allemands (seuls clients) passent les commandes, exigent le respect des délais et paient.

    La douzaine de jeunes que nous étions étaient heureux de notre sort, pas question pour nous d'aller n Allemagne et pour midi, nous avions gagné notre journée car nous étions bien payés ! Nous travaillions à la tâche. La guerre se termine et de nombreux claveaux restent sur place... .

    1947 : Alain travaille à la Société Coopérative, " Le Granit Rose." La journée commence vers 7 H 30. L'usure des poinçons est tellement rapide que pour le casse-croûte de 9 heures chacun en rapporte une bonne brassée à la grande forge située tout en haut et où s'activent deux forgerons. C'est l'époque de Gaby, d'Henri Belloir, d'Yves Bricquir de Pierre Thomas, d'Yves Milin. Ceux qui viennent de loin apportent dans leur musette gamelle et pot de soupe qui seront chauffés à la forge. Le soir chacun rentre chez soi.

    Les outils du carrier :

    Le carrier qui assure l'extraction provoque l'explosion de la mine à l'aide de la poudre noire et remonte le bloc avec une "chèvre". C'est un jeu de poulies fixées sur deux arbres maintenus par quatre haubans fixés dans le roc et qui sont réglés de manière à ce que la chèvre se balance dans la manoeuvre. Lorsque la chèvre, penchée vers l'exploitation, tire vers le rebord, elle se rapproche de la verticale à mesure que le bloc lui-même arrive à la verticale, les haubans font contrepoids et règlent la remontée tout doucement à mesure que le treuil vire le bloc. Le travail doit être surveillé de très près. Le danger est toujours présent, les pieds peuvent déraper et tout peut casser.

    A cette époque on ne creuse guère à plus de 10 mètres de profondeur pour obtenir du granit sain. On rencontre de nombreux défauts : le fil est un trait net qui coupe la masse de granité ; s'il se présente en diagonale, il y a beaucoup de perte. La dureté s'apprécie à l'oeil. Ils sont tous chaussés de sabots de bois cloutés et cerclés - heureusement, la forge est là - A cette époque le compresseur ne faisait que 2 m à l'heure contre 10 m. actuellement.

    Chaque tailleur possède, en plus de sa masse, deux massettes : une grosse

    pour la "grosse bûche" et une petite pour travailler au ciseau. Chaque

    ouvrier emmanche ses outils en bois d'orme ou de noisetier.

    Le "têtu", outil très ancien était pratique parce qu'un seul ouvrier suffisait pour

    s'en servir tandis que le "chasse" qui l'a remplacé, nécessite deux personnes :

    une pour tenir et une autre pour taper. Actuellement personne ne sait plus

    travailler au têtu. Le chasse dégrossit et passe avant le "piche" qui coupe,

    redresse les arêtes et fait les finitions.

    L'apprentissage se fait sur le tas "avec un chef.

    Il faut apprendre à se protéger les yeux avec les mains et le coude. Il faut donc placer le coude d'une manière bien précise afin de prévenir les éclats qui abîmeraient à jamais la cornée de l'oeil. Le coude servira donc de bouclier.

    La taille se fait devant ou dans des cabanes ouvertes qui permettent de s'abriter en cas de mauvais temps.

    La reconstruction des phares

    Le phare des Sept-Îles :

    La guerre a provoqué les destructions des phares et des ports ; il faut y pallier rapidement . A. Scornet et une cinquantaine de compagnons vont à l'île aux moines pour reconstruire le phare des Sept Iles. Ils sont cinq ou six de Perros (Jean Guélou de Ploumanac'h, Tilly de la Clarté qui était chef maçon). Une partie des pierres est extraite dans l'île : c'est un joli granite bleu, plus foncé que celui de l'Ile Grande qui sera façonné sur place. L'autre partie est apportée de La Clarté, façonné ou non, par bateau. Pour que les bateaux puissent accoster afin d'apporter ces blocs, il faut construire la calle afin de débarquer tout le matériel. Le"Roche Douvres" et le "Roche Gautier" des Ponts et Chaussées de Lézardrieux assureront durant plusieurs années le trafic. Les Ponts ont fourni un dortoir, un réfectoire, une cuisine avec son chef-cuistot de la marine et son aide ; le tout comme à la caserne. Le dimanche on rentre chez soi et le lundi matin embarquement du personnel et du ravitaillement pour la semaine.

    Pour extraire le granité sur place, on tape dans la butte et les blocs tombent. Plus besoin de chèvre ! En cas de besoin un compresseur facilitera l'extraction. Cette carrière donne de petits morceaux ; c'est du travail à pied d'oeuvre. Avant de tailler les blocs on les monte dans la cabane au pied du phare. Une jeep américaine et son chauffeur assureront le transport Bonne ambiance, c'était le bon temps, ajoute Alain. Les fêtes étaient monnaie courante et le cuisinier mis à l'épreuve pour un repas plus soigné et bien arrosé. Le soir il faut se distraire. Qu'à cela ne tienne, on construit des allées de boules.

    La reconstruction du phare des Roches-Douvres et des Héaux de Bréhat

    Pour la reconstruction des phares des Roches Douvres et des Héaux de Bréhat, A. Scornet travaille à La Clarté comme salarié à la Coopérative "Le Granit Rose" puis dans des cabanes du parc des Ponts et Chaussées de Lézardrieux. Seuls les maçons participeront à la mise en place dans les îles. Comme tous les travailleurs indépendants ils doivent alors payer leurs charges.

    1952 / 53 : A. Scornet travaille un moment au carrefour de Ploumanac'h avec Amourette dans une cabane en bois.

    1954 : II rouvre une carrière toute envahie de ronces et d'ajoncs sur la route de Ranguillégan et prend un troisième associé : Le Moal.

    Période très difficile par manque de matériel. Aucune aide, seulement une brouette et une pelle : c'est la misère !

    Sur le quai du port de commerce de Brest vivent des ferrailleurs (L'Hermite et

    Le Braz), Alain va leur rendre visite, détecte du matériel encore utilisable

    avant leur découpage (treuils, grues) provenant de la marine et laissé par les

    Allemands. Il faut fouiller et se présenter au bon moment. Le camion de "La

    Perrosienne" fait la navette Brest-Perros pour le transport.

    Peu de matériel et pas d'argent !

    Durant le premier hiver se pose le problème de l'évacuation de l'eau. Il

    fabrique un siphon devenu vite insuffisant. Il faut une pompe, on a de l'eau

    jusqu'aux genoux. Les Etablissements Nogues de Lannion consentent un

    crédit de 15 000F qui sera payé par les versements de 5 000 F des trois

    associés pour l'achat d'une pompe Bernard.

    La première grue ramenée de Brest monte 18 tonnes, prix .130 000 F

    1956 : le temps de la reconstruction urbaine

    Alain embauche des ouvriers, dont Jean Guélou, tailleur qui habite Randreux. Ses clients sont des marbriers habitant diverses villes surtout Rouen. Le travail concerne le funéraire, livré façonné et poli ainsi que le bâtiment . Au meilleur moment de cette période ils sont 14 ouvriers sur ce chantier.

    Cependant, le granite noir d'Afrique fait une sérieuse concurrence au "rosé de La Clarté" concernant les pierres tombales. Alain décide de rouvrir une 2ème carrière à Lanvellec entre Plouaret et Plestin afin d'avoir le choix d'une autre couleur. Lanvellec a un granité foncé plus funéraire que le rosé. Il loue donc cette carrière qui avait été ouverte avant lui, à un propriétaire fermier. Il faut donc monter un treuil, un compresseur, faire 30 Kms par jour en camion dans lequel il ramène un bloc presque tous les soirs. Les pertes sont énormes (défauts, fils) Personne ne reprendra cette carrière après lui. D'autres granitiers exploiteront sur St-Carré mais à Lanvellec il est seul. Pour recruter du personnel, Alain va voir les ouvriers des autres carrières, leur propose un meilleur salaire et... le tour est joué ; c'est l'habitude. Beaucoup de travail et la difficulté de fournir pour la reconstruction qui bat son plein. Les commandes s'accumulent. Il a 10 constructions en route en même temps (5 clients à St-Brieuc, à Plestin, en Ille et Vilaine, dans le Finistère...) : c'est la belle époque.

    A. Scornet part aussi au Havre, avec 4 ou 5 compagnons. Ils sont très attendus. Il s'agit de mettre en état les quais bombardés pendant la guerre. Il faut permettre au long courrier transatlantique le "Normandie" d'accoster, et restaurer d'urgence le port de commerce Travail du dimanche rémunéré à 150 %., Il récupère les pierres abîmées, voit une autre manière de travailler. Il parcourt divers chantiers : Bécon les Granits, Lanhélen, Saumur, avec sa petite valise, sa massette et le piche.

    1960 / 1970 : Quatre tailleurs se consacrent uniquement aux pierres nécessaires au bâtiment. Les problèmes se déplacent . Cette fois il faut réparer le matériel : 2 millions, puis 5 millions pour réparer un engin, faire venir un vilebrequin d'Angleterre et le budget repart à zéro.

    Il faut louer un compresseur. Pour l'utiliser à temps plein et diminuer les frais, on prépare les blocs en fonction des jours de location. C'est un compresseur à piston vertical, entraîné par une courroie de 6 m. de long, avec un moteur à essence de 25 CV qui ruine en prix de revient d'essence. C'est le désastre budgétaire.

    A La Clarté vit M. Thépaut, mécanicien spécialisé pour l'entretien du matériel utilisé sur le site. Compétent et très bien outillé, c'est l'homme de tous les conseils. Il accompagne Alain pour guider son choix à Ergué-Armel près de Quimper pour l'achat d'un vieux compresseur . Il l'avait déjà accompagné à Brest. Maintenant if répare et dépanne le matériel de toutes les carrières.

    Les conditions de travail : Le patron carrier n'a jamais fini son travail ; il extrait, vend, gère, recrute, Il n'a jamais fini sa journée ni sa semaine. Ni dimanche ni congé. A. Scornet nous dit avoir eu un travail ininterrompu durant 15 ans. A 6 heures du matin il faut allumer la forge. On s'éclaire à la lampe à carbure. Pas d'électricité et quand la fée lumière sera là, il lui faudra payer un transformateur pour en diminuer le prix de revient

    Le carrier n'a pas le droit d'être malade. Il lui faut une santé de fer ou d'acier ! La solidarité joue à plein dans les cas de malheur (santé irrémédiablement perdue ou accident). Tout est fait pour que l'associé touché soit rémunéré comme s'il travaillait. Bravo ! Durant ces années seuls quelques jours de gel ont arrêté l'extraction.

    Sculpteurs et graveurs : une spécialité des tailleurs de pierre :

    Jobig Tadier est le premier sculpteur de la région. Il a décoré sa maison, derrière chez Ignolin, de sculptures en gargouilles, de corbelets à têtes d'animaux. Il s'est fait son monument funéraire avec une très belle croix (à gauche, vers le milieu de la 1ère partie du cimetière de La Clarté). Après avoir"habillé et meublé" tant de morts, ajoute Alain, chacun prépare sa tombe.

    Sur ces tombes, on fait appel aux graveurs. C'est M. Esnol, le 1er venu travailler chez lui. Il y a aussi la fille de M. Hantz.

    Quelques anecdotes :

    Après la guerre 14 /18, au café de La Clarté on débitait une barrique de vin par jour ; certains ne reprenaient le travail que le mercredi. Beaucoup d'alcoolisme en ce temps là !

    Un carrier, nommé "Merrer Braz" parce qu'il mesurait 2m20 lançait, à partir de Mez Gouez, une pierre jusqu'à Ranguillégan. Grand et fort, il est mort jeune.

    La petite boutique de Mlle Lamour attire une nuée d'enfants qui jouent au foot dans l'enclos de la chapelle. Lorsque le ballon atteint ses carreaux, elle sort furieuse en vociférant : C'est toujours la même bande. Mais la bande a vite disparu pour un temps.

  • 20062209541NUCB : Collection particulière (UTL Lannion)

    20062209540NUCB : Collection particulière (UTL Lannion)

    20062209539NUCB : Collection particulière (UTL Lannion)

    20062209538NUCB : Collection particulière (UTL Lannion)

    20062209551NUCB : Collection particulière)

    20062209537NUCB : Collection particulière (UTL Lannion)

Références documentaires

Bibliographie
  • UTL Lannion. Trégor, terre de granits. Louannec : Edition Jacq, 1998.

Documents audio
  • SCORNET, Alain. Témoignage des carrières. Témoignage enregistré par Yvonne Jouan, Trégastel : février 1994.

    Témoignage audio
  • TURNIER, Eugène. Ar Bikerien vein. Trégastel : enregistrement audio, Guy Prigent, juin 2006.

    Témoignage oral
  • TURNIER, Eugène. "Gwechall ha hirie, son ar gisell" : "Autrefois et hier, le chant du ciseau". Trégastel : entegistrement de Guy Prigent, juin 2006.

    Témoignage audio