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Le patrimoine rural de la communauté de communes de Crozon

Dossier IA29005024 réalisé en 2012

Fiche

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Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Dénominations ferme, maison

Une double identité

Entre l'est et l'ouest de la presqu'île, l'habitat rural est très différent, à l'image du paysage. La paisible campagne d'Argol, de Telgruc, et de Landévennec avec ses grands arbres, ses terres cultivées, ses parcelles remembrées et ses grands bâtiments de ferme laisse peu à peu la place dans les communes de Crozon, Lanvéoc, Camaret et Roscanvel à des hameaux ramassés, à des fermes basses et petites, à un paysage de plus en plus dénudé ou l'arbre se raréfie au profit de buissons compacts. Cette diversité est liée à la nature du relief, du sol, à la proximité de la mer et aux activités économiques qui en découlent. La presqu'île offre ainsi deux visages, l'un tourné davantage vers la terre, l'autre vers la mer avec des types d'organisation de hameaux très marqués et des formes d'habitat déterminées qui admettent cependant un certain nombre de variantes.

Des caractères communs

En matière d'architecture rurale, quelques traits sont communs à l'est et à l'ouest de la presqu'île.

D'un bout à l'autre du territoire, l'habitat apparaît dès la fin du 16e siècle et se développe considérablement au cours du 17e siècle. Mais, rares sont les exemples d'habitations bien conservées de cette époque, les fermes ayant été massivement reconstruites ou modifiées à partir de la seconde moitié du 19e siècle. Les encadrements de baies sont souvent les seuls témoins de cette époque de construction, conservées ou remployées dans les habitations.

L'omniprésence du grès armoricain en sous-sol, son utilisation quasi permanente dans la construction traditionnelle est une autre constante de l'habitat rural de l'ensemble de la presqu'île.

L'absence d'habitat mixte, caractérisé par la cohabitation des hommes et des animaux sous le même toit, est commune à l'ensemble du territoire. Logis et étables sont nettement différenciés, ce qui n'est pas toujours la règle dans les territoires voisins du Parc Naturel Régional d'Armorique.

Les fermes de l'est de la presqu'île (Argol, Telgruc, Landévennec)

Si l'est de la presqu'île semble avoir majoritairement vécu d'agriculture, les habitants de la frange littorale des communes de Telgruc et de Landévennec ont pratiqué une petite pêche côtière consommée et vendue dans la commune. La découverte de cuves de salaison de poissons sur le site côtier du Caon montre que dès les 1ers siècles de notre ère, une partie de Telgruc était tournée vers la mer.

Peu de fermes sont antérieures au 3e quart du 19e siècle, la révolution agricole ayant entraîné un premier renouvellement de l'architecture rurale. En dehors des créations ex-nihilo, le plus souvent, les fermes sont reconstruites in situ, à l'emplacement d'une ancienne exploitation. Le logis est surmonté d'un comble à surcroît plus ou moins développé qui atteint parfois l'ampleur d'un étage. Les élévations sont symétriques. Les dépendances agricoles sont construites en alignement du logis, parfois parallèlement et/ou perpendiculairement, délimitant ainsi une grande cour plus ou moins fermée. Entités à part entière, ces fermes sont indépendantes les unes des autres, imbriquées dans un maillage villageois assez serré. Cependant, à Telgruc et Argol, l'essor le plus significatif de l'architecture rurale, a lieu entre 1900 et 1938, à la faveur des lois sur le logement social (lois Strauss, Ribot, Bonnevay, Loucheur). Ce phénomène de reconstruction a déterminé le paysage architectural des deux communes : les logis de ferme sont dans leur grande majorité reconstruits, ou construits en alignement de l'ancien logis, suivant un modèle unique à étage, élévation ordonnancée à trois travées symétriques et murs enduits pour souligner les encadrements de baies, les chaînages d'angle, les corniches et les bandeaux en granite.

La taille des dépendances témoigne d'une agriculture assez florissante consacrée à la culture céréalière (avoine, froment, seigle, orge), au blé noir, aux pommes de terre, aux pommiers pour la production de cidre. Les granges à porte charretière sont nombreuses, elles abritent indifféremment le pressoir, les outils, les récoltes. La plupart des fermes possédaient un poêle à crêpes aménagé dans un coin de laiterie, de cellier ou de logis désaffecté. Dispositif particulier apparenté à une cuisinière, le poêle à crêpes se présente comme un massif en maçonnerie couvert de deux pierres de granite percées, destinées à recevoir des plaques en fonte sous lesquelles se trouvent les dalles de foyer. Il est associé à une cheminée sur laquelle se greffe un conduit pour l'extraction des fumées. Il reste aujourd'hui peu d'exemples de cette spécificité de Cornouaille centrale dont Telgruc et Argol marquent la limite ouest de l'aire d'extension.

Les fermes de paysans-pêcheurs de la partie ouest de la presqu'île (Crozon, Camaret, Roscanvel, Lanvéoc)

Pour les populations pauvres de l'ouest de la presqu'île, la pêche a longtemps constitué une activité secondaire au travail de la terre, une ressource alimentaire importante, parfois même un revenu annexe. Dès la fin du 19e siècle, nombreux sont les hommes à partir travailler sur les bateaux de pêche de Morgat et de Camaret dont les ports sont alors en plein essor. Les petites fermes de ces anciens paysans-pêcheurs font partie de l'identité du paysage littoral. Leur organisation caractéristique répond à des nécessités d'ordre géographiques, climatiques et économiques. Mis en place dès le 17e siècle, cet habitat est particulièrement bien représenté sur le littoral sud de Crozon et de Camaret, plus particulièrement sur le Cap de la Chèvre. On le retrouve ponctuellement à Roscanvel et Lanvéoc.

Les écarts les plus caractéristiques s´apparentent souvent à des hameaux-rangées (alignements de bâtiments) où se succèdent les habitations suivant une orientation est-ouest des pignons, avec exposition des façades au sud. L'absence d'étage et le regroupement des constructions permettent ainsi une réduction des prises aux vents. La mitoyenneté des logis impose de construire les étables et les soues en retour d'équerre au nord, de part et d'autre d'une petite cour réservée aux animaux. Outre le fait d'être protégée des vents du nord-ouest, cette disposition permet une réduction des coûts de construction, les pignons étant mitoyens. Elle présente également l'avantage de regrouper au nord les désagréments causés par les animaux et de préserver l'espace situé devant la maison qui peut, le cas échéant, servir d'aire à battre.

Ce modèle avec petite cour arrière est également adapté aux fermes isolées, construites en périphérie des alignements. Il se décline en de nombreuses variantes avec : porte unique au nord, cour fermée par un ou deux murs, soues en appentis contre le mur nord de part et d'autre de la porte et étable construite en alignement du logis ou parallèlement. Parfois aussi, les dépendances sont édifiées en retour d'équerre au sud de l'habitation. D'autres petites dépendances sont dispersées autour de la maison (soue, bergerie, remise, puits).

La modestie et la multiplicité des constructions, leur intégration au paysage environnant constituent une des caractéristiques de ce bâti. Les logis sont de type élémentaire, en rez-de-chaussée. La porte sud est percée dans l'axe de la porte nord qui donne sur la cour arrière. Dans l'axe des deux portes, le couloir est délimité par des cloisons de planches qui séparent deux pièces : le "haut bout" où se déroule, autour du foyer, l'ensemble de la vie domestique ; le "bas bout", sans cheminée, est utilisé comme resserre pour entreposer de la nourriture, des outils, à l'occasion pour s'en servir de chambre. Dans le comble auquel on accède par une trappe, on entreposait les pommes de terres, parfois les mâts et les voiles du bateau de pêche. Les deux fenêtres de la façade sud sont presque systématiquement agrandies dès la fin du 19e siècle pour apporter plus de lumière.

Les modes de construction semblent identiques entre le 17e siècle et le 19e siècle. Seules les encadrements de baies permettent de dater les habitations. A la fin du 16e et au 17e siècles, les encadrements sont souvent taillés dans des pierres exogènes (kersantite, micodiorite quartzique, granite) plus faciles à sculpter que le grès local. Les montants sont chanfreinés, les linteaux de porte sont souvent en anse de panier surmontés d´une accolade. Le goût pour ce type de modénature connaît un tel succès qu'on le trouve encore jusque dans le 2e quart du 18e siècle avec des chanfreins et des accolades moins larges et moins soignés. Il explique aussi les nombreux remplois. Certaines de ces portes sont jumelées sur des logis doubles (logis sous le même toit, séparés par un mur de refend), construits pour des familles apparentées (Cléguer, Persuel, Saint-Jean Leïdez, Rostudel, Morgat). A partir du milieu du 17e siècle environ, on taille également des portes, chanfreinées ou non, en plein cintre.

Dès la seconde moitié du 18e siècle, les linteaux sont majoritairement droits, taillés dans le grès local dur et cassant et pour cette raison dépourvus d'ornementations. En l'absence de décor, il est difficile de dater précisément les maisons construites entre la fin du 18e siècle et la première moitié du 19e siècle, d'autant que les fenêtres ont très souvent été agrandies ultérieurement.

Ainsi, les deux composantes majeures de cet habitat traditionnel de cultivateurs-pêcheurs (maisons basses disposées en rangées et petites cours arrières ou avants bordées par des dépendances en retour d´équerre) sont associées ou dissociées suivant les exemples rencontrés. D'autre part, les hameaux-rangées de paysans-pêcheurs existent ailleurs en Bretagne, autour du golf du Morbihan (Houat, Oëdic, Belle-Ile, Quiberon, Arzon, Sarzeau), de la ria d'Etel (Plouhinec, Sainte-Hélène) ou du marais de Redon, par exemple. Par ailleurs, des fermes avec petite cour protégée des vents dominants se rencontrent sur la côte léonarde, notamment à Roscoff et Saint-Pol-de-Léon.

Période(s) Principale : 4e quart 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Décompte des œuvres repérés 3419
étudiés 55

Annexes

  • 20102911223NUCB : Archives départementales du Finistère, 3 P 45.

    20112900568NUCAB : Collection particulière

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Tanguy-Schröer Judith
Judith Tanguy-Schröer , né(e) Tanguy
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